Le Fonds Monétaire International suscite un intérêt constant dans le monde de l’économie, de la finance et du développement





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Argentine
« Chronique d'une crise annoncée »


Pierre Salama
professeur, Université de Paris XIII
septembre 2002

Préambule : Cette étude a pour objet d’analyser les causes de la profonde crise dans laquelle l’Argentine est entrée depuis 4 ans. Depuis décembre 2001, cette crise est ouverte. Deux présidents de la république ont succédé au Président de la Rua, trois ministres des finances à Domingo Cavallo. De nombreuses mesures économiques ont été définies, la pression du FMI est de plus en plus forte et la crise économique s’approfondit avec son cortège de misère croissant. Cet article n’a pas pour objet de donner un avis, fût-il critique, sur les diverses mesures mises en place pour relancer l’activité économique, économiser le peu de dollars qui restent, tenter de réduire le coût social et contrôler l’inflation – certaines mesures étant déjà dépassées par le déroulement chaotique de la conjoncture de crise - mais de délimiter les responsabilités dans la venue de cette crise profonde.

  1. Le plan de convertibilité : un coût social chaque jour plus élevé et une difficulté croissante d'échapper au piège de la convertibilité

Dans les années 90, la croissance retrouvée des économies latino-américaines est dans l'ensemble modeste et les taux de formation brute du capital restent faibles. La plupart d'entre elles conservent, voire consolident dans certains cas, les aspects rentiers qui les caractérisaient et qui alimentent l'inégalité profonde des revenus. La croissance procure peu d'emplois dans l'industrie et elle s'accompagne d'une montée des emplois informels. La précarisation des emplois, le travail à temps partiel, se développent. Econome en emploi, la croissance est aussi "avare" en distribution de ses fruits : les revenus du travail, à l'exception des catégories les plus qualifiées, augmentent en deçà de la croissance de la productivité et, avec la montée en puissance des activités financières et des revenus qui en découlent, les inégalités tendent à s'accentuer de nouveau.

La croissance, économe en emploi et en hausse de pouvoir d'achat des revenus du travail, ne peut alléger de manière durable et significative la pauvreté. Celle-ci a désormais pour origine principale la faible qualité des emplois et l'impossibilité d'obtenir des emplois, y compris informels, pour une durée hebdomadaire suffisante. La croissance retrouvée est spécifique : elle subit une logique financière à laquelle il devient de plus en plus difficile d'échapper. Les crises financières de la seconde moitié des années 90 sont révélatrices de la dynamique "d'économie de casino" qui tend à s'instaurer avec la libéralisation brutale de l'ensemble des marchés et le retrait, parfois massif, de l'Etat. La crise accentue la pauvreté et la reprise économique - d'un rythme équivalent et d'une durée semblable - ne produit pas d'effets compensatoires.

Cet ensemble de caractéristiques nouvelles vaut pour les principales économies latino-américaines depuis la décennie des années 90. Les turbulences macro-économiques ont des effets démultipliés sur la pauvreté. La pauvreté augmente fortement avec la crise et ne tend pas, quand la reprise économique se limite à une année ou deux, à baisser. Elle tend même à augmenter et il faut une période de croissance plus longue et soutenue pour qu'elle commence à fléchir. L'instabilité macro-économique s'impose comme la caractéristique majeure des régimes d'accumulation à dominante financière mis en place pour sortir de la crise inflationniste des années 80. Cette instabilité accentue la vulnérabilité des couches les plus pauvres de la population.

