Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril





télécharger 1.06 Mb.
titreCalendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril
page11/32
date de publication13.12.2016
taille1.06 Mb.
typeCalendrier
e.20-bal.com > économie > Calendrier
1   ...   7   8   9   10   11   12   13   14   ...   32

3. Initier des propositions agronomiques
3.1. L’apport des protéagineux et oléagineux dans les successions culturales 
Sur le plan agronomique, les protéagineux et les oléagineux sont considérés comme de très bonnes têtes de rotation dans les successions culturales des bassins céréaliers. En diversifiant les rotations et assolements avec des familles botaniques différentes des graminées, les protéagineux et les oléagineux contribuent à la diversification22 et permettent un meilleur contrôle des adventices et des parasites dans les rotations céréalières et des performances améliorées pour les céréales, à la fois sur la plan agronomique (augmentation du rendement) mais aussi sur le plan économique (baisses des charges).
Par ailleurs, les protéagineux, par leur capacité de fixation symbiotique de l'azote, apportent une clé d’entrée d’azote dans les systèmes différente des engrais azotés (minéraux ou organique) en réduisant les besoins en fertilisation azotée à l'échelle de la rotation. Sur le plan économique et environnemental, ces cultures permettent en conséquence des économies d'énergie fossile et des réductions d’émissions de gaz à effet de serre très significatives au niveau du système de production.
Les effets précédents à court terme et les effets cumulatifs (à l’échelle de la succession culturale) permettent une appréciation globalisante des différents mécanismes impliqués dans la diversification. Ils sont mesurables notamment par la variation du rendement et l’ajustement de l’itinéraire technique du suivant, par la diminution (ou l’augmentation) des intrants tels que l’engrais azoté industriel ou les produits phytosanitaires appliqués sur l’ensemble de la rotation. Les effets précédents à court et long terme des protéagineux et des oléagineux en « têtes de rotation » sont connus des producteurs, en partie quantifiés (Carrouée et al. 2012), mais de moins en moins valorisés au sein du système de production dominant, dont l’évolution depuis 50 ans se traduit aujourd’hui par une situation de verrouillage socio-technologique (Meynard 2010).
En effet, ce système dominant a privilégié la maîtrise du rendement des céréales majoritaires (favorisées par les choix d’exportation de la France et les négociations internationales historiques sur le soja américain et les céréales européennes) grâce à (i) l’amélioration variétale pour le potentiel, (ii) le traitement de semences pour la gestion des parasites, et (iii) le pilotage de la fertilisation azotée par les intrants de l’exploitation agricole (engrais minéraux industriels ou effluents des animaux) ; le tout est conforté par un solide environnement technique et le développement de filières spécialisées tirées par les investissements industriels.

De plus, l’utilisation d’intrants et d’une gestion comptable de l’exploitation agricole ainsi que la volatilité des cours ont favorisé le raisonnement à l’année et donc à la culture. Les analyses et outils couramment utilisés par les conseillers agricoles et les agriculteurs pour évaluer la rentabilité des cultures et prévoir les assolements s’appuient essentiellement sur la marge brute calculée à l’échelle de la culture. Ceci rend invisible les intérêts agronomiques des précédents que l’on constate au mieux l’année qui suit et aussi à plus long terme (pour l’ensemble de la rotation ou succession culturale).
3.2. L’émergence de nouvelles pratiques ou cultures valorisant les légumineuses

Vu d’une part la diminution des protéagineux et de la luzerne dans les assolements, et d’autres part les problèmes techniques et les contraintes environnementale montantes, il s’agit d’identifier les pistes les plus pertinentes et efficaces pour insérer plus fortement des protéagineux et les légumineuses dans les systèmes de production avec céréales et oléagineux. Certaines innovations commencent d’ailleurs à être adoptées par les agriculteurs pour valoriser mieux la voie symbiotique de fixation azotée comme clé d’entrée d’azote dans les productions végétales.
3.2.a. Les pistes les plus efficientes d’insertion d’un protéagineux dans les systèmes céréaliers :

Des études économiques récentes d’un projet Casdar 7-175, mené en multipartenariat entre 2008 et 2011, montrent que, dans les contextes passés ou présents, faire évoluer la composition des rotations des systèmes céréaliers à forte proportion de céréales ou de type rotation courtes Colza-Blé-Orge en introduisant notamment du pois, s’avère une alternative qui, en général, ne dégrade pas la performance économique du système, du moment que l’on intègre dans les calculs la valeur des interactions agronomiques entre cultures successives, en terme d’impact sur leurs performances et sur leur itinéraires techniques (Carrouée et al 2012).

