Synthèse des Rencontres "Collectivités territoriales, labels et industries musicales"





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date de publication06.12.2019
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Synthèse des Rencontres "Collectivités territoriales, labels et industries musicales"
Intervention de David Kessler
Merci d'abord de m'avoir convié à conclure ces débats qui étaient riches et je crois intéressants. Je vais essayer de m'en tenir aux dix minutes qui me sont assignées; Non pas du tout pour faire une synthèse mais peut-être simplement à partir de ce qui s'est dit dégager quelques lignes et quelques pistes. Je commencerai à l'envers de ce qui s'est dit.

Ce qui est frappant à la fois de la table ronde précédente et de la discussion qui s'en est suivie, c'est que, s'agissant de l’industrie musicale, nous sommes dans une phase d'extraordinaire incertitude. Il s’agit d’une incertitude à la fois économique _ on a rappelé la situation tout de même très dramatique d'un certain nombre d'entreprises et d'un grand nombre de labels, pour ne pas parler de la situation extrêmement dramatique de la distribution indépendante _ mais même ceux qui hier ont, d'une certaine façon, mis en cause la distribution indépendante, comme la Fnac par exemple, sont en train de réduire considérablement leurs surfaces. Vous savez qu'on a même dressé à un moment donné des scénarios de quasi suppression des filières du disque voire des filières du livre. Tout ça ne s'est heureusement pas produit et ne va peut-être pas se produire dans un avenir rapide mais on voit bien que la rentabilité de la vente de matériel est très supérieure aujourd'hui à ce que peut être la rentabilité de la vente de produits culturels. Vous disiez tout à l'heure que le disque se réduisait pour faire place au dvd, mais le dvd lui-même connaît aujourd'hui une crise, certes pas encore équivalente à la crise du disque. La situation est économiquement inquiétante, d'autant plus que l’on a pas aujourd'hui _ et le débat l'a montré de façon intéressante _ de modèle économique de remplacement. D'abord parce que, au delà des referendums, je crois que nul n'est capable de dire très sérieusement aujourd'hui ce que sera dans cinq ans exactement la répartition entre les différents supports et parce que la question du téléchargement, pirate et légal, est évidemment une question centrale.

Pour ma part, j'ai toujours pensé que ça n'était pas la seule question en matière d'économie et d'industrie culturelles, ni pour la musique, ni pour le cinéma et que les problèmes de distribution et de vente ne s'expliquaient pas seulement par cette question. Il est clair néanmoins que c'est une question majeure et que l’on se rend bien compte, au vu des derniers chiffres publiés par le Snep, qu'il y avait peut-être une certaine naïveté à dire qu’il suffisait de renforcer l’offre légale pour diminuer l'attrait de l'offre illégale. Entre une offre illégale gratuite et une offre légale payante, le fait que l'offre soit légale ne suffisait pas en elle-même à la rendre plus attractive.

Alors après, quelles mesures? Certains en déduisent qu'il faut absolument des sanctions, d'autres pensent que cela ne suffira pas. Ce qui est certain c'est que l’on est non seulement dans une phase de crise mais aussi dans une phase de grande incertitude pour l'avenir. Evidemment, tout ça n'est pas de nature à rassurer quand on est face à une activité économique qui faiblit et où, d'une manière ou d'une autre, tous les acteurs sont touchés. Ils ne sont pas touchés d'égale manière, il est plus facile de résister quand on est gros que quand on est petit mais d'une certaine manière tous les acteurs sont touchés.

Donc, c'est dans ces conditions que se pose la question des interventions dont on a parlé à la fois dans cette seconde table ronde et beaucoup dans la première table ronde, des collectivités locales et de l'Etat également. C’est une intervention dont on

a bien vu dans les discussions et les présentations qu’une de ses caractéristiques est de se situer dans un domaine qui n'est pas le champ d'intervention traditionnel de l'action culturelle mais qui se trouve aux confins de l'économie et du culturel.

Je voudrais souligner là à la fois un fait et un paradoxe. Le fait c'est que l'on se réfère toujours à un domaine que personnellement j'ai bien connu professionnellement qui est le secteur du cinéma parce que c'est d’une part un secteur où l'intervention publique, par la voie d'un système de redistribution, est massive. L'argent dont dispose le Centre National du Cinéma pour aider l'industrie cinématographique est évidemment sans commune mesure avec les sommes qui ont été évoquées tout à l'heure pour l'industrie musicale. D’autre part parce que c'est un secteur qui a connu et connaît toujours un certain succès. Quand on compare la situation du cinéma français avec les autres cinémas, on se rend compte que globalement le système a fonctionné là où dans d'autres pays européens les cinémas nationaux se sont effondrés et ne commencent aujourd'hui à ré-émerger que grâce à la création de systèmes identiques au CNC.

Ce qui fait que ce système ne peut pas être calqué comme tel, outre que le problème de la redistribution est évidemment plus complexe dans d'autres secteurs que dans le secteur du cinéma, c'est que historiquement on part de l'envers, c'est à dire que le système d'aide au cinéma, a été dans les premières années d'abord un système totalement industriel. L'action culturelle en était tout de même très largement absente. Le cinéma n'a été rattaché à la Culture que par André Malraux en 1958 avec la création d'une aide culturelle mais avant le Cinéma était plutôt rattaché au ministère de l'Industrie et tous les textes des années quarante, même les textes des années trente, parlent de l'aide à l'industrie cinématographique. Ainsi, on assumait tout à fait clairement l'idée qu'il y avait une industrie nationale, qu'elle avait une valeur pour l'Etat et que donc il fallait la soutenir. Le système a été conçu comme un système industriel même si se sont ajoutées des aides culturelles dans les années soixante.

