La souveraineté des Etats latino-américains (xixe xxe siècles)





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date de publication12.02.2017
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La souveraineté des Etats latino-américains (XIXe – XXe siècles)
La colonisation de l’Amérique latine est précoce et sera donc longue : les espagnols et les portugais seront présents du XVIe au XIXe siècle, et ont donc marqué les sociétés latino-américaines en profondeur. Au XIXe siècle, on assiste à une prise d’indépendance politique progressive et violente des différents pays d’Amérique latine face à leurs colonisateurs européens. On pouvait donc s’attendre à un développement rapide de ce qu’on considérait alors comme un « Nouvel Occident ».

Le concept de souveraineté s’applique au caractère suprême d’une entité politique qui n’est soumise à aucune autre. On parle donc de souveraineté d’un Etat lorsque celui-ci est libre de définir de lui-même sa politique et ses orientations socio-économiques, sans pression aucune de la part d’autres Etats, ou d’organisations internationales.

Quelle acception, ensuite, donner au concept d’Amérique latine, concept qui semble réunir plusieurs réalités, une pluralité de sociétés ? Si économiquement l’Amérique latine semble plutôt appartenir au Tiers-Monde, il ne faut pas perdre de vue ses références culturelles, plutôt proches de celles de l’Occident, qui conduisent Alain Rouquié à parler dans son livre Amérique Latine, une introduction à l’Extrême-Occident d’une Amérique Latine « synthèse entre Occident et Tiers-Monde ». Pour autant, nous la définirons bien en suivant une démarcation économique entre pays développés et Tiers-Monde, définition négative, qui fait référence aux pays « émergents » de l’Amérique Latine, par différenciation avec l’Amérique du Nord des Etats-Unis et du Canada, deux pays industrialisés et développés. Nous limiterons de plus notre analyse aux XIXe et XXe siècles.

Peut-on, à partir de leurs indépendances successives au XIXe siècle jusqu’à la fin du XXe, parler d’une souveraineté des Etats latino-américains au sens de la définition donnée plus haut ? C'est-à-dire, ces Etats ne sont-ils soumis à aucune entité ou puissance extérieure ? Sont-ils les seuls maîtres de leurs politiques et de leurs économies ?



  1. L’Amérique latine, périphérie économique

Nous allons d’abord voir que l’Amérique latine est économiquement dépendante du centre occidental, et surtout états-unien, avant de nous pencher sur l’ingérence dans l’économie de la région.


    1. Une dépendance économique au centre

      • Une dépendance commerciale : l’Occident comme marché et comme fournisseur

Au sortir de la colonisation, l’Amérique latine, si elle s’est libérée du monopole espagnol sur le commerce en même temps que de la domination politique, va subir l’hégémonie économique britannique, du fait de la production fortement excédentaire de l’Angleterre, qui peine à trouver des débouchés commerciaux sur le continent européen. L’Amérique latine se trouve donc entraînée dans une sorte de pacte néocolonial, une nouvelle dépendance : l’Angleterre offre des débouchés aux matières premières, ressources du sol et produits agricoles latino-américains, et l’Amérique latine, à l’inverse, importe d’Angleterre et du reste de l’Europe les biens manufacturés. Les pays se spécialisent dans quelques produits qu’ils produisent à grande échelle (caoutchouc, café, canne à sucre, cacao…) et se lie par là à l’économie européenne : une récession en Europe et la demande et donc les revenus d’importation s’effondrent. L’expansion économique de l’Amérique latine est donc fragile et dépendante de l’extérieur, le centre européen, qui définit par ailleurs, comme nous le verrons plus tard, le politique de ces Etats selon ses intérêts économiques. A la fin du XIXe siècle, l’économie européenne perd peu à peu pied face à la puissance montante des Etats-Unis, et c’est donc logiquement que la dépendance latino-américaine s’ancre également à un nouveau centre, qui s’emploiera à partir de la fin du XIXe siècle à monopoliser les échanges commerciaux sur tout le continent américain.