Et on note que l’insertion du pois devant un blé ou un colza permet de cumuler ces intérêts agronomiques et économiques avec une moindre perturbation de l’équilibre des filières locales (comparativement au cas du remplacement d’une culture par une autre), en rajoutant essentiellement une matière première qui est par ailleurs utilisable par l’alimentation animale en grands volumes au prix actuel.

De plus, en dehors des conduites conventionnelles, les cas d’étude mené avec des conduites à dose azotée réduite et/ou à IFT hors herbicide réduit confirment que, dans le cadre de plafonnement des intrants d’un système, les protéagineux sont un outil clé pour une meilleure gestion de l’azote des rotations et assolements, et donc une diminution de l’azote minéral industriel utilisé en moyenne sur la sole agricole.
3.2.b. Le pois en précédent du colza : Le pois est souvent suivi par des céréales notamment par le blé tendre. Cependant, le blé absorbe peu d’azote pendant l’automne et, si la couverture du sol est mal gérée, il peut y avoir des risques de lessivage pendant l’hiver suivant liés à la disponibilité de l’azote minéral du sol. En revanche, après le pois, l’implantation du colza est plus précoce que par rapport à un blé, et comme le colza présente une excellente capacité d’absorption de l’azote pendant l’automne, il permet de mieux valoriser l’azote du sol disponible après le pois et de réduire les risques de lixiviation pendant l’hiver. De plus, l’azote absorbé par la culture de colza permettra de réduire les besoins en engrais minéral pendant le printemps suivant pour un rendement équivalent ou plus élevé, et donc d’améliorer le bilan environnemental du colza (moins d’engrais azoté sur colza, moins d’émissions de N2O sous colza, moins d’utilisation d’énergie fossile).

Cette succession pois-colza reste encore rare mais les premiers tests de faisabilité menés pendant trois campagnes (2008-2010) ont montré qu’il n’y a pas de frein technique majeur à la mise en place de ce segment de succession culturale, et ils confirment l’intérêt agronomique et environnemental de cette pratique pour le colza (Carrouée et al. 2012).
3.2.c. Les associations type céréales-pois :

L'association d'espèces annuelles est une culture simultanée de deux espèces ou plus sur la même surface et ont fait l’objet de récentes études dans le secteur privé ou par la recherche publique. Les espèces ne sont pas nécessairement semées et récoltées en même temps mais cohabitent pendant une période significative de leur croissance. Les plantes peuvent êtres mélangées dans la parcelle (semis d'un mélange de graines ou semis en plusieurs fois), ou cultivées en rangs ou bandes alternées. L'association d'une céréale et d'une légumineuse est la plus courante. L'association peut être récoltée en grains ou en ensilage et répondre à plusieurs objectifs de production (production d'un fourrage à forte biomasse, qualité avec peu d'intrants, produire une céréale avec moins d'intrants azotés, produire des protéagineux sans les difficultés rencontrés en culture pure) (Hellou 2013).

L’augmentation des surfaces est sensible en systèmes d’agriculture biologique (moins facile à suivre statistiquement en conventionnel).
3.2.d. Les couverts incluant des légumineuses pendant la période d’inter-culture :

Les légumineuses sont alors rarement utilisées en culture pure (rarement possible réglementairement dans les zones vulnérables définies par la directive nitrates23 et plus logiquement pour concilier intérêts agronomiques et environnementaux en mélange avec des non-légumineuses (avoine, moutarde, phacélie, ..). L’objectif est d’utiliser l’effet engrais vert sur la nutrition azotée de la culture suivante et le stockage d'azote organique dans le sol.
3.2.e. Les couverts associées au cycle des cultures de rente mais non récoltés, avec notamment les légumineuses en couvert associé au colza

Le couvert de légumineuses est implanté pour accompagner la culture principale (souvent colza) pendant la première partie de son cycle végétatif. La ou les espèces de légumineuses doivent être gélives et peu concurrentielles. La conduite doit être raisonnée de manière à limiter la compétition sur la plante de rente et favoriser les services environnementaux (et réduire les dommages environnementaux du système de culture). Le couvert de légumineuses permet de réduire les infestations d’adventices sans avoir à utiliser d’herbicide, car elle couvre mieux le sol que la culture seule, et il apporte une entrée d’azote par la fixation symbiotique dans le système, point particulièrement apprécié et recherché en agriculture biologique, où l’azote est un facteur limitant récurrent.

