Le travail et l’idéologie nazie, «Arbeit macht frei»





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Le travail dans l’univers concentrationnaire nazi.

Thème 2007

Piste de travail


Oh ! terre de détresse

Où nous devons sans cesse

Piocher1.

Le camp Nazi est un instrument de répression pour la Gestapo. C’est également un lieu de productivité, source de profit. Les camps de concentration, puis d’extermination sont devenus des usines utilisant l’homme comme objet, matière première et esclave.

Les camps font partie intégrante du système SS. Tout en permettant de gagner de l’argent, ils créent une ambiguïté pour l’économie SS qui devenait alors « dépendante » d’une population qu’elle était chargée de réprimer et d’exterminer. Dans le cas des Juifs, le travail n’était qu’une étape dans le processus de destruction. La SS utilise la main d’œuvre pour construire les camps, pour l’administration et enfin pour les industries SS spécialisées dans les produits de type primaire (bois, charbon, produits alimentaires, ciment) qui requéraient un investissement minimal.

La logique du travail dépend aussi de la notion de guerre totale. Or, si l’Allemagne parvenait à convertir 30 millions de tonnes d’acier et 340 millions de tonnes de charbon en 17000 chars et 27000 canons lourds, les Soviétiques transformaient 8 millions de tonnes d’acier et 90 millions de tonnes de charbon en 27000 chars et 27000 canons lourds2. L’utilisation massive de la main d’œuvre comme esclave ne fait donc que mettre en exergue les carences de l’Allemagne nazie en guerre. En effet, les autorités germaniques commencent à souffrir dès l’été 1941. Le manque était estimé, par les autorités du Reich, à environ 1,5 millions de personnes en moyenne. D’ailleurs, dès novembre 1941, Goering décida « l’importation » de civils soviétiques comme main d’œuvre. Les difficultés à mener de front une guerre totale fait glisser l’Allemagne d’une logique d’extermination politique et raciale à l’exploitation des détenus pour des raisons économiques. Oswald Pohl affirme : « La guerre a apporté des changements structuraux visibles dans les camps de concentration, et a radicalement modifié leur tâches, en ce qui concerne l’utilisation des détenus. La détention pour les seuls motifs de sécurité, éducatifs ou préventifs, ne se trouvent plus au premier plan. Le centre de gravité s’est déplacé vers le côté économique. La mobilisation de toute main d’œuvre des détenus pour des tâches militaires (augmentation de la production de guerre), et pour la reconstruction ultérieure en temps de paix, passe de plus en plus au premier plan. De cette constatation découlent les mesures nécessaires pour faire abandonner aux camps de concentration leur ancienne forme unilatéralement politique, et pour leur donner une organisation conforme à leurs tâches économiques ».
Le travail et l’idéologie nazie, « Arbeit macht frei »
Pour les Nazis, le travail manuel forcé est un moyen pour punir, mais aussi et surtout pour « rééduquer » afin que les opposants au régime acquièrent une « conscience de race ». Dès l’hiver 1933, dans les premiers camps de concentration, le travail forcé, souvent inutile et humiliant, est imposé. A partir de 1938, les « ennemis d’Etat » sont exploités. En 1942, l’utilisation du travail forcé est systématique à l’intérieur et à l’extérieur des camps. A Auschwitz-Monowitz, des dizaines de milliers de Juifs sont employés dans l’usine de caoutchouc synthétique de Buna (IG Farben). De même dans le ghetto de Lodz, les nazis installèrent 96 usines et ateliers3. Parfois, le travail forcé est devenu une chance de survie. Ceux qui avait la « chance » d’être déclaré apte au travail pouvait espérer survivre encore un peu. En d’autres termes, certaines catégories de prisonniers étaient condamnées à mort par épuisement. Cependant, le système nazi va montrer ses contradictions internes. Lorsque la situation militaire va exiger l’intensification des productions militaires. Hitler hésitera à déclencher un processus de guerre totale. Speer sera chargé de l’armement, Sauckel du recrutement et la Wehrmacht, par l’entremise des régions occupées, de l’approvisionnement en matières premières. Cependant Himmler vit dans cette situation un moyen pour la SS de devenir un pouvoir économique majeur à partir de la force de travail des camps. Mais, avec l’appui des grands industriels et des officiers généraux de la Wehrmacht, Speer réussit à mettre la main d’œuvre à disposition du grand patronat. Le National-Socialisme dut se plier aux exigences du pragmatisme économique.

