Le modèle français du capitalisme de l’eau dans la compétition européenne et mondiale (depuis les années 1990)





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Faut-il laisser se développer le modèle français de l’eau ?



La géopolitique de l’eau a permis au modèle français de l’eau d’accéder à une légitimité théorique et de s’exporter, tandis que le modèle de la régie locale semblait vaciller (comme en Allemagne ou aux États-Unis). Le capitalisme de l’eau a fourni l’une des clés de la « sortie de crise » en contribuant à la structuration d’une économie des services française mais mondialisée. Ce modèle français ne concerne pas seulement l’eau puisqu’il s’étend à la gestion déléguée des déchets, de l’électricité, du gaz, des transports en commun (locaux ou nationaux). L’une des perspectives du développement stratégique des groupes publics edf et Gaz de France passe par l’essaimage hors du territoire national par le biais de sociétés énergéticiennes filiales et diversifiées. Ce modèle de gestion déléguée est conçu comme devant contribuer à la création de richesses (emplois, revenus, brevets) par le capitalisme français (parapublic ou privé). Pourtant, ce schéma de pensée structuré, érigé en « modèle » géopolitique et économique, porté par le groupe de pression que constituent les entreprises de gestion déléguée, a suscité, par sa force même, un mode de pensée à contre-courant des idées reçues des courants anticapitalistes ou partisans d’une gestion publique de l’eau.
Cette étude ne saurait trancher (Barraqué, 1999), mais elle entend souligner que « l’histoire qui se fait », donc ici une « aventure entrepreneuriale », n’échappe pas aux débats qui surgissent en histoire économique sur la recherche d’un équilibre supposé optimal que tentent d’approcher les acteurs politiques, économiques ou civiques face à chaque étape décisive de la croissance. L’eau a rejoint le pétrole au cœur des débats sur la gestion des ressources disponibles pour alimenter la croissance d’ici le milieu du siècle. Le bel ordonnancement mondial d’une économie de l’eau structurée autour du « modèle » de la gestion déléguée se craquelle : des débats surgissent dans les forums de réflexion sur le devenir du monde, au sein d’associations (Dall’Aglio, 1999), comme l’Association pour un contrat mondial de l’eau (acme)9, hostile à « la pétrolisation de l’eau » – qui deviendrait un pur produit de marché – et dans la presse économique : les certitudes des années 1990 autour de la légitimité patiemment tissée par les groupes capitalistes en faveur de ce modèle de gestion privée sont contestées, et l’on en revient à des rapports d’influence entre groupes de pression, entre idéologies. Des vecteurs d’opinion comme The Economist ou l’International Herald Tribune promeuvent la privatisation10, mais se font l’écho des critiques contre cette dernière. Face aux incertitudes qui touchent au déploiement de la civilisation urbaine de l’eau dans les pays en développement et dans les pays émergents, les analyses de Pierre Jacquet, chef économiste de l’Agence française de développement, paraissent nuancées quand il prône une collaboration dynamique et vigilante entre la puissance publique et le secteur privé. « On ne pourra atteindre les objectifs du millénaire qu’en imaginant de nouvelles formes de partenariat public-privé dans lesquelles l’aide publique au développement aura un rôle important : faire le lien entre entreprises privées et gouvernements locaux, en proposant notamment de nouveaux instruments de couverture des risques non commerciaux, en contrepartie d’engagements précis des différents acteurs » car « ceux qui décrient aujourd’hui les partenariats public-privé vont, souvent sans le savoir, à l’encontre des intérêts des plus pauvres. »11


Notes bibliographiques :


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  • Barbier Rémi, Waechter Virginie & Foglia Anne (1999), « L’élu, l’usager et le délégué : redistribution des missions et mise en place de contrôles croisés dans la gestion environnementale locale », in Petitet Sylvain & Varaschin Denis (dir.) (1999), pages 391-400.

  • Basini Bruno, « Lyonnaise-Vivendi, duel pour toute l’eau du monde », L’Expansion, n°606, 7-20 octobre 1999, pages 78-82.

  • Barraqué Bernard (1999), « Les services publics de l’eau et d’assainissement en Europe : la problématique public-privé est-elle pertinente ? », in Petitet Sylvain & Varaschin Denis (dir.) (1999), pages 169-198.

  • Bonin Hubert (1987), Suez. Du canal à la banque (1858-1987), Paris, Économica.

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  • Cans Roger (2001), La ruée vers l’eau, Paris, Folio.

