Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril





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8-2-en attente de relecture de Thierry Doré



9-Soutien des prix, Monoculture et évolution des assolements à l’échelle de bassins de production


Diversité des assolements : la monoculture de maïs particulièrement visée ?

Jean-Paul RENOUX (A.G.P.M.)
Le « verdissement » de la réforme de la PAC préconise notamment de diversifier l’assolement des cultures de chaque exploitation au nom de la préservation des sols et de la biodiversité. Cette mesure, qui demande de plafonner à 70% les surfaces de la culture dominante, ne fait pas mystère de son caractère « punitif » visant la monoculture de maïs. Les arguments évoqués peuvent-ils être réellement retenus contre la monoculture de maïs ? En même temps, parmi les objectifs affichés de cette réforme, le Commissaire Dacian Cioloş rappelait lui-même le 12 mars dernier devant le Parlement Européen son ambition de maintenir l’agriculture sur l’ensemble des territoires de l’Union.

Si les surfaces cultivées en maïs augmentent partout aujourd’hui dans le monde et en Europe, c’est en raison de l’utilité et de la multiplicité des usages permis par cette plante. Progressant vers les latitudes septentrionales comme dans les régions chaudes grâce à l’adaptation constante du progrès génétique aux modifications climatiques, le maïs occupe aujourd’hui presque tous les écosystèmes agricoles. Un examen objectif de la culture du maïs dans le monde et en Europe rappelle que le maïs est majoritairement assolé dans la plupart des systèmes de production, en raison principalement de son caractère « neutre » ou favorable comme précédent cultural. Mais ce sont les qualités de la plante qui expliquent aussi qu’il existe des terroirs où la monoculture se maintient depuis longtemps. Ce simple constat devrait d’ailleurs rassurer sur la durabilité agronomique de la monoculture de maïs.

L’histoire de l’introduction du maïs en Europe au 16ème et son expansion rapide au 17ème siècle donnent des éléments d’explication à cette particularité partagée par très peu de cultures. C’est sa tolérance naturelle aux maladies fongiques, son aptitude à valoriser les terrains difficiles ou hydromorphes, sa capacité à supporter les printemps et les étés humides qui décimaient les céréales à paille et surtout sa productivité déjà supérieure de 50% à celle du blé qui expliquent ce succès (F. Braudel). En outre, sa qualité de « plante sarclée », c’est-à-dire semée en ligne et non à la volée, facilitait la lutte contre « les meschantes herbes » (O. de Serres) grâce au désherbage manuel ou mécanique. N’est-il pas frappant de constater que c’est la permanence de ses qualités éminentes, et même leur amélioration par la sélection variétale, qui explique le maintien du maïs dans ces terroirs ? L’examen attentif de la distribution géographique du maïs en Europe et en France montre que le maïs est rarement la culture dominante d’une région (souvent une céréale « à paille »), mais qu’en raison de ses qualités il occupe, souvent seul, des terroirs abandonnés par les autres cultures. On voit donc un paysage d’îlots de monoculture de maïs au milieu d’environnements variés. En outre, la carte de la monoculture se superpose avec la carte du différentiel de rendement maïs/blé : le maïs est très présent et souvent en monoculture quand ce différentiel est supérieur à 30 quintaux/ha. Comme il s’agit le plus souvent de structures agraires de petite taille ou de taille moyenne, on peut comprendre que les agriculteurs recherchent «  l’intensité territoriale » qui leur permet d’économiser de l’espace. Cette « typologie » est particulièrement présente dans les exploitations de montagnes disposant de peu de surfaces labourables. Les surfaces cultivées en monoculture le sont souvent, en Europe, dans des régions historiques de la culture du maïs depuis plusieurs siècles, avec des traditions de transformation qui remontent au 17ème siècle. La monoculture est ainsi souvent associée à des structures agraires qui compensent économiquement leur petite taille par la valorisation en aval de filières de qualité à haute valeur ajoutée: poulet de Bresse, Foie gras d’Alsace ou du Sud-ouest, jambon de Bayonne. On peut ajouter dans cette catégorie la production de semences de maïs qui couvre aujourd’hui 80 000 hectares et dont la France est le premier exportateur mondial et qui est cultivée en îlots de monoculture.

