Résumé Les espaces ruraux français connaissent un véritable essor socio-économique en grande partie soutenu par des dynamiques résidentielles et «présentielles»





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date de publication22.05.2017
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Etrangers dans les campagnes : un facteur de développement économique des espaces ruraux ?

Magali Talandier, Institut d’Urbanisme de Paris, laboratoire C.R.E.T.E.I.L., Université Paris 12.
Résumé

Les espaces ruraux français connaissent un véritable essor socio-économique en grande partie soutenu par des dynamiques résidentielles et « présentielles ». Par ailleurs, on sait que de nombreux étrangers choisissent les campagnes françaises comme lieu de vie mais aussi pour passer leurs vacances. La présence de ces étrangers est-elle un facteur significatif de la revitalisation rurale française ?
Abstract

Foreigners in rural areas: an economic instrument of rural revitalisation

There is a new situation for French rural areas, which know a real demographic and economic revival. The revival is a consequence of residential and “presential” process of local development. Many foreigners, tourists and residents, choose French rural areas for their pleasure and also to settle in the country. Do foreigners’ incomes and expenditures constitute a significant economic factor of rural revitalization? This work will try to give an answer.
Introduction

Les espaces ruraux connaissent une véritable revitalisation en termes de population, mais aussi d’emplois, de revenu … revitalisation que les théories habituellement mobilisées en géographie économique ne peuvent expliquer. La théorie de la base, construite à partir des revenus extérieurs captés par les territoires, constitue un cadre d’analyse conceptuel pertinent, nous permettant de montrer le poids qu’occupent aujourd’hui les dynamiques résidentielles et « présentielles » dans ces espaces. Quelle place occupe les étrangers dans ces processus ? Quels impacts ont-ils sur le développement rural ?

I) La revitalisation rurale ou les vertus d’un modèle résidentiel de développement territorial
I-1) Les chiffres clés de la revitalisation rurale

L’un des signes forts de la revitalisation rurale est sans nul doute le renversement de tendance démographique observé entre 1990 et 1999 dans ce que l’INSEE nomme « l’autre rural ». Cet espace défini par défaut (il est tout ce qui n’est ni urbain ni pôle rural ou périphérie d’un pôle rural dans le ZAUER) voit pour la première fois depuis des décennies sa population augmenter. Les soldes migratoires (positifs depuis la deuxième moitié des années 1970) conditionnent bien entendu ce retournement. Cependant, si les soldes naturels demeurent globalement négatifs, on note tout de même une amélioration de ceux-ci pour plus d’une commune sur deux de cet espace. Les soldes migratoires, de plus en plus excédentaires, témoignent donc de l’attractivité grandissante de ces espaces, même lorsqu’ils sont particulièrement isolés ou à l’écart des dynamiques métropolitaines et urbaines. Le succès migratoire de ces zones "reculées" n’est pas non plus uniquement le fait de zones méridionales ou touristiques (même si celles-ci sont particulièrement attractives). Au contraire, il semblerait que "plus ces communes sont enclavées, éloignées de tout, mal desservies, plus elles sont attractives" 1. L’observation des tendances démographiques sur une longue période témoigne de ce processus de repeuplement rural. Le solde migratoire s’améliore au point de compenser le solde naturel qui lui reste négatif, la population croît. Le déficit naturel est de moins en prononcé dans certains cas jusqu’à devenir positif dans les territoires ruraux les plus dynamiques. Ainsi, il se peut que certains espaces ruraux encore touchés par l’hémorragie démographique soient plutôt en retard de développement qu’en crise. Ce résultat est tout particulièrement pertinent pour les espaces situés au sud de la Loire, les espaces ruraux du nord-est métropolitain demeurant, eux, toujours et de plus en plus « in-attractifs » (voir Talandier 2003, 2005)2. Les données du nouveau recensement de 2004 confirment ces tendances, comme la presse et les médias ont pu le souligner (regain démographique notamment du Limousin et de l’Auvergne).
La démographie c’est une chose, mais qu’en est-il du côté des emplois, de l’activité en général ou encore des revenus?

