Introduction : rationalité et comportement économique





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Psychosociologie économique

Introduction : rationalité et comportement économique
Comment peut-on construire une théorie de la Société / de l’économie comme science ?

Une seule hypothèse indispensable : l’hypothèse de rationalité = même si on sait que les individus peuvent être rationnels, la rationalité n’est pas un comportement réaliste dans la réalité.

Depuis Hobbes, les individus répondent à un principe de ratio (= raison ou mesure) ce qui est à la fois un principe de rationalité et un principe de mesure. Comment rendre compte de l’activité des individus ? grâce à la rationalité. Cela remonte à l’époque d’Aristote (4ème siècle avant J-C). Aristote pose les bases de la pensée de la Société en écrivant l’Ethique à Nicomaque où il définit ce que les économistes ont appelé la rationalité.

Principe : on pose une fin (= objectif = fonction objective), on examine les moyens qu’on a ; s’il y a plusieurs moyens alternatifs, on choisit le meilleur moyen qui donne la réalisation la + facile et la meilleure.

Au milieu du 20ème siècle, Lionel Robbins (1932) écrit « An Essay on the nature and significance of Economic Science » qui donne une définition canonique de la rationalité : l’économie est « la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares à usage alternatif. »

L’économie va s’intéresser à la relation entre une fin donnée et des moyens à usage alternatif.

Depuis le début du 20ème siècle, cette définition où l’économie repose, commence à être mise en question, en 1er temps de manière large par le sociologue Max Weber (1864-1920). Il critique cette définition en disant qu’il y a plusieurs types de rationalité (2) et plusieurs manières d’expliquer les comportements (4).
2 types de rationalité :

  • Idéal – type = type – idéal = figure abstraite décrivant un type de comportement = caricature donnant une idée du trait dominant socialement

  • On ne s’intéresse qu’aux comportements signifiants socialement


A partir de ces 2 précautions, Weber propose 4 définitions/4 manières d’expliquer les comportements :

  • Activité appelée Zweckrationalität = rationalité en finalité = activité rationnelle née de la confrontation entre (des moyens et des fins) ET entre (des fins et les conséquences pouvant en découler). Le 1er comportement désigne des actions instrumentales tournées vers un but utilitaire (= comportement de l’homo economicus = consommation/production économique). Les moyens n’ont de sens que sur les valeurs.

  • Activité Wertrationalität = rationalité en valeur et rationalité au valeur déterminant une action sociale par une croyance dans la valeur intrasèque (= propre) d’un acte déterminé. Il n’y a pas qu’une forme de rationalité mais une autre sur les valeurs. Ici, les valeurs n’ont de sens qu’à l’aide des moyens.

  • Comportement affectif = les actions ne sont déterminées que de manière affective.

  • Comportement traditionnel = les actions déterminées de manière traditionnelle se font au nom de rituels, d’habitudes, de coutumes, à une forme de représentation de légitimité traditionnelle. Il ne s’agit pas là d’une rationalité de valeur. C’est un comportement qui réside sur la manière de faire. Ces rituels correspondent à la façon traditionnelle de se comporter. Exemple : les manières de politesse



Chapitre I Quelques jalons théoriques




I Leçons des Classiques

A Rationalité et coordination : « la Fable des abeilles » de Bernard Mandeville ; Adam Smith et la main invisible



Ce qui permet à l’économie de se développer comme discipline autonome, c’est l’hypothèse de rationalité : le 1er texte à cet égard est une fable écrite par Bernard Mandeville : « Fable des abeilles, vices privées, bénéfices publics » qui rend indépendant le raisonnement économique du raisonnement moral. (1714)

2 morales :

    • Morale religieuse = principe d’économie, d’épargne

    • Morale économique = + les gens consomment, + la Société est riche ; ce qui est considéré comme immoral peut conduire à un enrichissement de la Société ; d’où « vices privées, bénéfices publics ». Ce principe de rationalité revient à un principe d’intérêt.


