Notes de cours d'Alexis Direr Page 138 dernière mise à jour mars 2004





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Sujet 4: L'Union européenne est-elle favorable à la croissance ?

Corrigé sous forme de plan détaillé le 1er mars 2004. Sujets proches: croissance (ou rattrapage) et commerce international, croissance (ou rattrapage) et intégration économique

Accroche :

L'entrée de 10 nouveaux membres au sein de l'Union en mai 2004. Que peuvent-ils espérer en termes de croissance supplémentaire future ?

Présentation de l’énoncé :

Répondre à cette question revient plus largement à s'interroger sur les effets de l'unification européenne sur la croissance de la zone mais aussi de chacune de ses régions.

Définition des termes :

Croissance : élévation sur longue période de la production et du revenu par habitant.

Union européenne: bref historique possible (la CEE et le Traité de Rome en 1957, objectif de libre circulation des marchandises, des hommes et des facteurs de production, réalisation de l'union douanière et du tarif extérieur commun en 1968, puis élargissements successifs).

Compréhension du sujet, enjeux, questions non résolues

Cela nous amène à nous demander comment la construction européenne a modifié les conditions de la croissance de ses membres. Il est notamment légitime de s'interroger sur l'impact réel de l'édifice européen sur la croissance de la zone. Ou en d'autres termes en quoi la croissance d'un ensemble de pays unis par certaines règles de fonctionnement diffère-t-elle de la croissance de chacun de ses membres étudiés séparément ?

De plus, pour savoir si l'union européenne a un effet sensible sur la croissance de ses membres, encore faut-il au préalable s'interroger sur les facteurs quantitativement importants de la croissance. Les modèles inspirés de Solow (1957) mettent en avant la démographie, l'épargne et le progrès technique mais sans véritablement avancer des raisons pour lesquelles la construction européenne pourrait être favorable dans chacune de ces dimensions. Le renouveau des théories de la croissance dans les années 80 a souligné l'importance pratique de facteurs jusque là négligés (éducation, commerce, recherche et développement, infrastructure publique …). Là encore, certains de ces facteurs ont de toute évidence peu de liens avec l'UE telle qu'elle se construit aujourd'hui. Par exemple, même si les programmes d'échange permettent une circulation croissante des étudiants européens, les systèmes éducatifs s'organisent encore principalement au sein des Etats. Par ailleurs, la croissance de la production peut refléter des forces à l'oeuvre différentes selon les économies et les périodes. Par exemple, la zone du Sud-Est asiatique s'est appuyée sur une croissance essentiellement de type extensive faisant peu appel au progrès technique. Il est donc également intéressant de comprendre quelle forme de croissance le projet européen favorise.

Problématique

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Quels sont les facteurs propres à l'intégration européenne favorisant la croissance ? Par quels biais la croissance est-elle favorisée ? La croissance profite-t-elle à tous les pays qui composent l'Europe ?

Plan

1ère partie : les effets de l'intégration européenne sur la croissance.

2ème partie: ses effets différenciés selon les régions.

************************

I Les effets de l'intégration européenne sur la croissance

A L'effet favorable du commerce intra-européen sur la croissance

Le libre échange permet une spécialisation internationale des différents pays en fonction de leurs avantages comparatifs. La spécialisation entraîne une allocation plus efficace des ressources et favorise la croissance. Ainsi, dès 1988, le rapport Ceccini a examiné les questions relatives à la localisation des activités productives en Europe.

Toutefois une Union douanière n'est pas complètement assimilable à un régime de libre échange. Pour Jacob Viner (1950), une union douanière est efficace si le détournement du commerce avec les pays tiers est compensé par un développement plus important du commerce au sein de l'Union douanière. Les gains qui en découlent seront d'autant plus élevés selon Viner que (i) la zone géographique est grande, (ii) les tarifs extérieurs seront faibles, (iii) les différences de coût unitaire entre les industries des pays membres sont importantes.

Selon la théorie des avantages comparatifs, l’intégration européenne via le Marché unique devrait a priori se traduire par l’accroissement des spécialisations, à l’instar des régions américaines (Krugman et Venables (1993)).

Tel n'est pas le cas pour le moment. La spécialisation, dans le sens traditionnel du terme, devrait conduire à une augmentation des échanges de type inter-sectoriel entre les États. Or, Brülhart (1998) après bien d'autres conclut à une tendance d’accroissement des échanges intra-branches au sein de l’Union européenne entre 1961 et 1992, c'est à dire l'intensification des échanges croisés de produits similaires:

Note : Indices de Grubel-Lyod non ajustés, calculés à partir de statistiques de l’OCDE.