Pourtant l’Etat Nazi, pris dans une écœurante logique raciale d’extermination et politique devant « libérer » l’espace vital, ne parvint réellement à exploiter rationnellement cette main d’œuvre gratuite et son aveuglement idéologique l’a conduite à détruire une main d’œuvre qui aurait pu lui faire gagner la guerre. Par ailleurs, nombre de nazis trouvaient humiliant d’avoir à se servir des Juifs considérés comme inférieurs et l’on doit admettre que le taux de mortalité des Juifs était supérieur à celui des autres peuples. Si bien que souvent, les nazis manquèrent de main d’œuvre. On peut citer l’opération « fête de la moisson » où les Allemands massacrèrent 43000 juifs qu’ils ne pouvaient remplacer et qui limita la production4. En fait les Allemands ne considéraient pas les Juifs comme des travailleurs ordinaires. Daniel Jonah Goldhagen définit plusieurs points sur les travailleurs juifs pour les Nazis :


  1. L’utilité potentielle du travail juif n’entrait pas en ligne de compte aux yeux des Allemands. Ils l’ont démontré sans cesse par leurs décisions d’anéantir des communautés juives tout entières, mettant fin brutalement à une production très importante et irremplaçable.

  2. Même quand les Juifs étaient mis «  au travail », les Allemands sous-utilisaient totalement leurs capacités de production ; ils les avaient arrachés à leurs lieux habituels de travail et à leurs équipements pour les envoyer dans des lieux non équipés, si bien que, la plupart du temps, ils travaillaient sur du matériel primitif ou en très mauvais état. De plus, les tâches étaient affectées sans considération des qualifications des Juifs. La conséquence en était que :

  3. Le « travail » des Juifs se caractérisait par son infime productivité, à deux niveaux : productivité générale des Juifs d’Europe, productivité d’une force de travail donnée dans un camp donné.

  4. Le «  travail » des Juifs avait une dimension de « punition » ( sans parler des mauvais traitements), comme le prouvent les travaux privés de sens.

  5. Le « travail » des Juifs avait pour première caractéristique le très mauvais état physique des travailleurs, conséquence du traitement infligé par les Allemands. Les cadences étaient inhumaines, insupportables physiquement. S’y ajoutaient la sous-alimentation et l’absence d’hygiène volontaire, ayant pour résultat l’état de santé catastrophique des prisonniers juifs.

  6. Le « travail » des Juifs était caractérisé par son issue mortelle. La seule raison pour laquelle un plus grand nombre de Juifs ne sont pas morts de faim, d’épuisement physique et de maladie est que les Allemands les tuaient avant que leur état de santé ne devint critique. Exténués, les travailleurs juifs marchaient vers leur mort. Tant qu’ils n’étaient encore qu’à mi-parcours, les Allemands les exploitaient pour en tirer une certaine production et différentes satisfactions psychologiques dérivées. Toute infraction imaginaire ou réelle (contre l’ordre inhumain du camp) était une occasion de tuer les Juifs.

  7. Le « travail » des Juifs était caractérisé par la cruauté permanente du personnel allemand des camps.

  8. Même si cela ne fut absolument pas vrai tout le temps ni à tous les points de vue, le « travail » des Juifs était, par essence, fondamentalement et qualitativement différent de celui des non juifs soumis eux aussi au travail forcé.


En clair, les Allemands ne considéraient pas les Juifs comme des travailleurs. Alors même que, pour les travailleurs ou les esclaves, le travail est un moyen de vivre, de se reproduire, d’acquérir une dignité, pour les Juifs, le travail signifiait la mort. Le véritable sens du travail pour les Juifs est exposé par Heydrich, lui-même, lors de la conférence de Wannsee, cité plus bas.