Adam Smith publie en 1976 : « La Recherche sur l’origine des Nations ». D’après lui, ce qui fait fonctionner le marché, ce n’est pas la bonté des agents, c’est l’intérêt de ces agents à vendre leurs produits aux consommateurs. Il construit une théorie sur la coordination sociale des agents en se basant sur le théorie de la rationalité. Ce n’est pas seulement un principe d’intérêt.

Cette idée de principe d’intérêt individuel est reprise par l’ensemble des Classiques (Ricardo, Mill, Say).

B. Rationalité et calcul : le « felicific calculus » de Jeremy Bentham
L’auteur qui va creuser ce principe est un juriste anglais : Jeremy Bentham.

Fondateur d’une doctrine qui va théoriser le principe d’intérêt : c’est l’utilitarisme, fondement de base des théories classiques.

Elle se décrit en 2 volets :

1er volet : principe d’utilité individuelle se déclinant sous la forme d’un calcul des peines et des plaisirs (« felicific calculus ») ; l’idée est que lorsque les individus agissent, ils cherchent à maximiser leurs plaisirs et minimiser leurs peines. Ce principe est posé comme comportement économique de base. C’est ce que Mill nommera comme « l’homo economicus », l’individu économique, rationnel cherchant à maximiser ses plaisirs avec un coût minimum. Il s’agit de découper les comportements humains complexes.

  • Bentham va montrer qu’il y a un lien entre la monnaie et l’utilité que les individus éprouvent par un calcul.

  • L’utilité est faite d’un certain nombre d’éléments. Elle peut être calculée à partir d’un certain nombre de plaisirs de base et d’unités de compte. Tous les plaisirs qu’éprouvent les individus, on peut les définir à partir de plaisirs fondamentaux (amitié, méchanceté). Bentham liste les plaisirs et les peines ; et les classe selon 4 caractéristiques : intensité d’un plaisir ou d’une peine = multiplication d’une unité de base par le degré d’insensibilité ; la durée ; la probabilité / incertitude et le caractère proche ou éloignée dans le temps. L’auteur définit ensuite des unités de compte : unités d’intensité et unités de mesure qui correspondent aux circonstances.

2ème volet : principe du « + grand bonheur pour le + grand nombre » 

Définition de la notion d’unité collective = somme des unités individuelles sur la base d’un principe de pondération, appelé « chacun compte pour un, personne ne compte pour + d’un ». C’est une manière de compter le bonheur.
C. Rationalité et incertitude : la psychologie de l’entrepreneur
Cela sert de base à la théorie du consommateur.

Apparition de la notion de l’entrepreneur.

Psychologie de l’entrepreneur relève d’une autre logique que celle du consommateur.

Richard Cantillon (1690 – 1734 ) : « L’essai sur la nature du commerce en général » (1755) ; 1er ouvrage où on distingue une différence entre la rémunération des salariés et celle de l’entrepreneur. Les salariés ont des gages certains alors que les entrepreneurs ont des gages incertains.

L’idée centrale est que ce qui caractérise l’entrepreneur est qu’il prend des risques (et fait des projets). L’entrepreneur achète des heures de travail, des matières premières à un prix certain mais il va vendre ses produits à un prix incertain. S’il réussit son coup, il va avoir + qu’un profit normal et inversement.

Association de rationalité de l’entrepreneur avec la prise de risques constitue le 2ème fondement des réflexions classiques. Smith définit l’entrepreneur comme un « projector », c’est-à-dire un faiseur de projets. C’est celui qui sort du circuit de production.
II. Psychologie et économie à la fin du 19ème siècle
On prend l’utilité comme fondement de la théorie de la valeur et des prix. On se réintéresse à la psychologie économique. L’explication des prix d’équilibre passe par une référence à l’utilité.

2ème considération : on s’intéresse à l’utilité afin de comprendre la loi de l’offre et de la demande. Il faut justifier le fait que la courbe de la demande est une certaine allure : on invoque alors le principe de l’utilité marginale décroissante.