La plupart des pays continuent de fabriquer et de s'échanger des voitures ou des biens agricoles, de produire des services financiers ou d'assurance etc... Si l'intégration européenne a encouragé la croissance, c'est donc d'abord par le biais d'une diversification accrue des biens proposés aux consommateurs (Grosman et Helpman (1991), MIT press) et des biens de production destinés à l'investissement (Romer (1990)). Pour ce dernier, l'expansion des gammes de biens intermédiaires constitue le canal par lequel se diffuse les techniques. Le nombre de variétés rentables dépend en effet de la taille du marché.

B Les politiques européennes

Les effets dynamiques de l'UE passant par un encouragement à épargner ne sont pas complètement à exclure, notamment en raison de l'harmonisation de la fiscalité de l'épargne.

Mais une définition du capital accumulable restreint au capital physique manque d'autres vecteurs d'accumulation potentiellement encouragés par les politiques européenne. L'union européenne accroît la taille du marché et permet de bénéficier de rendements croissants dans des activités importantes pour la croissance:

• Renforce la division du travail entre les pays et bénéficie d'une croissance fondée sur les activités à rendements croissants (au moins localement). Conception d'Adam Smith de la croissance. Exemples: la rationalisation et fort développement du secteur agricole depuis 1950, la construction aéronautique…

• Des secteurs économiques entiers se caractérisent par des rendements croissants en raison de coûts fixes importants : les activités de défense et de surveillance des frontières (15% du budget de l'Etat français), les services publics, les transports aériens.

• La recherche et développement. Dans la mesure où la croissance est fondée sur l'accumulation coûteuse des connaissances, l'activité de R&D est favorisée par la mutualisation des efforts de recherche en homme et en capital. Evolution évidente pour la recherche pharmaceutique, la recherche spatiale …

La nature des coûts fixes milite soit pour une mutualisation totale des dépenses (défense, R&D), soit pour la coexistence d'un petit nombre d'opérateurs indépendants (transport aérien, électricité, télécommunication). Ainsi des monopoles naturels au niveau national peuvent évoluer dans des environnements concurrentiels au niveau européen.

Dans un autre registre, les règles européennes de limitation de l'endettement public vise à contenir l'effet d'éviction de l'investissement, ce qui est un facteur favorable à la croissance.

C La mobilité des facteurs de production

Pour Denison (1995), l'amélioration de l’allocation des ressources (essentiellement transferts de MO entre des secteurs faiblement productifs vers d’autres plus productifs par exemple du secteur primaire vers le secteur secondaire plus productif) explique 11% de la croissance américaine entre 1929 et 1982 aux EU. Il n'est pas douteux qu'un phénomène similaire se soit produit en Europe sous l'effet d'une réallocation efficace des ressources productives.

Certes, la mobilité intra-européenne du travail reste marginale même si elle n'est pas nulle pour les travailleurs les plus qualifiés. Toutefois, avec l'extension des frontières et l'inclusion de pays plus pauvres, les écarts de salaire au sein de la zone élargie vont s'accroître, ce qui devrait accentuer la mobilité du travail et ses effets sur la croissance.

Le capital physique est le second facteur de production important à côté du travail. La mobilité du capital permet de concentrer les ressources sur des secteurs qui bénéficient des meilleurs rendements.

Cette redistribution géographique est par ailleurs favorisée par l'ouverture du marché financier achevée au début des années 1990. L'épargne peut s'orienter vers les investissements les plus rentables quelle que soit leur localisation géographique.

Le développement financier va-t-il pour autant de pair avec le développement tout court?

King et Levine (1993) "Finance and Growth: Schumpeter Might be Right" régressent en coupe les taux de croissance moyennés sur 1960-1989 et comprenant 80 pays. Quatre indicateurs de développement sont utilisés dont le ratio des dettes de court-terme (liquid liabilities) sur le PIB et la proportion de crédits alloués aux entreprises par le secteur financier privé. Résultat: le niveau de développement financier en 1960 est un bon prédicteur de la croissance future.

L'ouverture des marchés financiers est donc susceptible de favoriser le développement des marchés financiers en exploitant les rendements d'échelle de ce secteur, notamment dans le secteur bancaire.

Transition :

Le constat que l'Europe favorise la croissance ne suffit pas à conclure que le processus va avantager tous les pays membres et a fortiori les régions qui les composent.

II Un partage inégal des retombées

Parce que les pays membres et a fortiori les régions qui les composent possèdent des caractéristiques propres, l'intégration européenne a des enjeux différents en terme de croissance. Ces différences sont particulièrement flagrantes pour les zones qui se distinguent par leur état d'avancement économique. Cette dernière remarque soulève la question du rattrapage des pays riches par l'ensemble de la zone.