Les camps dans l’économie de guerre nazie
Ainsi, les camps, qui ne sont à l’origine que des instruments de répression mis en place d’une manière « sauvage », deviennent le fondement de la production de guerre allemande. Ceux-ci sont confiés à la SS. La réalité exige une organisation nouvelle nécessitant l’utilisation du travail des détenus pour les tâches quotidiennes. Mais la double fonction des camps va créer des tensions entre les SS eux-mêmes. Les conflits auront lieu entre le RSHA (office principal de sécurité de Reich) et le WVHA (office principal d’administration et d’économie du Reich). Ce dernier est dirigé par Pohl qui crée un Amstgruppe-D dirigé par le SS général Major Glücks. Himmler entend augmenter la production d’armement pour la Waffen SS, mais les industriels sont inquiets de voir les sites de production sous le seul contrôle de la SS. L’armée elle-même n’accepte pas de devoir dépendre de Himmler pour son armement. Cependant, Himmler est incontournable car il est le seul à disposer de la main d’œuvre nécessaire à l’effort de guerre. A partir de 1942, il y a des négociations, arbitrées par Hitler, entre Speer et le Reichfürher SS. Les détenus deviennent des marchandises. Les camps font partis de l’économie de guerre nazi. Le 20 janvier 1943, Glücks ordonne à tous les commandants de camps «  d’essayer de réduire le taux de mortalité dans les camps. » En fait la SS s’avérera incapable de contrôler sa propre machine. André Boulanger dit que les moyens SS pour améliorer les conditions de vie étaient dérisoires. De plus les bombardements alliés contraignirent les nazis à enterrer les usines et à utiliser la main d’œuvre pour cette tâche.

Plusieurs rapports font état de l’utilisation de la main d’œuvre. Ainsi : « Les camps de concentration s’attaqueront aux grandes tâches économiques dans les prochaines semaines5 » (Himmler à Glücks. 25 janvier 1942). Mais encore le SS Oswald Pohl ( chef de l’Office principal économique et administratif SS) affirme dans un rapport adressé à Himmler : «  Le centre de gravité s’est déplacé vers le côté économique. La mobilisation de toute main-d’œuvre des détenus pour des tâches militaires ( augmentation de la production de guerre), et pour la reconstruction ultérieure en temps de paix, passe de plus en plus au premier plan6. (Lettre du 30 avril 1942)».

Dans ce contexte, un règlement productiviste est mis en place. Le commandant du camp pouvait rendre le travail illimité, réduire les temps de repos et supprimer tout ce qui pouvait nuire au rendement. Mais le principe économique ne gérait pas tout. Une rationalité économique, qui aurait exigé des conditions humaines afin de maintenir le rendement, aurait contredit le sens même du camp dont la finalité était politique et raciale. La direction SS opère une terrible fusion des deux en mettant en place le principe de l’extermination par le travail. La force de travail des déportés est utilisée jusqu’à l’extrême limite des forces humaines. Dans une grande perversité, en mourrant au travail, le déporté contribuait à renforcer le Reich allemand. La conférence de Wannsee est claire sur la volonté et les raisonnements nazis.



(…) Au cours de la solution finale, les Juifs de l'Est devront être mobilisés pour le travail avec l'encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle de leur nombre.

Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront car il s'agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d'une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on les laisse en liberté (voir l'expérience de l'histoire7).


L’économie de guerre allemande restait une économie capitaliste même si les firmes étaient contrôlées. Les SS avaient tenté d’attirer les capitaux privés dès 1935 en utilisant la main d’œuvre , mais c’est la guerre qui va accélérer le processus.