      • Une dépendance financière : le rôle du dollar en Amérique latine

Dès le XIXe siècle, la présence commerciale de l’Occident en Amérique latine se double d’une hégémonie financière, notamment britannique, avec un grand nombre de banques européennes présentes sur le sol latino-américain. Ces banques font principalement reposer leurs profits sur les emprunts publics des nouveaux Etats. Si ces emprunts permettent aux Etats d’engager les grands travaux nécessaires au développement du pays, et de s’imposer sur le continent les uns par rapport aux autres, il est souvent difficile pour les gouvernements de les rembourser, ce qui entraîne la création de nouveaux emprunts, où la prise de contrôle par les détenteurs européens du capital de services publics ou d’entreprises.

Lorsque les Etats-Unis deviennent la puissance économique la plus importante, ensuite, c’est vers eux que se déplace la dette latino-américaine, ce qui a encore accru leur hégémonie, ainsi que celle du dollar.

De plus en plus, en effet, les pays latino-américains ont été tentés, au XXe siècle, d’ancrer leur monnaie au dollar américain pour en stabiliser la valeur, et donc stabiliser les échanges commerciaux, ce qui a eu pour conséquence de les empêcher d’avoir une politique monétaire propre : il s’agit bien d’une perte de souveraineté de ces Etats. Aujourd'hui, même, des Etats latino-américains (l’Equateur et le Salvador) ont abandonné leur monnaie nationale et adopté le dollar américain : on parle de « dollarisation ».
Outre cette dépendance de la périphérie au centre, on peut d’autre part noter l’ingérence du centre dans l’économie latino-américaine.


    1. L’ingérence du centre dans l’économie de la région

      • La forte présence états-uniennes

Au XXe siècle, les firmes multinationales états-unienne se sont massivement installées en Amérique latine, profitant des privatisations par exemple pour entrer dans l’extraction de ressources minières, ou d’autres secteurs de l’économie.

Mais dès la fin du XIXe siècle, déjà, les ambitions états-uniennes dépassaient le simple cadre de l’implantation industrielle. En 1889 se réunit la première Conférence Internationale Américaine. Le programme concernait l’essor des échanges commerciaux, la mise en place d’une union douanière, déjà, et même l’adoption d’une monnaie commune, dans le cadre du continent américain dans sa totalité. Derrière ce projet panaméricain, qui se concrétisa par la création d’une union Panaméricaine et de nombreuses conférences, se trouvait déjà la volonté des Etats-Unis d’imposer leur domination sur les échanges économiques sur le continent, ce que plusieurs nations ont refusé dès cette première conférence.

A la fin du XXe siècle, le panaméricanisme cherche à nouveau à s’imposer. En 1990, G. Bush Senior expose son idée de la création d’une zone de libre-échange sur l’ensemble du continent. Ce projet connaît une première étape avec la création de l’ALENA en 1994, puis à partir de 1998, et le début de négociations pour la création d’une Zone de Libre Echange des Amériques, et un traité ratifié en 2001. le risque de ZLEA est à nouveau de diminuer la souveraineté de ces Etats en augmentant la place des firmes états-uniennes en Amérique latine, et en laissant les Etats-Unis imposer leur marque sur cette association.


      • L’importance des organisations économiques internationales…

…notamment le FMI et la Banque Mondiale (BIRD), qui, depuis leur création, sont souvent intervenues en Amérique latine. Seulement ces interventions, qui étaient le plus souvent la création de nouveaux prêts à des Etats d’Amérique latine toujours endettés, ont conduit ces Etats à accepter ce qu’on appelle le consensus de Washington, c'est-à-dire les principaux points à respecter dans la conduite de leurs politiques économiques. Parmi ces points, on peut noter la discipline budgétaire, la libéralisation des échanges, ou encore les privatisations : ainsi, en contractant un prêt auprès de ces instances, les Etats latino-américains sont entrés dans le néo-libéralisme, ce qui n’a pas amélioré une situation sociale déjà très mauvaise, ni réduit les inégalités.
=> On peut donc noter une claire dépendance des Etats d’Amérique latine par rapport au centre occidental et notamment états-uniens, ce qui conduit donc à remettre en cause l’idée de souveraineté de ces Etats dans un premier domaine, le domaine économique. Qu’en est-il à présent au niveau politique ?


