Rappel des trois précédentes interventions de Jean-Luc Domenach à Rouen





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CONNAISSANCE ET VIE D’AUJOURD’HUI Le 6 janvier 2004

ROUEN




Où va la Chine ?

D’après la conférence de Jean-Luc Domenach, ancien directeur scientifique à l’Institut des Etudes Politiques de Paris, sinologue et auteur de « Où va la Chine ? » (Fayard, 2002).

Rappel des trois précédentes interventions de Jean-Luc Domenach à Rouen :


* Le Japon, traditions et modernité, 6 novembre 1990

* La Chine devant l’effondrement du communisme mondial, 15 décembre 1992

* Asie orientale : dynamisme économique, mutations culturelles et changements politiques, 6 février 1996
Jean-Luc Domenach inscrit son intervention dans le prolongement de celle du 6 février 1996 et considère qu’elle arrive à un moment opportun au regard de la période de transition vécue respectivement aujourd’hui par la France et la Chine.

De 1997 à 2001, des événements se sont déroulés en Chine qui peuvent laisser penser que la Chine pourrait échapper au cercle vicieux dans lequel elle s’est trouvée enfermée depuis les Guerres de l’opium.

Compte tenu de sa population, de ses potentiels, du regard porté sur elle par les puissances occidentales, nous pouvons raisonnablement poser la question de l’émergence de la Chine.

La contribution de J-L Domenach vient aujourd’hui de l’intérieur ; depuis 2 ans, il travaille en milieu Chinois avec son intelligentsia (Université de Pékin) pour comprendre et analyser où ce pays veut aller.

Cette réflexion qui n’est encore possible qu’avec une minorité, démontre très certainement que le régime n’est plus complètement totalitaire… Par ailleurs, l’évolution positive de la mission de Madame Domenach, chargée par l’Unesco de mettre en place avec des ONG chinoises un programme de coopération sur les migrants (150 millions de personnes se déplaçant des campagnes vers les villes), illustre bien la rapidité des changements de comportements des officiels chinois.

Ces signes annoncent-ils que la Chine, pour la première fois de son histoire moderne, soit en passe d’atteindre la suffisance matérielle, la paix sociale et de vivre sous un régime politique plus équilibré sans parler encore de « démocratie » ?
1 - Les raisons d’être optimiste

Des évènements déterminants ces dernières années :

  • 1997 : La mort de Deng Xiao Ping. Sa succession, moment clé dans un régime totalitaire, s’est remarquablement bien passée à la différence de celle de MaoTséToung (purge, bande des quatre).

  • Automne 1998 : Crise asiatique. La Chine échappe à cette tornade financière grâce à un premier ministre compétent et courageux choisissant seul et contre le Fonds Monétaire International de se recentrer sur le marché intérieur.

  • 2001 : Signature de l’accord de l’OMC. La Chine concrétise son engagement à entrer dans le monde. La mondialisation d’aujourd’hui n’est pas seulement économique comme la première qui se produisit entre 1890 et 1914, elle est en plus sociale, humaine, politique et culturelle.

A cette période, le degré d’interpénétration des économies françaises, anglaises et allemandes était supérieur au degré de leur interpénétration jusqu’en 1996…

Il est fréquent d’entendre que la mondialisation affaiblirait les états alors qu’il est démontré que la mondialisation de la fin du siècle dernier leur fut largement profitable (cf  « La première mondialisation » de Suzann Berger au Seuil, collection « La République des Idées »).

En signant l’accord de l’OMC, la Chine a pris la décision historique de rentrer pleinement dans le monde et ce choix rend J-L Domenach optimiste pour l’avenir : en s’ouvrant au monde elle devra perdre sa morgue, s’intéresser aux autres, harmoniser son système économique et donc son système politique.

La nouvelle de l’organisation des JO à Pékin a été la symbolisation de cette ouverture.
Pourquoi cette évolution rapide ?

a. Soif de rattraper le temps 

Après avoir connu le pire de l’Occident, la Chine a connu le pire du communisme. La décomposition historique de la Chine est le résultat de notre impérialisme du XIXe et du début du Xxe siècle. Cette décomposition a permis au communisme de s’installer.

Après celui de Pol Pot et avant celui des soviétiques, son communisme a sans doute été le plus effroyable.

Entre 1949 et 1978 : tout le monde était victime du contrôle totalitaire, 30 à 50 millions d’individus sont morts de faim ou exterminés, victimes du régime (à noter que la deuxième Guerre Mondiale fit entre 40 à 50 millions de victimes). Par ailleurs, 10 millions de chinois étaient en permanence détenus dans les goulags.

