La Grande Bretagne est-elle encore une grande puissance en 1914 ?





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La Grande Bretagne est-elle encore une grande puissance en 1914 ?


En 1914 un cinquième de la surface du globe et un tiers de sa population étaient dominés par la Grande-Bretagne. C'était l'Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais – le plus grand empire de tous les temps. Pour les contemporains il n'y avait pas de doute, la Grande-Bretagne était une grande puissance, sinon « la grande puissance par excellence ». Mais quels étaient les critères qui permettaient de la classer dans cette catégorie de grande puissance, terme aussi souvent utilisé que nébuleux ? Que voulait dire l'expression grande puissance, consacrée depuis son insertion dans un traité de 1815, mais restée sans définition depuis ?

Ainsi, de 1815 à 1876, l’hégémonie de la Grande Bretagne sur le monde est sans conteste. Cependant, la période de 1876 à 1914 marque le déclin de sa suprématie, mais qui reste relatif.



  1. 1815 – 1876 : Hégémonie de la Grande Bretagne




  1. Facteurs historiques


La Grande-Bretagne est d'abord une grande puissance pour des raisons historiques. Comme le dit J.B. Duroselle, La définition de la grande puissance est d'abord historique. Indépendamment de tout contenu du concept, les grandes puissances se sont toujours reconnues entre elles, et n'ont pas admis les autres dans leur club privilégié. Depuis le XVIIe siècle la Grande-Bretagne appartenait à ce club. L'expression grande puissance qui faisait partie du vocabulaire international depuis le milieu du XVIIIe siècle désignait communément la Grande-Bretagne, la France, l'Autriche, la Prusse et la Russie. En 1861 l'Italie y sera admise suivie, dix ans plus tard, par l'Allemagne unifiée.


  1. Une diplomatie très active


Ces pays participeront à toutes les grandes décisions diplomatiques jusqu'en 1914, y compris et surtout les deux grandes alliances qui contrôlaient l'Europe jusqu'à la Grande Guerre. Un aspect particulier de ce club des Six est sa nature exclusivement européenne, du moins depuis le début du XIXe siècle. Les États-Unis et le Japon méritent de plus en plus une place parmi les grandes puissances vers la fin du siècle, mais leur position géographique les exclut d'un monde encore européocentrique. On a tendance à ne trop voir dans la mesure d'une grande puissance que la puissance physique. Mais le degré de participation à toutes les grandes décisions diplomatiques du monde constitue tout autant un critère de puissance. Et la Grande-Bretagne, pendant tout le XIXe siècle, est peut-être celle qui manipule avec le plus de doigté et à son plus grand avantage la diplomatie par-dessus le militaire, par le refus de contracter une alliance à long terme qui limiterait sa liberté de manœuvre. La Grande-Bretagne, même en 1914, est une grande puissance par la force de son jeu diplomatique.


  1. Atouts démographiques

Cela dit, des facteurs plus traditionnels et visibles aident à la classer parmi les Grands. Sa population la place en quatrième position parmi les puissances européennes, les Iles britanniques étant peuplées en 1910 de 45 millions d'habitants par rapport aux 39 millions de la France, aux 35 millions de l'Italie, aux 50 millions de l'Autriche-Hongrie, aux 65 millions de l'Allemagne et aux 111 millions de la Russie.

  1. Force militaire

Cette population abondante permettait à la Grande-Bretagne de développer sa puissance militaire dans la mesure où celle-ci était calculée en fonction du nombre d'hommes sous les drapeaux. Ce calcul était basé sur l'opinion, très répandue avant 1914, selon laquelle une guerre serait de courte durée et se déciderait lors des premières grandes batailles. La Grande-Bretagne maintenait à peu près 1 % de sa population sous les drapeaux, l'Autriche-Hongrie 0,85 %, la Russie un peu plus de 1 %, et la France presque 2 % à la suite de la loi de trois ans en 1913. Avec de tels effectifs la Grande-Bretagne faisait figure de grande puissance. Mais la quantité numérique ne peut être dissociée de la qualité technique de ses forces militaires, et ici il faut considérer les dépenses militaires des grandes puissances. Bien sûr, ces chiffres sont sujets à caution dans la mesure où une marine de guerre coûtait plus cher qu'une armée, et une armée de métier plus cher qu'une armée de conscrits. Ici la Grande-Bretagne fait vraiment figure de grande puissance dans la mesure où son budget de défense pour 1914 est estimé à 76,8 millions de livres sterling, par rapport à 110,8 millions pour l'Allemagne, 88,2 pour la Russie, 57,4 pour la France, 36,4 pour l'Autriche-Hongrie et 28,2 millions de livres pour l'Italie.