A/ Le rattrapage

Les travaux de Sala-i-Martin (1996), sur la période 1950-1990, montrent une convergence économique entre les régions européennes. Néanmoins, cette convergence est un processus lent et trente années semblent nécessaires pour combler la moitié des écarts de revenus entre elles.

C’est le cas de l'Irlande, de l’Espagne et du Portugal qui, certes, qui croissent rapidement en Europe. Cette convergence est favorisée par les aides européennes. Par exemple, l’Espagne et du Portugal ont bénéficié de 36 % des aides structurelles sur la période 1994-1999.

Pourquoi le rattrapage: le point théorique sur la question du rattrapage selon Solow (rendements décroissants dans les facteurs accumulables, diffusion des techniques, …)

Un rattrapage au niveau des nations signifie-t-il un processus similaire au niveau des régions ?

B/ La polarisation des activités

A l'image de l'Europe dans son ensemble, les pays ne sont pas uniformément développés sur leur territoire. Il existe des régions riches et des régions pauvres. Les inégalités de développement entre certains pays peuvent refléter des problèmes plus larges d'inégalités régionales.

Plusieurs auteurs concluent à un accroissement des disparités entre les régions européennes. Quah ((1996) « Regional Convergence Clusters Accross Europe », EER) suggère que les disparités sont encore plus marquantes entre les différentes régions d’un même pays qu'entre les pays eux-mêmes.

Les risques de polarisation concernant des pays différents en terme de niveau de développement regroupés dans une union régionale économique et monétaire ne sont pas négligeables. Selon les premiers travaux relevant de la nouvelle économie géographique, la tendance naturelle des activités à forts rendements d’échelle est à la concentration géographique (Krugman, 1991). Dans ces modèles, l’équilibre laisse émerger une structure centre–périphérie accompagnée d’une spécialisation économique des territoires. L’intégration économique, qui passe par une baisse des coûts de transaction (suppression des barrières tarifaires et non tarifaires, suppression des coûts de conversion monétaires) devrait alors s’accompagner d’un mouvement de polarisation et de spécialisation au détriment des zones périphériques.

Les forces de polarisation d'activités sont induites par les externalités d'agglomération et l'existence de rendements croissants. Plus fortes sont les externalités, plus les rendements internes sont croissants, plus les relations interindustrielles (la division verticale du travail) sont fortes, plus les coûts de transaction sont faibles, plus les chances de parvenir à une répartition homogène des activités dans l'espace est faible.

Des zones économiques entières peuvent donc rester à l'écart de la croissance européenne malgré un effet globalement favorable au niveau européen. En effet, la concentration spatiale des activités accroît l'efficacité productive et est donc assimilable à un progrès technique. La croissance et l'agglomération des activités s'entretiennent mutuellement. L’agglomération des activités est source d’efficacité. A titre d'exemple, le fédéralisme américain aurait conduit historiquement les Etats américains à se spécialiser dans un petit nombre d’activités, comme l’automobile à Détroit ou plus récemment l’informatique et les logiciels dans la Silicon Valley (Krugman).

C Les limites du rattrapage

La productivité du travail en ex-RDA et dans le sud de l'Italie reste à 55% inférieure au reste du pays. La Grêce est un pays où aucune convergence n'apparaît malgré de nombreux transferts financiers depuis une quinzaine d'années.

=> théories de la croissance endogène qui concluent à l'absence de rattrapage (voir cours)…

Contrairement à la position de Krugman toutefois, aucun indicateur ne permet de conclure à un accroissement des spécialisations en Europe au niveau des nations. Ce qui s’est réellement passé depuis la mise en place du Marché Unique peut se résumer par un double mouvement : une spécialisation des régions et une diversification de la structure productive des nations, comme l'évolution du commerce intra-branches le montre.

Conclusion

Le processus d'intégration européenne a un impact globalement favorable sur la croissance en libérant le commerce international, en facilitant la mobilité des facteurs et en exploitant les rendements d'échelle croissants de multiples activités. La nouvelle géographie économique suggère néanmoins que le développement d'activités à rendements croissants tend à concentrer les richesses sur des zones restreintes du territoire. Si on peut constater une absence de véritable spécialisation entre les nations, une spécialisation régionale croissante apparaît en Europe. Cette tendance pose plus généralement la question de la répartition géographique de la croissance. Même en adoptant une vision non désagrégée de la croissance, il reste délicat d'évaluer l'impact quantitatif de l'Europe sur sa croissance.

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