Les règles administratives peuvent–elles ignorer le fruit de l’histoire et les contraintes de l’économie et de l’agronomie, l’équilibre des territoires chers au Commissaire Cioloş ? Avec la Révolution française, les agriculteurs ont conquis le droit de choisir leur assolement. Auparavant les propriétaires seigneuriaux et ecclésiastiques, en général pour des raisons fiscales, imposaient les cultures de la rotation et il était interdit, sous peine d’amende, de « dessoler ». Le retour au « local » prôné par l’agriculture « écologiquement intensive » ne préconise-t-i pas de remettre l’agriculteur au centre du processus de décision de son système de production ?

Monoculture et maïs : Leçon de géographie.
Le maïs occupe en France, de façon assez stable depuis 30 ans, environ trois millions d’hectares répartis sur l’ensemble du territoire (sauf au-dessus de 1100 mètres d’altitude). Il est donc associé à la plupart des systèmes de production et des systèmes fourragers français dont il est devenu un des piliers. L'histoire de l’installation du maïs en France, qui remonte à quatre siècles, s’est faite en deux temps : il occupe rapidement (en moins d’un siècle) à partir de 1612 l’espace climatique où il peut être récolté en grain (de la Vendée à la Lorraine) ; après la seconde guerre mondiale, les possibilités offertes par l’hybridation, et la précocification opérée par les travaux de l’INRA, lui ouvrent le nord de la France en grain comme en fourrage, avec des progressions de rendement rapides. Comme céréale le maïs occupe encore, et souvent en monoculture, des zones difficiles qu’il était le seul à pouvoir mettre en valeur au 17ème siècle. Ces situations sont toujours des zones d’excellence de la production de maïs. Les rendements y sont élevés et réguliers, supérieurs à la moyenne nationale et conduits majoritairement en culture pluviale car occupant des sols profonds où l’irrigation n’est pas nécessaire.

C’est la raison pour laquelle la géographie du maïs est si particulière, pouvant représenter une part minoritaire de la surface agricole, mais néanmoins être visible en raison de sa concentration dans des territoires précis. Cette distribution en « îlots », dans les vallées où passent les voies de communication et la grande taille de la plante rendent la culture très visible.

La géographie du maïs européen reflète comme en France ces contraintes : nord du Portugal, nord de l’Espagne (vallée de l’Ebre), vallées du Danube et du Rhin (de l’Allemagne à la Roumanie en passant par l’Autriche), plaine du Pô, Belgique flamande, Pologne etc…

La réalité de la culture du maïs en Europe n’est pas celle de la représentation véhiculée par certains, de grandes plaines portant du maïs à l’infini et récoltées par des batteries de moissonneuses-batteuses comme on les imagine aux USA et en Amérique du sud. Après analyse, on voit que la mesure concerne, au-delà du maïs, des exploitations qui disposent de surfaces labourables limitées et qui ont l’obligation, pour rester rentable, de choisir les cultures qui leur apportent le plus de production à l’hectare et le plus de sécurité d’approvisionnement. En outre l’optimisation du temps de travail et du matériel limite les possibilités de diversification. Comme pour le blé dur, concerné aussi par la mesure, les exploitations « hors normes » au sens de la réforme sont variées et de taille petite ou moyenne comme le montre la répartition ci-dessous.

Une enquête du SCEES réalisée en 2006 concernant les pratiques culturales sur près de 2000 parcelles de maïs grain (dont un quart en monoculture) souligne que les taille de parcelles (monoculture Vs assolé) sont comparables : 10.2 ha de surface moyenne en monoculture et 9.1 en assolé et les SAU des exploitations légèrement inférieures en monoculture (126 ha contre 135) ; en outre, 40% des parcelles cultivées en monoculture sont en culture pluviale (dans des exploitations de taille nettement inférieure : 100 ha de SAU).

Le paradoxe supplémentaire est que des régions où se pratique l’élevage extensif (massif central) peuvent être aussi concernées comme le montre la typologie réalisée par Arvalis à partir des données du RICA:
.

