Résumé : Cet article se propose de mettre en perspective les théories "traditionnelles" de la croissance régionale avec la théorie de l'entrepreneur





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Théorie (s) hétérodoxes du développement local et théories de l’entrepreneur
Les théories hétérodoxes trouvent dans la thèse d’un développement auto-centré une inspiration commune (Aydalot 1985, p.144). Aydalot trouve par exemple dans les travaux de John Friedmann (1972) sur le Venezuela l’origine de la théorie du développement endogène. Il s’agit d’une théorie du développement pour les pays pauvres et non d’une théorie construite pour penser la croissance régionale des pays riches. L’objectif de cette approche est aussi de proposer une alternative au capitalisme. Elle véhicule une dénonciation de la société de consommation des économies occidentales. « Vivre et travailler au pays » est son slogan. Elle est donc à la fois une manière d’analyser la réalité et un projet politique.
La théorie du développement auto-centré critique les principes de l’économie de marché en pointant son a territorialité et la faiblesse de ses techniques d’évaluation de l’optimum (calcul du PIB). Elle propose à la place une théorie territoriale, communautaire, valorisant les ressources locales, la petite échelle, les besoins fondamentaux, l’autarcie sélective, et l’économie informelle, et construit sur des formes de gouvernement micro fédérales (Aydalot 1985, pp.146 – 148). Cette théorie a connu un renouveau intellectuel avec les études monographiques de Piore et Sabel (1984) ou de Bagnasco (1988) sur la « Troisième Italie ». Il s’agit là de montrer que les succès dans les années 80 (marquées par la récession dans de nombreux pays européens) des fameux « districts industriels » italiens, tissus de PME spécialisées, ne sont que des cas particuliers d’une tendance plus générale (Benko, 2008). La « construction sociale du marché », basée sur le tryptique concurrence/émulation/coopération, permet alors de dépasser les rigidités structurelles de la régulation fordiste. Elle rend à la main d’œuvre sa professionnalité, facilite la décentralisation de l’innovation ainsi que la coordination.
Si on s’en tenait là, on serait conduit à penser que l’émergence de la NEG a répondu à une partie des critiques adressées par les théoriciens hétérodoxes à la théorie des marchés. Son projet politique semble, en revanche, d’actualité. Il inspire à l’évidence les projets d’économie équitable centrés sur l’intérêt des producteurs locaux et non les grandes organisations. L’idéologie du « small is beautiful » reste en ce sens très présente aujourd’hui. La pratique des terroirs, des AOC, et/ou la construction d’une économie autour du concept de pays continue aussi de s’inspirer de ce projet alternatif (Samson Ternaux, 2004). L’actualité politique des théories hétérodoxes nous intéresse, cependant, moins que la manière dont elle explique la croissance régionale et plus particulièrement le développement local. Elle trouve en fait dans le travail de l’école californienne de géographie économique de Storper8 et Scott (2001) (Kratke 1997, p.269) (3.1) et l’approche régulationniste de l’économie régionale ses développements les plus intéressants (3.2). Ce sont ces développements récents qui sont aussi les plus proches de la théorie autrichienne des déterminants spatiaux de la découverte des opportunités de profit (3.3). Même si nous n’aborderons pas ici cette littérature, nous nous devons néanmoins de mentionner les approches évolutionnistes (Dosi et Salvatore, 1992) ou culturalistes (Thift, 2000) dont les conclusions pourraient également être lues à la lumière de la théorie de l’entrepreneur.
