I. une interpretation des dynamiques spatiales a partir de la nouvelle economie geographique





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Thierry DEFFARGES1
Mai 2000
LES EFFETS REGIONAUX DE L’OUVERTURE ECONOMIQUE

DANS LES ECONOMIES EN DEVELOPPEMENT.

Quelques réflexions sur le cas mexicain

Version provisoire
L’objectif de cet article est de fournir des éléments d’analyse des effets l’ouverture économique sur les dynamiques régionales dans le cas particulier du Mexique.

Les dynamiques régionales au Mexique montrent une concentration accrue des activités économiques dans les régions frontalières Mexique – USA depuis le milieu des années 1980 au détriment des régions du Centre, alors même que celles-ci constituaient le noyau dur du tissu industriel et économique. Ce mouvement géographique de la dynamique économique est concomitant à la l’ouverture extérieure.

L’analyse de la concentration (ou de la dispersion) des activités économiques s’est récemment renouvelée grâce notamment aux travaux de P.Krugman. La « Nouvelle économie géographique » (NEG) a tenté de formaliser des concepts créés par les économistes du développement, tel que Hirschman, Perroux ou encore Myrdal. L’interprétation par la NEG des dynamiques régionales au Mexique fera l’objet de la première partie. Les limites de la NEG nous conduiront, dans la deuxième partie, à développer une conception de la concentration et de la dispersion des activités économiques où sera privilégiée la sensibilité/réactivité des espaces selon leur « contenu historique », et plus seulement comme des mécaniques simples d’agglomération ou de redistribution spatiale des activités. Dans la dernière partie nous nous interrogerons plus particulièrement sur la structuration des espaces. L’objectif sera de montrer que l’attractivité spatiale peut s’accompagner de discriminations.
I. UNE INTERPRETATION DES DYNAMIQUES SPATIALES A PARTIR DE LA NOUVELLE ECONOMIE GEOGRAPHIQUE.
En première analyse, on peut considérer que, dans le cas mexicain, l’ouverture économique a initié une dispersion spatiale des activités ; le modèle de développement par substitution d’importation ayant, en son temps, favorisé une structure de type « centre – périphérie ». Cette perspective générale des inégalités régionales et de leur réduction est le terrain privilégié de la « nouvelle économie géographique » (NEG).
1.1. Les principes généraux de la NEG
Partant du principe selon lequel les différentiels régionaux des dotations en facteurs de production n’offraient qu’une perspective limitée de la localisation des activités économiques, P.Krugman [1991a ;1991b] a proposé un nouveau cadre théorique reposant sur le couple concurrence imparfaite / rendements d’échelle croissants. La NEG s’appuie sur un modèle de concurrence monopolistique2. Il est considéré que les firmes sont en mesure de différencier horizontalement leur produit ; chaque firme d’une même industrie se spécialisant ainsi dans la production d’une variété d’un même produit. Les rendements d’échelle sont croissants. Les firmes disposent d’un pouvoir de marché mais ne peuvent l’exercer pleinement en raison de la libre-entrée, de sorte que les profits tendent vers zéro. Du côté de la demande, la NEG suppose que le nombre de biens disponibles est limité, mais que chaque bien présente un grand nombre de variétés. Si toutes les variétés sont identiques en prix, un agent représentatif les consommera toutes ; il y a préférence pour la variété.