De même des exploitations laitières (de l’Ouest de la France par exemple) associant prairies permanentes et maïs dans lesquelles l’intensification des surfaces disponibles compense la petite taille sont aussi impactées, comme les exploitations de montagne où seules les vallées sont labourables et sont ensemencées en maïs pour l’ensilage, complément naturel des prairies en pente. Les années 2005 et 2011 ont confirmé que le maïs fourrage est un facteur de sécurisation précieux des systèmes fourragers en période de sécheresse.

De la même façon les régions de monoculture de maïs grain touchées potentiellement par la mesure sont souvent celles d’exploitations céréalières de taille moyenne, cultivant l’espèce qui apporte le plus de sécurité de rendement et de revenu : c’est-à-dire le maïs. L’exemple récent de la gestion de la Chrysomèle a d’ailleurs conduit les pouvoirs publics et la filière maïs à mettre en place un système d’indemnisation des producteurs obligés d’interrompre la monoculture, admettant par-là la réalité de la perte économique des « monoculteurs » de maïs ne disposant pas dans les zones de « confinement » de cultures de remplacement équivalentes. Cette rapide typologie confirme la variété de l’usage de la monoculture en France.

On évoque souvent pour expliquer la difficulté de diversifier les assolements le conservatisme des structures de développement ou le poids des fournisseurs de l’agriculture. On devrait plutôt rappeler la difficulté de modifier rapidement la logique économique des filières (souvent contractuelles), les contraintes logistiques (stockage), la recherche de débouchés avec des volumes suffisants. Le développement récent du Lin et du Chanvre montrent que c’est possible. Le cas particulier de la monoculture de maïs vient de sa grande efficacité agronomique et économique là où elle s’est maintenue. Garantissant une grande stabilité des rendements et une intensité territoriale élevée, les cultures de substitution candidates sont rares dans ces terroirs dévolus au maïs depuis souvent plusieurs siècles.
Monoculture et biodiversité
D’un point de vue scientifique la biodiversité doit être jugée sur trois niveaux : la parcelle (diversité alpha), l’agrosystème (béta), le paysage, le « Pays » (gamma).

Reprenons ces éléments un par un.

Pour le citoyen « moyen », la biodiversité et la diversité des écosystèmes est d’abord reflétée par le paysage. Cette vision n’est pas fausse. Les paysages agraires qui ont façonné la France sont très anciens, et le résultat des multiples ajustements des systèmes de production aux contraintes du milieu. Pour les raisons expliquées plus haut, le maïs est souvent associé à des paysages complexes, très compartimentés et avec un parcellaire de taille réduite. Le maïs est la céréale dominante du Sud-Ouest de la France, région réputée pour la qualité de ses terroirs et la diversité de ses paysages. Il est aussi très présent dans les zones bocagères de l’ouest. Le maïs est très minoritaire (voire absent) et en général assolé dans les grandes plaines céréalières du Nord de la France au paysage uniforme.

Mais pour un biologiste, la biodiversité est aussi spécifique : c’est le nombre d’espèces végétales et animales présentes dans un écosystème. La biodiversité ne peut se mesurer seulement à l’échelle de la parcelle cultivée. Il faut prendre en compte une dimension qui intègre les lisières des bois, les bordures des champs, les chemins, les bosquets, les haies. À cette échelle, de nombreuses études montrent que la biodiversité des espèces y est normale ou suffisante si l’alternance des espaces cultivés et non cultivés est respectée. La mosaïque paysagère, la complexité du parcellaire, la gestion des bordures et des bandes enherbées (pas de désherbants totaux, pas de fauches répétées..) pèsent autant et sinon plus que l’intensification du système de culture et /ou l’allongement des rotations.

L’utilisation judicieuse des bandes enherbées et autres corridors écologiques devrait permettre de garantir un bon équilibre des espèces sauvages et cultivées. Une action concertée avec tous les acteurs de la biodiversité et d’abord avec les agriculteurs eux-mêmes est le meilleur moyen de conjuguer écologie et économie comme le montre le projet IBIS (Intégrer la Biodiversité dans les Systèmes d’exploitations agricoles) auquel Arvalis est associé.

Dans les cultures elles-mêmes et dans la monoculture de maïs, des dénombrements d’insectes prouvent qu’une parcelle cultivée reste un milieu vivant où toute forme de vie en dehors de l’espèce cultivée n’a pas disparu.