ARationalité et utilité marginale décroissante : Loi de Weber – Fechner



Dernier 1/3 du 19ème siècle : passage d’une économie classique à une économie marginaliste.

1870 : économie marginaliste (Walras, Jevons, Menger) introduit le raisonnement à la marge.

Principe d’utilité marginale = on considère que l’utilité de la dernière unité consommée tend à diminuer. De même, la productivité des facteurs de production décroît. Cette idée a été critiqué par Max Weber qui considère que certains biens sont tout le temps consommés. Ce principe est nécessaire pour utiliser le principe de l’offre et de la demande car la demande doit nécessairement diminuer pour qu’il y ait un équilibre entre les 2 courbes.

Weber et Fechner, ces 2 économistes psychophysiologiques énoncent : « la sensation est une fonction logarithmique du stimulus.»

Loi de Weber – Fechner = + l’intensité d’une stimulation est élevée, + l’utilité totale tend à augmenter et + l’utilité marginale tend à diminuer.

  1. Vilfredo Pareto : ophélimité, préférences révélées et optimum



Comment se débarrasser du calcul des peines et des plaisirs de Bentham ?

La réponse se trouve avec le successeur de Walras, de l’école de Louisane, Vilfredo Pareto.

Il va détourner ce principe des calculs des peines et des plaisirs en la tournant vers la révélation des préférences des individus. Il propose un système où on classe les préférences. Ce qui l’intéresse est la manière d’ordonner : l’utilité cardinale et l’utilité ordinale.

Les consommateurs comptent avec l’unité de compte, « l’util ».

Les individus sont capables d’ordonner leurs préférences.

A partir de ce raisonnement, Pareto va construire les courbes d’indifférence.

2 cas possibles :

  • Les 2 individus sont au moins au niveau de satisfaction d’indifférence qu’ils ont choisi.

  • Chacun peut même avoir + de satisfaction.

 2












A




Au point de tangence, A, si j’augmente la satisfaction de l’individu 1, je fais reculer celle de l’individu 2.

Une situation de Pareto Optimalité est le point auquel on ne peut pas augmenter la satisfaction d’un individu sans qu’on diminue au moins la satisfaction d’au moins un individu. On est passé d’une définition de l’utilité, de la rationalité d’un individu (Bentham) à une comparaison d’une mise en ordre des préférences (cardinale/ordinale), puis à une comparaison de 2 éco-échangistes des courbes d’indifférence ; puis d’une généralisation du raisonnement à une société ou un groupe social.

Raisonnement d’une psychologie pour un individu à un raisonnement d’une analyse de la société tout entière.

Comment passe t-on d’un individu à une généralité ?

Boîte de Pareto consiste à considérer un point de bien être dans la société où l’ensemble des individus est à un niveau de satisfaction tel que quand on augmente la satisfaction de l’un, on diminue obligatoirement la satisfaction d’au moins un individu.
III Psychologie individuelle et psychologie collective : les leçons de l’institutionnalisme

A. Thorstein Veblen et la critique de l’hypothèse de rationalité individuelle
Passage d’un raisonnement « individuel » à un raisonnement « collectif » opéré par Pareto reste une généralisation.

1904-1930 : courant américain procède au même passage en critiquant le fait de partir d’un individu.

L’institutionnalisme américain avec Veblen, John R. Commons et Wesley C. Mitchell : ces 3 auteurs affirment que la théorie économique ne doit pas s’appuyer sur la psychologie de l’individu mais partir des institutions.

D’après Veblen, les institutions sont des habitudes de pensées communes que l’on peut identifier dans le temps et dans l’espace.

Ces habitudes sont créées dans un environnement et dans une époque donnés.

La rationalité de ces individus dépend de ces institutions. On ne peut pas raisonner comme si les individus ont une rationalité propre.

La préférence des agents va être influencée par toute une série d’évènements.