  1. La flotte britannique

Comme l'a écrit Anatole France… toutes les armées sont les premières du monde… Au rebours les flottes sont classées par le nombre de leurs bateaux. Il y en a une première, une deuxième, une troisième et ainsi de suite. Il en était ainsi pour la Grande-Bretagne dont la Royal Navy dominait de loin les autres flottes du monde. Cette immense flotte garantissait la sécurité des Iles britanniques contre toute invasion et permettait à la couronne britannique de maintenir son prestigieux Empire en même temps que le libre accès à tous les marchés internationaux nécessaires à son commerce. C'était la Royal Navy par-dessus tout qui était perçue comme le fondement de la puissance britannique par son ennemi potentiel, l'Empire allemand. Et c'est la volonté et la capacité de la Grande-Bretagne de maintenir pendant longtemps la supériorité de sa flotte selon le Two Power Standard, (c'est-à-dire la supériorité par rapport à la somme des deux flottes étrangères les plus puissantes après celle de la Grande-Bretagne) et, le moment venu, de lancer un nouveau type de cuirassé, le dreadnought, qui démontre sa valeur de grande puissance.

  1. Puissance économique et financière, mais aussi industrielle

Bien sûr, c'est la richesse de la Grande-Bretagne qui lui permettait de maintenir son rôle de grande puissance sans grand effort. Sa force économique et financière développée avant les autres puissances lors de la Révolution industrielle soutenait son potentiel militaire et la maintenait dans le peloton de tête des grandes puissances. En 1914, la force économique d'un pays se mesurait en fonction de la quantité de charbon, de fonte et d'acier produite et cette production était, aux yeux des contemporains, intimement liée au potentiel de guerre du pays. De ce fait la Grande-Bretagne était une grande puissance car sa production de charbon était supérieure à celles de toutes les autres puissances européennes en 1914 avec 296,6 millions de tonnes, face à 281,4 millions pour l'Allemagne, 47,7 millions pour l'Autriche-Hongrie, 40,6 millions pour la France, 36,7 millions pour la Russie et seulement 0,9 million pour l'Italie. Sa production de fonte était de 11,1 millions de tonnes, dépassée seulement par l'Allemagne avec 14,9 millions, alors que la France produisait seulement 4,7 millions, la Russie 3,6 millions et l'Autriche-Hongrie 2 millions. En production d'acier la Grande-Bretagne était encore en deuxième position parmi les puissances européennes avec 6,6 millions de tonnes, dépassée encore une fois par l'Allemagne, avec 14,2 millions, mais devançant les 4,2 millions de la Russie, les 3,5 millions de la France et les 2,7 millions de l'Autriche-Hongrie. Et malgré le fait que son taux de croissance industrielle était dépassé par plusieurs pays en 1913, la part de la Grande-Bretagne dans la production industrielle mondiale avoisinait encore 10 %, devancée en Europe seulement par l'Allemagne avec 13 %.

La richesse accumulée par la Grande-Bretagne depuis des décennies donnait une autre dimension à sa stature de grande puissance dans la mesure où cette richesse faisait de Londres et du pays la capitale financière du monde. Dans la hiérarchie des éléments qui forment une grande puissance, celui de banquier du monde ne figurait pas pour les contemporains en aussi bonne position que la production de fonte et d'acier. En réalité, la capacité de puiser en période de guerre dans cette richesse investie à travers le monde contribuait plus à la puissance de la Grande-Bretagne que bien d'autres éléments.

  1. A la tête d’un vaste empire colonial

Si on avait demandé à un observateur en 1914 quel élément contribuait le plus à la position de la Grande-Bretagne en tant que grande puissance, la réponse aurait certainement été l'Empire. L'Empire était le signe extérieur par excellence, le symbole presque de la puissance britannique. Lord Curzon, vice-roi des Indes de 1899 à 1905, a bien résumé cette impression et cela en ne parlant que de l'Inde quand il a dit … as long as we rule India, we are the greatest power in the world. If we lose it, we shall drop straight away to a third-rate power. Il se peut bien que l'Empire ait été perçu par les contemporains comme étant un élément clé de la puissance britannique et, en tant que tel, qu'il ait contribué à hausser son prestige, mais en réalité il semble que le rôle de l'Empire dans l'équation était ambigu, sinon négatif.

  1. 1876 – 1914 : Déclin de la suprématie britannique mais un déclin relatif

  1. Une perte de vitesse manifeste

A la fin du XIXème siècle, l'agriculture anglaise s'effondre, elle est incapable de soutenir  la concurrence américaine et s'enfonce dans une dépression durable. La Grande Bretagne devient alors dépendante des autres pays, notamment des Etats-Unis, car elle ne couvre plus ses besoins alimentaires.

Dès 1880 a lieu une ruée vers les céréales américaines à bas prix, vers la viande et le beurre.
En 1900, elle importe 2 fois plus de produits céréaliers qu'en 1872.

De plus, elle perd son avance technique sur les autres pays ; sa productivité du travail plafonne alors que celle des Etats-Unis augmente.

Sa part dans le commerce mondial diminue : en 1870, sa production représente 20 % de la production mondiale ; en 1929, elle ne représentera plus que 10 %. Elle va être dépassée par l'Allemagne et les Etats-Unis.