-3.1- L’économie californienne de géographie économique
L’école californienne de géographie se rattache à la théorie du développement auto-centré d’une part parce qu’elle partage son contexte de découverte politique et d’autre part parce qu’elle pense que les différentiels de développement entre les régions trouvent leur principale explication dans la dynamique de formation des districts industriels et des technopoles, considérés comme des lieux d’expression de l’accumulation flexible. Il s’agit de faire une géographie économique du capitalisme. Dans son chapitre 5 sur les fondements régionaux de la performance économique, Scott (1997, 2001) mobilise l’économie régionale de Perroux, la théorie des externalités et définit une transaction comme caractérisée par son espace économique et son espace géographique (Scott 1997, 2001, p.92 – 93). Les coûts de l’échange sont dépendants aussi de l’espace. Ils dépendent du niveau des obstacles géographiques. Ces coûts peuvent être mesurés le long d’une simple échelle de coûts de transport directs, mais aussi en tenant compte du temps de transport des personnes, des taux de détérioration du matériel et de l’information, de la rapidité de circulation des intrants et des extrants, de l’efficacité des systèmes de production en juste-à-temps, etc. (Scott 1997, 2001, p.94). L’idée originale de cette approche par rapport aux analyses classiques est que « les échanges (transactions) et les externalités ne sont pas indépendantes les unes des autres, puisque les premières procurent couramment des canaux par lesquels l’accès aux secondes est obtenu » (Scott 1997, 2001, p.95). Le choix de localisation est alors le résultat de ces interdépendances spatiales et temporelles des effets d’agglomération, du cadre institutionnel, des trajectoires, des dépenses de sentier, etc. L’organisation industrielle d’un territoire doit ainsi réaliser le « trade-off » entre coûts de transaction internes aux firmes et ceux externes. Dans une revue de littérature éclairée des nouvelles théories des sciences régionales, Benko (2008) définit dans cette optique l’école californienne de géographie économique comme appartenant au paradigme « Coase-Williamson-Scott ». La région est selon ses auteurs « dépositaire de savoir-faire spécialisés et de compétences technologiques, alors même que la globalisation des relations économiques se poursuit à un rythme accéléré » (Scott 1997, 2001, p.109). Une telle grille de lecture permet alors de comprendre pourquoi l’importance croissante des économies de variété privilégie aujourd’hui la flexibilité du système productif à la concentration en grandes entreprises favorables aux économies d’échelle (Benko, 2008).
-3.2- L’approche régulationniste : l’introduction des institutions
L’approche régulationniste de l’économie régionale s’est développée autour des travaux de Leborgne et Lipietz (1991, cité par Kratke 1997, p.267). Elle est aussi très critique vis-à-vis du capitalisme et de la mondialisation. Elle critique la constitution des mégapoles qui seraient le résultat du marché et de ses économies d’agglomération. Elle estime qu’il existe un seuil au-delà duquel l’agglomération n’agglomère plus et relègue une partie de ses habitants dans des ghettos (Lipietz 2001, p.41). Elle conclut par l’impossibilité pour l’homme d’artificialiser à outrance son environnement. Au-delà d’un certain seuil, l’empreinte écologique de l’homme provoque un renversement de priorité. Le développement économique issu des économies d’agglomération risque de faire éclater l’équilibre écologique de la planète et à terme de rendre le développement insoutenable. Le passage de la métropole à la mégapole serait le moment où ces risques et ces conflits de logique s’organiseraient. Le monde idéal qui guide cette analyse est alors la construction d’une France de petites villes, de métropoles à taille humaine et d’un aménagement du territoire capable de rendre le développement durable. Le contexte de découverte de cette approche est donc plutôt anti-marché.
Le principal apport de cette approche nous semble être de sortir du monde a institutionnel des modèles néoclassiques. L’économie régionale introduit la dimension spatiale dans la théorie de la régulation et la théorie de la régulation apporte la dimension institutionnelle et socio-culturelle à la théorie de la croissance régionale qui a tendance à modéliser la dynamique de création de richesses autour d’une simple fonction de production extrants – intrants. Dans cette perspective ce qui fait la compétitivité d’une région ce n’est pas la compétitivité prix ou la compétitivité résidentielle, mais une sorte de compétitivité organisationnelle. Le facteur le plus important pour le développement est la capacité à innover dans le domaine des concepts de production et de l’organisation industrielle.