Le paradoxe aujourd’hui c'est qu'on ne peut plus faire la même chose. On est en effet confronté à deux difficultés. La première est une difficulté d'ordre juridico-politique qui est que l’on peut justifier aujourd'hui des systèmes massifs d'aide publique seulement s'ils ont un caractère culturel, et pas s'ils ont un caractère industriel, sinon on entre dans le champ de la concurrence, qui interdit les aides publiques; La deuxième raison, c'est que pour les autres champs culturels, je pense notamment au champ du livre comme au champ de la musique qui sont pourtant aussi des champs industriels, l'intervention publique s'est justifiée au départ par des raisons culturelles, c'est à dire qu’ils ont d'abord été considérés par la puissance publique et le ministère des Affaires culturelles comme des champs culturels, placés sous le régime de la subvention; Cela fait seulement quelques années qu'au fond la question de la légitimité d'une aide à un marché se pose et qu'il y a au ministère de la Culture de façon générale et dans les Drac en particulier, parce que ce ministère est l'héritier de cette tradition de la légitimité de ce qui est hors marché, une réticence à intervenir directement sur un marché. C’est donc c'est aussi un changement d'état d'esprit. Frederic Vilcocq en parlait aussi pour les élus : convaincre à la fois des élus qui s'intéressent au champ culturel et des élus qui s'intéressent au champ financier n'est pas une chose évidente. Cela suppose d'accepter que l'on puisse être au croisement de ces deux données que sont l'art et l'industrie. La question est ancienne pour le cinéma mais elle est beaucoup plus récente dans d'autres secteurs. Cela suppose pour les élus d'admettre qu'il puisse y avoir quand même un retour sur investissement économique. Ainsi, dans le secteur du cinéma, les interventions régionales sont souvent liées à des tournages locaux. Les aides dans les autres secteurs sont souvent liées au maintien ou à la re création de pôles locaux industriels. Il peut donc y avoir un retour économique et en même temps une légitimité de l'aide culturelle c'est à dire une aide qui aide à la diversité des champs. C'est aussi le rôle des pouvoirs publics au sens large, l'Etat, mais aussi des collectivités locales, de le faire. Reconnaître cette ambivalence ou cette tension entre le marché et l'industrie, est un élément essentiel.

Je voudrais souligner un deuxième point, sur lequel je ne suis peut-être pas tout à fait d'accord avec Frederic Vilcocq; Je ne suis pas sûr pour ma part que les questions juridiques ne se posent pas dans le domaine musical. Elles se sont posées très fortement pour le cinéma. Elles ont été réglées sur le plan national, temporairement à mon avis, et au fond on a situé l'ensemble des aides régionales dans ce cadre national c'est à dire que l'on a considéré que du moment que l'aide régionale ne venait pas exéder 50% du financement, cela rentrait dans le champ d'autorisation de la commission. Des questions peuvent donc se poser et un certain nombre de services juridiques des collectivités locales indiquent toujours leur réticence à ce qu'il y ait des aides publiques dès lors que l'on est sur des secteurs de marché. Il y a là aussi un effort à faire, d'abord d'explication de ce que cela représente comme enjeu, qui est en général, il faut bien le reconnaître, assez faible.

C’est un point qui est toujours très difficile à faire comprendre à des spécialistes du droit de la concurrence mais qui je pense est quand même une caractéristique forte de ce domaine culturel; Quelqu'un parlait tout à l'heure de la concurrence que peuvent se faire des labels, c'est vrai qu'il y a de la concurrence; Il n'empêche que, globalement, dans le champ culturel, plus la diversité est grande, plus chacun en tire un bénéfice. Concernant le cinéma et l'audiovisuel, mais aussi la musique et le livre, nous ne sommes pas dans des domaines d'économies limités; Même s'il est vrai qu'il existe une certaine forme de concurrence, il n'empêche que la caractéristique du produit culturel est qu’il s’agit chaque fois d’un prototype et que donc la diversité de ce qui est créé contribue à la richesse du tout. Je pense que c'est un élément qu'il est toujours nécessaire de faire comprendre.

Je crois qu’une logique d'aide publique n'a de sens que s’il s’agit d’une logique d'aide à la filière. On ne peut pas ne pas se préoccuper de la totalité d'une filière. J'ai toujours pensé qu'une des raisons majeures du succès du système français d'aide au cinéma tenait au fait que ce n'était pas qu’une aide à la production. Le système est devenu, dès les années cinquante, une aide à la production, une aide à la distribution et une aide à l'exploitation, c'est à dire aux salles de cinéma elles-mêmes. Il existe aussi une aide aux industries techniques, c'est à dire une aide en amont de la production. C’est bien parce qu'on s'occupe de la totalité de la filière et qu'on veille au maintien de la diversité de toutes ses composantes, que les choses ont pu fonctionner. Il en va de même dans d'autres secteurs. Après tout la grande aide au livre a d'abord été une loi sur la librairie. Là aussi la préoccupation est nécessairement globale. C'est vrai que si on produit les plus beaux disques sans pouvoir les distribuer ça ne sert pas à grand-chose. Economiquement en tout cas c'est une activité gratuite au mauvais sens du terme. Cette préoccupation doit impérativement rentrer en ligne de compte dans les réflexions que nous devons avoir.



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