Certes l’emploi total est stable dans l’espace rural, voire diminue dans cet « autre rural ». Cependant, cette stagnation (ou baisse) reflète en réalité une restructuration profonde de ces espaces. Si l’on considère les emplois hors agriculteur exploitant, les variations sont alors positives, avec des taux de croissance de plus de 7% entre 1990 et 1999, soit nettement supérieurs à la moyenne française (moins de 5%). Sur des données plus récentes, on note un accroissement de 19 % des emplois salariés privés entre 1993 et 2002 dans l’ « autre rural », un résultat là encore bien au dessus de la moyenne française ou de province. L’effondrement des emplois d’agriculteurs-exploitants contribue encore à 70% des pertes d’emplois ruraux. Ces pertes sont en partie compensées par l’essor des emplois de la fonction publique et des services à la personne.
Retour à la croissance du nombre d’actifs occupés entre 1990 et 1999, faiblesse du taux de chômage et de sa progression par rapport au reste du pays sont également des signes de cette revitalisation. Plus précisément, c’est le développement rapide de l’activité féminine qui a permis de compenser les pertes massives d’actifs occupés masculins (notamment dans l’agriculture). De nombreuses études ont d’ailleurs souligné le rôle qu’ont pu jouer les femmes dans ce renouveau rural tant sur le plan économique (apport d’un salaire3, source de revenu stable ou encore diversification de l’offre agricole : agritourisme, vente directe4…), que sociologique (développement du lien ville-campagne, accroissement de la mobilité5, évolution des mentalités quant à l’organisation de l’exploitation agricole6).
Enfin, côté revenu, les résultats sont tout aussi positifs. Le revenu par habitant a progressé de 25 % entre 1990 et 2002 dans l’espace rural, soit un essor de plus de huit points supérieur à celui de la moyenne française (qui est donc de +16%). Si un écart subsiste entre les niveaux de revenus des ruraux (plus faibles) et des urbains, il tend fortement à se réduire. L’écart de revenu par habitant était de 23% en 1990 entre les revenus des ruraux et le revenu des urbains, il n’est « plus » que de 17% en 2002.
Ainsi, le repeuplement de l’espace rural, sa forte attractivité résidentielle, la hausse du nombre d’actifs occupés et la progression rapide du revenu et des emplois non agricoles sont autant d’éléments qui attestent de la revitalisation rurale.

Si les chiffres sont là, les modèles explicatifs à de telles tendances sont en revanche plus rares.

I-1) La base présentielle : principal moteur des économies locales rurales

La théorie de la base formulée par Werner Sombart en 19167 constitue le cadre conceptuel de notre analyse. Sa formulation en termes de revenu, développée par Laurent Davezies8 est particulièrement féconde pour comprendre ce renouveau rural, contrairement à la quasi-totalité des modèles de l’économie géographique9.

La théorie de la base décompose les économies territoriales en deux secteurs : le secteur basique, qui capte les revenus à l'extérieur de la zone considérée et le secteur domestique, qui produit les biens et services demandés localement. Véritable moteur de l’économie locale, le secteur basique induit, par un jeu de multiplicateur, des emplois et des revenus et assure le dynamisme économique et démographique des territoires.

Cette "base" peut se décomposer en quatre sous-secteurs :

  • la base productive : revenus issus de la production de biens et services exportés hors du territoire considéré.

  • la base présentielle (ou résidentielle) : revenus captés de l’extérieur grâce à la présence de certains agents, à savoir les migrants-alternants, les touristes et les résidents secondaires, ainsi que les retraites ;

  • la base publique : salaires publics versés par un agent extérieur au territoire ; l'Etat ;

  • la base sociale : revenus de transferts.


Les premières estimations de ce modèle réalisées sur les espaces ruraux des bassins de vie de l’INSEE, selon une méthodologie empruntée très largement à Laurent Davezies (2003)10, révèlent les ressorts économiques de ces territoires à l’étude.