Cette pratique commence à poindre en production de colza.
3.2.f. Perspectives

En termes de collecte et d’impact environnemental, force est de constater que l’utilisation de légumineuses en intrants des autres cultures ne pourra ni satisfaire complètement le besoin en protéines pour l’alimentation des hommes et des animaux, ni réduire suffisamment les dommages sur l’environnement des principaux systèmes de culture actuels.

Si l’on veut augmenter de façon substantielle l’utilisation de la fixation symbiotique des légumineuses dans le système de culture tout en produisant des produits diversifiés et riches en protéines, il est nécessaire de développer de façon concomitante la maîtrise de nouvelles pratiques pour l’utilisation des légumineuses en source d’azote pour les autres productions et des mécanismes valorisant mieux les productions récoltées de légumineuses (des protéagineux, des légumineuses fourragères ou des légumes secs). Des pistes à explorer sont : l’accès au marché carbone (initié avec le programme domestique « Légumineuses » lancé auprès des adhérents de coopératives en 2011) et l’affichage environnemental (labels sur la durabilité des pratiques ou des produits, etc.)

4. La prise en compte du risque d’une culture
La réduction progressive des surfaces en protéagineux n’est pas à imputer exclusivement aux modifications de la PAC. En effet, une pression sanitaire croissante dans les années 1980 dans certaines régions où le pois était fortement représenté dans la succession culturale ainsi que des épisodes climatiques défavorables pour le pois de printemps ont réduit les rendements dans les années 1990, sans que les recherches génétiques puissent améliorer la stabilité du rendement des protéagineux (même si par ailleurs le potentiel de rendement et la résistance à la verse ont été améliorés). Les protéagineux sont en effet sensibles à de fortes températures et au stress hydrique lors de la formation des gousses.

Un autre aspect concerne le caractère « risqué » de la culture, plus prononcé que pour les autres grandes cultures, ou perçu comme tel car ce type de culture ne rentre pas complètement dans le schéma du système de production dominant actuel bien contrôlé par les intrants chimiques et les outils de pilotage spécifiques : moindres compétences disponibles et diffusées dans le conseil agricole, peu d’outils de pilotage visant à optimiser la fixation symbiotique de l’azote. En fonction des préférences ou du comportement vis-à-vis du risque et de la situation financière de l’exploitant agricole, le choix de pratiquer cette culture dépendra également de la partie du revenu agricole total « garanti » par la politique agricole, ainsi que des modalités de commercialisation. Ainsi, des contrats permettant d’assurer un débouché industriel assurant une sécurité plus grande pour le producteur, seraient un facteur important d’expansion de ces productions. Malheureusement, le volume faible de ces dernières n’a pas favorisé la stabilisation des chaines logistiques vers les débouchés industriels en raison notamment du risque de rupture d’approvisionnement et de la forte concurrence d’autres matières premières pour la production de concentrés en alimentation animale.

Plusieurs sources de risque doivent donc être analysées, le plus souvent simultanément comme le rappelle Cordier (2008) en distinguant :

  • Risque de production (« agronomique »),

  • Risque de marché (« économique »),

  • Risque politique (« PAC » et maintien / niveau de l’aide couplée nationale).

4.1. En termes agronomiques, le risque est perçu par l’agriculteur via la fluctuation des rendements. Or cette fluctuation est liée à la conjonction des conditions pédologiques (de la parcelle) et des conditions climatiques (de l’année) mais aussi aux marges de manœuvre pour piloter les performances de la culture (liées à l’environnement technique). Cette troisième catégorie de facteurs est d’autant plus critique pour les cultures dites ‘mineures’ c'est-à-dire avec peu de surfaces et donc un environnement technique plus tenu. Ainsi, les choix possibles et/ou pertinents pour la conduite de l’itinéraire technique de la culture sont plus délicats pour faire exprimer tout le potentiel de rendement de la culture. Et la maîtrise des pressions biotiques et abiotiques dépend à la fois de l’expertise sur la culture (expertise individuelle dépendante de l’environnement dominant) et de la disponibilité d’outils de pilotage qui facilite la gestion ou rassure l’agriculteur.