Ni la théorie de la base, ni la théorie des gains de productivité et ses développements autour de la nouvelle économie géographique ne traitent de cette dimension dans leurs travaux. Les institutions sont définies comme « l’ensemble des accords et des règles prévalant dans une économie donnée, lesquels sont intimement liés à la structure sociale locale » (Kratke 1997, p.265). La théorie des institutions est alors utilisée pour réunir des concepts clés tels que réseaux régionaux, districts industriels, milieux innovants, ou modes de régulation socio-économiques. Le contexte institutionnel ne se résume pas au droit. Il comprend aussi l’ensemble des pratiques (organisation du travail, politiques publiques locales, organisation industrielle) caractérisant un territoire particulier (Kratke 1997, p.270). Le différentiel de croissance régionale ne s’explique plus seulement par des différences de dotation de facteur capital – travail, mais aussi et surtout par les caractéristiques du système de production et de régulation d’une région. L’introduction de l’espace dans la théorie de la régulation contribue ainsi à préciser les raisons de la croissance. L’apport de la théorie de la régulation est d’expliquer le retour des districts industriels, autrement dit des systèmes de production régionalisés par l’évolution des modes de régulation du capitalisme. La crise du fordisme conduit à une transformation de l’espace socio-économique qui prend des formes post-fordistes. L’organisation de l’espace est en ce sens dépendante de l’histoire des formes de régulation, mais celle-ci n’est plus indépendante des caractéristiques de l’espace sur lequel ils évoluent.
L’apport des études empiriques de l’économie régionale régulationniste est alors de décrire les bases institutionnelles des différences de dynamique entre les régions (Emilie-Romagne, Bade-Würtenberg, Silicon Valley, etc.). Il s’agit d’expliquer la richesse de ces régions par leur modèle de districts industriels à spécialisation flexible. Modèle qui n’est pas identique d’une région à l’autre et qui se caractérise par des modes de régulation spécifiques mais gagnants. La tendance à la « désintégration verticale » est générale mais très diversifiée (Benko, 2008). C’est l’articulation d’un modèle -1- de relations salariales et de travail, -2- de relation de concurrence, -3- de régime de consommation (notion de « cohérence structurée » avancée par Aydalot, cité par Harvey 2008) et -4- du rôle de l’Etat qui spécifie chaque district et le conduit à la réussite économique. Naturellement ce type d’approche conduit à s’interroger sur l’origine de ces compromis institutionnels. L’étude des déterminants socio-culturels s’impose. Ces caractéristiques et les traditions industrielles de chaque région influencent les formes institutionnelles de l’économie régionale (Kratke 1997, p.272). Il et aussi à noter les stratégies différenciées des élites. Selon qu’elles soient défensives ou offensives, elles influent grandement sur la nature du compromis institutionnel retenu (Benko, 2008).
L’étude de Ouardighi (2006)9 sur les disparités régionales françaises propose aussi une explication du retour des disparités par la théorie des systèmes locaux d’innovation. « L’inertie de spécialisation serait le résultat du caractère localisé des activités d’innovation et du rôle joué par les systèmes nationaux (Lundvall 1992) ou régionaux (Cooke 1997, Howells 1999) d’innovation » (Ouardighi 2006, p.84). Il n’y a pas convergence parce que les systèmes nationaux d’innovation se sont dressés contre un capitalisme mondialisé qui ignore les territoires et leurs qualités économiques. Son étude sur 221 régions européennes renforce la robustesse de cette affirmation. L’article de Cem Ertur et Wilfried Koch (2005) montre aussi l’existence d’une forte auto-corrélation spatiale (globale et locale) ainsi qu’une forte hétérogénéité dans la distribution des richesses au niveau européen.