Pour l’ensemble des bassins de vie de l’INSEE, la moitié des revenus basiques est de nature présentielle, près d’un quart de type productif ; les salaires publics basiques représentent 14 % et la base sociale 11 % (Talandier 2005). Dans les espaces ruraux de ces bassins, la base présentielle atteint près de 70 % des revenus captés à l’extérieur des territoires ; la base productive 16% et les bases publiques et sociales 14%. Au sein de cette base présentielle, ce ne sont pas les retraites qui dominent mais le tourisme, dont le tourisme en résidence secondaire, facteur clé de la revitalisation rurale. Le mythe de la maison de campagne s’accompagne d’une réalité statistique. Le phénomène des résidences secondaires rurales (un logement sur quatre dans l’autre rural) ne reflète pas ou plus la maison de famille laissée à l’abandon puisque "seules 9% des résidences secondaires possédées en France le sont par héritage" 11. Mais, l’impact du tourisme non-marchand est loin d’être négligeable et la "campagne" reste la première destination des français en termes de séjours, la deuxième en nuitées après le littoral (Direction du Tourisme - 2001).
Ainsi, loin des effets de la métropolisation, des phénomènes d’économie d’agglomération, d’externalités positives, de la mondialisation, de l’industrie « high tech » et de tout ce qui constitue pour les économistes les déterminants de la croissance territoriale, les espaces ruraux se refont une santé. Ils profitent non pas des ressors productifs du développement mais des ressors résidentiels, à même, on le voit de créer de réelles dynamiques dans des endroits où la théorie ne pouvait le prévoir.
Quel rôle jouent les étrangers nouveaux résidents ou touristes dans ce processus de renouveau rural et dans ce modèle de la théorie de la base revisitée ?
II) Les étrangers dans les campagnes : nouveaux habitants et touristes
Lorsque les étrangers s’installent dans un pays, dans l’espace rural de ce pays par exemple, ils sont synonymes de revenus supplémentaires à ce moment là pour le territoire d’accueil. Leur arrivée et leur installation s’accompagnent d’un flux de revenus qui va permettre de réaliser les premières dépenses et qui va générer de l’activité. Une fois installés, ils pourront rester des acteurs de la base économique locale si ils sont retraités, migrants-alternants, ou encore touristes lorsqu’ils se déplacent. Contraints par les données disponibles, nous ne pouvons distinguer au sein de ces acteurs locaux « basiques », ceux qui sont étrangers de ceux qui ne le sont pas, tout au moins à une échelle assez fine pour cerner les espaces uniquement ruraux12.

En revanche, nous pouvons aller un peu plus loin sur le cas des nouveaux arrivants, mais aussi sur le cas des touristes non résidents13 qui viennent passer leurs vacances en France (et qui alimentent donc les secteurs basiques des économies locales).

Nous nous intéressons donc ici aux migrants étrangers, installés en France entre 1990 et 1999 (données du recensement) ainsi qu’aux touristes non résidents en 2002 (données du ministère du tourisme). L’échelle d’analyse est celle des cantons, échelle assez fine pour mettre l’accent sur les spécificités de l’espace rural.