Ce comportement est déterminé par des habitudes provenant des institutions (famille, religion, rue, etc …)

A partir de là, Veblen travaille sur les phénomènes de mode et de consommation : band – wagon effect.

Commons travaille sur le droit, la manière de penser pour réguler les marchés et aussi sur la monnaie.

Mitchell va travailler sur la monnaie, l’inflation et les problèmes sur les marchés financiers. Il va donc s’intéresser sur les cycles économiques.

2ème référence : Veblen met l’accent sur le fait que l’économie est « enchâssée » (= enbedded) ou « encastrée » dans une série de comportements qui n’ont rien à voir avec l’économie :

  • instincts dans les sociétés humaines : 2 types

 de domination et de prédation qui expliquent la concurrence entre firmes

 de « parental bent »

 de “idle curiosity” = curiosité abstraite

 de « workmanship »= goût du travail bien fait

  • Instincts = institutions ; il n’y a pas de rationalité économique


A.L’école française : Gabriel Tarde, Albert Aftalion, François Simiand
Ce sont des auteurs qui travaillent sur les réseaux d’informations, sur les problèmes de mimétisme qui prennent comme objet la monnaie et les cycles économiques.

2 concepts centraux :

  • L’imitation

  • La conversation = ce sont les échanges qui font que les choix de consommation et de production sont influencés par des discussions entre agents.


IV Risque et Incertitude

A. Risque, incertitude et profit : les distinctions de Frank Knight
Frank Knight (1885-1972) : Treatise on probabilities

John Maynard Keynes (1983-1946) : Risk, uncertainly and profit

1921 : ces 2 auteurs publient chacun un ouvrage dont la caractéristique commune est de mettre l’accent sur le risque et l’incertitude.

Là où la notion de risque apparaît c’est dans l’ouvrage de Knight où le risque est une incertitude mesurable et une incertitude non mesurable.

La microéconomie est marquée par l’idée d’incertitude : le futur n’est pas certain (18-19ème siècle)

Au 20ème siècle, on énonce que « la cause ne produit pas nécessairement un effet. »

Cette incertitude marque les comportements. Elle va être directement liée aux phénomènes de confiance.

On oppose le risque avec l’incertitude : opposition entre 2 incertitudes.

  • Incertitude probabilisable = risque

  • Incertitude non probabilisable = incertitude

Les 2 notions sont rapportées à la notion de profit. De même, la définition de l’entrepreneur et celle du profit ont été liées en disant que l’entrepreneur était un preneur de risque. Le profit vient rémunérer la gestion par l’entrepreneur du risque/incertitude probabilisable.

Etre entrepreneur = c’est penser toute une organisation de la firme qui permet de se prémunir contre les risques.
B. John Maynard Keynes : comportement rationnel, incertitude, conventions
Cela permet d’introduire 2 notions :

  • L’anticipation = la dimension temporelle qui n’existait pas avant

  • La probabilité va se différencier entre 2 probabilités (ouvrage de Keynes)

 la probabilité objective = probabilité fréquentiste (1)

 la probabilité subjective (2)

  1. fréquentiste = dépend de la fréquence dans le passé. Keynes dit que ce n’est pas un argument. On ne peut pas attribuer une valeur future à partir d’un événement passé.

    • 1er argument : probabilité non probabilisable

  2. approche subjective en fonction de la croyance des individus. Il n’y a aucun lien objectif. C’est tout ce qui concerne la superstition, ce qui est irrationnel.

Keynes va, d’une part, dire qu’à court terme, la probabilité numérique ne peut qu’être objective et qu’à long terme, il n’y a que de l’incertitude : « à long terme, on sera tous morts. » Il pense que les agents vont en partie déterminer leur comportement à partir de leur croyance. L’agent va se comporter comme s’il croyait que le phénomène allait se passer.