  1. Une souveraineté politique limitée par les intérêts états-uniens

Nous allons d’abord voir que l’Amérique latine a longtemps été considérée comme la quatrième frontière des Etats-Unis, puis nous allons nous intéresser à l’interventionnisme états-unien en Amérique latine au cours de la Guerre Froide.


    1. L’Amérique latine, quatrième frontière des Etats-Unis

      • La doctrine Monroe (1823) : l’hégémonie états-unienne sur le continent américain

Le 2 décembre 1823, le président des Etats-Unis, James Monroe prononce un discours dans lequel il définit trois principes :

        • Le continent américain est désormais fermé à la colonisation européenne

        • Toute intervention européenne sur le continent sera considérée comme une manifestation inamicale à l’égard des Etats-Unis

        • En contrepartie, les Etats-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.


Cette doctrine a pu, au début, être résumée par la phrase « L’Amérique aux américains », mais peu à peu, un glissement s’est opéré vers « l’Amérique aux Nord-Américains », ce qui est montré par le déclenchement d’une guerre contre le Mexique, qui a abouti en 1848 à la cession aux Etats-Unis d’une partie du territoire mexicain, et notamment la Californie ou encore le Texas. Les pays d’Europe ne peuvent dès lors plus se prévaloir d’une quelconque autorité politique sur l’Amérique latine, qui appartient à la zone d’influence états-unienne. Plus qu’une simple volonté d’expansionnisme territoriale, il s’agit en fait pour les Etats-Unis de protéger leur quatrième frontière, et d’assurer leur sécurité. C’est pourquoi ils n’hésiteront pas, plus tard, à intervenir dans les affaires intérieures des Etats latino-américains pour protéger leurs intérêts.


      • De la politique du « big stick » de T. Roosevelt à la politique de « bon voisinage » de F. Roosevelt

Sous la présidence de Theodore Roosevelt (1901-1909), l’expansionnisme états-unien se transforme en impérialisme, les Etats-Unis étant devenus la première puissance économique mondiale.

La première expression de cet impérialisme a lieu en 1903, lorsque les Etats-Unis tentent d’obtenir de la Colombie la souveraineté sur l’isthme de Panama. Comme la Colombie refuse, les Etats-Unis provoquent un soulèvement populaire au Panama, qui se déclare République indépendante, et accorde à Washington l’exploitation du canal à perpétuité. Ce premier épisode illustre la politique du « big stick » prônée par Roosevelt, c'est-à-dire la politique du bâton : si les Etats latino-américains refusent d’accéder à une demande, les Etats-Unis interviendront directement. Ayant toujours pour objectif de préserver les intérêts des Etats-Unis, notamment les intérêts économiques, et de prouver aux européens que le continent américain est la chasse gardée des Etats-Unis, cette politique sera mise en œuvre de nombreuses fois jusque l’arrivée au pouvoir de Franklin Delano Roosevelt en 1933.

Celui-ci en effet, au vu de la montée des tensions au niveau international, a mis en place une politique de bon voisinage pour améliorer les rapports entre le Nord et le Sud du continent américain : il promet donc de renoncer à toute intervention militaire en Amérique latine, ce qui n’exclura pas pour autant la domination économique ou les pressions politiques, notamment pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour inciter les pays d’Amérique latine à s’engager à leurs côtés et en leur faisant partager le coût économique du conflit.


    1. La Guerre Froide : interventionnisme anticommuniste en Amérique Latine

      • Réduire les marges de manœuvre des gouvernements non-alignés sur les Etats-Unis

Après la Seconde Guerre Mondiale, toute la politique extérieure des Etats-Unis est tournée vers l’affrontement idéologique contre l’URSS et le communisme. En conséquence, l’Amérique latine, du fait de sa proximité géographique avec les Etats-Unis sera l’un des terrains essentiels de cette lutte à l’échelle mondiale. Il s’agit pour Washington d’empêcher tout développement de l’idéologie communiste en Amérique latine, et de s’y assurer du soutien de tous les Etats.

