Résumé Cet article revient sur les déterminants du niveau de la dette externe dans les pays en développement. IL met en exergue le rôle prépondérant des ressources pétrolières dans l’endettement des Etats producteurs.





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Sur les déterminants du niveau de la dette dans les pays en développement : le rôle du pétrole


Luc Désiré Omgba

(CERDI, Université d’Auvergne)

Résumé 

Cet article revient sur les déterminants du niveau de la dette externe dans les pays en développement. Il met en exergue le rôle prépondérant des ressources pétrolières dans l’endettement des Etats producteurs. En effet, l’analyse économétrique, en données de panel, effectuée sur un échantillon de 63 pays en développement couvrant la période de 1971-2000, laisse apparaître une relation positive entre la richesse en pétrole et le niveau d’endettement. Le résultat est inchangé, après contrôle du cycle boom-baisse des cours du pétrole. Ce résultat suggère que les ressources pétrolières déterminent le niveau de la dette au fil du temps. Il implique, par ailleurs, que les pays pétroliers sont les plus endettés à chaque période de l’estimation. Sur son explication, l’analyse menée conclut à l’effet bonne garantie (collateral) du pétrole.


Classification JEL : Q39, F34, C23.

Mots Clés : ressources pétrolières, dette extérieure, modèle de données de panel.

Introduction
La question de l’endettement des pays en développement occupe la scène internationale depuis près de trente ans. Elle est présente, aussi bien, dans la littérature académique (Eaton et Gersowitz, 1981 ; Bulow et Rogoff, 1989 ; Krueger, 1987 ; Cohen, 1991 ; Krugman, 1988), que dans les instances de décisions politiques ou économiques (les différents sommets du G-8, depuis le sommet de Lyon de 1996 ; les initiatives conjointes Banque Mondiale/FMI pour l’allègement de la dette des pays pauvres

Dans les années 70, les économistes s’inquiétaient déjà de la croissance rapide et non encadrée de l’endettement des pays à faible revenu, de l’éclipse que font les « pétrodollars » à d’autres formes de flux de capitaux ; tels que les investissements directs étrangers (Cline, 1983). La crise de la dette, qui suivra plus tard, donne lieu à une littérature orientée vers deux directions : la capacité perçue pour un pays à rembourser sa dette (Cohen, 1991 ; Detragiache et Spilimbergo, 2001), et les motivations pour un pays à le faire (Eaton et Gersowitz, 1981 ; Bulow et Rogoff, 1989 ; Cole et Kehoe, 1997). Cependant, à l’exception notable des travaux de Eaton et Gersowitz (1981), Krueger (1987), Lane (2004), peu d’études sont menées sur les déterminants de l’endettement dans les pays en développement. Lorsque c’est le cas, la dépendance en ressources naturelles, notamment en pétrole, d’un grand nombre de pays en développement n’est pas au centre de l’analyse1.

Pourtant une lecture sommaire du tableau 1 révèle que sur les sept pays en développement les plus endettés (plus de 100 milliards US $), trois sont des exportateurs nets de pétrole; le reste étant, pour le moins, des producteurs à l’échelle domestique.



Tableau 1 : pétrole et niveau de la dette

Pays

Dette extérieure en 2003 (en milliards US $)

Statut

1. Brésil

235,431

Producteur domestique

2. Chine

193,567

Producteur domestique

3. Argentine

166,207

Exportateur net

4. Turquie

145,662

Producteur domestique

5. Mexique

140,004

Exportateur net

6. Indonésie

134,467

Exportateur net

7. Inde

113,467

Producteur domestique

Source WDI (2005), Banque Mondiale.


Par ailleurs, les besoins en matières premières de nouveaux créanciers internationaux, et les besoins en financement des pays en développement appellent à plus d’investigations sur la relation pétrole-dette. En effet, les nouveaux créanciers internationaux, n’étant pas soumis aux mêmes règles que les créanciers traditionnels2, accordent des prêts importants à des pays à faible revenu. La plupart de ces prêts sont basés sur la fourniture en matières premières, plus spécifiquement sur la fourniture en pétrole (Moss et Rose, 2006).

L’analyse récente de Manzano et Rigobon (2006) revient sur ce point. Les auteurs relancent le débat sur la pertinence de la relation entre dépendance en ressources naturelles et faible croissance économique (malédiction des ressources naturelles). Manzano et Rigobon (2006) suggèrent que, cette relation pourrait être la manifestation de la crise de la dette, des années 80, dans les pays en développement. Cependant, leur analyse reste cantonnée sur l’invalidation de l’hypothèse de malédiction des ressources naturelles. Les auteurs n’établissent pas de relation empirique distincte entre dépendance en ressources naturelles et endettement des pays en développement.

Cette étude fait suite à ces travaux, elle relève, empiriquement, une relation distincte entre les ressources pétrolières et le niveau de la dette des pays en développement. L’analyse en panel, effectuée sur un échantillon de 63 pays en développement sous six sous-périodes de cinq ans comprises entre 1971-2000, établit que la richesse en pétrole affecte positivement le niveau de la dette externe. Les effets de boom et de baisse des cours du pétrole, pris en compte dans des estimations, ne changent pas les conclusions de l’étude. L’analyse s’avère, par ailleurs, robuste à d’autres analyses de sensibilité. Elle renvoie, en définitive, à l’effet bonne garantie du pétrole pour les Etats producteurs.