Ce cadre théorique permet de contourner des difficultés insolubles auxquelles c’était confrontée la théorie néo-classique dès lors qu’elles cherchaient à intégrer la variable spatiale3, et redécouvre par la même occasion que « l’espace n’est pas économiquement neutre »[C.Ponsard , 1988]. La NEG suppose la non-neutralité de l’espace en combinant l’existence de coûts de transport et la présence d’économies d’échelle. L’idée est simple. Les économies d’échelle poussent les firmes à se localiser en un nombre limité de lieux alors que les coûts de transport rendent attractives les zones géographiques se situant à proximité de grands marchés. En l’absence de différentiels locaux de coûts de production, la localisation à proximité d’un marché de grande taille permet de réaliser les économies d’échelle tout en minimisant les coûts de transport4. Dans ce cadre, la concentration ou, au contraire, la dispersion géographique des activités se comprend aisément. Pour un niveau donné de rendements d’échelle, des coûts de transport élevé rendent plus difficile l’accès aux différents marchés à partir d’une localisation donnée. Si la taille des différents marchés est relativement proche, les activités économiques tendront à se disperser. Inversement, si les coûts de transport sont faibles, l’accès aux différents marchés est facilité. Des tailles différentes, même infimes, de marchés, favoriseront une concentration géographique des activités5.

Les effets d’induction par la taille des marchés et/ou les effets de liaison inter-firmes prennent la forme d’externalités pécuniaires. Brièvement, on suppose qu’un nombre défini de firmes (n) se répartit de façon homogène entre deux régions (i et j). Pour une raison quelconque un mouvement de relocalisation de la région j vers la région i s’opère. Ce déplacement s’accompagne également de celui des dépenses et d’une baisse des prix en i par « internalisation » des coûts de transport. Le résultat est une taille de marché en i plus importante par accroissement du pouvoir d’achat local. L’échelle de production sera plus importante. La relation traduit un lien de demande. D’un autre côté, la délocalisation s’accompagne d’une baisse des coûts de transaction ainsi que des coûts de production via la réalisation des économies d’échelle ; il y a un lien de coût. Ce faisant les externalités pécuniaires rendent plus attractives la région i et se constituent donc en forces de concentration.
La concentration est auto-entretenue : les externalités pécuniaires produisent des feedbacks positifs qui alimentent et renforcent la concentration spatiale ; il y a causalité cumulative. Le schéma suivant résume la dynamique globale.
Le mécanisme de causalité cumulative.


Plus de demande

Liaison aval

Economies d’échelle



Revenu réel plus

élevé

Plus de firmes peuvent être accueillies








Plus grande variété de biens disponibles



Préférence pour la variété

Liaison amont


La concentration spatiale engendre également des forces centrifuges. Ces dernières résultent pour l’essentiel de la concurrence sur les marchés des biens ainsi que sur les marchés des facteurs de production ou encore de phénomènes de congestion. La concentration (ou la dispersion) géographique des activités sera donc le résultat de tensions contradictoires. Le rapport de force est en fait pondéré par le niveau des coûts de transport.
1.2. L’application au cas du Mexique.
Dans un cas comme celui du Mexique, la NEG analyse le « changement » à partir d’une réflexion sur la concentration urbaine. Krugman [1995] considère un monde à trois régions ; deux régions domestiques - un centre urbain et une périphérie - et le reste du monde. On suppose, dans un premier temps, que les deux régions domestiques sont isolées du reste du monde. La main d’œuvre est supposée mobile entre les deux régions domestiques mais immobile entre celles-ci et le reste du monde. En présence de coûts de transport entre les deux régions domestiques, l’attractivité d’une région dépendra du rapport entre les forces centrifuges et les forces centripètes. Celles-ci procèdent de liens aval et amont (forward linkage et backward linkage) qui traduisent l’accessibilité aux produits (ou aux variétés de biens) et aux marchés. Les économies d’agglomérations résultent ainsi d’interactions entre les rendements croissants, les coûts de transports et la mobilité de la main d’œuvre. La localisation de la population de salariés-consommateurs est fonction du taux de salaire réel6. Si celui-ci est supérieur dans la région urbaine, la concentration de la population dans cette région sera un équilibre. La concentration de la demande dans la région urbaine crée un lien amont (forward linkage). L’étendue du marché permet de réaliser des économies d’échelle et autorise en retour une prime salariale de sorte que le salaire nominal dans la région urbaine sera supérieur à celui de la région périphérique7. D’un autre côté, comme la quasi-totalité de la population est concentrée dans la région urbaine, la plupart des variétés consommées dans la région périphérique doit être importée. L’indice des prix y sera donc plus élevé. La meilleure accessibilité en prix aux variétés de biens dans la région urbaine constitue un lien de coût (forward linkage). La combinaison d’un taux de salaire plus élevé et d’un indice de prix plus faible dans la région urbaine ne se traduit pas nécessairement par un salaire réel plus élevé. Tout dépend du poids des forces centrifuges. Celles-ci sont traitées de la manière suivante. Le centre urbain est repéré par une ligne dont le point central représente la localisation de l’offre. La population se répartie de chaque côté. Les déséconomies résultent de coûts d’accessibilité de la population au « cœur productif ». Les plus éloignés doivent assumer des coûts de commutation mais bénéficient de loyers bas. Inversement, les plus proches subissent un effet de concurrence sur les loyers mais profitent de coûts de commutation faibles. Plus la taille de la ville est grande est plus les coûts d’accessibilité seront importants.
En économie fermée, les firmes concentrées dans le centre urbain acceptent de verser une prime salariale en raison de la concentration de la demande ou acceptent des coûts de production supérieurs en raison de liaison inter-firmes. De leur côté, les salariés-consommateurs acceptent des coûts d’accessibilité importants dès lors qu’ils ont un accès privilégié aux différentes variétés de biens et services.