L’autre apport de cette approche est de proposer une manière originale de penser la politique publique régionale. Elle retrouve le thème du localisme de la théorie du développement endogène lorsqu’elle tend à préférer le développement autonome au développement dépendant d’un centre délocalisé. Elle n’est pas très différente de l’approche par la base mais s’en distingue. Elle rejoint les économistes de la théorie de la base lorsqu’il s’agit de penser la politique régionale de l’Etat. Lipietz (2001, p.40), par exemple, mobilise explicitement les travaux de Davezies pour soutenir que « la réallocation de la force de travail par déménagement des personnes dans l’espace, selon le seul jeu de la loi de l’offre et de la demande est a priori sous-optimal ». Elle oppose aussi les régions qui prospèrent indépendamment de leurs capacités de production et qui sont sous le contrôle de centres économiques de pointe aux régions autonomes, capables de générer elles-mêmes un développement en faisceaux d’entreprises. Il y a donc un déplacement de la théorie de la base au niveau mondial (Kratke 1997, p.264). Une région peut être prospère mais dépendante de la prospérité d’une région qui lui est totalement étrangère parce qu’elle accueille le siège social des entreprises qui font son développement. Il ne s’agirait que d’une forme de développement artificiel et non durable, car sans contrôle des centres de décision locaux. Elle partage en ce sens le diagnostic selon lequel il ne faut pas contraindre trop la croissance de la région Ile-de-France pour favoriser la croissance des autres régions. Elle ajoute en filigrane qu’il ne faut pas attendre du capitalisme mondial (et financier en particulier) qu’il soutienne le développement local.
-3.3- La proximité analytique des théories entrepreneuriales et des théories hétérodoxes
Les théories hétérodoxes du développement local et de l’entrepreneur ont de nombreux points communs, même si elles ne partagent pas le même contexte de découverte.
-1- Elles s’accordent pour ne pas sacraliser les PIB régionaux. La théorie de l’entrepreneur explique mieux le progrès économique que le taux de croissance du PIB régional (Holcombe 1998, 2004, Facchini 2007). -2- Elles développent une vision assez proche du capitalisme. Au cœur du capitalisme il y a l’entreprise10. -3- Elles possèdent de nombreux points communs sur la manière de conceptualiser les effets du territoire sur la dynamique économique d’une région et plus généralement d’un pays.
Nous avons eu l’occasion de rappeler que dans la théorie de l’entrepreneur l’origine de la création de valeur est l’acte de perception des entrepreneurs qui découvrent une opportunité de profit. C’est parce que les entrepreneurs perçoivent des opportunités d’échanges mutuellement avantageux non encore exploités qu’ils participent à la spécialisation et entretiennent la recherche de gains de productivité des facteurs. La croissance est bien en ce sens non pas un processus linéaire, mais un processus heurté et guidé par l’action des entrepreneurs. On peut en ce sens réinterpréter la théorie des pôles de croissance en disant qu’à l’origine il y a un germe autour duquel se polarise l’ensemble de l’économie d’un territoire. Ce germe est la perception d’une opportunité de profit. De cet acte naît l’entreprise (Facchini 2006). L’idée d’une croissance polarisée autour d’une industrie motrice est la traduction en langage sectoriel de la théorie selon laquelle le géni du développement économique est l’entrepreneur.
Si, à l’origine de la création de richesse, il y a la découverte d’une opportunité de profit il est alors logique de s’interroger sur l’origine de cette découverte, sur ce qui fait que l’individu A n’a pas perçu les mêmes opportunités que l’individu B. C’est là qu’apparaît l’effet de l’espace sur les choix et la dynamique économique d’une région. L’espace n’est pas simplement une contrainte de coût. L’espace est comme le temps.