De fait même si les variations de rendement existent sur toutes les cultures annuelles (Figure 4), la perception du risque est aussi liée à la tendance moyenne d’évolution du rendement obtenu: augmentation du blé et du maïs versus stagnation de celui du soja et baisse pour le pois au cours des 15 dernières années. En effet, les rendements des pois sont perçus comme variables par les producteurs, mais c’est en fait surtout l’écart différentiel avec le blé (et le maïs) qui se creuse du fait des tendances opposées de la moyenne observée sur le terrain à la stagnation ou à la baisse au cours des dernières années: par exemple le rapport du rendement moyen réalisé en blé sur celui du pois est de 1,3 en 1982 (53 et 38q/ha) et 1,7 en 2011 (68 et 37q/ha).




Figure 6: Evolution des rendements des légumineuses et autres cultures annuelles en France (Source UNIP).

Pour les protéagineux, les performances sont avant tout très dépendantes de la bonne implantation de la culture, garante du bon fonctionnement des nodosités des racines (les nodosités étant le lieu opérationnel de la fixation symbiotique des légumineuses). Le pois protéagineux étant sensible à la sécheresse à cause de son enracinement peu profond et peu ramifié, les sols très superficiels ou caillouteux non irrigués doivent être évités. De plus, en cas de printemps pluvieux et doux ou d’irrigation, le pathogène Aphanomyces euteiches peut provoquer des pertes de rendement jusqu’à 50 q/ha sur pois de printemps. Le choix de la parcelle en fonction du type de sol permet de mieux gérer le risque Aphanomyces en évitant les sols séchants ou argileux lourds et en privilégiant les sols de craie. Des pratiques consistant à alterner les têtes de rotation (pois, féverole, colza) permettent également de limiter les risques parasitaires (nématodes en féverole, orobanches en colza, mildiou en pois…) en précédent de blé. Il semblerait que la seule façon efficace de gérer le risque Aphanomyces est d’écarter les parcelles fortement infestées, en utilisant une grille de risque ou mieux le test de potentiel infectieux avant l’assolement. L’impact des stratégies de gestion de ce type de risque en termes de modulation des intrants et charges impliqués (dont le travail, le conseil agricole, etc.) mais également de gestion parcellaire est difficile à évaluer. S’il est certain qu’un degré minimum d’aversion face au risque des producteurs conduira à un écart entre leurs décisions attendues en l’absence de risque avéré et celles observées en présence de risque pathogène ou climatique, la recherche appliquée demeure insuffisante pour évaluer la prime de risque associée et les éventuelles augmentations de charges opérationnelles.

Par ailleurs, en termes agronomiques, le risque devrait se réfléchir à l’échelle du système (et non de la culture) car l’objectif est d’éviter une baisse de production sur une série d’années. Or il a été démontré que la diversification des cultures améliore la résilience des systèmes aux aléas climatiques, et que par conséquent les cultures de diversification dans les systèmes céréaliers pourraient être considérées comme des éléments positifs pour la mitigation des risques des productions végétales.

4.2. Le risque économique (de marché) est, à la différence du premier, impossible à contrôler par l’agriculteur mais ce dernier peut cependant en limiter les impacts en choisissant une stratégie de diversification de ses cultures. Malheureusement, les possibilités de réduire la transmission des chocs de prix sur le revenu agricole via la diversification sont limitées par le fait que de nombreux cours agricoles sont fortement corrélés entre eux. Dans le cas des protéagineux par exemple, on a vu plus haut que son prix dépend directement de celui du blé et du tourteau de soja. La perspective la plus intéressante est alors de mettre en place des rotations faisant intervenir des cultures plus variées mais compatibles avec les contraintes agricoles sous-jacentes aux rotations et dans lesquelles les protéagineux et le colza sont des sources de diversification. Un autre aspect à considérer pour le risque économique est le mode de commercialisation des protéagineux et du colza, par contrat ou non avec une coopérative et selon des modalités limitant ou non les variations du revenu agricole.

4.3. Le risque du marché est aussi lié à la masse critique de la production pour l’aval : si le volume n’est pas suffisant et régulier, vu la grande palette de matières premières substituables pour la formulation des aliments composés, une matière première risque d’être « délaissée » pour l’incorporation en alimentation animale (et d’induire des coûts peu attractifs pour la réintroduire dans les formules des aliments composés).