2009

Alsace

Parcelles de

monoculture de maïs

Jachère apicole

voisine de référence

Nombre d’insectes piégés

15 000 à 235 000

45 000

% auxiliaires

5 à 8 %

11 %

Nombre familles d’auxiliaires

45 – 49

51

Réseau biodiversité abeilles
La présence d’abeilles dans le maïs relevée par les entomologistes rappelle aussi le rôle joué par le pollen de maïs dans la nourriture des colonies au moment crucial où les autres sources se tarissent en juillet. Des études récentes de dénombrement de carabes dans le Nord de la France (le maïs n’est pas concerné) montrent l’importance de la complexité globale du paysage, de la taille et de la forme des parcelles (la distance à la bordure) dans la préservation d’insectes auxiliaires. De plus, dans les parcelles cultivées, les pratiques ont évolué depuis quelques années. La suppression ou la limitation des matières actives à très large spectre d’action, les interventions de plus en plus ciblées avec des produits spécifiques, les applications raisonnées au bon stade des cultures et des bio-agresseurs, l’encadrement du conseil avec les Bulletins de Santé des Végétaux régionalisés instaurés ces dernières années, tendent à limiter les effets sur les « organismes non-cibles ». Les interventions de pulvérisation de produits phytosanitaires sont limitées en maïs (en moyenne deux) et toutes les parcelles ne sont pas traitées systématiquement : en ce qui concerne les insectes du sol, l’usage de traitements ne concerne que la moitié des surfaces de maïs, pour les insectes aériens, une parcelle sur dix. Son Indice de Fréquence de Traitement (IFT) est le plus bas des grandes cultures.

On mesure donc les limites d’une mesure voulant contrôler la biodiversité par le simple biais de l’assolement à l’échelle de l’exploitation. Étudions la proposition suivante : envisager la biodiversité à une échelle un peu plus large (vallée, terroir) en mutualisant en quelque sorte l’ensemble des cultures et des surfaces non cultivées. Ainsi, après diagnostic de la diversité des biotopes dans un bassin, on peut aborder de façon plus efficace et moins discriminatoire le problème de la biodiversité. On pourrait plus facilement justifier auprès des agriculteurs des obligations de diversification, ou mieux, de favoriser des couverts plus efficaces pour les populations d’auxiliaires que ne peut l’être le simple changement de culture : jachères apicoles, culture de légumineuses dans les bandes enherbées ou de cultures comme la luzerne par exemple qui s’intègrent facilement dans un système fourrager etc...
Monoculture et fertilité des sols
Les séries d’observation de longue durée portant sur le taux de matière organique des sols cultivés en monoculture de maïs en France ou en Europe de l’ouest montrent une augmentation lente mais régulière de ce paramètre.

Qu’il s’agisse d’essais dévolus à la comparaison de différentes successions de cultures, ou des taux de matière organique relevés sur des essais de fertilisation minérale de longue durée, ou des observations –vérifiables- pratiquées par les agriculteurs eux-mêmes, la tendance est la même. Le maïs grain, par sa production de biomasse importante et par le fait que les résidus de culture sont systématiquement restitués au sol, protège le statut organique des sols sur lesquels il est cultivé et ce, quel que soit le type de sol concerné, quand les observations sont réalisées sur des situations « en vitesse de croisière ».

Pour les sols de mise en valeur récente (50 ans), landes anciennes, vallées, marais et qui ne sont pas encore stabilisés, l’évolution du taux de matière organique des monocultures (pailles restituées) n’est pas différente des rotations.

Une synthèse réalisée en 2004, utilisant des résultats d’essais longue durée de L’INRA et d’Arvalis près de Toulouse vont dans le même sens (résultats de l’essai longue durée par l’INRA d’Auzeville) :