Son ressaisissement et ses excès aujourd’hui s’expliquent par cette dimension de « lendemain de catastrophe ». Ce pays sort de ruines affectives et humaines engendrées par une accumulation de désastres. La brutalité du dynamisme chinois ne peut se comprendre que par cette soif de rattraper le temps perdu.
b. La politique de Deng Xiao Ping

Après Mao, homme des utopies délirantes, Deng Xiao Ping (« petite paix », nationaliste sans illusions, a su conserver le pouvoir et donner pain et travail. Faisant preuve dès 1978 de lucidité, il a déclenché la libéralisation et le développement de l’économie, ce que Gorbatchev n’a pas fait en URSS. La population a répondu en se jetant vigoureusement au travail et en investissant ses économies. L’ouverture au capitalisme, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, a permis une croissance de10 % par an depuis plus de 20 ans.

Dans 30 ans la Chine sera sans doute la deuxième puissance mondiale avec un niveau de vie équivalent à celui de la Grèce aujourd’hui.

Pays transformé : autrefois massivement rural, il fait face à une urbanisation incroyable (1949 : 10 % d’urbains, 1970 : 20 %, 2000 : 35 %… 2030 : 70 % ?). 600 millions de paysans vont basculer dans les villes (Sarcelles au pays de Confucius). D’ici 10 ans, 100 villes auront plus d’un million d’habitants.
c. Mutation sociale

De cette société urbaine émerge une classe moyenne qui est un très gros facteur d’espérance.

Héritière du parti, industrieuse et entreprenante, elle rêve d’une modernité à l’américaine. En conséquence, le pouvoir, fortement contre la guerre d’Irak mais ne voulant pas s’opposer frontalement aux USA, s’est facilement rangé dans un premier temps aux côtés de la France et de l’Allemagne pour ensuite faire preuve de plus de retenue ; la diplomatie chinoise est aujourd’hui une diplomatie de compromis et de concorde.
Dans le domaine politique, des changements réels apparaissent même s’ils ne touchent pas encore l’essentiel, à savoir le monopole du pouvoir (parti, élite sociale, pouvoir partagé par 2 ou 3 personnes). Le comportement des dirigeants évolue pour se rapprocher d’un fonctionnement à l’occidentale (« chiraquisation »).

Dans 30 ans, la Chine sera un  grand pays, déchiré par l’urbanisation et l’industrialisation, proche de l’auto-suffisance et pratiquement intégré au reste du monde.
2 - De graves incertitudes.
Sa démographie lui impose de croître très vite et donc de prendre des risques.

300 à 500 millions de chinois de trop, non pas pour des raisons de suffisance alimentaire mais au regard de la difficulté à leur fournir un emploi.

Chaque année arrivent sur le marché du travail 13 à 15 millions de jeunes auxquels s’ajoutent 10 à 15 millions de migrants soit 30 millions d’emplois industriels.

La Chine a besoin d’une croissance se situant entre 6 et 10 %. Partant d’une économie de type stalinien, l’économie chinoise doit intégrer, comme tout pays en développement, le prix de la corruption versé à la classe dirigeante (15 à 25 %). A moins de 6 % c’est le marasme, à plus de 10 %, la surchauffe. Le pilotage est délicat, il a un coût très lourd et présente des risques.
Un coût écologique : désertification, eau polluée, pics de pollution industrielle… Pékin est le Tokyo des années 1970. Le gaspillage des ressources est très important (déboisement).
Un coût social considérable. L’argent, le travail ont été mis au centre des préoccupations de cette société sans qu’existe encore de contre-pouvoir exercé par des acteurs sociaux.
Le risque financier reste certainement le plus grave. Cohabitent en Chine deux systèmes de propriété : la propriété privée (qui ne l’est pas vraiment) et la propriété d’état (qui ne l’est pas du tout puisque monopolisée par la nomenklatura). Les entreprises d’état fonctionnant à perte n’ont en général pour objet que d’employer un certain nombre de personnes et de remplir les poches de leurs dirigeants. 25 à 40 % des actifs des banques sont aujourd’hui représentés par les dettes de ces entreprises et les banques ne peuvent pas refuser de continuer à les financer (copinage).