Le risque politique lié à l’évolution de la Politique Agricole Commune impliquerait pour l’exploitant agricole de ne pas pratiquer d’investissements de long terme ou de changements radicaux de systèmes qui risqueraient de ne pas être durables lors de l’évolution des politiques engendre une perspective économique défavorable. Dans le cas des protéagineux, cette dernière pourrait être l’abandon de l’aide spécifique nationale ou sa brusque diminution dans le cadre de la négociation budgétaire européenne. Cependant, les perspectives sont plus encourageantes concernant la valorisation des bénéfices environnementaux associés à la réduction des gaz à effet de serre. La culture de légumineuses évitant la fertilisation, les émissions de gaz à effet de serre évitées permettent aux agriculteurs de bénéficier d’Unités de Réductions des Emissions (URE). En France, ces crédits carbone sont regroupés par In Vivo pour être proposées sur le marché d’échange de crédits carbone. Neuf coopératives ont adhéré à ce projet : Cavac, Maïsadour, Terrena, Terres du Sud, Cap Seine, Sèvre et Belle, Dijon Céréales, Vivescia (Nouricia et Champagne Céréales), et EMC2. En réalité, les gains associés aux URE correspondant aux surfaces plantées par les adhérents des coopératives peuvent également être investis dans des projets de soutien à la filière légumineuse, plutôt que de rétribuer directement les agriculteurs. Cependant à l’heure actuelle, les éventualités intéressantes liées à une valorisation économique ou réglementaire des services éco-systémiques des protéagineux ne sont pas confirmées : peu de mesures très incitatives dans les propositions de la PAC à venir, contexte morose du marché carbone avec un prix peu attractif.

5. Analyse de sensibilité aux marchés et politiques
Un travail récent s’est attaché à analyser la sensibilité des surfaces et des niveaux de production des oléagineux et protéagineux aux prix de marché et aux instruments de politique agricole (Lacroix et Thomas, 2011). L’objectif est d’estimer l’élasticité du niveau de production et de la surface plantée suite à une variation du prix à la production ou du niveau du paiement compensatoire, et d’utiliser ces mesures de sensibilité pour prédire la variation du niveau de lessivage d’azote dans le sol. Ce dernier est simulé à partir d’une version simplifiée du simulateur agronomique Stics (Brisson et al., 2003), calibré sur les conditions pédoclimatiques locales. La période d’étude portait sur les années pré-découplage (1995-2001) et concernait trois régions (Midi-Pyrénées, Pays de Loire, Rhône-Alpes), donc dans le contexte spécifique du sud de la France (rendement plus faible que la zone majoritaire de production du pois situé au centre et au Nord). L’élasticité du niveau de production par rapport au prix propre des protéagineux est de 0,3172 : une augmentation du prix de production de 10 % entraînerait une augmentation du volume produit au niveau de l’exploitant agricole de 3,17%. De même, l’élasticité de la surface en protéagineux par rapport au niveau du paiement compensatoire est élevée, de l’ordre de 2,30. Le tableau ci-dessous présente les élasticités estimées du lessivage d’azote suite à l’augmentation de 1 % de la variable économique en entrée.


Variable

Elasticité du lessivage d’azote (pour 1 %)

Prix de production maïs

-0,0845

Prix de production autres céréales

0,1773

Prix de production oléagineux

0,0602

Prix de production protéagineux

-0,0055

Prime PAC maïs

-0,0980

Prime PAC autres céréales

0,1431

Prime PAC oléagineux

0,1237

Prime PAC protéagineux

-0,2150

Prime PAC jachère volontaire

-0,0165

Prix de l’engrais azoté

-0,1204

Prix des autres intrants

-0,1810

Source: Lacroix et Thomas (2011).
L’augmentation du niveau de paiement compensatoire PAC pour les protéagineux conduit à une réduction importante en proportion du lessivage d’azote (-0,21), supérieure même à celle d’une augmentation du prix de l’engrais minéral azoté. On retrouve là le rôle premier des aides PAC.

6. Quelques analyses prospectives sur le pilotage public
6.1. Une Simulation sur les aides françaises

Une projection des niveaux d’assolement et de production des protéagineux et du soja a été réalisée par le Ministère de l’Agriculture à l’aide du modèle multi-sectoriel MAGALI (Ramanantsoa et Villien, 2012). Plusieurs scénarios sont construits autour de variantes portant sur le contexte de marché (prix agricoles et de l’énergie) et l’arrêt de l’aide communautaire remplacée par une augmentation du soutien national. Les conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre sont également simulées. Les trois hypothèses en termes d’aides couplées à la production de protéagineux de 2012 à 2014 sont les suivantes :

  • hypothèse centrale : 40 M€ (mesure appliquée suite au découplage et Bilan de santé PAC)

  • variante 1 : 56,7 M€ intégration à l’enveloppe nationale des aides complémentaires PAC avant le découplage complet, soit 16,7 M€)

  • variante 2 : 73,4 M€ (montant intégré doublé, soit 2 x 16,7 M€).