L’entrepreneur agit dans le temps de la conscience et l’espace. Il est celui qui imagine les possibles économiques, juge de leur probabilité de réalisation et commande au moment opportun, autrement dit s’engage pour réaliser son idée. Son acte est localisé sur un territoire, dans un espace. Les entrepreneurs accumulent des connaissances et des manières de voir le monde différentes parce qu’ils vivent au sein d’espaces cognitifs différents. Le territoire se définit comme un espace cognitif parce qu’il est le lieu où les agents partagent de la connaissance et apprennent à se connaître (Ikeda 2004). Le territoire développe un réseau de relations sociales où chacun partage des expériences sur les conséquences de ses actes. L’entrepreneur échange, grâce à des effets de proximité des façons de penser, de faire les choses et d’apprendre (Desrochers 2001, p.34, Perrin 2001). Il est au contact physique avec d’autres agents et cela lui permet de saisir de la connaissance qu’il ne pourrait pas obtenir dans un monde virtuel ou un système artificiel de communication. La présence physique d’un groupe d’individus dans un même lieu est un moyen unique de partager de la connaissance. C’est en ce sens qu’il faut interpréter l’expression hayékienne de « connaissance de temps et de lieu » (Facchini 2006b, p.274). L’entrepreneur porte, en ce sens, avec lui son territoire, car il voit le monde avec la connaissance que lui a permis d’acquérir le territoire sur lequel il s’est formé. C’est en ce sens que l’entrepreneur est « captif ». Les entrepreneurs possèdent chacun de leur côté une connaissance qui leur est propre et qui découle de leurs expériences et de ce qu’ils ont pu partager avec les autres dans un même espace. La répartition des hommes sur des territoires différents explique ainsi en partie la dispersion de la connaissance et la diversité des manières de voir le monde. Les hommes n’apprennent pas les mêmes choses parce qu’ils ne vivent pas les mêmes choses, mais aussi parce qu’ils n’évoluent pas sur les mêmes territoires. Cela est d’autant plus vrai qu’à chaque territoire correspond un système institutionnel et que chaque système institutionnel véhicule une connaissance tacite particulière. Les institutions sont territorialisées (zone d’application) et fondent le travail de compréhension de chaque individu. Elles préparent le travail d’apprentissage des individus et la nature des opportunités de profit qu’ils vont pouvoir saisir. Elles prédisposent les entrepreneurs à voir des opportunités que les autres ne voient pas et inversement. L’entrepreneur est donc celui qui perçoit une opportunité de profit non encore exploitée par le marché (profit d’innovation, profit d’arbitrage ou profit de spéculation) et sa perception est encastrée dans un espace cognitif particulier qui le prédispose à voir des opportunités que les autres ignorent.
L’acte de perception des profits n’est donc pas un acte isolé. Il doit être replacé dans un réseau, dans une dynamique collective. L’entrepreneur est à l’origine de la création de valeur parce qu’il crée non intentionnellement un réseau d’externalités favorisant la création de nouvelles idées et la formation des nouveaux marchés. Ce réseau d’externalités est à l’origine de la formation de modèles mentaux (Minniti 2005, p.7) qui permettent de limiter l’ambiguïté de l’information délivrée par l’environnement social. Moins l’information est ambiguë et plus l’individu sera prêt à s’engager dans les affaires. Plus l’expérience et la connaissance sur la procédure à adopter pour devenir entrepreneur deviendront observables, plus l’effet d’entraînement sera intense. Selon Minniti les réseaux d’entrepreneurs permettraient ainsi de lever une partie de l’ambiguïté de l’information et d’améliorer la qualité des choix. Plus le nombre des entrepreneurs est important, plus l’ambiguïté des informations est faible car plus l’individu pourra caler ses croyances sur la loi des grands nombres. Entreprendre devient un comportement type. Un processus mimétique s’engage. Il est à l’origine de la constitution de ce que nous pourrions appeler un pôle. Le nombre des créations d’entreprise est pour cette raison une variable qui s’explique par lui-même parce qu’il influe sur l’existence des opportunités et la perception des risques. Si Monsieur Durand a réussi dans les affaires il n’y a pas de raisons pour que j’échoue. La théorie des réseaux d’entrepreneurs repose ainsi à la fois sur le mimétisme, la confiance et la transmission d’expérience à l’origine d’une moins grande ambiguïté de l’information.