Freud a été le 1er à parler de prophéties auto-réalisatrices. Mais celui qui introduit cette notion dans le domaine social est Karl Popper : prophéties auto-réalisatrices = self – fulfilling propheties = « effet Œdipe »

A partir de cette notion, Keynes s’intéresse sur la manière dont les agents se comportent sur un marché financier. Il considère que les agents se comportent comme dans les concours de beauté, c’est-à-dire que les agents doivent deviner les gagnants du concours en prenant en compte l’opinion commune. Les agents doivent se mettre à la place de l’opinion commune pour savoir qui sera le gagnant du concours.

Keynes va alors comparer ce concours à l’idée de spéculer en Bourse.

C’est l’idée de base de l’incertitude, de la Théorie des conventions et de la Théorie des coordinations économiques des agents (consommation, épargne).

Cet apologue du concours de beauté a un lien avec le comportement des agents sur le marché financier et précisément avec le principe de la Bourse.

Keynes dit qu’on va comparer le rendement escompté d’un investissement qui tient de la probabilité objective ou subjective ou croyance avec le taux d’intérêt du marché. Il s’agit d’anticiper en fonction de ce qu’on pense être les croyances des autres.

  • Keynes reprend l’idée de la notion d’incertitude.

  • Pour des phénomènes non naturels (économiques, sociaux), les anticipations prennent nécessairement en compte les anticipations propres de l’agent et celles des autres agents.


B.Incertitude et innovation : l’entrepreneur schumpeterien
Autour de cette idée d’entrepreneur, est apparue la notion d’incertitude.

    • 1er concept : Joseph Aloys Schumpeter reprend au début du 20ème siècle, la définition de l’entrepreneur en le définissant comme un preneur de risques et va en faire le moteur d’une théorie de la dynamique économique.

    • 2ème concept : la dynamique et la statique ; on revient aux 2 notions de risque et incertitude.

On théorise la dynamique pour parler de cycles et de crises. Schumpeter va faire de l’entrepreneur le personnage central qui va être à l’initiative de cycles économiques.

L’entrepreneur prend un risque sur une invention et la transforme en innovation, c’est-à-dire qu’une entrepreneur donné prend l’initiative de transformer l’invention en innovation.

Il faut bien faire la distinction entre une invention et une innovation car une invention ne devient pas forcément une innovation.

Exemples d’inventions devenues innovations :

  • création d’un nouveau marché

  • utilisation de nouvelles matières premières


Le passage d’invention à innovation est une prise de risque, selon Schumpeter qui permet de théoriser la dynamique économique.

L’entrepreneur ne répond pas mais crée une nouvelle demande. L’innovation va éduquer le consommateur et révéler une nouvelle demande.

Le profit de l’innovation, permettant la dynamique, va être partagé par l’entrepreneur et le banquier et, dans un 2nd temps, en grappes d’innovation.

Une partie de la théorie de la dynamique vient de la prise de risque/ de la notion d’innovation.
Chapitre II : Rationalité limitée et incertitude

  1. La rationalité limitée

    1. La critique du modèle microéconomique traditionnel et les définitions de Herbert A. Simon


La théorie de la rationalité limitée vient d’un auteur Herbert A. Simon, spécialiste des sciences cognitives c’est-à-dire sur la manière des personnes de voir le monde.

Simon réfléchit sur la rationalité comme étant une standardisation, une « économie standard » qui est le modèle économique de base. Dans cette économie, les individus sont rationnels, de même si on est en concurrence pure et parfaite.

Dans cette approche standard, il n’y pas d’autres limites à la rationalité que celles présentes dans la notion d’incertitude et dans les limités extérieures du marché. Les limites de la rationalité ne viennent pas des individus eux-mêmes.

Simon va substituer une théorie de la rationalité limitée. Cela montre que les agents ne sont pas parfaitement rationnels, qu’ils ont des limites à leurs rationalités parce que les individus sont saturés d’information, ils n’arrivent + à traiter les informations et parce qu’ils n’ont pas le temps.