Et lorsqu’un gouvernement socialiste arrive au pouvoir au Chili en 1970 avec Allende, tous les moyens, sauf l’intervention militaire, seront utilisés pour le faire tomber. En 1970, un rapport de la CIA résume les raisons de cet interventionnisme : cette victoire porte atteinte aux intérêts politiques – de crainte d’une contagion communiste – et économiques des Etats-Unis. On assiste à des tentatives états-unienne pour fomenter des soulèvements populaires, déclencher des grèves, déstabiliser le pays économiquement, en intervenant auprès du FMI et de la BIRD pour bloquer le crédit au Chili, et finalement soutenir le putsch militaire. On retrouvera le même schéma concernant le Nicaragua sandiniste sous Reagan une dizaine d’années plus tard.

Cela ne fonctionnera par contre pas à Cuba, aux portes des Etats-Unis après la révolution communiste. Les Etats-Unis sont allés jusqu'à une tentative militaire, avec le débarquement de la Baie des Cochons, sans réussir à déstabiliser le régime castriste qui tient toujours aujourd'hui.


      • Faciliter l’installation de gouvernements favorables

La seconde partie de la politique états-unienne en Amérique latine durant la Guerre Froide a été de faciliter la prise de pouvoir de gouvernements favorables, et ce de deux façons : d’abord en finançant ou en organisant des coups d’Etats, comme celui de Pinochet au Chili, et ensuite en intervenant plus ou moins directement dans les élections. Je vais ici m’appuyer sur l’analyse de Noam Chomsky de la manipulation par les officiels et les médias nord-américains des répercussions des élections de 1982 au Salvador, et de 1984 au Nicaragua.

Au Salvador, il s’agissait de légitimer un gouvernement qui faisait face à une guérilla de gauche. Dans les médias nord-américains, on met en avant les concepts symboliques de démocratie, de forte participation aux élections, etc… en laissant de côté dans les reportages l’obligation de voter, les assassinats de journalistes, en oubliant de se poser la question de savoir quelle était la liberté aux opposants de faire campagne, et la liberté de choix des électeurs. Les observateurs états-uniens présents sur place ne tiennent pas d’autre discours.

Au Nicaragua, au contraire, Washington tenait à décrédibiliser les élections sur le point de légitimer le régime Sandiniste. On ne parle cette fois pas des observateurs officiels étrangers, ni d’enthousiasme électoral… Cette présentation pour le moins négative suffit à discréditer les élections et le gouvernement sandiniste qui les a remportées et donc à légitimer aux yeux des habitants des Etats-Unis le financement par l’administration Reagan des groupes contre-révolutionnaires.
En conclusion, il semble clair que les Etats d’Amérique latine, tout au long des deux derniers siècles, ne sauraient être qualifiés de totalement souverains, puisque l’emprise économique et politique de l’Europe dans un premier temps mais surtout des Etats-Unis sur ces Etats n’a cessé de conduire les Occidentaux à intervenir dans leurs affaires intérieures.

Mais depuis les élections d’Hugo Chavez à la présidence du Venezuela en 1998, puis de Lula au Brésil en 2002, d’Evo Morales en Bolivie en 2005 et de Michelle Bachelet en 2006, le paysage semble changer en Amérique latine, vers une prise de distance avec les Etats-Unis, et la recherche d’une alternative commune. Entre la nationalisation des ressources naturelles et des grandes entreprises dans ces pays, les rapprochements de Chavez et Morales avec Cuba, avec qui ils ont fondé une organisation de coopération économique, l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), et la recherche d’une indépendance au sein des organisations internationales, l’Amérique latine a peut-être trouvé la voie de la souveraineté, deux siècles après son indépendance.

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