Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L'éternel retour de l'âme





télécharger 335.75 Kb.
titreArticle de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L'éternel retour de l'âme
page1/28
date de publication22.05.2017
taille335.75 Kb.
typeDocumentos
e.20-bal.com > économie > Documentos
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   28
Les enjeux de la croissance face au développement DOSSIER SCIENCES HUMAINES
Jusqu’à peu, la croissance était vue comme ce qui permettait l’amélioration continue et infinie des conditions de vie. Mais face aux problèmes environnementaux, elle est désormais remise en question. Certains proposent d’en revenir à des modes de vie plus simples. D’autres préfèrent évoquer une croissance soutenable. Entre décroissance et développement modéré, quelle est la solution la plus adaptée à nos sociétés ultra-modernisées pour sauver l’environnement ?

Article de la rubrique « Repenser le developpement »

Mensuel N° 206 - juillet 2009
Dossier : Repenser le développement / L'éternel retour de l'âme

Le temps de l'humilité Xavier de la Vega

Le consensus de Washington fut pendant deux décennies le credo des experts du développement. Entré en crise à la fin des années 1990, il cède peu à peu la place à une nouvelle constellation intellectuelle, plus humble et aussi plus curieuse de la diversité du monde, dans l’adversité comme dans la prospérité.



On le sait déjà, les pays les plus pauvres de la planète seront aussi les plus touchés par la crise financière. Si elle estime que 300 millions de personnes avaient pu sortir de la pauvreté depuis la crise des économies asiatiques, en 1997-1998, la Commission du développement social des Nations Unies prévoit que 60 % d’entre elles vont y retourner aussi sec suite au krach de 2008-2009 (1). De son côté, un économiste de la Banque mondiale assène : « Nous avons calculé à partir des précédentes crises que la récession contribuera à faire mourir au cours de leur première année 700 000 enfants africains par an (2) ». Le sort de nombreuses populations du globe ressemble à s’y méprendre à celui de Sisyphe. À peine sont-elles parvenues à s’extraire un tant soit peu de la pauvreté, qu’une nouvelle crise les y précipite à nouveau. Cette vulnérabilité ne concerne pas l’ensemble du monde en développement, où l’image d’une pauvreté endémique coexiste avec celle de réussites économiques indéniables. Elle n’en sonne pas moins comme un constat d’échec pour ceux qui ont mené la danse des politiques de développement au cours du dernier quart de siècle. Car là où elles ont été appliquées, ces politiques ont souvent été le synonyme d’une croissance faible et instable.

Au début des années 1980, alors qu’une bonne partie des pays du Sud sombrait dans la crise de la dette extérieure, les bailleurs de fonds internationaux, Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale à leur tête, voulurent leur donner du baume au cœur. Il y aurait une lumière au bout du tunnel. Mais il fallait pour cela tourner le dos aux politiques suivies jusqu’alors. Mettre fin d’abord à ces politiques « populistes » qui achetaient la paix sociale en ouvrant les vannes de la dépense publique. Réduire ensuite le périmètre de ces États qui, par le biais d’entreprises publiques, interféraient directement dans la production. Supprimer enfin toutes les mesures qui faussaient les prix de marché, depuis les prix garantis pour les produits agricoles jusqu’aux diverses taxes et droits de douanes destinés à protéger les industries nationales. Les clés de la réussite tenaient désormais en trois mots : « stabiliser » (la monnaie), « privatiser » (les entreprises d’État) et « ouvrir » (les frontières nationales aux marchandises et aux capitaux). Au début des années 1990, John Williamson, économiste de son état, connut son heure de gloire en rassemblant ces nouvelles orientations sous une appellation qui attirerait bientôt les foudres de la critique : le « consensus de Washington » .