L'ensemble des caractéristiques des autres grandes économies latino-américaines est présent en Argentine :

• comportement rentier des entrepreneurs,
• destruction d'une partie de l'appareil industriel ("déverticalisation"(1)), notamment dans les branches produisant des biens d'équipement et des produits intermédiaires plus ou moins sophistiqués,
• spécialisation internationale favorisant l'exportation de produits primaires d'origine énergétique ou agricole ("primarisation de l'économie"(2)) observée surtout au Chili,

• maintien d'un niveau de pauvreté élevé malgré la disparition de l'inflation et la reprise de l'activité économique, inégalités particulièrement élevées,

• montée des emplois informels dans l'emploi total,

• flexibilisation et précarisation accrue de la force de travail utilisée plus fréquemment que par le passé à temps partiel,

• inégalités accentuées entre travail qualifié et travail non qualifié,

• internationalisation prononcée des activités,


• augmentation de l'ouverture de l'économie au commerce international,

• globalisation quasi totale au niveau des flux financiers et dépendance financière vis-à-vis des marchés financiers internationaux.

Mais quelques particularités distingue le pays :

• la désindustrialisation est plus prononcée, ainsi que la primarisation de l'économie,


• le chômage augmente davantage et les activités à temps partiel, précaires ont crû plus fortement,
• les revenus du travail de la fonction publique et du secteur privé ont baissé en terme absolu, de telle sorte que l'Argentine est le seul pays d'Amérique latine qui ait connu une évolution négative et inégale des revenus des travailleurs non qualifiés et qualifiés (à l'exception des 5 à 10% des plus qualifiés), les premiers baissant davantage que les seconds (voir graphique supra),

• l'augmentation de la pauvreté ne vient pas seulement du non emploi, du sous-emploi (temps partiel) mais aussi du mal emploi (nouvelles conditions d'embauche et donc nouveau "parcours de vie") alors qu'auparavant elle était générée par l'hyperinflation,


• avec le surgissement de l'inflation depuis l'abandon à chaud du plan de convertibilité et les très fortes dépréciations de la monnaie nationale, l'essentiel de l'augmentation de la pauvreté est attribuable à la hausse des prix des biens de première nécessité.

La récession, qui dure depuis près de 4 ans, alimente :

• une inégalité accentuée des revenus,


• une augmentation du chômage,


• une dégradation sensible de l'ensemble des services publics - santé, infrastructure et enseignement –

,
• une transformation des dépôts en pesos en dépôts en dollars (3),


• une frénésie à mettre "en toute légalité" son argent à l'extérieur de la part des agents les plus fortunés, et surtout des entreprises pessimistes quant aux possibilités de sortie de crise, attirées par des taux d'intérêt conséquents et faisant des arbitrages en faveur des activités financières au détriment de l'activité productive, frénésie traduisant en fait un comportement rentier plus ancien qui n'a fait que s'accentuer avec la récession,


• des transformations de comptes en pesos en comptes dollars de la part d'une partie - la plus aisée probablement - des couches moyennes, puis des sorties de ces dollars vers l'Uruguay et les Etats-Unis,


• enfin, "l'homme suivant son argent", un exode massif d'argentins aisés vers différents pays d'Europe et surtout vers les Etats-Unis, mais aussi une émigration de nombreux travailleurs plus modestes à la recherche d'un travail et de revenus acceptables.

La transformation de cette récession en crise ouverte politique et économique depuis fin décembre 2001 a précipité ces tendances lourdes et provoqué un choc de pauvreté (4).

  1. Le choc de pauvreté

Le nombre de pauvres atteint déjà 15.251 millions de personnes, dont 6.312 millions d'indigents, sur une population de 36 millions de personnes en octobre 2001. Les perspectives pour mai 2002, établies à partir d'un scénario comportant une inflation faible et une chute de l'activité économique de 5%, sont de 17.167 millions, dont 7.106 millions d'indigents (Informe de la situacion social, Siempro y Desarrollo Social, feb.2002), soit 2 millions de plus en quelques mois. On sait aujourd'hui que ce scénario établi par le gouvernement Duhalde à la veille de la venue de la délégation du FMI, est "optimiste" : la chute du PIB sera pour 2002 dans les voisinages de -15% et l'inflation bien plus élevée que celle prévue. La pauvreté devrait donc s'accroître bien davantage, et ce d'autant plus que les prix de produits de base constituant le "panier" de consommation du pauvre augmentent plus vite que les prix des autres produits. L'estimation officielle de l'inflation sur laquelle a été établie le budget était de 15% pour 2002. Elle est passée début avril à 45/50%.