En économie ouverte, les arbitrages sont différents. Les firmes tendront à vendre leur production à l’extérieur (et à s’y fournir en biens intermédiaires). Le « reste du monde » devenant le principal marché, l’accès au marché domestique devient secondaire et la prime salariale doit baisser. Par ailleurs, la population consommera plus de variétés importées et sera tentée d’économiser les coûts de commutation. Ce faisant l’équilibre de concentration dans la région urbaine devient instable. L’ouverture rompt ainsi le processus cumulatif de concentration et favorise une dispersion des activités économiques entre les deux régions domestiques.
II . HISTOIRE ET DYNAMIQUES SPATIALES
2.1. Le rôle de l’histoire
Un des aspects les plus intéressant des analyses de la NEG a trait aux origines supposées des processus de concentration. Si les conditions initiales spécifiques aux régions (structures industrielles, ressources fondamentales, technologies,…) ne sont pas considérées comme négligeables en soi8, la NEG privilégie les hasards de l’histoire [P.Krugman, 1991a, 1991b, 1991c]. Certains événements peuvent, malgré leur banalité, initier un processus auto-renforçant de concentration des activités économiques jusqu’à produire un « pôle industriel » verrouillé dans le temps. Le hasard a des effets durables, il y a path dependency : le hasard de l’histoire produit l’histoire des espaces économiques.
Si l’importance de ce résultat n’est pas contestable, les conséquences analytiques et la méthode de représentation appellent néanmoins plusieurs critiques. Tout d’abord, l’argument du hasard apparaît comme une justification de la seule prise en compte des externalités pécuniaires au détriment d’autres formes d’externalités (technologiques, de proximité organisationnelle,…). Par ailleurs, et cela est plus problématique, la méthode réduit considérablement le sens et la profondeur du rôle de l’histoire. Pour R.Martin [1999] « le traitement de l’histoire par la nouvelle géographie économique est plus métaphorique que réel ». L’histoire dont il est question est simplement celle du temps de la simulation et la dépendance par rapport au sentier est seulement déterminée par les paramètres de la simulation. Et l’histoire s’arrête lorsque l’équilibre spatial est atteint.