Simon va opposer 2 types de rationalité :

  • Rationalité standard = rationalité substantive ou parfaite

  • Rationalité limitée = rationalité procédurale tient aux limites internes et externes qui grèvent les comportements des agents.

Ces 2 types de rationalité font que la procédure s’arrête à un moment donné.

Dans cette approche standard, les limites de la rationalité viennent de l’extérieur et donc relèvent d’une explication exogène.

A partir de ces travaux, on va prendre en compte 3 limites, déjà évoquées par Knight.

  • Capacité limitée à absorber, interpréter et traiter l’information

  • Lorsque les agents n’utilisent pas très régulièrement l’usage d’une information, l’agent l’oublie

  • Contrainte de temps dans le choix de décisions.


1er type de limite : la rationalité parfaite ou substantive

Simon parle d’abord de la rationalité parfaite, traitée avec James March.

La rationalité limitée porte sur une double contrainte concernant les caractéristiques de l’environnement :

  • L’information n’est jamais parfaite

  • Les ressources d’un individu ne sont pas illimitées

2ème type de limite : la rationalité procédurale ou limitée :

Les agents ne connaissent pas parfaitement leurs préférences, ils ne parviennent pas toujours à classer leurs préférences et à toujours considérer leurs préférences comme stables. La rationalité procédurale, selon Simon, est l’idée que les préférences des agents sont endogènes à l’action. Il considère que c’est au moment même de l’action que les préférences vont être modifiées (classement, instabilité).


    1. La typologie de James March


March a développé les théories de Simon. Il va proposer une typologie des choix rationnels dans un ouvrage appelé : « Décisions et organisations »

March propose 4 modèles de rationalité contrôlée (= action logique consciente) et 3 modèles de rationalité systémique ou collective.
4 modèles de rationalité contrôlée :

  • 1er modèle : rationalité limitée au sens de Simon avec 3 limites (1ère limite : la capacité à recueillir et ordonner les informations = capacité cognitive et temporelle de l’agent ; 2ème limite : liée à la faculté de calcul renvoyant à la complexité selon la situation de choix des agents et traduite par 2 types de coûts, les coûts entraînées par les décisions des agents et les gains attendus et la 3ème limite : le temps = ressource rare dans une prise de décisions économiques)

  • 2ème modèle : rationalité contextuelle = traduit la façon dont un comportement de choix est mêlé ou entremêlé à d’autres préoccupations de l’agent. Il ne peut pas dissocier son choix économique avec un ensemble de relations sociales et commutatives qui viennent bousculer son choix. March met l’accent sur le fait que le contexte influence le choix des agents et que le comportement de choix est encastré dans d’autres préoccupations de l’agent.

  • 3ème modèle : rationalité de jeux = il s’agit de la théorie des jeux ; cela illustre le fait que les agents soient en interaction. Les décisions d’un individu intègre les réactions escomptées ou anticipées des autres agents. March met l’accent sur les coalitions et sur la dimension séquentielle d’une coalition. Supposons 3 entreprise A, B et C concurrentes les 1 des autres : A et C peuvent s’allier (coalition) pour battre l’entreprise B dans un premier temps ; ensuite A et B peuvent faire une coalition pour concurrencer C et ainsi de suite ; d’où la notion de dimension séquentielle qui est le nombre de coalitions possibles.

  • 4ème modèle : rationalité de processus = décisions prennent leur sens dans certains aspects du processus au lieu du résultat.


3 modèles de rationalité systémique : elle ne vient pas du comportement de l’individu ; il ne s’agit pas du comportement conscient de l’individu ;

  • 1er modèle : rationalité adaptative = apprentissage expérimentale des individus et des collectivités 

  • 2ème modèle : rationalité sélectionnée/ de sélection = désigne le fait que dans une approche darwinienne, il y a sélection de certains comportements sur d’autres. Il y a sélection des « routines » = façon de faire, de se comporter, de sélectionner par adaptation à l’environnement ; on parle d’économie évolutionniste = sélection de phénotypes et de génotypes (comportements génétiques) transposés à l’économie.