Combien sont ces migrants et touristes non résidents ? Où s’installent-ils ?
Les cartes 1 et 2 nous permettent de repérer les territoires d’installation des nouveaux arrivants (migrants étrangers) en volume mais aussi en proportion de la population résidente. Au total, 638000 étrangers résident en France en 1999 alors qu’ils étaient à l’étranger en 1990. Première remarque, les arrivées sont extrêmement concentrées sur le territoire. 10% des cantons accueillent 70% des migrants (alors que 10% des cantons représentent 36% de la population). Ces installations se font avant tout dans les cantons urbains14 (85% des arrivées entre 1990 et 1999 pour 72% de la population métropolitaine), et notamment à Paris (près de 14%), suivie de Strasbourg (1,7%), Marseille (1,6%), Toulouse (1,4%) et Lyon (1,4%). Hormis cette première caractéristique des migrations des étrangers vers la France qui se font vers les pôles d’emplois et la deuxième catégorie qui souligne les effets frontaliers du Nord Est, apparaît clairement un troisième phénomène peut-être plus inattendu, tout au moins en termes de représentativité statistique, à savoir l’attractivité de certains espaces ruraux. 1,7% des migrations des étrangers se font vers les cantons que nous qualifions de ruraux14 ; 6,6% vers les cantons ruraux « élargis », respectivement ces cantons regroupent 3,4% et 13,1% de la population métropolitaine. Globalement, les espaces ruraux sont donc faiblement attractifs auprès des migrants étrangers, exception faite cependant de certaines zones qui apparaissent clairement dans les cartes 1 et 2, à savoir des espaces ruraux au cœur du quart sud-ouest (Périgord, Quercy…) et dans l’arrière pays méditerranéen. Ainsi, ces espaces reconnus et appréciés pour leurs aménités naturelles, spécialistes du tourisme rural s’avèrent être des territoires également attractifs pour les étrangers désireux de s’installer en France. Ces statistiques viennent donc conforter les nombreuses analyses qualitatives en la matière (notamment sur l’accueil des britanniques dans l’ouest métropolitain).
Qu’en est-il à présent des touristes non résidents ? Les données mobilisées ici sont construites à partir des ressources du ministère du tourisme qui a calculé la présence effective dans les départements français en 2002 (voir les travaux de Christophe Terrier et al. 200515). A la population résidente annuelle, est soustrait les absences ou déplacements des résidents et est ajouté les nuitées des touristes, le tout transformé en équivalent « homme » année ou en personnes présentes effectivement sur une année dans chaque département. Au sein de ces données sur la présence, il est possible de distinguer la présence des touristes non résidents. Ainsi, globalement en France, la présence journalière moyenne des touristes non résidents est de 1,5 millions, soit l’équivalent de 2,6% de la population française résidente en 2002, variant de moins de 1% le jour de présence minimum (22 décembre) à près de 7% le jour de présence maximum (12 août). Répartie entre les cantons (au prorata de l’offre d’hébergement en nombre de places), la présence des touristes étrangers dessine une France touristiquement très variée : le littoral, l’arrière pays méditerranéen et breton, la forte attractivité touristique du quart Sud-Est entre mer et Montagne, les Alpes, les Pyrénées, le tourisme urbain, l’Alsace, ou encore du tourisme « vert » dans des espaces ruraux plus ou moins isolés (Auvergne, Bourgogne, Vercors etc.).

Si l’on rapporte maintenant cette présence effective de non résidents à la population résidente, on ne peut que souligner l’impact considérable du tourisme des étrangers dans certains cantons et notamment dans les cantons ruraux. Dans plus de 16% des cantons français, les touristes étrangers équivalent à plus de 6% de la population résidente, et dans 10% des cantons ce taux dépasse les 15% (pouvant atteindre près de 150%). Dans les cantons ruraux, 30%, soit près d’un canton rural sur trois, a un taux de présence de touristes étrangers supérieur à 6% de sa population résidente. Ce taux dépasse les 15% dans près d’un canton sur cinq.

L’impact des étrangers dans les campagnes françaises en termes de moteur de développement local ou de levier de revitalisation est clairement dominé par le tourisme, bien plus que par l’arrivée de nouvelle population.

Cette présence journalière moyenne dans les cantons ruraux approche les 490 000 personnes, soit près de 6% de la population de ces cantons. Or, le nombre de résidents étrangers qui résidaient à l’étranger en 1990 est de plus de 56000 (solde entre les entrées et sorties éventuelles obtenu au final en neuf ans). On peut extrapoler et à titre comparatif estimer, que chaque année, dans les cantons ruraux, les touristes étrangers représentent l’équivalent de 78 années d’arrivées de migrants étrangers venant de l’étranger.
Au niveau des dépenses de ces touristes étrangers (33 milliards en France en 2002 d’après la balance des paiements) et de leur poids dans les économies locales (au prorata de la présence), nos toutes premières estimations, très grossières car elles ne tiennent pas compte des différences éventuelles de comportement selon les territoires et surtout des différences de prix, nous amènent à un poids bien entendu nettement plus important dans les espaces ruraux qu’ailleurs. Ainsi calculées, les dépenses des touristes non résidents équivaudraient à 17% du revenu des habitants des cantons ruraux, pour 5% dans les cantons urbains (moyenne française de l’ordre de 7%). Ces taux variant fortement selon les cantons.
Si l’installation définitive des étrangers dans nos campagnes fait couler beaucoup d’encre, on peut affirmer sans risque de trop se tromper, qu’en termes de personnes concernées, mais aussi et en termes de dépenses, de revenu injecté et donc d’emplois créés pour les économies locales, l’impact des touristes étrangers est sans commune mesure avec celui de ces résidents étrangers.
Enfin, si les étrangers, touristes ou résidents, sont sans aucun doute des leviers de la revitalisation rurale, dans le sens où ils alimentent par leurs revenus, et leurs dépenses les économies locales, sont-ils les principaux facteurs du développement économique local ?
III) Les étrangers : facteurs du développement rural ? Premières estimations à partir d’un modèle inspiré des théories de la nouvelle économie géographique
Afin de tester l’impact de la présence et de l’installation des étrangers dans les cantons ruraux, nous reprenons le cadre théorique de référence en géographie économique de cette dernière décennie, à savoir un modèle du type Krugman (1991). Il est évident que ces modèles qui nous expliquent comment par le jeu des économies d’agglomération, des externalités positives, de la préférence des agents pour la diversité, on arrive à une situation de spirale cumulative à la Myrdal au profit des grandes villes n’est pas adapté à la situation rurale. Ces modèles sont même totalement dépourvus d’arguments quant à la revitalisation rurale que l’on observe en France notamment. En effet, ces modèles nous expliquent pourquoi et comment les entreprises mais aussi les individus (travailleurs/consommateurs) se concentrent dans les grandes villes, assurant ainsi leur développement, au détriment de territoires périphériques (dans le sens éloignés) comme les espaces ruraux.