Il faut rappeler que la SS disposait de ses propres entreprises. Mais il s’agissait d’activités de secteur primaire qui nécessitaient peu d’investissement comme les cimenteries, les carrières, la production de bois, voir de produits alimentaires. La main d’œuvre mourrait rapidement et n’avait pas le temps d’acquérir les qualifications nécessaires à des productions industrielles nécessitant un savoir faire. A Sobibor, Himmler dut renoncer à son projet d’usine de démontage et de recyclage des munitions ennemis. Les SS ne réussirent jamais à constituer un empire industriel. D’ailleurs, c’est cet échec qui aboutit à se concentrer sur Auschwitz. Si l’on prend le cas de ce camp, toute la grande industrie allemande était présente. Krupp, Siemens, Union, Deutsche Ausrüsungswerke, IG Farbenindustrie utilisaient la main d’œuvre concentrationnaire du camp. A Buna IG Farbenindustrie payait aux SS 6 marks par jour pour un ouvrier qualifié et 4 pour un ouvrier non qualifié. Le SS Karl Sommer écrit : « D’après mes souvenirs, on envoyait des détenus de camps de concentration dans toutes les entreprises industrielles allemandes qui pouvaient en employer massivement. (…) Dans l’ensemble, il y avait dans toute l’industrie allemande, au plus fort de l’opération, quelques 500.000 détenus au travail ». Mais la grande réussite reste l’installation de l’usine Buna IV d’IG-Farben à Auschwitz. L’idée était autant d’utiliser les détenus que d’industrialiser les espaces conquis à l’Est. Il y avait de l’eau, du charbon, de la chaux, des voies de communication et des détenus à mettre dans les mines et les usines. Auschwitz devient un complexe industriel qui intègre des cités ouvrières allemandes (les civils polonais ont été chassés), une usine et un camp fournissant les détenus. IG Farben qui a investi près de 500 millions de Reichsmarks crée une police d’usine qui fusille au besoins les détenus récalcitrants. Seule une « soupe Buna » distingue le détenu travailleur de celui qui est resté au camp. Cependant cette soupe n’était donnée que dans un souci de productivité. D’ailleurs en 1944, on nomme l’usine camp de concentration IG-Farbeninsdustrie. On prévient les détenus : ils ne sont pas là pour vivre mais « pour périr dans le béton8 ».
Auschwitz n’est pas le seul exemple. Au Struthof par exemple, selon Roger Boulanger, « à 700 mètres du camp proprement dit, une douzaine de baraquements furent érigés et servirent d’ateliers de démontage de moteurs d’avions. Mais la main d’œuvre concentrationnaire fut surtout utilisée pour construire les 165 camps extérieurs disséminés sur le territoire du Reich à proximité immédiate d’usines d’armement9. »
Il faut rappeler que dans tous les cas les déportés étaient encadrés par des centaines d’ingénieurs, contremaîtres et ouvriers allemands. Seule la productivité intéressait les industriels. Les conditions de vie, les crématoires, les chambre à gaz ne les concernaient pas. Dans le cas de la main d’œuvre, les différents procès démontrent, qu’hormis quelques cas particuliers, elles n’ont pas favoriser des traitements inhumains et fournissaient parfois soupes chaudes et vêtements. Mais elles conservent une entière responsabilité dans l’utilisation des hommes soumis au régime concentrationnaire. Elles fonctionnaient comme des monstres froids insensibles au bien et au mal et il est nécessaire de rappeler que selon Raul Hilberg et des dépositions de déportés (dans La destruction des Juifs d’Europe) près de 25.000 détenus sur 35.000 moururent dans l’usine de Buna d’IG-Farben. Plusieurs hauts responsables de ces usines ne furent jamais inquiétés. On peut citer Werner Von Braun à Dora (1912-1977) qui fut l’inventeur de la fusée V2, mais aussi le père de la fusée américaine Saturn V. D’autres ne regrettèrent rien : « La nation tout entière a adhéré aux principes fondamentaux suivis par Hitler. Nous les Krupp, nous ne nous sommes jamais préoccupés de la vie. Nous voulions seulement un système qui fonctionne bien et qui nous donne l’occasion de travailler sans être dérangés. La politique ne nous concerne pas (… ). Quand on achète un bon cheval, il faut aussi prendre en compte quelques défauts » (Alfred Krupp Von Bohlen und Halbach-1945).
Chaque camp a son Kommando.
Il y a plusieurs types de Kommandos, à savoir : ceux qui effectuent les tâches ordinaires liées à la vie quotidienne (cuisine, infirmerie, etc) et ceux qui sont affectés aux tâches d’anéantissement, de « nettoyage ( transportkommandos), ceux qui travaillent dans les crématoires ( Sonderkommandos) et ceux qui trient les objets récupérés (effektenkammer). Un Kommando est aussi un groupe de travail qui sort du camp pour y accomplir des tâches. Parfois un Kommando devient un camp à part entière, comme celui de Dora. C’est à Dora que l’on fabriquait les V1 et les V2.



