Le modèle français du capitalisme de l’eau dans la compétition européenne et mondiale (depuis les années 1990)





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A. Une nouvelle donne géopolitique et économique



L’environnement géopolitique et économique de l’activité des sociétés d’eau a vécu une révolution à partir des années 1980. En France, la crise financière provoquée par la désinflation a rendu aigu l’endettement des collectivités locales, ce qui a pu paralyser leur capacité d’action, malgré l’abaissement des taux d’intérêt. La crise urbaine a conduit à des choix dans l’allocation des ressources budgétaires et à la poussée des zones périurbaines, qui a renchéri le coût de gestion des quartiers. Elles ont constaté que les régies d’eau n’avaient pas suffisamment constitué de réserves d’amortissement et de modernisation des réseaux et que trop de réseaux n’étaient plus performants et exigeaient une rénovation intense. Or les normes environnementales requéraient la mise en œuvre de programmes d’investissement spécifiques (traitement des eaux de pluie, qualité des conduites, élévation des critères pour les stations d’épuration, sauvegarde des nappes profondes et du renouvellement de la nappe phréatique). La loi sur l’eau de 1992 a cristallisé ces exigences, mais la directive européenne sur l’obligation faite aux collectivités de plus de 15 000 habitants de récupérer et de traiter leurs eaux usées (à partir de 2001) a amplifié le mouvement d’investissements. Cela a conduit les autorités locales à favoriser l’externalisation de la gestion des réseaux d’eau, par le biais des concessions.
Des municipalités gérées par la droite ont eu tendance à favoriser une telle mutation, car la France a incorporé des valeurs de libéralisation inspirées des valeurs néo-conservatrices anglo-saxonnes ; mais le mouvement a largement dépassé les clivages idéologiques. Des Villes ont intensifié l’externalisation, telles Bordeaux en faveur de la Lyonnaise des eaux ; Paris (Gaillard, 1995) avec un partage entre la Lyonnaise des eaux, pour la rive droite, et la Générale des eaux pour la rive gauche dans le cadre de l’affermage de la gestion en 1984 pour 25 ans ; Grenoble en faveur de la Lyonnaise des eaux, etc. – tandis que Lyon reste fidèle à la Générale des eaux dans le renouvellement des concessions de l’agglomération. L’externalisation de la gestion des services publics – sa « privatisation » quand le statut adopté conduit à transférer la gestion d’un personnel public à un personnel de statut de droit privé – est devenue l’un des mots d’ordre d’un management néolibéral en Europe, au nom de l’abaissement des coûts de gestion et de la performance (moins de ressources-hommes, plus de qualité, plus de services rendus au « client » par rapport au statut de simple « usager », etc.). Cette révolution a triomphé au Royaume-Uni dans l’ensemble des services publics ; les sociétés régionales de l’eau y ont été mises aux enchères et achetées par des investisseurs, qui les ont eux-mêmes revendues peu à peu à des sociétés spécialisées, dont la société allemande rwe Aqua (Thames Water en 2000). En Allemagne, des entités publiques ou semi-publiques de gestion de services publics se sont regroupées pour lancer des appels d’offres rationalisés auprès du secteur privé, qui s’est fédéré autour de groupes en cours de recentrage sur la gestion déléguée de services publics, comme e.on et rwe dans l’énergie ; rwe Aqua est devenue un grand acteur des métiers de l’eau.
Les États-Unis ont accueilli cette mutation surtout quand, en 1997, a été décidée la prolongation de la durée maximale des concessions de cinq à vingt ans. Les « utilities » de l’eau ont pu fusionner et être privatisées, d’autant plus qu’un courant d’élus locaux (maires, gouverneurs) s’est cristallisé autour d’un retour à la performance des services collectifs au nom de la reconquête urbaine, en une sorte de New Frontier du service public3. Le secteur privé ou semi-privé devrait prendre en charge, d’ici 2015, les deux tiers de la population nord-américaine, au lieu de 15 % dans l’adduction et de 5 % dans l’assainissement pour faire face aux quelque 500 milliards de dollars nécessaires pour y renouveler et étendre les réseaux d’eau ; la proportion devrait évoluer des deux cinquièmes aux trois quarts en Europe occidentale (Lacoste, 2000 & 2003 ; Sironneau, 1996 ; Lasserre, 2003).
La poussée des pays émergents – constitution d’épaisses strates de classes moyennes, urbanisation, élévation du niveau de vie avec équipements sanitaires (eau courante, chasse d’eau, machines à laver, etc.) – a ouvert de vastes fronts pionniers pour l’essaimage des sociétés d’eau, publiques ou privées, comme en Chine. L’industrialisation a dilaté les débouchés pour les ventes d’une eau nécessaire au fonctionnement des installations productives. La délégation du service public de l’eau a permis à de nombreux pays ou agglomérations urbaines d’accélérer la mise en œuvre des équipements nécessaires et de bénéficier d’un transfert de capital en ingénierie de gestion de réseaux. Par ailleurs s’est posé (dans les agglomérations d’Afrique australe ou d’Amérique latine, en particulier) le problème de l’insertion des quartiers d’habitat précaire dans un mode de consommation comprenant les services d’intérêt général urbains : « l’accès à l’eau » est devenu un précepte politique, et les sociétés d’eau privées ont paru aptes à diffuser un mode de gestion efficace dans la distribution d’eau et expérimenté pour la collecte des redevances des consommateurs jusqu’alors habitués à ne pas payer l’eau distribuée par des postes d’approvisionnement plus ou moins collectifs. Les recommandations néo-libérales du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de diverses institutions de conseil aux pays qui subissent des tensions au niveau de leur capacité d’endettement international ont incité les autorités à favoriser le recours à des concessions qui permettaient d’économiser du capital et d’accélérer le processus d’équipement pour mieux faire face aux risques de congestion urbaine et démographique (Allouche, 2001) tout en fournissant les prestations de services de l’eau nécessaires aux industries nouvelles.

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