Résumé Quelles que soient leurs propres politiques, les pays du Sud seront inévitablement affectés par le développement des organismes génétiquement modifiés dans les pays industrialisés.





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Le seul point commun à l'ensemble des pays du Sud est qu'ils entendent demeurer maîtres de leurs choix. Ils refusent, dans des termes parfois très énergiques, à la fois la pénétration plus ou moins subreptice de leurs marchés sous couvert de liberté du commerce, les risques de dissémination transfrontalière des OGM, l'"apartheid technologique" qui accroîtrait encore le fossé qui les sépare des pays développés, et l'importation des querelles intestines des sociétés les plus riches. Ainsi, a-t-on pu lire sous la plume du Ministre de l'agriculture et du développement rural du Nigeria (1): "C'est une erreur et un danger que les privilégiés prétendent savoir ce qui est le mieux pour tous. Et quand cela se produit, il ne faut pas s'étonner que cette attitude soit perçue comme colonialiste. Nous ne voulons pas que l'on nous prive de ces techniques au prétexte que nous n'en comprendrions pas les risques ou les conséquences futures. Nous les comprenons…C'est notre droit, et nous ne nous en laisserons pas priver par ceux qui s'imaginent savoir mieux que nous comment nous devrions vivre ou s'estiment légitimes pour nous imposer leurs propres valeurs". Le Président du Kenya, ou le président de la Fédération des associations de cultivateurs de l'Andhra Pradesh, en Inde n'expriment pas autre chose lorsqu'ils déclarent pour le premier: "la communauté internationale est à l'orée de la révolution biotechnologique. L'Afrique ne peut pas se permettre de la rater", et pour le second: "c'est le summum de l'indifférence et du mépris que de priver des technologies agricoles modernes les plus nécessiteux de notre planète".
Il revient aux pays scientifiquement les plus avancés, non pas de décider à la place des principaux intéressés, mais d'aider les pays du Sud à définir leur propre politique de la façon la plus éclairée possible, et à tirer le meilleur parti des orientations qu'ils sont en train d'arrêter.
Le débat public

L'utilisation émotionnelle des références à la sécurité alimentaire dans les controverses sur les organismes génétiquement modifiés a conduit à une radicalisation des positions. Ainsi, nombre d'opposants que l'on ne saurait qualifier d'"obscurantistes", souvent particulièrement sensibles à la situation des pays les plus pauvres, sont conduits à s'opposer par principe à toute recherche sur les OGM pour les pays en développement par crainte d'une récupération. Ils avancent trois arguments principaux:

aucune preuve n'a encore été apportée de leur utilité réelle, ni de la capacité des pays concernés à gérer les risques dans la durée. Cet argument est quelque peu spécieux lorsqu'il sert à justifier l'absence des travaux supplémentaires qui pourraient précisément en fournir une démonstration.

le besoin de techniques radicalement nouvelles n'est pas démontré puisque toute la palette des solutions agronomiques actuellement disponibles n'a pas encore été utilisée. Il ne serait donc pas justifié de mobiliser des ressources rares pour des objectifs secondaires. Or il existe à l'évidence des problèmes que l'on ne sait pas traiter qui justifient de rechercher de nouvelles approches, et il en existera plus encore demain. Le rôle de la recherche est précisément d'ouvrir le champ des possibles, et conduit à réviser les priorités de façon continue en fonction de l'avancée de nos connaissances.

enfin, le développement des biotechnologies renforcera la dépendance économique des pays envers les entreprises transnationales. On peut objecter que ce n'est pas en s'opposant aux applications non marchandes que l'on freinera cette évolution.

De nombreuses mises en perspectives sur l'évolution des biotechnologies ont été réalisées en France et à l'étranger au cours des trois dernières années. En France seule, elles ont mobilisé plus de 500 experts et représentants de la société civile, de différentes compétences, de différents horizons socio-professionnels, et de différentes sensibilités entre juillet 98 et novembre 99 dans le cadre de la conférence des citoyens organisée par le député Jean-Yves le Déaut, de la préparation d'un rapport par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (9) ou d'un autre rapport rédigé par MM Le Fur et Rouvillois pour le Conseil Economique et Social (4). Au-delà des nuances de sensibilité et d'expression, les conclusions de tous ces groupes convergent pour estimer, suivant l'avis adopté à l'unanimité par le Conseil Economique et Social qu' "il est indispensable de consacrer des moyens financiers suffisants aux recherches sur les applications des biotechnologies qui intéressent particulièrement le monde en développement ".

Des discussions approfondies dans des enceintes internationales qui ne sauraient être suspectées de naïveté ni de collusion avec les grands groupes privés aboutissent fréquemment aux mêmes conclusions. La FAO a ainsi publié une "déclaration sur les biotechnologies" qui stipule: "à condition d'être judicieusement associées à d'autres technologies de production de denrées alimentaires ou de produits et de services agricoles, les biotechnologies pourront, au cours du nouveau millénaire, contribuer dans une large mesure à la satisfaction des besoins d'une population en expansion et toujours plus urbanisée…La FAO estime qu'il faudrait veiller à ce que les pays en développement, en général, et les agriculteurs pauvres en ressources, en particulier, bénéficient davantage de la recherche biotechnologique ." Ce que le directeur général de la FAO lui-même traduit sous la forme: " Pour nourrir 9 milliards de personnes, comment s'y prendre?… Nous n'avons pas besoin des OGM pour l'instant. Mais ils sont une des options possibles, à condition que…"(6)
Pour leur part, les académies des sciences de quatre pays en développement -Chine, Mexique, Brésil, Inde, Mexique- de deux pays développés - Etats-Unis et Royal Society britannique- et l'académie des sciences du Tiers Monde se sont associées dans un rapport commun (16). Ils tiennent le même langage: "il est indispensable d'améliorer la production et la distribution de nourriture pour nourrir une population mondiale en croissance, tout en réduisant les atteintes à l'environnement…Ceux qui développent et qui contrôlent les applications du génie génétique aux plantes et aux micro-organismes devraient s'assurer qu'ils répondent bien à ces besoins...Un accroissement des efforts publics est nécessaire pour créer des variétés transgéniques qui profiteront aux producteurs pauvres des pays en développement ".
Conclusion