Avec les variantes 1 et 2, l’augmentation des montants d’aide de l’enveloppe nationale pour les protéagineux permet de limiter l’effet à la baisse des surfaces résultant de la suppression de l’aide de 55,57 €/ha (voir plus haut). Les superficies se stabilisent à un niveau supérieur à celui de l’hypothèse centrale, ceci d’autant plus que les prix sont bas. Entre 2012 et 2014, la variante 2 permet une augmentation des surfaces en protéagineux de 80 000 ha en situation de prix hauts, et de 100 000 ha en scénario de prix bas. Le taux d’auto-approvisionnement en protéines augmenterait pour passer d’environ 37 % actuellement à un niveau compris entre 40 % et 57 %, entraînant une réduction des importations de tourteaux de soja de 12% à 41%. Il est important de noter que ces simulations ne portent pas uniquement sur le secteur des protéagineux, mais intègrent simultanément des scénarios sur le soutien au soja.
Cependant ce type de simulation est limité par le modèle à composantes essentiellement économiques et mécanistes ne prenant en compte que les prix et les aides: ainsi les augmentations de rendement et diminution de charges des cultures assolées ne sont pas intégrées, limitant l’impact de la mesure étudiée dans le cas des légumineuses.
6.2. Remplacer les tourteaux importés par des légumineuses françaises pour bénéfices environnementaux

Si le moindre recours aux engrais azotés permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre au champ (protoxyde d’azote, en particulier), il en est de même de leur fabrication et leur transport (une fois pris en compte le gaz naturel servant à leur fabrication et le carburant). Une relance des légumineuses en France pourrait ainsi, via la baisse de la fabrication et du transport des engrais azotés, entraîner une réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 1,8 Mteq CO2 par an (Cavaillès, 2009), soit un gain annuel estimé à 57 M€ si le prix de la tonne de CO2 est de 32€. La perspective envisagée consisterait à effectuer une substitution d’importations pour l’alimentation animale (tourteaux de soja) par la culture de légumineuses. Le tourteau de soja provient majoritairement d’Amérique Latine et représente un élément majeur des rations de concentrés étant donné sa richesse en acides aminés (plus de 70% des apports azotés des porcs et des volailles). Cette substitution ne pourrait s’opérer qu’au moyen de modifications plus ou moins simples dans les techniques d’élevage, dans la réglementation et dans la formulation des rations pour l’alimentation animale. Plusieurs pistes en ce sens ont été identifiées et chiffrées par le CGDD (Cavaillès, 2009) en examinant les formules assurant l’équilibre des rations et en faisant référence aux études des Instituts techniques (Institut de l’Elevage) ou de recherche-conseil (Céréopa). Il ressort de ces analyses que l’alimentation bovine et porcine pourrait s’affranchir globalement du tourteau de soja en France, mais que la transition est bien moins prometteuse pour la filière avicole. Les calculs du CGDD donnent un niveau de substitution impliquant une augmentation d’environ 1,82 Mt pour les légumineuses à graines, 1,30 Mt pour les légumineuses fourragères et 1,17 Mt pour les tourteaux de colza supplémentaires en France, assurant une diminution des importations des tourteaux de soja de 41 %.
Un tel niveau de production supplémentaire au niveau national impliquerait un accroissement des surfaces de légumineuses d’environ 650 000 ha, et de multiplier par deux la part des prairies temporaires en association graminées et légumineuses pour atteindre 2,2 millions d’hectares. L’étude du CGDD fait l’hypothèse qu’une partie des surfaces en légumineuses pourrait se substituer aux céréales, de l’ordre de 650 000 ha. De plus, le colza étant très présent dans les rotations actuelles, la majorité de sa production destinée à l’exportation serait ré-orientée vers le marché intérieur de l’alimentation animale. Ces modifications entraîneraient une baisse des exportations de céréales et de colza de 11 et 70 % respectivement (les substitutions en alimentation animales ne compensant que partiellement les substitutions au niveau de la production), conduisant à un coût annuel de 227 M€ au total.
La perspective implique finalement d’être en capacité de compenser les coûts ci-dessus induits par la détérioration de la balance commerciale agricole (227 M€ environ) par les gains associés à l’augmentation des légumineuses. Les bénéfices environnementaux estimés à 57 M€ représenteraient 30 % de cette compensation, auxquels il convient d’ajouter les bénéfices liés à l’amélioration de la balance commerciale du fait de la diminution des importations d’engrais et de produits énergétiques.