Le 15 juin 1943 est constitué au sein du ministère Speer une «  Commission spécial A4 » sous la présidence de l’un des principaux dirigeants de la firme DEMAG, Gerhard Degenkolb. Elle aura la haute main sur la partie métallurgie de la production des fusées. Le directeur berlinois de l’AEG est chargé du secteur électrique. Il s’appelle Waldemar Petersen. Des centaines d’autres firmes, directement ou en sous-traitance, participent au projet qui est décrété prioritaire, sous la dénomination codée DE 12 (A4), le 2 juillet 1943. Le 25 juillet, Hitler signe un décret concernant la fabrication des engins A4. Pour le troisième trimestre, une main d’œuvre forte de 10.000 travailleurs lui est affectée. Mais l’affaire était déjà en cours. Le quartier général de l’opération avait été installé à Peenemunde, que Himmler visita le 16 avril et le 28 juin 194310.


Dora était un complexe où la violence régnait en maître. C’est un Arbeitskommando du KZ de Buchenwald. Du fait des bombardements alliés, Hitler décida d’implanter des usines souterraines. Après le bombardement de Peenemünde (17-18 août 1943), on déplace la fabrication des armes secrètes dans les galeries du Kolnstein. Les travaux sont effectués par l’usine Mittelwerke. Les détenus présentent un avantage évident pour les Nazis ; ils coûtent peu et surtout leur extermination permet de conserver le secret militaire. Les premiers détenus arrivent le 25 août 1943. Dora-Mittelbau devient un camp autonome le 28 octobre 1944. On distingue trois situations à Dora. La première période se déroule d’août 1943 à avril 1944 où les conditions de vie sont terribles. Les déportés creusent les galeries, ne voient jamais le jour et meurent de faim, de soif et de violence. Cependant entre mai à octobre 1944, les besoins croissant de production nécessitent l’amélioration des conditions de vie et de nourriture. Mais après octobre 1944, l’Allemagne ne nourrit plus les déportés et les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Charles Sadron raconte : « Nous avons douze heures de travail par jour, de 9 heures au soir, avec trois quarts d’heure de pause dans l’après midi. Nous dormons au tunnel, le réveil est à 4heures 30. Deux heures plus tard nous sortons et nous montons vers le camp où nous mangeons la soupe ». L’autre particularité de Dora est que les SS sont dépendants des détenus pour un travail vital et stratégique. Les armes nouvelles constituent les seules chances militaires de nazis. Il faut donc surveiller, contrôler et faire régner la terreur pour éviter les sabotages. Ainsi Dora est d’une extrême violence ; les rythmes sont durs et la brutalité des SS et des Kapos dépasse l’entendement.
Certes les nazis maintinrent le secret, mais le manque d’expérience des détenus et les mauvaises conditions de vie ne pouvait garantir un travail de qualité, d’autant que les témoignages concordent pour dire que le sabotage passif était devenu une activité fréquente à la fin de 1944.