Selon la Sociedad de Estudos Laborales (Clarin du 9 Avril 2002), il y aurait eu une augmentation du nombre de pauvres dans le Grand Buenos Aires de 1.650 millions d'octobre 2001 à avril 2002, soit au total quasiment 6 millions de pauvres, dépassant de 1 million le nombre de pauvres atteint en 1989, année où l'hyperinflation conjuguée à la crise avait produit le chiffre le plus élevé de pauvres. Ce nouveau "record" représente 49,8% de la population. La hausse des "indigents" (pauvreté extrême) est encore plus forte et leur pourcentage dépasse en avril la moitié du nombre total de pauvres, soit un peu plus de 3 millions.

Selon les auteurs de ce rapport, 80% de l'augmentation de la pauvreté serait attribuable à l'accélération de la hausse des prix et les 20% restant à l'augmentation du chômage durant cette période.
Fin mai, l'INDEC a donné de nouvelles évaluations pour mars 2002, établies à partir de modes de calcul légèrement différents (une famille - soit 2 adultes et 2 enfants - est considérée comme indigente si en mars son revenu est en deçà de 208 pesos par mois, pauvre si ce revenu est en deçà de 485 pesos). Selon ces critères, le nombre de pauvres aurait augmenté de plus de 1,5 millions en 5 mois - soit 300 mille en moyenne par mois - passant à 42,6% de la population en mars 2002, et le nombre d'indigents se situerait à la même date à 15,7% de la population. La raison principale de ces augmentations est la hausse beaucoup plus rapide que l'inflation des prix des biens composant le "panier" de biens de base définissant la ligne d'indigence.

Le FMI en chiffres Fiche technique - septembre 2004:

  • Nombre de pays membres : 184 pays.

  • Services du FMI : 2.700 employés environ, originaires de 141 pays

  • Total des quotes-parts : 311 milliards de dollars EU (au 31 août 2003)

  • Encours des prêts : 97 milliards de dollars EU à 84 pays, dont 10 milliards de dollars à des conditions concessionnelles à 59 pays (au 31 août 2003)

  • Assistance technique : 356 personnes-années durant l’exercice 2004

  • Consultations achevées au titre de la surveillance : 116 pays au cours de l’exercice 2003, avec la publication volontaire des rapports des services du FMI pour 92 pays

Répartition de droit de vote des administrateurs, en avril 2001:

  1. Etats-Unis 17,16%

  2. Japon 6,16%

  3. Allemagne 6,02%

  4. France 4,97%

  5. UK 4,97%

  6. Belgique 5,97%

  7. Pays-Bas 4,87%

  8. Venezuela 4,29%

  9. Italie 4,18%

  10. Canada 3,72%

Source : http://www.imf.org
Bibliographie :


  • Le FMI Patrick Lenain- 3e édition, Editions La Découverte & Syros, Paris, 2002.

  • Divers journaux (ex : La tribune.fr / argentine)



CONCLUSION
Nous avons passé en revue brièvement l’histoire mouvementée du Fonds monétaire depuis sa création il y a plus de cinquante ans. Cette histoire a été marquée par de ombreuses crises et déceptions. Le Fonds n’a pas pu empêcher l’effondrement du système de Bretton Woods dont il était le gardien .Il n’a pas pu éviter les crises financières à répétition dans les économies émergentes depuis 1982 jusque récemment .il n’a pas pu sortir de nombreux pays en développement de la pauvreté et de la misère dans laquelle ils stagnent et s’enfoncent .Faut il pour autant comme le font certains ,dire que 50 ans sont assez et qu’il faut abolir les organisations de Bretton Woods ?
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