Malgré ce constat, ou disons parce que justement ce constat, il nous semble pertinent de tester parallèlement au facteur « étrangers », des facteurs plus « classiques » afin de mesurer leur impact sur un modèle de développement non pas productif mais résidentiel.
Ces facteurs et les variables qui y sont associées sont les suivants :

  • Économie d’agglomération (densité) : DENS

  • Capital Humain (% bac+2 et +) : KH

  • Réactivité du marché de l’emploi (tx de chômage) : CHOM

  • Viviers de main d’œuvre (% jeunes dans la population) : JEUN

  • Proximité du marché (<50 km d’un chef lieu de rég .ou de dép.) : CHEFL

  • Accessibilité (présence d’un aéroport - dont aéroport lowcost) : AERO


Auxquels nous rajoutons la présence et l’installation de non résidents et d’étrangers :

  • Taux de présence des non résidents dans population locale : ETRPRES

  • % d’étrangers installés en France entre 1990 et 1999 / pop.99 : ETRMIG


Ces premières estimations ont donc pour but de tester l’impact des facteurs précédents sur trois fondamentaux du développement territorial (la population, le revenu et l’emploi16) pour les cantons ruraux (1369 cantons).

Comme l’indique le tableau 1, la densité des cantons a un impact négatif sur la progression de la population mais aussi sur celle des revenus et des emplois, contrairement à l’idée que l’on pourrait se faire à partir du modèle dominant. Cependant, la faiblesse du coefficient nous amène plutôt à considérer que ce facteur ne joue aucun rôle sur le dynamisme rural. Ainsi, la très faible densité de certains espaces ruraux ne serait pas un handicap tout au moins pour des critères démographiques, d’emplois et de revenu. Si la densité ne joue pas, la proximité d’un chef lieu de région ou de département semble déterminante dans le regain démographique et notamment dans l’attractivité migratoire des espaces ruraux. Ainsi, s’installer dans des espaces ruraux, très peu dense a du succès pour peu que le territoire ne soit tout de même pas trop éloigné d’un centre urbain conséquent. On peut y voir bien entendu aussi le phénomène de périurbanisation.
Tableau 1 : Résultats de la régression



Notes :

  • En italique (t student)

  • En gras, les coefficients significatifs

Source : calculs de l’auteur d’après INSEE, DGI, UNEDIC, Ministère du Tourisme
Dans le même ordre d’idée, à savoir l’attractivité de lieux « connectés » au reste du monde, on voit apparaître clairement l’effet, là encore, positif et important de la proximité d’un aéroport, notamment low cost, sur le solde migratoire et donc sur la population. Cette variable n’est en revanche pas significative pour le revenu et les emplois, tout comme ne l’est pas non plus la proximité d’un chef lieu. Ces derniers résultats soulèvent deux remarques :

  1. l’évolution positive de la population ne s’accompagne pas nécessairement d’une progression de l’emploi et du revenu (il faudrait distinguer notamment les espaces périurbains du type cité-dortoir, d’espaces peut-être plus « isolés » mais plus dynamiques ou plus cohérents en termes de lieu de vie, lieu de consommation, lieu de travail).