Au-delà même de la méthode, la dynamique temporelle des processus de concentration est seulement définie par la chronologie des décisions de localisation [B.Lecoq, 1995]. Non seulement l’histoire est purement déterministe et parfaitement linéaire mais de plus son produit est neutre lorsque le changement intervient. En fait l’histoire des décisions de localisation ne structure les espaces qu’entre l’événement initial et le moment où l’équilibre devient instable. L’irréversibilité est définie dans son sens le plus réducteur : le changement peut être annulé par une action symétrique. Autrement dit, l’histoire se répète à l’identique dans des espaces différents et ne laisse pas de traces une fois le changement opéré. Au mieux ne peut être considéré que le développement d’un espace traduit un déplacement ou une nouvelle distribution spatiale de la dynamique des activités économiques. Et non que l’histoire des espaces produit des trajectoires spatiales différenciées.
D’une manière plus générale, un traitement de l’histoire réelle des espaces suppose la prise en compte des évolutions technologiques, institutionnelles et sociales [R.Martin, op. cit.]. Le hasard ou des contenus d’actifs spécifiques va conditionner la localisation en un lieu donné d’activités économiques. Mais les formes et la nature des activités économiques vont agir dans le sens d’une configuration socio-économique des espaces. L’irréversibilité prend un tout autre sens. Elle se situe au niveau de la réceptivité et de la réactivité des systèmes spatialisés aux contraintes extérieures. Les dynamiques locales ne sont alors pas tant le produit des externalités que des réseaux à partir desquels elles se fondent9. On peut considérer que l’irréversibilité traduit l’adaptation aux contraintes extérieures par le dépassement des contraintes internes construites par l’histoire des systèmes [cf. C.Courlet et M.Dimou, 1995 ; A.L.Saxenian, 2000]. Mais, dans ce cas, la trajectoire du processus de concentration représente moins la densification d’activités économiques, résultat d’un déterminisme historique pur animé seulement par des feedbacks d’externalités. Elle est l’expression de « bifurcations » qui se forment en évolution des structures spatiales. Le changement s’analyse alors de deux points de vue : celui de l’affaiblissement d’une dynamique d’un système spatial - qui traduit une capacité réduite, voir une incapacité, à dépasser les contraintes internes - et celui d’une évolution de la dynamique d’un système par sa propre transformation c’est à dire par des reconfigurations des forces d’attraction.
2.2. Les dynamiques régionales de l’économie mexicaine
Cette perspective permet de reconsidérer les dynamiques économiques régionales mexicaines sous l’angle des sensibilités spatiales différenciées à l’ouverture économique. Les trajectoires industrielles des régions Centre et Nord ne reflètent pas une simple dispersion ou une redistribution spatiale plus équilibrée des activités économiques. Le repli, au Centre, et l’expansion, au Nord, des activités industrielles, sont le reflet de contenus socio-économiques fonctionnels qui répondent différemment à l’ouverture globale de l’économie mexicaine. Il en est ainsi parce qu’il s’agit de constructions qui s’appuient sur des modèles différents de développement [J.Alonso et J.Carrillo, 1996 ; T.Alegria, J.Carrillo et J.Alonso, 1997].

