Signent-ils la fin d'une ambition européenne ?





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Les accords entre Springer, le JISC et la Max Planck Gesellschaft signent-ils la fin d'une ambition européenne ?




L'information :




Springer (www.springer.com) a annoncé le 22 octobre avoir conclu avec le JISC (www.jisc.ac.uk), l'organisme en charge de l'achat mutualisé de ressources documentaires pour l'enseignement supérieur et la recherche publique britannique, un accord global (dénommé Springer Compact Agreement) associant dans une même enveloppe les budgets de type « licence nationale » d'accès aux 2000 revues Springer et les crédits dédiées aux APC (Article Processing Charges) pour publication dans 1600 revues Springer dans le cadre d'un modèle économique hybride1. Springer avait déjà annoncé un accord du même type le 21 octobre avec la prestigieuse Max Planck Gesellschaft (www.mpg.de), la principale institution publique de recherche en Allemagne2. En raison de la notoriété de ces deux institutions, les accords avec le JISC3 et avec la « Max Planck » sont des succès majeurs pour Springer qui place ces « Compact agreements » au cœur de sa stratégie commerciale. Ces accords lui permettront de développer sa part de marché grâce au modèle hybride et de « sanctuariser » son chiffre d'affaires et ses marges très élevées. Du point de vue des institutions signant des « Compact Agreements» ces accords, en abaissant de façon drastique les barrières à la publication en OA natif, sans embargo, présentent de nombreux avantages. Mais en risquant de figer le scénario concurrentiel de l'édition scientifique au profit des seuls grands éditeurs « for-profit », ces accords rendront les communautés scientifiques encore plus dépendantes de ces grands éditeurs, sans déboucher sur une réduction significative - pourtant possible - des coûts de la communication scientifique. Ces accords nationaux tuent dans l'œuf la possibilité d'une approche européenne coordonnée de l'évolution du modèle économique de la publication scientifique.




L'analyse d'Intelligence IST :




L'annonce à un jour d'intervalle des « Compact agreements » avec le JISC d'une part, avec la Max Planck Gesellschaft d'autre part, relève d'une habile stratégie de communication. Springer vise à frapper les esprits par le prestige des deux institutions signataires de ces accords. Le JISC – dont la filiale JISC Collections a joué un rôle pionnier en Europe dans le développement de négociations consortiales pour l'achat de ressources documentaires numériques – jouit d'une grand estime au-delà des frontières britanniques. La Max Planck Gesellschaft est rien moins que la plus importante institution de recherche publique en Allemagne avec 17 300 employés (dont 5500 chercheurs) et 2 Md € de budget (dont 1,7 Md. € de crédits publics). C'est derrière le CNRS la plus importante organisation de recherche publique en Europe.




Une seule enveloppe budgétaire et une logique « Publish all you can »

A ce stade, les détails concrets de ces Compact Agreements n'ont pas été publiés. On peut cependant en imaginer les contours. La principale caractéristique est que l'accord « combines reading and open access publishing in one payment scheme »4. En clair c'est une enveloppe unique qui est négociée dans le cadre des Compact agreements. Dans les faits, et même si les notions d'abonnement et d'APC sont maintenues, ce qu'achètent les clients de Springer couverts par un tel accord « compact » c'est un service global qui recouvre l'accès à l'ensemble des ressources documentaires numériques proposées par l'éditeur allemand mais aussi les coûts de traitement (APC) des articles publiés dans une revue en OA hybride Springer.
Il est probable que le montant de l'enveloppe négociée avec le JISC et la Max Planck Gesellschaft a été déterminé sur la base des budgets déjà négociés dans le cadre des accords antérieurs de « big deal » d'accès aux ressources documentaires, et sur la base constatée des montants d'APC payés aujourd'hui par ces institutions. Le tout assorti d'une clause de progression annuelle modérée de cette enveloppe globale pour anticiper la croissance probable du nombre d'articles publiés en OA natif dans les revues Springer sur abonnement. Ces clauses sont inscrites dans des contrats pluriannuels qui pour le JISC et pour la Max Planck s'étendent jusqu'à fin 2018 (contrat triennal). Ces paramètres ont éventuellement vocation à être révisés à l'issue du contrat ou à intervalles réguliers, ces accords étant présentés par Springer comme des « pilotes ».
Dans le cadre d'un Compact agreement il est probable que les chercheurs concernés disposent d'un droit de tirage illimité pour couvrir les APC lorsqu'un de leurs articles est accepté par une revue Springer sur abonnement. Ce droit de tirage « illimité » (Publish all you can)est probablement un argument fort de Springer puisqu'il réduit à néant toute barrière que pourrait rencontrer le chercheur s'agissant de la publication immédiate, sans embargo, de sa production scientifique lorsqu'elle a été acceptée par un comité de lecture Springer. En détachant la publication en OA hybride de toute logique comptable (autre que celle du « big deal » new-style qu'est le Compact agreement), Springer neutralise le facteur d'incertitude que constitue pour les communautés scientifiques le manque de prévisions fiables sur les volumes d'APC qu'ils auraient à supporter si ces APC devaient être payées sur une ligne de budget spécifique. Mais Springer prend peu de risques en mettant au cœur de son nouvel argumentaire marketing cette possibilité de «Publish all you can » : il a une connaissance fine des comportements de publication des chercheurs britanniques ou allemands et peut parfaitement anticiper l'évolution du nombre d'articles publiés en OA dans ses revues hybrides.
Springer avec les Compact agreements réussit non seulement à sanctuariser son chiffre d'affaires (pour la partie de ses revenus qui est générée par les grandes institutions qui ont signé un tel accord) mais aussi à inscrire dans ces nouveaux contrats la progression annuelle de ses revenus. On est là en terrain connu : les accords de « big deal » qui ne concernaient que l'accès aux ressources documentaires numériques comportaient déjà des clauses de progression annuelle des sommes payées à Springer (ou aux autres éditeurs), en général de l'ordre de 3 à 5% l'an. L'édition scientifique est décidément une activité économique atypique puisque c'est l'un des rares secteurs d'activité où un opérateur peut à la fois garantir son chiffre d'affaires et contractualiser avec ses grands clients une progression de ce chiffre d'affaires. Des conditions dont rêve toute entreprise, tous secteurs d'activité confondus.