 

Consensus de Washington : des résultats en trompe-l’œil


Ce dernier s’appuyait sur un diagnostic : le « retard » des économies en développement était dû à leur carence en capital et aux distorsions que leurs États introduisaient dans le jeu du marché (3). Les recettes du consensus de Washington étaient supposées corriger le tir. Le capital affluerait vers les pays où il était rare et stimulerait une croissance désormais sans entraves. La richesse ainsi obtenue ruissellerait tôt ou tard vers le bas de la pyramide économique, amorçant la décrue de la pauvreté.

De fait, les estimations de la Banque mondiale semblent indiquer que cette prophétie est en voie de se réaliser. Selon les derniers calculs, un demi-milliard de personnes est sorti de l’extrême pauvreté (personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour) entre 1981 et 2005 (4). C’est considérable. À y regarder de plus près, il apparaît pourtant que l’essentiel de cette décrue est à mettre au crédit des performances spectaculaires de l’Inde, de la Chine et de quelques dragons d’Asie du Sud-Est. Or ces pays sont ceux qui ont le moins suivi les recommandations du consensus de Washington. L’économiste américain Dani Rodrik observe ainsi : « La Chine et l’Inde ont certes accru leur recours aux forces du marché, mais leurs politiques sont demeurées très conventionnelles. Avec leurs niveaux élevés de protectionnisme, leurs privatisations plus que modérées, leurs politiques industrielles ambitieuses et leurs politiques fiscales et financières laxistes, ces deux économies faisaient difficilement figure d’exemples du consensus de Washington (5) » .

Si l’on tourne le regard vers l’Afrique et l’Amérique latine, deux contrées qui, bon gré mal gré, ont suivi les recommandations de Washington, le bilan est nettement moins encourageant (6). Depuis les années 1990, l’Amérique latine a crû à un rythme inférieur à la période 1950-1980. Quant à l’Afrique, si elle a pu enregistrer des taux de croissance de 5 % annuels, ce rythme est insuffisant pour résorber la pauvreté. Autre trait commun, la vulnérabilité des économies et de leurs habitants aux à-coups du marché. Le sort de nombre d’Africains est à la merci des fluctuations des prix des matières premières, menacé tantôt par le renchérissement soudain des denrées alimentaires, tantôt par la chute des cours des produits d’exportation. L’Amérique latine a quant à elle connu la folie des marchés financiers et les yoyos des taux de change : la croissance des années 1990 s’est heurtée à la crise du peso mexicain en 1994, puis à celle du real brésilien en 1998, avant que l’Argentine connaisse une véritable débâcle monétaire et financière en 2001-2002. Pour les pauvres, la figure de Sisyphe est toujours prompte à resurgir.

 
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   28

similaire:

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Banque mondiale, Repenser la géographie économique. Rapport 2009...
«bottom billion» exclus du développement, pris comme dans un piège et sans accès aux marchés mondiaux

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Ème école «Sustainability, so what ? Retour critique sur les promesses...
«Sustainability, so what ? Retour critique sur les promesses du développement urbain durable» (8-9 octobre 2009, epfl lausanne)

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Repenser l’économie avec les citoyens

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Projet de loi pour le developpement de la petite entreprise et de l’artisanat
Les dépôts visés à l’article 5 peuvent également permettre dans la limite de X%, apprécé changement. L’article 6 de la loi 83-607...

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\La loi du 31 juillet 2014 a prévu, en son article 4, que le csess...

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Dossier ag carbon’at – 2 juillet 2014
«Bilan 2013» du club Economie de la fonctionnalité et développement durable sur le site du club

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\La réputation d’entreprise à l’heure du numérique Quelles stratégies...

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Santé et travail : repenser les liens
«pour agir autrement» dans trois champs d'activité : le travail professionnel, l'économie et la politique

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\4. 1 : La production et l’organisation du travail
«Repenser l’organisation du travail pour plus de bien être» l’Express 28/10/2014

Article de la rubrique «Repenser le developpement» Mensuel N° 206 juillet 2009 Dossier : Repenser le développement / L\Décision du 2 juillet 2015 précisant la forme et le contenu du dossier...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com