2) Causes internes

a) Une économie vieillissante

Les Anglais n'ont pas renouvelé leur équipement et leur technologie dans les industries qui avaient fait leur puissance : l'industrie extractive, la métallurgie et le textile. Quant aux industries de pointe, leur développement est très lent. Les difficultés des entreprises à assurer le renouvellement de leur équipement peuvent s'expliquer par la difficulté de trouver des capitaux. Le drainage massif de l'épargne anglaise vers les placements extérieurs de la City a privé l'industrie des capitaux nécessaires à son développement au moment où la concurrence était forte pour la conquête des marchés extérieurs.
Après 1880, la production industrielle stagne aux alentours de 1,6% de croît annuel moyen, le PNB n'augmente plus que de 1,2% par an après 1900, contre un rythme deux fois plus élevées auparavant. Quant à l'agriculture, sacrifiée à l'industrie, elle ne couvre plus en 1910 que 40% des besoins alimentaires.

Par ailleurs, les salaires relativement élevés (ils augmentent de 40% entre 1870 et 1900), liés à la montée du syndicalisme, renchérissent les produits industriels anglais.

b) L’influence du syndicalisme

Sous l'influence des idées socialistes (Trade Union Congres : 1868), un syndicalisme d'un genre nouveau apparaît. Est fondée en 1889 le " Syndicat des Gaziers et autres travailleurs " (nouvelle organisation du mouvement ouvrier britannique). En même temps que le mouvement syndical se structure (les syndicats deviennent plus puissants ; il en résulte une augmentation du prix des salaires), il se donne une représentation au parlement avec la création du " Labour Party " en 1906. Les troubles sociaux ont donc mis en évidence la fragilité de l’industrie britannique à la veille de la première guerre mondiale. De plus, malgré le vote d’une importante législation sociale depuis 1905, notamment sous le gouvernement du libéral Lloyd George à partir de 1908, une agitation à caractère révolutionnaire s’est développée, avec la grève des dockers en juin 1911 et celle des mineurs en mars 1912.

3) Causes externes

La Grande Bretagne avait contribué à équiper les Etats-Unis et l'Allemagne lors de la première révolution industrielle. Or ceux-ci lui font une concurrence active sur les marchés mondiaux et même sur son propre territoire (équipement plus moderne et plus productif) en raison de ses frontières ouvertes. Ainsi, l'Angleterre ne se rend pas compte de son recul relatif.
D'autre part, contrairement à la théorie développée par Ricardo, les pays qui ont choisi le protectionnisme tarifaire semblent connaître un plus grand dynamisme que le Royaume-Uni, resté fidèle au libre-échange (l'Allemagne en 1879 ; les USA avec les tarifs Mc Kinley en 1890).
De plus, la production industrielle britannique qui représentait 20% de la production mondiale en 1870 tomba à 10% en 1920. Ce recul peut paraître normal dans un monde qui voyait naître et se développer d'autres puissances industrielles.

4) Un déclin relatif

Suite à la Grande Dépression, à partir de 1896, la Grande Bretagne va connaître une période de redressement économique. On remarque ainsi que la production sidérurgique a augmenté quantitativement.

Même si la chimie reste en retard, la Grande Bretagne possède des grandes compagnies pétrolières qui parviennent à pénétrer le marché américain la Shell -1907- associée à la Royal Dutch hollandaise ; l' Anglo-Persian -1909 - ; la Mexican Eagle - 1910 - ). Il faut préciser que la Grande Bretagne a du pétrole par le biais de son empire colonial.

Même si son commerce extérieur est fortement déficitaire cela est compensé par des revenus invisibles. En effet, elle perçoit des intérêts sur des capitaux placés à l'étranger ; elle assure  des activités de services tel que le transport de marchandises pour des pays ne possédant pas de flotte (elle a la 1ère flotte de commerce du monde avec 12 millions de tonneaux de jauge). D'autre part, à la fin du XIXème siècle, elle reste le 1er banquier du monde (La City est la
1ère place financière). Sa monnaie reste la monnaie d'échange, l'étalon international, la monnaie de référence.

Il ne faut pas oublier qu'elle est également le premier exportateur de capitaux à l'étranger et qu'elle possède un vaste empire de 30 millions de km² rassemblant un tiers de la population mondiale.

Berceau de la révolution industrielle, le Royaume-Uni occupait toujours l’un des premiers rangs dans la hiérarchie des puissances économiques à la veille de la première guerre mondiale grâce à son rôle de principal émetteur de capitaux, à la force de la livre sterling, à l’importance de ses activités manufacturières. Toutefois, la Grande-Bretagne en 1914 est un exemple de l'écart entre perception et réalité de la puissance. Elle a en effet connu un certain déclin dont il ne faut pas exagérer l’importance puisqu’il est dû d’abord à la montée de nouvelles nations industrielles en Europe (l’Allemagne et la France) et dans le reste du monde, avec l’affirmation de la puissance américaine. Elle est tout de même le cas type de la grande puissance à la fin de sa trajectoire ascendante, qui se ressaisira quelque peu pendant les deux guerres mondiales, mais qui poursuit inexorablement son déclin au rang de moyenne puissance.

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