Guy : Quand on affirme que les Roms ont dans leur culture le vol, ce sont bien des éléments économiques qui deviennent des éléments culturels ! Iulia





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date de publication03.07.2017
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Rencontre CanopE Grenoble DAAC Académie de Grenoble.

mercredi 2 décembre 18h30 Iulia Hasdeu, Nara Ritz, Guy Cherqui.

ROMS ET TSIGANES : DU CLICHE AU REEL



Guy Cherqui propose d’intervenir à partir des clichés associés aux Roms et tziganes et récoltés dans la salle de CanopE parmi les auditeurs de la conférence : voleur, bohémien, romanichels, roulotte, nomade, violon, Carmen, mendicité.
Iulia Hasdeu : La mendicité. En 2013, une recherche a été menée à Genève sur la base d'entretiens de groupe en thérapie communautaire (avec 3 à 10 personnes) ; les sujets ont été choisis par les participants, sachant qu’on recense 200 à 350 personnes sans-logis à Genève qui vivent dehors ou dans des abris de la protection civile.

Contre les clichés, on peut affirmer que les mendiants ne font pas « carrière » : certains travaillent dans la construction ou l'agriculture; ils font des allers-retours dans leur périple migratoire. La mendicité se pratique parfois en réseaux communautaires d'entraide mais il ne s'agit pas de traite : ça c'est une rumeur.
Nara Ritz : Quelques personnes et parfois des groupes familiaux, adultes et enfants, en effet peuvent avoir recours à la mendicité comme outil économique. mais ce n'est ni culturel ni habituel. La mendicité est souvent à mettre en lien avec la précarité économique, qui elle-même peut être aussi le fruit de la précarité intellectuelle. Mais il ne faut pas culturaliser des problèmes sociaux. Parfois elle est considérée comme délit quand il s'agit de la mendicité active. Ce qui me pose surtout question concernant les clichés, c'est que nous parlons des populations uniquement dans le même sens. Pourquoi ne parle-t-on pas pour susciter la réflexion contre ces images d’Epinal, des Roms qui ont des professions comme celles de médecin, d'instituteur ? Pourquoi parler uniquement dans une dimension misérabilisme et paternaliste ? Jamais de manière autre et positive. Par exemple, nous avons organisé un festival à Saint-Nazaire "rangez vos poules les manouches déboulent" : ça a été un succès évènementiel pour déboulonner les idées reçues !
Guy : Quand on affirme que les Roms ont dans leur culture le vol, ce sont bien des éléments économiques qui deviennent des éléments culturels !
Iulia : On obscurcit la question sociale pour figer la différence et l’évacuer comme immuable dans le culturel ; c’est bien la pratique des taux usuraires qui engagent dans des situations désespérées telle la mendicité: il s’agit de toute une économie de l'exclusion qui a sa dynamique et plusieurs acteurs, dont les usuriers.

Carmen. Les Roms sont des communautés de gens mariés, ainsi, le mariage est souvent le premier rapport sexuel : avant le mariage, on est Tchavo et non Rom; on devient Rom par le mariage ; face à la belle-famille, par la dote, le prix de la mariée, ce sont de véritables de stratégies qui s’élaborent. On est loin du tableau de La femme ardente, de La gitane des cigarettes. Ces clichés révèlent la méconnaissance de la réalité, méconnaissance dénoncée par Édouard Saïd dans L’Orientalisme. Carmen à la fin du XIXe siècle, c'est un fantasme masculin qui met de côté le fait que les Roms sont des communautés de gens très strictes en matière de moralité sexuelle.
Guy : Et l'éducation des filles ? Que dire de la chute de 90 % de fréquentation entre la fin du primaire et le collège?
Nara : Sur les approches du mariage et de la femme, on peut noter de nos jours une certaine évolution chez les voyageurs. Même si, pour certains, il reste du travail à effectuer. Ces évolutions sont parallèles à celle de l'enfant à l'école. Sur l'école, il y a peut-être des questions de fond à se poser qui dépassent "ils ne veulent pas y aller" et "ce n'est pas leur place". Réflexion à charge pour les concernés uniquement. Est-ce que l'école est le seul vecteur d'apprentissage ? Est-ce simple d’aller à l'école si l'école a blessé les parents ? Quelles sont les représentations sur l'école, quelle est la réalité sociologique qui font que telle ou telle famille fait tels choix ? Où se situe la responsabilité mutuelle ?

Est-ce que l'école transmet vraiment la passion ou simplement un intérêt de l'apprentissage ? Pour les enfants du voyage comme pour tous les autres enfants.