Exemple : comment les firmes s’adaptent aux mutations économiques ?

  • 3ème modèle : rationalité a posteriori = idée que l’interprétation de l’action se fait après et non avant.

Albert Hirschman, dans son ouvrage Exit, Voice and Loyalty, montre que le processus qui amène l’agent à sortir de la firme et le processus qui amène l’agent à donner de la voix font que la rationalité de l’action ne se fait qu’a posteriori. C’est la structure même qui fait sortir un individu du système.



    1. Rationalité limitée et comportement opportuniste


Dans un cadre de rationalité limitée, il y a plusieurs séquences analytiques qui ne se déroulent pas de la même manière. S’il y rationalité limitée et que les agents sont irrationnels, on parle d’opportunisme selon Oliver E.

Opportunisme = agent manipulant l’information sans scrupule et pour arriver à ses fins. Il décrit le fait que les agents ont une capacité limitée à comprendre et maîtriser l’information, donc une partie de l’information ne peut pas être traitée, elle est inaccessible. D’où, il existe de la place pour une manipulation de cette information. C’est ce que Williamson appelle l’opportunisme.

Cela correspond à 2 situations :

  • 1ère situation : dans laquelle les agents sont guidés par leur intérêt individuel.

  • 2ème situation : un agent peut manipuler l’information ou la communication d’informations, grâce à la rationalité limitée, pour son propre profit.


L’opportunisme repose sur une révélation incomplète, déformée ou falsifiée de l’information par un agent.
2 types d’opportunités :

  • 1ère opportunité : opportunité ex ante (avant) = manipulation (mauvaise information) de l’information avant passation/signature d’un contrat. Elle pose un problème de « sélection adverse ».

  • 2ème opportunité : opportunité ex post = manipulation après passation du contrat, après que la déformation d’information se produit. Elle crée un type de modèle : le « risque moral ».


« Sélection adverse » = opposé à la sélection ; avant la passation du contrat, les biens sélectionnés vont être des biens de mauvaise qualité, donc ce seront des biens contraires à ce qu’on voudrait.

« Risque moral » = moralement, l’agent ne fera pas ce qu’il devrait. Après passation du contrat, par exemple de type embauche, il y a engagement moral de l’agent. Le risque moral consiste à dire que j’ai (l’agent) fait mon boulot sans l’avoir fait.

Les 2 formes d’opportunisme ont pour effet d’accroître les coûts de transaction, de négociation et de supervision du contrat. Ces coûts font partis d’une catégorie large des coûts de transaction, liés à toute transaction sur un marché.

+ il y a d’opportunisme, + les coûts liées à la transaction seront élevés.

Il existe une garantie contre le risque que le bien soit endommagé : c’est le coût de transaction.

La rationalité limitée de Simon entraîne une manipulation de l’information (opportunisme) qui entraîne des coûts de transaction.


    1. Rationalité limitée et coordination des décisions


A partir du moment où on est dans une rationalité limitée (dans l’opportunisme), la manière de gérer ses risques est d’adapter une gestion collective de ces risques.

« Learning by doing » par Kenneth Arrow est une procédure d’acquisition et de savoir-faire. Un groupe d’individus peut apprendre beaucoup + d’informations que si un individu seul apprend. D’où il existe des structures collectives qui peuvent fournir les informations manquantes ou mauvaises.

Ce sont les « routines » = séquences d’activité qui font qu’il y ait dans une collectivité des réponses quasi automatiques à des question. Elles permettent de gérer des problèmes sur lesquels les individus n’auraient pas les réponses.

Processus collectif « routinisé » permet de gérer des situations dans un cadre de rationalité limitée.
II Contrats et conventions
Théories des contrats et des conventions constituent 2 branches relativement récentes de la microéconomie concernant la firme.

Théories des contrats relèvent de ce qui se passe dans les contrats avec des asymétries d’information et en rationalité limitée des agents.