Les OGM et leurs applications dans les pays du Sud sont devenus victimes de la charge symbolique très forte qu'ils véhiculent dans les domaines politique, économique, idéologique et éthique. Alors qu'ils ouvrent des horizons radicalement nouveaux qui justifient d'encourager la créativité sur leurs utilisations possibles et d'approfondir les travaux sur leurs effets de tout ordre, ils se prêtent aisément à des discours manichéens qui trouvent dans l'opinion publique une forte résonance et empêchent d'éclairer sereinement les composantes des choix. Il demeure pourtant plus que jamais indispensable de pouvoir effectuer une analyse dépassionnée des applications qui pourraient être développées et des conditions qui leur permettraient de s'avérer socialement utiles. Les produits de l'ingénierie génétique ne nourriront pas la planète, mais il paraît pour le moins prématuré d'affirmer que les espoirs considérables qu'a fait naître la biotechnologie moléculaire ne sont que des utopies. Devant l'importance des problèmes à résoudre, nul ne devrait s'arroger le droit d'exclure a priori des méthodes aussi puissantes de la panoplie des outils qui pourraient être, à terme, utilisés. Ainsi que le déclarait récemment le Professeur René Frydman (7): "ce que je déplore, c'est que cette "heuristique de la peur", plus que jamais nécessaire dans la mesure où nous ignorons bien souvent la portée de nos actes, soit trop souvent dévoyée en une "métaphysique du fantasme". Nous cherchons à nous prémunir contre des dangers potentiels totalement irréalistes et, occupés à nous protéger, nous en oublions des dangers bien réels. C'est la politique de l'autruche, version éthique".

Les incertitudes apparaissent particulièrement nombreuses dans des milieux naturels et des sociétés humaines à la fois mal connus et très vulnérables. Il faut donc espérer qu'une prudence extrême prévaudra à chacun des changements d'échelle qui permettront de valider techniquement et socialement les avancées scientifiques et techniques, du laboratoire à la serre, de la serre à la parcelle expérimentale, des essais en champ à la diffusion chez les agriculteurs.
C'est in fine dans les pays du Sud que l'utilité des organismes génétiquement modifiés pourrait s'avérer la plus grande, sous réserve qu'ils puissent effectivement être développés au profit des plus nécessiteux, pour des types d'applications sensiblement différentes de celles des pays industrialisés: les gains de productivité sur les petites exploitations vivrières, la réduction des risques des producteurs privés d'un accès aux traitements phytosanitaires ou à l'irrigation, la mise en valeur des terres marginales, l'accroissement de la teneur en minéraux et vitamines essentiels des régimes alimentaires de base par exemple.
Les entreprises du secteur devraient se rendre compte qu'il est de leur intérêt d'aider les pays du Sud qui souhaitent explorer cette voie à le faire, sans chercher à leur en imposer ni le rythme, ni les modalités. Elles favoriseraient l'émergence de marchés qui pourraient un jour devenir lucratifs. C'est en montrant leur bonne volonté qu'elles pourront éviter l'imposition de licences obligatoires qui s'étendront autrement vraisemblablement pour restreindre leurs droits de propriété intellectuelle dans les domaines de l'alimentation et de la santé. Elles y gagneraient, surtout, en cas de succès, une légitimité qui leur permettrait de couper court aux critiques qui se manifestent de façon de plus en plus radicale dans les sociétés occidentales. On peut à cet égard se demander si l'avenir à moyen terme des OGM dans les pays du Nord ne sera pas, en fait, fortement dépendant de leur capacité à concrétiser leurs promesses au Sud.
Références

Adamu H., Ministre de l'agriculture et du développement rural du Nigeria, " We'll feed our people as we see fit", Editorial du Washington Post 9 novembre 2000

Atkinson, H.J., Lilley, C.J. Urwin, P.E. and McPherson, M.J. Engineering resistance to plant-parasitic nematodes. Perry, R.N. and Wright, D.J (eds). The Physiology and Biochemistry of Free-living and Plant Parasitic Nematodes. CAB Publishing Wallingford, pp 381-413. (1998)

Byerlee D et Fischer K Accessing modern science: policy and institutional options for agricultural biotechnology in developing countries Banque Mondiale (AKIS), 2000

Conseil Economique et Social La France face au défi des biotechnologies Rapport présenté par MM Rouvillois, P. et Le Fur, G., 1999

Conway G., The voice of reason in the global food fight, Fortune vol. 141 n° 4 (21 Feb 2000)

Diouf, J. Interview au journal Le Monde le 4 mai 2001

Frydman, R. in Université de tous les savoirs vol 1 Odile Jacob, 2000

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Le Déaut, J.Y. De la connaissance des gènes à leur utilisation, Rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, 1998

Martin R. R. Alternative strategies for engineering virus resistance in plants. In Plant virus disease control A. Hadidi, R. K. Khetarpal, H. Koganezawa ed. A. Press. St Paul Minnesota p.121-128,1998

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Transgenic plants and world agriculture Rapport conjoint de la Royal Society, des académies des sciences américaine, brésilienne, chinoise, indienne et mexicaine et de l'académie des sciences du Tiers Monde, National Academy Press, 2000

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Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement

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3006.doc 29/12/16 - 02:04
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