La généralisation récente du « mulching » (broyage et incorporation des résidus de culture dans les premiers centimètres du sol) après la récolte favorise l’humification de la matière organique dans le sol et conforte ces observations. L’enquête SCEES citées plus haut montre que le double broyage, c’est-à-dire avec un passage complémentaire au broyage « sous cueilleurs », plus efficace, est trois fois plus pratiqué en monoculture que dans les maïs assolés. D’une façon générale, la culture du maïs, comme toutes les cultures de printemps, est labourée ; mais le temps des labours profonds est révolu ; c’est par souci agronomique autant qu’économique que les agriculteurs ont réduit drastiquement le nombre des « façons culturales ». Des bilans récents, après plus de 10 ans de pratiques ont montré aussi les limites des semis directs répétés en raison notamment du manque de contrôle des bioagresseurs végétaux et animaux (colloque Ecophyto nov 2012). On recommande aujourd’hui de revenir au labour quand c’est nécessaire…Concilier l’efficacité agronomique et la limitation de l’usage des pesticides est un art délicat qui n’est pas compatible avec trop de présupposés « idéologiques » et dont seul le savoir-faire de l’agriculteur à la clé. De même, les parcelles à risque avéré d’érosion (assez localisées sous le climat tempéré français), les techniques de travail superficiel ou localisé (strip-till), les techniques de buttage ou de billons, la réduction des écartements de semis, les semis sous couverts, sont possibles et largement expérimentés en maïs. Le semis en « courbe de niveau » dans les parcelles en forte pente limite les risques d’entrainement d’éléments fins. Le risque d’érosion des sols est surtout relevé dans les régions méditerranéennes où le maïs est peu présent.

Monoculture et environnement
La mise en œuvre du « Grenelle de l’Environnement » vaste négociation française sur la réduction des intrants en agriculture, a révélé aux non-spécialistes que le maïs était une des cultures qui recevait le moins de pesticides à l’hectare avec un IFT « produits » (Indice de Fréquence de Traitement) de l’ordre de 1.9, soit la moitié de la moyenne des grandes cultures. Ne recevant pas de fongicides, peu d’insecticides, l’introduction du maïs dans un assolement est le meilleur moyen de faire baisser l’IFT moyen d’un système de culture. À la limite, on peut affirmer que la monoculture de maïs est le système cultural qui garantit l’IFT le plus bas ! Les cartes ci-dessous réalisées par les experts d’Arvalis, délimitant les régions à maïs grain par « terroir » homogène de culture montrent que les zones de monoculture affichent les IFT officiels les plus bas.
En outre, du point de vue des produits phytosanitaires et de leur possible transfert dans le milieu, des observations précises montrent que la monoculture de maïs ne se distingue pas des maïs assolés. Dans une expérimentation conduite dans la Plaine de Lyon sur des sols d’alluvions équipés pour quantifier les « fuites » de matières actives (près de 25 000 recherches entre 2006 et 2010 -CRATEAS, Arvalis), 1.1% se sont révélées positives et il n’a pas été trouvé de différence statistique entre les deux modalités comparées : maïs en monoculture et maïs assolés.

Toutes les études conduites par Arvalis dans des dispositifs expérimentaux comparables sur la fuite des substances actives dans le milieu aquatique (La Jaillère, Geispitzen, Satolas) montrent que les dates et les modes d’application comptent plus que la quantité et le profil chimique des molécules utilisées. Pour les risques de ruissellement en surface, les bandes enherbées obligatoires le long des cours d’eau ont montré leur efficacité.

En ce qui concerne l’azote, les risques de transfert de nitrates sous maïs sont aussi limités dans le cadre d’une agriculture bien raisonnée. Des essais conduits dans la station expérimentale du Magneraud (Charente-Maritime) en 2002 et 2003 confirment que dans un sol argilo-calcaire pourtant assez superficiel, de type « rendzine », l’irrigation du maïs bien conduite (213 mm apportés) ne provoque pas de « fuites » de nitrates en été. Sous un couvert végétal aussi puissant que le maïs, les mouvements de l’eau dans le sol y sont ascendants, une culture d’été n’est que rarement soumise au drainage.

En ce qui concerne les risques de transfert de nitrates vers le milieu, rappelons aussi que le maïs dans ses utilisations diverses (grain, plante entière ensilée, biomasse) n’est pas choisi pour ses concentrations en protéines ou en matière azotée. L’azote n’est qu’un facteur de production et l’efficience par Kg de grain produit augmente avec le rendement. Les rendements stables des monocultures (souvent en sol profond ou irriguées) garantissent l’efficacité de la méthode des bilans qui permet d’ajuster la fertilisation à l’objectif de rendement et de limiter les fuites potentielles au minimum. Ce résultat est renforcé par la généralisation du « mulching », pratique reconnue d’une efficacité comparable à une interculture pour des récoltes en maïs grain (Arvalis et CORPEN-2008). Cette pratique se généralise en France, particulièrement dans les zones de monoculture, on l’a vu. De plus, le fractionnement des apports d’azote est aujourd’hui la norme et le coût prohibitif des engrais n’incite pas au gaspillage. Enfin les années favorables à l’expression de forts potentiels, la minéralisation estivale de la matière organique fournit l’azote nécessaire sans apport supplémentaire. Le mulching constitue par ailleurs un élément important de la lutte intégrée contre les parasites végétaux et animaux (insectes foreurs).