L’étude du CGDD indique enfin que la compensation ci-dessus est sans doute sous-estimée : la totalité des gains environnementaux associés à une relance des légumineuses n’a pu être prise en compte (quantification difficile de la réduction des gaz acidifiants, NH3, et des particules fines associées, dont l’impact sur la santé publique a un coût élevé, de la pression phytosanitaire, de l’amélioration de la fertilité des sols et du maintien de la biodiversité), et le bénéfice environnemental lié à la réduction des émissions de gaz à effet de serre va certainement croître dans le futur en fonction des choix publics et privés de lutte contre le changement climatique.

Conclusion

On sait que l’adoption d’une innovation notamment environnementale est faisable seulement s’il y a conjonction d’un impact positif sur deux dimensions: le profit économique (à relativement court terme) et le statut sociétal de l’acteur qui adopte cette innovation (Asselineau, 2009).

C’est dans ce cadre de réflexion qu’il faut considérer les innovations relatives à la diversification des cultures, la montée en puissance des productions domestiques ou locales et le développement de systèmes agricoles et agro-alimentaires à faible intensité de carbone fossile.

C’est pourquoi le développement de débouchés industriels à haute valeur ajoutée et/ou le développement de stratégie de développement durable sont nécessaires pour mieux valoriser la production et l’utilisation des protéagineux et autres légumineuses. Les atouts des légumineuses pour limiter plusieurs impacts négatifs des productions végétales sur l’environnement sont démontrés mais peu connus du citoyen et peu valorisés par le marché actuel. Une telle valorisation, avec identification claire et reconnue, donnerait une valeur sociétale et financière à l’effort d’intégrer les protéagineux en amont dans les systèmes de production et en aval dans les utilisations agro-alimentaires ou non alimentaires.