Des avantages concrets pour les institutions signant un Compact agreement

On aurait tort de taxer la Max Planck Gesellschaft ou le JISC de naïveté dans la négociation de ces Compact agreements : ces deux institutions disposent de négociateurs aguerris. Il y a trois ans la Max Planck, alors renégociant son « big deal » d'accès aux ressources documentaires Springer, avait engagé avec ce dernier un bras de fer qui avait abouti à un blocage total pendant plusieurs mois de l'accès à ces ressources. Au final un accord avait été trouvé, Springer mettant beaucoup d'eau dans son vin. Les institutions qui ont signé un Compact agreement voient que ces accords, si on les aborde sous un angle pragmatique, offrent de nombreux avantages. Le plus important est de garantir la prévidibilité (de leur niveau et de leur progression) dans le temps des budgets dédiés à l'information et à la communication scientifique, dans une enveloppe unique les réunissant. Faute d'un historique long des dépenses d'APC, ces organisations manquent de visibilité sur l'évolution de cette ligne de dépense. Surtout si l'on entre dans une logique « Publish all you can ». Les organisations « Research intensive » craignent une explosion de leurs budgets APC : à titre d’exemple5, la généralisation de l’Open Access Gold aurait pour le CNRS (et plus largement pour les organismes de recherche publics français) des coûts peu soutenables : le budget annuel d'achat de ressources documentaires du premier organisme de recherche mondial qu'est le CNRS est de l'ordre de 15 M€ et 43 000 articles/an (hors SHS)6sont signés ou cosignés par des chercheurs CNRS. Si l'on fait l'hypothèse qu'un tiers de ces articles, où les chercheurs CNRS sont auteurs de correspondance, ouvrent droit à paiement d'APC de l'ordre de 2 200€/article (montant moyen des APC chez Springer dans les revues hybrides), cette enveloppe APC à elle seule représenterait 31,5M€, le CNRS devant par ailleurs maintenir ses budgets d'abonnements puisqu'il est irréaliste d'imaginer un basculement global des publications dans un modèle OA (lire ci-dessous). Ce type de calcul est valable, à proportion de leur production d'articles scientifiques, pour tous les organismes et les universités « Research Intensive ».




Dans la phase de mutation en cours du modèle économique de la publication scientifique cette superposition et cette addition des coûts d'abonnement et des coûts d'APC sont désignées du terme de « double dipping ». Tous les organismes de recherche craignent à juste titre ce phénomène dont l'exemple du CNRS démontre la potentielle ampleur. En garantissant une prévidibilité totale de l'enveloppe « abonnements »+ « APC », Springer désamorce toute inquiétude majeure de ses grands clients liée au double dipping. En effet le Compact Agreement, par construction, met fin (en théorie) à ce problème : dans le cadre d'une enveloppe globale à somme nulle (ou à progression limitée et arrêtée a priori) tout paiement d'APC (paiement complètement virtuel) est défalqué du budget « abonnements » (tout aussi virtuel)7. En clair Springer est prêt à publier en OA natif tous les articles émanant de chercheurs affiliés aux institutions « grand compte » ayant signé un Compact agreement, pourvu que ces accords garantissent son chiffre d'affaires et sa marge. Cette réponse apportée au problème du double-dipping est une carte tactique importante dans les mains de Springer et c'est sans doute cet argument qui a paru le plus convaincant au JISC et à la Max Planck Gesellschaft.







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