Pour le détenu, le travail rime avec « mort lente »
Dans la majorité des camps situés à l’Est de l’Europe, il n’y a aucune sélection à l’arrivée des trains. Mais à tous moments les prisonniers étaient susceptibles d’être envoyés à une mort par gaz ou faire l’objet d’expériences. Après une première nuit (blanche), on mettait les survivants au travail. Dans d’autres camps, la sélection s’effectue rapidement dans des conditions différentes selon les camps. Les survivants des premières sélections entraient dans une mort « programmée ». Le détenu est soumis à un travail exterminateur dans un vaste espace clos où le moindre sentiment de compassion était exclu.
« Certains sont déjà condamnés à mort : ils seront pendus prochainement. Ils resteront au camp et devront travailler en attendant leur exécution. Tous les autres devront également travailler soit au camp, soit dans les Kommandos extérieurs. Sachez qu’ici ce n’est pas un sanatorium ; le maximum de survie est de trois mois ». Il a parlé lentement en nous dévisageant pour apprécier l’effet produit. Cet ange de la mort, dans son uniforme de colonel, s’appelle Turman. Il est le chef du camp.( Roger Joly -31422 à Neuengamme- dans jusqu’au bout la Résistance, stock, grasset)
Face au dilemme de rendement et d’élimination,les nazis tranchent par une solution simple. L’extermination par le travail. Au deuxième trimestre 1942 sur 95.000 détenus, 57.603 périssent, soit 60% en trois mois.
On peut définir une journée-type du détenu. A 4h30 du matin,la cloche sonne et les personnes entassées dans les chambrées doivent s’habiller, faire un semblant de toilettes et avaler un maigre repas en moins de 10 minutes. Puis c’est l’appel, souvent interminable. Puis commence une journée de plus de 10h. Cependant, en fonction des camps cela pouvait être différent. Madeleine Perrin raconte : « Toutes les corvées du camp étaient exécutées par les prisonnières. A Ravensbruck, en 1943, nous devions sortir à 3H30 pour l’appel du matin qui durait environ deux heures, par n’importe quel temps. Nous partions cinq par cinq, nous serrant pour avoir moins froid et ne pas tomber sur le verglas ou la neige (…) Après l’appel généra, avait lieu sur l’avenue centrale du camp un second appel, celui du travail : les travailleuses en colonnes pour l’extérieur du camp, forêt, sable, charbon, etc., et les autres pour les ateliers de confection à l’intérieur du camp, rangées par atelier…11 »
La sélection ne décide pas entre la vie et la mort, mais retarde simplement le rendez-vous avec la mort « Un commando de 100 hommes perdait environ 10 détenus par jours. Les détenus mouraient d’inanition, des suites d’accidents du travail, etc… La nourriture et les soins étaient mauvais et il n’y avait pas assez de vêtements propres. Le linge que je distribuais provenait des gazés de Birkenau 12». La vie quotidienne rime avec sous-alimentation, manque de vêtements et conditions hygiéniques catastrophiques. Les appels durent des heures, les privations sont fréquentes. Après trois ou au maximum six mois, l’homme est à bout de force et s’il est déclaré inapte, c’est la mort.
« Depuis ce matin nous sommes dans la boue, les jambes écartées et les pieds vissés dans le sol gluant. Je suis à mi-hauteur du fossé, Kraus et Clausner sont au fond, Gounan est au-dessus de moi, au niveau du sol. Il regarde autour de lui et, par monosyllabes, avertit Kraus de presser le rythme ou de se reposer, selon les gens qui passent sur la route. Clausner pioche, Kraus me passe des pelletées de terre et, à mon tour, je soulève cette terre jusqu’à Gounan qui l’entasse à côté de lui. Des prisonniers font la navette avec leur brouette et portent la terre je ne sais où ; d’ailleurs cela ne nous intéresse pas, aujourd’hui notre univers se réduit à ce trou boueux13. »
« … Et je peux dire que, considérant que c’était la première fois de ma vie que je tenais une fourche dans les mains, aussi bien notre gardien, qui jetait un coup d’œil de temps en temps, qu’un homme à l’allure de contremaître, sûrement quelqu’un de l’usine, avaient l’air plutôt satisfaits, ce qui nous mettait du cœur au ventre, naturellement. Mais quand au bout d’un certain temps, ressentant une brûlure dans mes mains, je vis que la base de mes doigts était tout ensanglantée, quand notre gardien eus dit : »Was ist denn los ? et que je lui eus montré en riant mes paumes, quand alors, soudain très grave, tirant même sur la bretelle de son fusil il m’eut ordonné : « Arbeiten ! Aber los ! »- alors finalement, il était bien naturel que mon intérêt se portât ailleurs. A partir de là, je n’eus plus qu’une idée en tête : comment, quand il ne me regardait pas, prendre à la dérobée quelques courts instants de repos, comment charger le moins possible ma bêche, ma fourche. Je peux dire que, par la suite, je fis d’énormes progrès dans ce genre de ruse et en tout cas j’acquis dans ce domaine plus de compétence, de savoir et de pratique que dans aucun travail que j’aie jamais effectué14 ».
Les règlements édités par Oswald Pohl ne sont guère différents des témoignages des déportés. Ainsi : « Toutes les circonstances qui peuvent limiter la durée du travail ( repas, appels, etc.) sont donc à réduire à un strict minimum. Les longues marches et les pauses pour les repas de midi sont interdites… ».
D’une manière générale, dans tous les camps, on meurt au travail dans des conditions épouvantables. A Mauthausen, les détenus devaient gravir un escalier de 186 marches en portant de lourdes pierres. Ces marches étaient connues sous le nom de « marche de la mort ». Les Nazis avaient constitué le camp à partir de prisonniers venus de Dachau, puis le camp devient réservé à ceux dont la rééducation était considérée comme improbable. Dans ce camp, les détenus étaient systématiquement utilisés comme travailleurs. Au début, on les employait pour la construction du camp, mais avec la guerre les nazis installent une usine d’armement alimentée en main d’œuvre par les sous-camps de Gusen, Gunskirchen, Melk, Ebensee et Amstetten.