L’image la plus évidente des différences de contenu en sensibilité à l’ouverture économique, et donc de l’existence de deux trajectoires industrielles, est celle des formes de contrôle du capital. Contrairement aux régions du Centre, la part dominante de firmes à capitaux étrangers dans les maquiladoras indique clairement que le changement s’est opéré, d’un côté, par l’entrée de firmes étrangères dans les régions frontalières et, d’un autre côté, par la sortie de firmes domestiques autour de Mexico City [G.H.Hanson, 1997]. Surtout les formes et les modalités organisationnelles territoriales sont régionalement différentes, qu’il s’agisse de la géographie des débouchés (marché interne vs marchés externes), de l’articulation productive (intégration vs segmentation) ou des systèmes de relations salariales (normalisation quasi-fordiste vs gestion libre du travail) [J.Alonso et J.Carrillo, op. cit. ; J.Alegria, J.Carrillo et J.Alonso, op. cit.]. Ces différences de modalités territoriales ne sont pas absolues dans le sens où l’ouverture force l’évolution des structures organisationnelles dans les régions du Centre. Mais les modèles de développement sur lesquels se sont construit historiquement les régions – substitution d’importation au Centre et export oriented au Nord – définissent des temporalités de réactions différentes : un temps long au Centre et un temps court au Nord. Plus précisément, ces temporalités subissent les effets de l’ouverture sur les tissus industriels locaux, d’un côté, en raison de leur déstabilisation et, d’un autre côté par leur évolution / transformation.
Dans sa globalité, la dynamique temporelle de la région centre peut être illustrée par certains travaux articulant le rôle des rendements croissants, les effets de liaison hirschmaniens et de polarisation, et le modèle keynésien de la « base économique ». R.Faini [1984], par exemple, analyse l’impact des économies d’échelle sur les dynamiques de croissance dans un modèle à deux régions – le Nord et le Sud – à partir d’un cadre théorique, dérivé du modèle de la base économique, explicatif de la structure des exportations et des investissements. La « base économique », source de la dynamique des exportations, est définie par la présence d’un secteur ancrée territorialement à rendements croissants et qui offre différentes variétés de biens et de services au secteur manufacturier. Les performances économiques des régions sont fonction du niveau moyen des coûts locaux de production et des variétés de biens et de services disponibles. Ces deux variables sont elles-mêmes fonction des conditions technologiques locales. Les divergences régionales se comprennent de la manière suivante : le développement industriel dépend du degré de sophistication de l’approvisionnement local en inputs fournis par le secteur dont la base est locale et le degré de sophistication de l’approvisionnement est justement dépendant du développement industriel. Un accroissement du stock de capital du secteur manufacturier dans une des deux régions produit un effet multiplicateur et se traduit par une augmentation de la demande en inputs différenciés. En retour, cela favorise des investissements complémentaires dans le secteur basé localement (liaisons de type Hirschman). Les rendements croissants favorisent alors une baisse du niveau des coûts de production dans ce dernier secteur et les nouveaux investissements augmentent le nombre de variétés d’inputs disponibles. La baisse des coûts et l’augmentation des variétés disponibles favorisent alors un nouvel accroissement du stock de capital dans le secteur manufacturier et, ce faisant, une retombée plus large des effets multiplicateurs. Le processus se renouvelle et la divergence régionale s’accentue.

Le déclin de la région Centre depuis l’ouverture économique peut alors s’interpréter par l’affaiblissement de la base économique locale en raison notamment d’une tendance à la déverticalisation / segmentation du tissu productif10. L’ouverture lève de fait la rente protectionniste et expose une part importante du tissu industriel à la concurrence internationale. Les conditions de valorisation du capital deviennent moins favorables et forcent une restructuration de l’appareil productif. La perte de dynamique locale, au moment de l’ouverture, procède d’un contenu technologique du stock de capital qui ne permet pas d’atteindre un certain seuil de compétitivité. La base économique perd sa capacité à générer des économies d’agglomération. L’accès aux nouvelles générations de capital est fortement conditionné par les importations d’inputs de production. Or les capacités réduites d’exportations, au moment de l’ouverture, font que l’accès à un capital techniquement plus avancé repose en partie sur la dynamique de la demande locale. Il y a alors contradiction entre le développement d’une base exportatrice et la base économique locale ; ce qui débouche sur les enchaînements suivants : les liaisons purement locales se resserrent. La structure des exportations et des investissements est biaisée en direction de secteurs dont les besoins en variétés d’inputs à degré faible de sophistication est important, ce qui contraint le développement du secteur ancré localement. Les effets de complémentarité d’investissement se réduisent, ce qui, à son tour, génère des feedbacks négatifs.
La dynamique de concentration dans la région frontalière se fonde sur des articulations tout à fait différentes. Tout d’abord, le processus de concentration s’apparente à la formation de « clusters » [D.Requier-Desjardins, 1998] et s’éloigne donc de la configuration dans la région Centre, plus proche de la notion de « pôle de croissance ». Les industries maquiladoras tirent leur originalité de liens transfrontaliers : les firmes, essentiellement à capitaux étrangers, importent des inputs intermédiaires et des biens de production pour une production destinée à l’exportation. Le régime des maquiladoras a correspondu initialement à la définition « d’actifs spécifiques » notamment autour des conditions libres de gestion de la main d’œuvre.