  2. contrairement à ce que l’on aurait pu penser, les variables les plus « économiques » ne sont pas corrélées aux caractéristiques de proximité et d’accessibilité, contrairement à ce que les modèles laissaient présager.


Autre résultat à contre courant de ce que prévoit la théorie, l’impact du taux de chômage. On voit que cette variable a un impact ou tout au moins un lien positif fort avec la population et les soldes migratoires. Ainsi, les modèles migratoires habituels qui nous expliquent que les populations migrent vers les zones d’emplois dynamiques, les zones où le chômage est faible (de nombreux travaux existent notamment en la matière pour la CEE), ne sont plus vérifiés (voir aussi à ce sujet Gonnard 200617). En termes de revenu, bien entendu, cette variable est pénalisante. Elle est non significative pour l’emploi!
En revanche, le capital humain, est, comme l’indique le modèle, un facteur clé du développement territorial que ce soit en termes de population, de revenu et d’emplois et ce même au sein des espaces ruraux, peu enclins à offrir à priori des emplois hautement qualifiés à ces résidents, sans doute donc plus migrants alternants que d’autres.
Enfin, on voit clairement que la notion de résidence des étrangers et celle de présence des étrangers ne recouvrent pas les mêmes réalités et ne génèrent pas les mêmes effets territoriaux. Le choix du lieu de migration des étrangers venu de l’étranger dans les campagnes reste dominés par un leitmotiv économique, ou tout au moins par une contrainte d’activité et l’on voit que ces arrivées ont d’ailleurs un fort impact sur le niveau de revenu par habitant et sur la progression des emplois.

La présence des étrangers qui est pourtant beaucoup plus massive en nombre de personnes, on l’a dit, que le phénomène des migrants n’a peut-être pas l’effet escompté ou ce qui est sans doute plus réel, est beaucoup plus marquée dans des espaces qui sont en voie de revitalisation et pas en plein dynamisme comme des espaces plus périurbains qui attirent peut-être plus les migrants étrangers. Le coefficient de cette variable est cependant positif et significatif pour les variables démographiques et de revenu (mais faible). Si cette hypothèse était vérifiée, il se pourrait alors que l’effet de levier des touristes non résidents soit encore plus marqué que ce que l’on croit. En effet, présents dans des espaces particulièrement en difficulté, l’injection de revenus extérieurs est d’autant plus importante pour le territoire d’accueil.

Ces premières estimations soulèvent donc certaines questions et interrogations que nos travaux en cours tenteront d’approfondir18.
Conclusion

Les étrangers qu’ils soient résidents ou touristes participent à la revitalisation rurale en cours chacun d’eux à leur manière et chacun d’eux dans des espaces pouvant être différents. En nombre de personnes à l’année, le poids des touristes est sans commune mesure avec celui des nouveaux résidents étrangers dans les cantons ruraux. Le tourisme des étrangers serait donc encore plus porteur de développement que l’arrivée de nouveaux migrants. Cependant, les premiers résultats obtenus par régression complexifient ce constat. Ainsi, les nouveaux arrivants étrangers résidents moins nombreux en moyenne sur une année que les touristes auraient peut-être un impact plus grand sur le revenu et les emplois, mais en revanche peu significatif sur la démographie. Il se peut aussi que ces arrivées de résidents étrangers se fassent plutôt vers des espaces périphériques dynamiques que les arrivées de touristes mieux représentés pour leur part dans les espaces plus isolés (leurs dépenses et leurs revenus sont alors certainement encore plus prégnants dans ces espaces vraiment en marge des dynamiques urbaines et périurbaines).