La vie quotidienne à Auschwitz
La vie quotidienne à Auschwitz 1 en juin 1944: l'arrivée et la quarantaine, puis le logement, la nourriture, le travail, le Revier...
Témoignage de Marc Klein15 :

“ Nous avions déjà été délestés de tous nos bagages, puis dès l'arrivée au Stammlager, nous fûmes privés de tous les objets que nous portions sur nous, y compris nos papiers d'identité, montres, portefeuilles, stylos, lunettes, bagues, tous les menus objets qu'un homme peut porter sur lui furent jetés, selon les espèces, sur des tas séparés. Puis nous fûmes privés de nos vêtements, rasés sur tout le corps, passés à la douche et nous fûmes affublés du fameux habit rayé bleu et blanc. Dès notre entrée dans le camp, tous nos papiers d'identité furent détruits. Nous étions tombés au rang d'un objet numéroté, ce fameux numéro matricule qu'on n'allait pas tarder à nous tatouer sur l'avant-bras gauche, lors des formalités de l'enregistrement. La paperasserie occupait à Auschwitz 1 une place éminente. ”
Marc Klein explique alors les conditions de vie et de travail que les déportés devaient subir.
“ Chaque Block comportait un sous-sol surélevé, un rez-de-chaussée, un étage et des combles. En revanche, aucun Block ne possédait de réfectoire (Tagesraum) ; au rez-de-chaussée de chaque Block se trouvaient de petits dortoirs, réservés à des détenus privilégiés, des WC, des lavoirs spacieux. Au premier étage des Blocks se trouvaient des dortoirs spacieux qui pouvaient loger jusqu'à 1000 détenus. La propreté des lits et de leurs confections lors du lever constituait un gros tracas de notre vie de détenus : un lit mal fait, repéré lors de l'inspection journalière des dortoirs par le Block führer SS, pouvait entraîner les pires sévices corporels ou le déclassement vers le mauvais kommando avec son issue souvent fatale.

La nourriture du camp comportait trois repas. Le matin, on distribuait un liquide chaud, café ou tisane, qui théoriquement devait être sucré trois fois par semaine. Le repas de midi représentait le plat de résistance, un litre de soupe bouillie dans laquelle entraient les ingrédients les plus divers. Le fond en était toujours constitué par des choux ; il s'y ajoutait des farines, des graines, des légumes, des pommes de terre, des débris de viande. Au repas du soir avait lieu la distribution d'un liquide chaud, de la ration journalière de pain de 375 grammes.

A Auschwitz 1 tout le monde était soumis à l'obligation du travail effectif. Il n'y avait pas d'invalides ni de vieux, ils étaient supprimés à l'arrivée et aux sélections »

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