Théories des conventions s’intéressent à la manière dont les agents se coordonnent de manière formelle. Le mode de coordination n’est pas nécessairement formalisé.


  1. La définition des conventions : John Maynard Keynes et David Lewis


Théorie des conventions est récente ; elle est née il y a 12 ans, animée par des auteurs français. Elle reprend la définition de l’apologue du concours de beauté de Keynes.

Notion de convention est opposée à celle du contrat qui est une relation bilatérale entre 2 individus, alors que la convention implique un grand nombre d’agents, voire d’une société tout entière, qui peut soit résulter d’un règle écrite (=contrat) ; soit résulter des croyances des individus et notamment de ce qu’on appelle de prophéties auto réalisatrices.
2 définitions formelles permettent de définir les conventions :

  • 1ère définition d’un philosophe David Hume au 18ème siècle : Apologue des rameurs ; pour ne pas que le canoë kayak coule, il doit y avoir coordination des rameurs. Les rameurs finissent par ramer sans se concerter et sans avoir passé de contrat explicite sur les conditions de cette coordination. Cet accord implicite entre les rameurs est ce que Hume appelle une convention.

  • 2ème définition de D.K. Lewis, études à Princeton et travaille avec Thomas Schelling qui s’intéresse à la coordination implicite sans règles explicites. Lewis s’intéresse alors à ces coordinations et surtout à la notion de « common knowledge » = savoir commun que les agents suivent parce que les autres agents le suivent. D’après Lewis, les règles qui existent sont contraignantes, sans genèse intentionnelle et sans sanction officielle. D’où : « une régularité de l’action ou croyance est une convention au sein d’un groupe placé dans une situation récurrente si et seulement si à l’intérieur de ce groupe, les 6 conditions sont vérifiées ou presque vérifiées :

  • tout le monde ou presque se conforme à R (= convention)

  • tout le monde anticipe que les autres vont se conformer à R

  • cette croyance donne à chacun une raison bonne et décisive à se conformer à R.

  • préférence générale pour une conformité générale à R plutôt que pour une conformité légèrement moindre que générale.

  • R n’est pas la seule conformité existante qui satisfasse aux 2 dernières conditions. Il existe au moins une régularité qui satisfasse à ces mêmes conditions : convention arbitraire.

  • Faits énumérés dans les conditions 1 à 5 sont des faits « common knowledge ».




  1. 2 domaines d’application de la notion de convention : les systèmes financiers et les relations de travail


Système financier = système dans lequel le risque de défiance généralisée introduit un risque de système.

Défiance est un phénomène caractéristique des marchés financiers.

Si tous les acteurs du marché décident de se retirer, le marché fait faillite.

Pour éviter ce risque, il y a mise en place d’une coordination c’est-à-dire de procédures non marchandes (exemples : règles administratives ; Commission des Opérations Boursières devenue Autorité Monétaire Financière.

Toutes les fonctions de l’AMF ont pour rôle d’établir des conventions afin de rassurer les agents. Conventions ont pour intérêt de faire marcher les marchés financiers.

André Orlian : fonction du marché financier = fonction où chaque agent raisonne pour leur propre intérêt et en prenant en compte les anticipations des autres agents. Fonction conventionnelle dans les marchés financiers que Orlian appelle : mimétisme.

Robert Salais : marché du travail avec les conventions de la productivité et celles du chômage

Ces conventions vont avoir pour fonction de réguler/coordonner les relations du travail (employeur – salarié)

Robert Salais définit la convention de la productivité et celle du chômage.

Dans un contrat de travail, lorsqu’un employeur embauche un salarié, il y a 2 grands en enjeux qui vont tenir lieu de conventions :

  • le salarié accepte de faire des efforts en échange d’un salaire + élevé que celui offert sur le marché du travail. L’effort se fait donc du côté du salarié.

  • L’effort se fait du côté de l’employeur. Le salaire est moins élevé que celui du marché du travail mais le salarié est garanti de ne pas se faire licencier.



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