Cette situation en cas de crise de confiance qui amènerait les chinois à vouloir récupérer leurs fonds serait extrêmement grave et mettrait les banques en faillite. Le système bancaire chinois est d’ores et déjà techniquement en faillite. 

La croissance économique de la Chine fonctionne avec deux moteurs, l’un extérieur, l’autre intérieur, qui pouvaient jusqu’alors prendre le relais l’un de l’autre (crise asiatique).

Mais ayant signé l’accord de l’OMC, les dirigeants auront dorénavant du mal à ré-embrayer le moteur intérieur en cas de besoin.

Enfin, plus de 50 milliards de dollars depuis une dizaine d’année sont irrégulièrement investis à l’étranger (banques suisses, immobilier).

L’internationalisation de la couche dirigeante chinoise est telle qu’en cas de crise de confiance il est à craindre que, non contente d’avoir ruiné ses banques, elle sorte le peu d’avoirs restants des entreprises publiques… Ainsi, la Chine s’intégrant économiquement au reste du monde se fragilise devant une éventuelle crise financière venue de l’étranger, contre laquelle elle aurait moins qu’auparavant de possibilités de se protéger.

Au regard de ces risques, J-L Domenach s’inquiète de l’extrême personnalisation du pouvoir dans un si grand pays même si, ces dernières années et actuellement avec Hu Jintao, les dirigeants ont été fiables.

L’amplification des phénomènes : alors qu’elle a enfin mis en place une stratégie rationnelle de développement économique et qu’elle en touche les bénéfices, la Chine se trouve, en raison de sa surpopulation et de sa démographie, dans une situation de l’ordre de l’irrationnel. Contrainte à aller trop vite, à prendre des risques irraisonnables, à risquer la surchauffe, un événement anodin peut devenir soudain catastrophique.
3 - De la prospective, une tâche très difficile 
Si la politique actuelle se poursuit et qu’elle n’est victime d’aucun cataclysme grave, national ou international, la Chine sera dans 30 ans, un pays relativement pacifié connaissant la suffisance matérielle et comptant parmi les plus grandes puissances du monde.

Devons-nous nous en alarmer ?

Pas vraiment, car le pouvoir est aujourd’hui à ceux qui font preuve d’inventivité et qui maîtrisent les circuits financiers.

La Chine d’aujourd’hui ne remplit pas ces deux conditions nécessaires à une réelle puissance qui lui permettrait de sortir du peloton.

Ce pouvoir est actuellement dans les mains des USA (nouvelles technologies de l’information, maîtrise des flux financiers). En régulant les flux financiers, la Bourse de New York a exporté la crise financière en Asie. Retirant pour perte de confiance dans les places financières asiatiques quelques dizaines de milliards de $, les américains ont causé leur effondrement.

Capacité financière et boursière se construisent sur le long terme, la Chine ne pourra combler son retard de sitôt.

La condition liée à l’invention handicape sans doute encore plus la Chine. Si la Chine va inéluctablement vers le progrès, elle n’arrive toutefois pas encore à garder ses habitants les plus inventifs (émigration vers USA). La recherche américaine de pointe en profite (¼ des thèses en sciences dures est fait par des chinois, un autre quart revenant aux indiens). Construire un très grand pays demande du temps, des intellectuels, une société civile…
Dans l’avenir, la Chine devra faire face à deux catégories de risques :

a. L’importance que prennent tous les phénomènes en Chine. Les cataclysmes naturels, épidémies, accidents industriels ou crises financières peuvent constituer un risque majeur pour l’évolution de ce pays sachant que le monde n’est pas équipé pour parer à des catastrophes humaines d’une très grande envergure.

b. Le risque politique demeure. Le peuple chinois n’est certainement pas très différent des autres peuples et s’il fait preuve de patience, il peut sûrement s’embraser…

Cette fascination pour le progrès, le travail n’est sans doute qu’un moment de son existence, les vrais problèmes vont se profiler.

Les dirigeants vont–ils accepter de sortir d’un pouvoir aussi absolu ?

La population chinoise digère actuellement le progrès et ses acquis matériels mais cela n’est en rien une assurance contre une explosion sociale (1989 Tiananmen)


Conclusion



La Chine et nous ? Il faut y aller, principalement pour le spectacle social, les monuments étant malheureusement en voie de destruction… (voir la Maison de la Chine)

Ce pays doit être considéré comme tout pays en situation de développement accéléré mais en tenant compte de la spécificité de sa démesure qui peut aggraver les situations.

Les chinois attendent de nous que nous restions nous-mêmes.


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