Se pose aussi la question des moyens parallèles qui permettront d'ouvrir une dynamique de tremplin pour les plus éloignés de l'école contre une dynamique de fermeture. Par exemple en mettant en place des médiateurs interculturels, des facilitateurs.
Guy : L’école n'empêche rien ! Comment se passe la transmission des savoirs?
Iulia : La séparation disciplinaire, la lenteur de l'acquisition des outils de savoir, la valorisation de l'écrit, la relégation systématique des langues orales rendent l'enfant Rom à l'école incapable de parler dans la langue dans laquelle il a été socialisé. Les parents Roms valorisent l'émotion de la relation enfants-professeur de la discipline et de la morale. Pour combler le fossé entre l’école et les familles, nous proposons de développer une école du soir pour les couples.
Guy: J’ai assisté en Roumanie à un programme de dé-ghettoïsation des écoles Roms : à chaque erreur l'élève était caressé par son maître entouré en même temps que les autres.
Nara: Nous pouvons intervenir sur la gestion des projets pédagogiques et sur la question de la posture professionnelle de l'enseignant. Il existe des outils pédagogiques comme support possible pour ces enfants. Il me semble important de s'appuyer sur le savoir-être et le savoir-faire des enfants. Peu importe que ça soit : la langue, le parlé, la musique, la danse, la mécanique, bref tout ce qui peut être centre d'intérêt pour l'enfant (et pas forcément sa culture imaginé par l'enseignant) et qui peut renforcer les relations et les tremplins d'apprentissage transversaux. Quitte à être un « délinquant institutionnel » et ne pas s'appuyer sur le programme officiel.
Guy : Les règles arrivent quand on ne sait plus faire, les insultes arrivent quand on a plus d'arguments. Notre institution ignore ses propres difficultés et ne réussit pas à saisir sa complexité. On fait dans la simplicité : un enfant en vaut un autre. Mais l'école fait-elle peur?
Iulia : On rencontre beaucoup de Roms avec une expérience désagréable avec l'école liée souvent à la dureté des maîtres face aux différences. Même des personnes qui ont un cursus élevé en Hongrie ou en Roumanie n'ont pas de souvenirs agréables de leur scolarité. L’institution scolaire a régressé : le discours actuel est violent, le racisme est institutionnalisé sous couvert de l'intégration européenne.
Nara : Il faut travailler sur les représentations, les stéréotypes et les préjugés. La génération des grands-parents était beaucoup plus scolarisée ; on a assisté à une rupture.

Par ailleurs, y a une exigence irrationnelle de tenir un ratio entre âge et niveau : il faut se poser la question : « c'est quoi un enfant dans notre société en 2015 » ?
Maryse Vincent : La proposition d'inclusion se heurte à une demande inverse des enfants Roms voir des associations qui souhaitent le regroupement entre Roms, ce qui correspond à un besoin de se tranquilliser pendant un temps. Comment le faire sans que ce soit une dynamique enfermante, pour que ce soit une démarche tremplin? L'institution ne permet pas de faire plusieurs choix.
Guy : La priorité n'est pas le contenu des savoirs. Le premier élément, c'est se sentir bien à l'école; le passage provisoire par un temps de réconciliation avec l'école suppose une organisation particulière. On peut comprendre l'envie de se retrouver ensemble.
Iulia: Les Roms ont accumulé des expériences et se sont transmis de génération en génération une forme d'anxiété. Cet "état de siège" participe de la construction de la frontière. Mais la mémoire tacite et partagée des persécutions peut être une force qui s'exprime dans la volonté de se retrouver pour s'entraider. Repérer quelqu'un comme soi est un premier pas.
Nara : Par exemple des Roms à Nantes ont été scolarisés, quand il y avait une habitude de l'école liée à l'espoir d'acquérir un statut social, nourrie par l'accompagnement social et la mixité sociale dans les quartiers. Aujourd'hui, les plus jeunes sont moins scolarisés ; les parents ont parfois une vue négative de l'école. Mais ce n'est pas généralisable. L’école doit rassurer les enfants et les familles et donner du sens en affirmant "si tu viens à l'école tu ne perdras pas ton identité". L'école doit apprendre à apprendre, apprendre à aimer apprendre. On est la première génération à se poser cette question.
François Morel : Aujourd’hui, quelle est la dynamique de l'intégration?
Iulia : Inclure les différences constitue le défi de l'école républicaine, ce qui s'oppose au modèle national unitaire et homogène, qui laissait peu de place pour la différence ; c'est à l'aune de cet objectif qu'il faut repenser les contenus.
Guy : Il faut changer de focal, l’école doit se mettre au service de l'élève; c'est lui qui doit réussir. Il faut voir les élèves comme des individus, c'est en ce sens que l'inclusion suppose un regard différent sur l'élève.
Philippe Rego : En quoi la mise en place d'un enseignant médiateur est-elle une solution?
Nara : Il semble impératif de s'entourer d'une diversité de partenaires et considérer les médiateurs comme des facilitateurs à géométrie variable ; la médiation scolaire est incontournable. Il faut développer la conscience et la connaissance du système social des communautés pour utiliser les bons leviers. Mais la culture de la médiation reste actuellement quasi inexistante ou non professionnalisée ; le métier de médiateur interculturel n'est pas reconnu. Il est indispensable que l'enseignant soit reconnu et se reconnaisse comme un acteur social.


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