Carte 1 : Nombre d’étrangers venus s’installer en France entre 1990 et 1999



Carte 2 : Part des étrangers venus s’installer en France entre 1990 et 1999 dans la population locale


Source : Calculs de l’auteur d’après INSEE, RGP 1990/99

Carte 3 : Présence journalière moyenne des touristes non résidents en 2002


Carte 3 : Présence journalière moyenne des touristes non résidents en 2002



Source : Calculs de l’auteur d’après INSEE, Ministère du tourisme

1 BACCAÏNI B. (2001), "Même le rural profond, isolé, devient attractif" - http://www.snuipp.fr/article254.html

2 Pour plus de détails sur ces dynamiques démographiques voir la typologie réalisée par l’auteur dans Talandier, Magali (2003) – « La revitalisation du rural isolé », Mémoire de DEA Institut d’Urbanisme de Paris, université Paris12, 107 p.

3 PERRET J., (1994) "Quelles dynamiques pour les territoires ruraux", in Territoires ruraux et développement. Quel rôle pour la recherche – CEMAGREF Editions, 1994, pp. 240 - p. 107

4 JOUVENOT-JACQUES D. et TRIPIER P. (1994), "Hommes, Femmes, territoires ruraux et développement local", in "Territoires ruraux et développement. Quel rôle pour la recherche" – CEMAGREF Editions, 1994. pp 42-52

5 HERVIEU B. (2002), dans l'ouvrage collectif "La France à 20 minutes", Belin, pp. 191-193

6 LE DUIGOU R., "Les jeunes agriculteurs rupture et reconstruction du lien social", in Territoires ruraux et développement. Quel rôle pour la recherche – CEMAGREF Editions, 1994, pp. 240 - p. 32

7 SOMBART W. (1916) Der Moderne Kapitalismus, Munich, Duker et Humbolt, cité par Gonnard, Sophie, 2001, “Le procès de la base économique. Enquête sur l’interprétation, l’usage et la condamnation de la base économique par l’économie urbaine au XXe siècle », DEA L’urbanisme et ses territoires, Institut d’Urbanisme de Paris, 59pp.

8 DAVEZIES Laurent (2003) "La diversité des formes du développement local dans les villes françaises ; Un essai de typologie des 354 aires urbaines françaises en fonction de la structure des moteurs de leur développement" Rapport pour la DATAR - Septembre 2003

9 Talandier, Magali et Davezies, Laurent, 2006, « L’émergence d’une macroéconomie locale en Europe » - travail en cours pour le PUCA

10 DAVEZIES Laurent (2003), op. cit

11 URBAIN JD. (2002), "Paradis verts – Désirs de campagne et passions résidentielles", Payot - 2002, pp. 391

12 A l’échelle des départements ces estimations sont réalisés à l’institut d’urbanisme de paris par Laurent Davezies ou Patricia Lejoux (thèse en cours). A une échelle infra départementale, l’INSEE ne communique plus les informations par soucis de secret statistique sur cette thématique sensible des étrangers.

13 Ici, les données de ministère du tourisme ne permettent pas de distinguer au sein de ces touristes non résidents ceux qui sont en effet étrangers de ceux qui ne le sont pas pour répondre strictement à la thématique du colloque. Cependant dans la problématique de levier de développement qui nous préoccupe ici cette distinction n’est pas cruciale.

14 Nous distinguons quatre types de cantons :

  • les cantons urbains : plus de 80% de la population réside dans l’espace urbain

  • les cantons ruraux : plus de 80% de la population réside dans l’espace rural

  • les cantons urbains élargis : plus de 50% de la population réside dans l’espace urbain

  • les cantons ruraux élargis : plus de 50% de la population réside dans l’espace rural

15 TERRIER, C. et al., En haute saison touristique, la population présente double dans certains départements, INSEE première, n°1050, novembre 2005

L’auteur remercie vivement Christophe Terrier et son équipe pour leur réactivité…

16 L’emploi considéré est l’emploi UNEDIC, à savoir l’emploi salarié privé.

17 Gonnard, Sophie (2006), Thèse de doctorat en cours à l’Institut d’Urbanisme de Paris, Paris 12 – laboratoire C.R.E.T.E.I.L. – soutenance prévu avant fin 2006.

18 Talandier, Magali, « La croissance locale sans la production ? Les nouveaux avantages comparatifs territoriaux. Le cas du monde rural. » Thèse de doctorat en cours à l’Institut d’Urbanisme de Paris, Paris 12 – laboratoire C.R.E.T.E.I.L.




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