Pour accélérer de telles stratégies de développement durable au sein des grandes cultures, des choix politiques favorables aux protéagineux (et autres cultures non utilisatrices d’azote industriel ou favorables à la diversification) doivent permettre de faciliter les investissements privés (producteurs ou industriels) dans de telles réflexions et développements méthodologiques et organisationnels.
Bibliographie
ADE, 2001. Evaluation de la politique communautaire des oléagineux, Rapport de la société ADE pour la Commission Européenne (230 pages).
Agreste Infos Rapides – Grandes cultures et fourrages – novembre 2012 – n° 9/10.
Asselineau A. et Piré-Lechalard, 2009. Le développement durable : une voie de rupture stratégique ? Management et Avenir, 26, 280-299.
Brisson, N., Gary, C., Justes, E., Roche, R., Mary, B., Ripoche, D., Zimmer, D., Sierra, J., Bertuzzi, P., Burger, P., Bussiere, F., Cabidoche, Y. M., Cellier, P., Debaeke, P., Gaudillere, J. P., Henault, C., Maraux, F., Seguin, B., and Sinoquet, H., 2003. An overview of the crop model STICS. European Journal of Agronomy 18, 309-332.
Brousse M., 2012. Caractérisation d’un territoire agricole et évaluation de scénarios de changements de pratiques : conception de la méthode et application au Barrois en Bourgogne. Mémoire de fin d’études de l’ENSA Bordeaux, encadré par Arvalis et INRA, 57 pp. + annexes.
Carrouée B., Schneider A., Flénet F., Jeuffroy M.H., Nemecek T., 2012. Introduction du pois protéagineux dans des rotations à base de céréales à paille et colza : impacts sur les performances économiques et environnementales. Innovations Agronomiques 25, 125-142.
Carrouée B. et Coléou J., 1996. Les MRP, les protéagineux et l’Europe. Perspectives agricoles 219, 16-22.
Cavaillès, E., 2009, La relance des légumineuses dans le cadre d’un plan protéine : quels bénéfices environnementaux ?, Etudes & Document n°15, CGDD, MEEDDM (42 p.)
Collective, 2008. Grain legumes chain – Synthesis report by the GL working group of Eurocrop (FP6-2004-SSP4-022757) – Version 2.
Butault J.P., Dedryver C.A., Gary C., Guichard L., Jacquet F., Meynard J.M., Nicot P., Pitrat M., Reau R., Sauphanor B., Savini I., Volay T., 2010. Ecophyto R&D. Quelles voies pour réduire l'usage des pesticides ? (90 p.)
Cordier, J., 2008. La prime de risque de marché en grandes cultures dans le contexte de politiques publiques. 2èmes Journées de recherches en sciences sociales INRA-SFER-CIRAD, Lille, 11-12 décembre.
Desbois, D. et B. Legris, 2007. Prix et coûts de production de six grandes cultures : blé, maïs, colza, tournesol, betterave et pomme de terre. L’agriculture française et l’Europe - L’agriculture, nouveaux défis - édition 2007, 65-78.
Dussol A.-M., Hilal M., J.-C. Kroll, 2003. 30 ans de PAC : plus de grandes cultures, moins de fourrages, autant de disparités géographiques. Agreste Cahiers 3, 27-33.
Fuzeau V., Dubois G., Thérond O., Allaire G., 2012. Diversification des cultures dans l’agriculture française état des lieux et dispositifs d’accompagnement, Etudes & Documents 67, Eds CGDD-SEEIDD
Hellou G., 2013. Concilier productivité et services écologiques par des associations céréale-légumineuse multiservices en agricultures biologique et conventionnelle. Journée de restitution Projet Casdar 8058, 24/01/2013.
Lacroix, A. et A. Thomas, 2011. Estimating the environmental impact of land and production decisions with multiple selection rules and panel data, American Journal of Agricultural Economics 93(3), 784-802.
Ledent A. et Burny P., 2002. La politique agricole commune : des origines au 3° millénaire. Les presses agronomiques de Gemboux.
Meynard J-M., 2010. Réinventer les systèmes agricoles : quelle agronomie pour un développement durable ? in « Vers une société sobre et désirable » Dominique Bourg et Alain Papaux eds, Presses Universitaires de France et Fondation Nicolas Hulot 342-363.
Mignolet C., Schott C., Benoît M., Meynard J.-M., 2012. Transformation des systèmes de production et des systèmes de culture du bassin de la Seine depuis les années 1970 : une spécialisation des territoires aux conséquences environnementales majeures. Innovations Agronomiques, 22, 1-16.
Ramanantsoa, J. et C. Villien, 2012. Soutien public à la production de protéagineux et de soja: rétrospective et projections à partir du modèle MAGALI. Analyse n° 43, Ministère de l’Agriculture, Service de la statistique et de la prospective, Centre d’études et de prospective, avril.
Schneider A., Biddle A., Carrouée B., Crozat Y., Dubois G., Duc G., Ellis N., Jensen E.S., Jeuffroy M.-H., Moellman T., Muel F., Nemecek T., Pressenda F. and Sass O., 2007. The dynamics controlling the grain legume sector in the EU - analysis of past trends helps to focus on future challenges. Grain Legumes 50: 25-27.
Schott C., Mignolet C., Meynard J.-M., 2010. Les oléoprotéagineux dans les systèmes de culture : évolution des assolements et des successions culturales depuis les années 1970 dans le bassin de la Seine. OCL Oléagineux Corps Gras Lipides, 17 (5), 276-291.

1   ...   7   8   9   10   11   12   13   14   ...   32

similaire:

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconL’évolution des rythmes de travail entre 1995 et 2001
«Entreprise». Le second s’intéresse à l’impact de la réduction du temps de travail sur les conditions de travail des salariés, dès...

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconLa lettre du ccah #42 mars/avril 2015 Editorial

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconCalendrier Lancement de l’appel à projet : avril 2011

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril icon“ Travail et mondialisation : le choc des cultures ? ” Conférence du jeudi 19 avril 2001

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconCalendrier des dcs session 2014
«admis en dispense du dcg» tels que prévus aux articles n° 49 et 54 du décret n° 2012-432 du 30 mars 2012

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconDocument 1 : L’autorégulation du marché (Bréal, 2005)
«Les motifs de l'intervention publique», Cahiers français n° 313, mars-avril 2003

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconCalendrier Les calendriers hp 2006 sont disponibles dès aujourd'hui...

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconParoles de gueux et «prose de la vie»
Йcrit du 5 fйvrier au 29 mars 1866 et achevй le 15 avril, le drame en quatre actes, en prose

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconCalendrier et groupes de travail

Calendrier Le travail des relecteurs revient entre 15 mars et 5 avril iconJeudi 17 avril : Déplacement à Bordeaux Discours de clôture des rencontres...
«Y’a de l’éco», diffusée sur Public Sénat, présentée par Gilles Leclerc et Françoise Fressoz. Première diffusion Mardi 15 Avril à...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
e.20-bal.com