Cette manière de théoriser l’apport du territoire à la croissance régionale pourrait être utilisée pour approfondir notre compréhension des économies externes d’agglomération et/ou l’accès au marché. La localisation d’un entrepreneur agit sur la localisation de son projet de firme mais aussi sur sa connaissance de temps et de lieux et in fine sur le nombre des entreprises. La localisation des firmes est à la fois un déterminant du nombre des firmes et de leur concentration territoriale. Cela explique les inégalités entre les régions et l’absence de convergence. Le passage par la théorie de l’entrepreneur permet, néanmoins, de ne pas oublier qu’à l’origine du développement économique sur un territoire il y a l’action humaine, la recherche de profit de la part d’un entrepreneur. Le pouvoir des grandes unités de production est alors toujours menacé sur les moyen et long termes par le renouvellement des manières de voir les possibles économiques. La dynamique de croissance d’une région reste fragile. Elle ne dépend pas de la taille des firmes mais de la vigilance aux opportunités de profit des indigènes/autochtones.
Cette manière d’ancrer la découverte des opportunités de profit dans le territoire est très proche aussi des développements proposés par la théorie du développement endogène dans sa version californienne lorsque cette dernière définit la région comme le « dépositaire de savoir-faire spécialisés et de compétences technologiques, alors même que la globalisation des relations économiques se poursuit à un rythme accéléré » (Scott 1997, 2001, p.109). Elle n’est pas non plus très éloignée des apports de la théorie de la régulation à l’économie régionale. La théorie de l’entrepreneur partage avec la théorie de la régulation au moins deux choses. -1- L’une et l’autre donnent une place aux institutions et à la culture dans leur explication des différentiels de croissance et de développement économique. -2- L’une et l’autre donnent un rôle central à la connaissance. L’espace est la base matérielle de la vision du travail et surtout de la socialisation des savoirs et des savoirs-faires (Benko et Lipietz 1992). La transaction est un canal de transmission qui a deux dimensions : une dimension économique et une dimension géographique (Scott 1997, 2001, p.92). On retrouve ici la théorie selon laquelle il existerait un espace cognitif qui rend captif les individus et influe sur leurs choix. Cette captivité doit, cependant, être pensée comme une richesse, car elle conditionne la diversité des perceptions et la complémentarité des projets individuels. Les théories se distinguent, en revanche, sur leurs visions du marché. La théorie de la régulation ne partage pas la vision plutôt optimiste du marché et de l’activité des entrepreneurs que véhicule la théorie de l’entrepreneur. La théorie de l’entrepreneur ne s’inquiète pas du cosmopolitisme du marché. La mondialisation des échanges est, au contraire, perçue comme favorable à la prospérité d’un territoire parce qu’elle augmente les opportunités de profit, les mondes des possibles économiques pour les acteurs. Elles ne partagent pas non plus la même théorie des changements institutionnels. L’approche régulationniste est systémique et néglige le rôle de la créativité humaine dans le renouveau des districts industriels. Elle tend à penser que ces modifications étaient inéluctables et qu’il ne pouvait pas en être autrement. Ce n’est pas de la sagesse des hommes de ces régions qu’est venue l’innovation organisationnelle mais des contraintes que l’évolution du capitalisme leurs ont imposées. La théorie viennoise de l’entrepreneur donne, au contraire, une place importante à l’entrepreneur en institution et à l’entrepreneur politique dans les changements institutionnels. Malgré ces différences de perspective politique la théorie de l’entrepreneur et l’approche régulationniste de l’économie régionale et ses prémisses californiennes ont des points communs et pourraient s’enrichir mutuellement sur leur définition de l’espace et de ses effets sur le développement local.

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