  • Dall’Aglio Sandrine (1999), « Le développement des mouvements associatifs dans le domaine de l’eau : quels enjeux pour le modèle français des services urbains ? », in Petitet Sylvain & Varaschin Denis (dir.) (1999), pages 209-224.

  • El Faïz Mohammed (1999), « La problématique de la gestion des services publics de distribution de l’eau et de l’assainissement au Maroc », in Petitet Sylvain & Varaschin Denis (dir.) (1999), pages 225-238.

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  • Gouvello Bernard (de) & Marié Michel (2001), Les services d’eau et d’assainissement en Argentine à l’heure néolibérale, Paris, L’Harmattan.

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  • Laimé Marc (2003), Le dossier de l’eau : pénurie, pollution et corruption, Paris, Seuil.

  • Lasserre Frédéric (2003), L’eau, enjeu mondial. Géopolitique du partage de l’eau, Paris, Le Serpent à plumes.

  • Lenglet Roger & Touly Jean-Luc (2003), L’eau de Vivendi. Les vérités inavouables. Plongée dans les abysses de l’empire, Paris, Alias-Patrick Lefrançois.

  • Maris Bernard (2002), « L’appétit vorace des multinationales », Manières de voir. Le Monde diplomatique, n°65, septembre-octobre, pages 72-76.

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  • Petitet Sylvain & Varaschin Denis (dir.) (1999), Intérêts publics et initiatives privées. Initiatives publiques et intérêts privés. Travaux et services publics en perspectives, Vaulx-en-Velin Onzièmes entretiens du Centre Jacques Cartier, entpe.

  • Petrella Riccardo (2003), L’eau, res publica ou marchandise, Paris, Éditions La Dispute.

  • Poupeau Franck (2002), « À La Paz, les dégâts de la privatisation », Manières de voir. Le Monde diplomatique, n°65, septembre-octobre 2002, pages 83-87.

  • Sédillot René (1980), La Lyonnaise des eaux a cent ans, 1880-1980, Paris, sde-Conseils en information.

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  • « Suez et la Chine » (2004), 40 ans de coopération franco-chinoise, 1964-2004, Paris.

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1 D’où l’affaire de Grenoble dans les années 1990, quand le maire a été poursuivi pour avoir fait financer son journal électoral par la société concessionnaire de l’eau.

2 Une histoire de la Générale des eaux a été livrée par un cabinet d’histoire appliquée, mais n’a pas été publiée ; une recherche doctorale est en cours avec Alain Jacquot (Jacquot, 2002). Nous même avons conduit des recherches sur la stratégie de la Lyonnaise des eaux et de Suez dans les années 1960-1980, avant des études plus récentes sur la reconversion du groupe Suez (Bonin, 2000).

3 L’Université Georges Bush Senior dispose depuis les années 1990 d’un pôle d’étude et de promotion des services publics, dans la banlieue d’Austin, au Texas, qui conduit des réflexions novatrices sur les services collectifs urbains.

4 « Suez et la Chine » (2004), page 15.

5 Cela été le cas pour le réseau de la bande de Gaza en 1999 : la Banque mondiale a fourni un prêt à Suez-Ondeo pour un contrat de gestion de l’eau.

6 Préface de Danièle Mitterrand à : Lenglet & Touly, 2003. Cf. aussi, dans la même ligne critique, sinon polémique, qui dénonce une vaste conspiration capitaliste mobilisant corruption et réseaux d’influence : Hue, 2003 ; et Laimé, 2003.

7 Par le Haut Conseil du secteur public, dans son rapport annuel de décembre 1999.

8 Cf. www. assemblee-nationale.fr/dossiers/eau.asp

9 Cf. www.acme-eau.com; www. seaus.org; www.eausecours.free.fr; www.h2o.net. L’acme a été créée au lendemain du Forum social de Porto Alegre en février 2002. Le « contrat mondial de l’eau » est promu notamment par Riccardo Petrella, par ailleurs membre du conseil scientifique de l’association altermondialiste attac.

10 « Bogged down. Why the private sector should play a bigger role in water supply », The Economist, 22 mars 2003, page 13. Ou: «Water privatisation. Raise a glass. How to improve child health », Ibidem. « Private water, public good », International Herald Tribune, 11 mars 2003. « Safe to drink. The water crisis is taking a toll worse than any war », International Herald Tribune, 18 mars 2003. Ces articles ont été publiés à l’occasion du 3e Forum mondial de l’eau de Kyoto.

11 Article « Eau pour tous, eau gratuite ? », Les Échos, 27 avril 2003.

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