Signalons pour finir que la monoculture de maïs n’est pas synonyme de dégradation de la qualité sanitaire des grains : les fusariums, champignons susceptibles de produire des mycotoxines sont plutôt moins fréquents dans les monocultures que dans les maïs assolés avec des céréales (confirmé par les enquêtes annuelles du taux de mycotoxines conduites par FranceAgriMer). Pour les parasites spécifiques végétaux (helminthosporiose), ils sont contenus généralement par la combinaison de variétés tolérantes, le mulching et la pratique du labour. Même en monoculture, le recours à des fongicides sur maïs est exceptionnel.
Monoculture et durabilité des modes de productions agricoles
Elle doit être envisagée sous ses trois aspects : économique, sociétal et environnemental.

L’ancienneté de la monoculture de maïs répond déjà à un des critères de durabilité : la durabilité économique. Du point de vue sociétal, ce système de production s’est inséré dans des modèles agraires où il a permis de fixer une agriculture de taille moyenne, de fixer la main d’œuvre dans des régions pas toujours bien servies par leurs atouts naturels. Le maïs et la monoculture en particulier restent l’apanage en Europe des régions de petites exploitations. Le maïs est une culture simple à réaliser et n’ayant besoin que de peu d’interventions culturales, il est souvent choisi par les agriculteurs doubles actifs (Alsace) ou dans les micro-exploitations d’Europe centrale centrées sur l’autoconsommation et dans les îlots de parcelles éloignés de l’exploitation principale.
Les comparaisons d’indicateurs de durabilité réalisés par ARVALIS sur différents systèmes de production avec maïs, montre que la monoculture présente beaucoup d’indicateurs avantageux (analyse de durabilité avec l’outil SYSTERRE de plusieurs systèmes de production avec maïs – Arvalis 2006).


Pour être exhaustif, la monoculture peut montrer des limites dans certains cas bien précis. La pression de certains parasites végétaux peut augmenter si on cumule le choix de variétés sensibles et des techniques sans labour qui augmentent la concentration d’inoculum en surface. La plupart des insectes nuisibles spécifiques au maïs ne sont pas inféodés à la monoculture car ils n’ont pas besoin du maïs pour réaliser leur cycle et peuvent passer d’une parcelle à l’autre. Pour la chrysomèle elle-même qui a besoin du maïs pour réaliser son cycle de développement, des interruptions de la monoculture quand la pression devient trop forte (Italie, Europe Centrale) sont pratiquées spontanément par les agriculteurs.

.

Conclusion provisoire
Ces quelques arguments montrent que, contrairement à de trop nombreuses idées reçues, la monoculture de maïs peut s’inscrire dans une démarche d’agriculture durable conciliant efficacité agronomique et économique, le respect de l’environnement, de la biodiversité et des paysages.

À sa manière, le maïs présent depuis quatre siècles en Europe a trouvé sa place dans les modes de production, souvent traditionnels, de régions de petites exploitations, de terroirs difficiles qu’il a contribué à mettre en valeur. Une analyse objective des zones de monoculture en Europe montre qu’il ne faut pas forcément assimiler succession répétée d’une culture comme le maïs sur la même parcelle et dégradation des sols, augmentation des consommations des pesticides et des engrais. Au-delà de sa légitimité historique la monoculture de maïs prouve qu’elle répond à l’objectif de produire plus en Europe pour une demande sans cesse croissante, tout en étant fidèle à l’histoire de ses terroirs. Elle est adaptée et s’adapte aux attentes de la société. Enfin, rien n’empêche de faire cohabiter « les » agricultures en conciliant efficacité écologique et économique.
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