Parallèlement à l’ouverture économique, le processus de concentration s’est nettement renforcé, en même temps qu’il s’est transformé. La densité industrielle s’est enrichie de changements dans la composition sectorielle et dans la nature des productions industrielles. L’évolution des maquiladoras s’inscrit dans la succession de générations industrielles [Cf. J.Alonso et J.Carrillo (Op. Cit.) et T.Alegria, J.Carrillo et J.Alonso (Op. Cit.)] . La première, la plus ancienne, porte sur des opérations d’assemblage traditionnelles avec un faible contenu technologique. Le principe directeur est le volume et non la qualité. Cette génération nécessite une main d’œuvre peu qualifiée, peu rémunérée et utilisée de manière intensive. La seconde génération, apparue dans les années 1980, bien que toujours centrée sur l’assemblage, intègre des opérations de transformation, et traite de produits plus complexes. Les techniques de production y sont plus sophistiquées et nécessitent une main d’œuvre plus qualifiée. L’organisation du travail est plus orientée vers la flexibilité fonctionnelle. Les facteurs de compétitivité se situent dans la combinaison entre la qualité et les coûts unitaires du travail. La troisième génération, encore émergente, se développe en réseaux avec des filiales ou d’autres firmes. L’intégration verticale et locale progresse. Le niveau technologique augmente fortement ainsi que les ressources en capital humain. La succession de « générations » industrielles et les changements dans l’organisation du travail s’accompagnent d’une progression de la part de la main d’œuvre qualifiée [J.Carillo, 1998].

Les mouvements de concentration spatiale, dans leur inscription temporelle, n’ont donc pas seulement débouché sur une densité accrue des activités industrielles dans les régions frontalières. La concentration quantitative s’agrémente de déformations du contenu de la trajectoire industrielle locale. A partir de conditions initiales locales, les différentes « générations » vont structurer les zones maquiladoras tant par les techniques de production que par les changements dans l’organisation du travail. L’évolution des contraintes externes produit des évolutions qualitatives de la structure industrielle, ce qui modifient les forces d’attraction. Les changements de « l’atmosphère locale » attirent d’autres « générations » qui, à leur tour, la feront évoluer. Entre deux « générations », l’homogénéité technologique et organisationnelle se développe. Les conditions locales changent et deviennent moins favorables aux « générations » les plus anciennes caractérisées par des technologies moins sophistiquées et par un usage plus intensif en main d’œuvre peu ou pas qualifiée.

Ces différentes réflexions offrent une perception particulière des trajectoires industrielles locales et finalement de la nature des relations qui s’y exercent. La réactivité en creux de la région centre exprime la sensibilité aux contraintes exercées par l’ouverture. Celles-ci ont pour effet de neutraliser les conditions organisationnelles de la dynamique locale issues du schéma historique de la polarisation des activités économiques. L’atmosphère locale, dérivée des relations économiques – les interactions au sein de la base économique – et de leurs soubassements sociaux et institutionnels, se heurte à la contrainte extérieure. Au contraire, le renforcement de la dynamique industrielle dans les régions frontalières traduit l’attractivité d’une configuration socio-économique et institutionnelle - une atmosphère locale – spécifique et indépendante du modèle de développement par substitution d’importations. La sensibilité des maquiladoras à l’ouverture économique va dans le sens d’un renforcement car leur fonctionnalité reposait initialement sur une orientation extérieure des activités économiques mais aussi par une intégration locale faible donnant ainsi à la région frontalière une plus grande souplesse d’adaptation ou de reconfiguration, et ce, non pas par un amenuisement des forces d’attraction originelles mais par leur enrichissement.
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