Dans la deuxième section de cet article, nous présentons une revue de la littérature et une discussion théorique sur la relation entre les ressources pétrolières et l’endettement des pays en développement. Dans la troisième, nous exposons un cadre d’analyse sur les déterminants du niveau de la dette. Dans la quatrième section, nous testons l’hypothèse d’une relation positive entre la rente pétrolière et le niveau de la dette dans les pays en développement. La cinquième revient en conclusion sur les principaux résultats et leurs implications.

Revue de la littérature

Deux principaux motifs sont à la base de l’endettement dans les pays en développement : le tamponnement des chocs, et le financement de l’investissement. Le peu de littérature existante, sur les déterminants de l’endettement dans les pays en développement, renvoie à l’exposition systémique de ces pays aux chocs externes relevant de l’évolution de l’économie mondiale. Ainsi, Krueger (1987) attribue l’endettement des pays en développement à la survenance des chocs pétroliers de 1973 et 1979, et au recyclage des pétrodollars qui s’en est suivi. A cela s’ajoute, le relèvement des taux d’intérêts américains, faisant suite à la politique monétaire restrictive des années 1980 en cours aux Etats-Unis et dans la plupart des pays développés (FMI, 2000).

Il est indéniable que ces facteurs ont contribué au relèvement important du niveau de la dette de l’ensemble des pays en développement de manière globale. Mais l’un des aspects importants, très souvent négligé, est de comprendre pourquoi certains de ces pays accumulent plus de dette que d’autres ? L’une des rares tentatives de réponses à ce sujet est apportée par Easterly (2002). L’auteur cherche à comprendre, pourquoi les pays pauvres très endettés (PPTE) sont devenus très endettés. Pour Easterly (2002), les gouvernants des pays pauvres très endettés ont une forte préférence pour le présent. Dans ce cadre, les facteurs politiques seraient à l’origine du fort endettement de ces pays. La classe dirigeante souhaite conserver le pouvoir, cela est fait par une mobilisation des ressources du pays, afin de pouvoir « acheter » les challengers politiques, et de pouvoir « récompenser » les supports. Ce qui se traduit nécessairement par de nouveaux emprunts (Easterly, 2002). Cependant, Easterly (2002) ne situe pas de cadre théorique nécessaire à la validation de ses hypothèses empiriques. Par conséquent, l’on peut avoir autant de régressions que de points d’observations (Easterly et al., 2004). 

Lane (2004) approche ce problème en élaborant un cadre théorique basique qui donne lieu à une équation économétrique sur les déterminants du niveau d’endettement dans les pays en développement. Ses estimations économétriques, sur 55 pays à faible ou à revenu intermédiaire sous la période 1970-1998, effectuées en analyse transversale et en panel, relèvent que le PIB/tête et l’ouverture commerciale (exportations/PIB) constituent les déterminants majeurs du niveau d’endettement dans les pays en développement.

Par ailleurs, Lane (2004) trouve que l’aspect garantie (« collateral ») des ressources naturelles non agricoles pourrait déterminer le niveau de la dette des pays en développement concernés par l’exploitation de ces ressources. Seulement, la variable exportations minières/PIB, que l’auteur introduit dans ses régressions, n’apparaît pas significative en panel avec effets fixes. Elle n’est significative qu’en analyse transversale pour les sous périodes 1990/1994 et 1995/1998. La non-significativité de cette variable en panel avec effets fixes porte un doute sur la validité des estimations. En effet, comme dans le cas de Sachs et Warner3 (1997), cela signifierait que la variable exportations minières/PIB est corrélée avec des facteurs inobservables. Raison pour laquelle le coefficient associé apparaît non significatif après l’introduction des effets fixes . Lane (2004), note cependant que le rôle des ressources naturelles non agricoles sur le niveau de la dette mérite plus d’investigations.

L’analyse de Manzano et Rigobon (2006) rentre dans ce sillage. Elle remet la dépendance en ressources naturelles non agricoles des pays en développement au centre de l’analyse des problèmes d’endettement des pays concernés, relançant ainsi le débat sur la pertinence de la thèse de la « malédiction des ressources naturelles ». Pour les auteurs, dans les années 70, période faste pour les prix des ressources naturelles non agricoles, les pays ont utilisé leurs ressources minières, au premier rang desquelles le pétrole, comme garantie (collateral) pour emprunter. Cela ne s’est pas fait de façon explicite, mais implicitement c’était le cas (Manzano et Rigobon , 2006). La chute des prix de ces ressources naturelles, dans les années 80, voit les pays avec de montants élevés de dette et pas de financements pour les régler. Par conséquent, elle plonge ces pays dans la crise de la dette. Manzano et Rigobon (2006) arrivent à ce résultat en introduisant dans la régression initiale de Sachs et Warner (1997) une variable « contrainte de crédit » prenant la valeur du ratio dette/PNB en 1981 pour les pays en développement , et la valeur de 0 pour les pays développés. Les auteurs trouvent que cette variable est négative et significative, dans le même temps la variable dépendance en ressources naturelles non agricoles ne l’est plus. L’interprétation en est que la variable dépendance en ressources naturelles non agricoles4 capterait le fait que les pays concernés soient fortement endettés au début des années 1980. Prenant la production des ressources naturelles comme « collateral », ces pays ont été dans l’incapacité de continuer à emprunter en période de baisse de prix, et pour la plupart étaient obligés de rembourser. Ce qui a affecté négativement la croissance.

Ainsi, les créanciers internationaux contribuent, par leurs actions pro-cycliques, à l’augmentation du niveau de la dette des pays pétroliers. En effet, lorsque les prix du pétrole sont élevés, les créanciers accordent des prêts aux pays concernés, renforçant la tendance à l’expansion des dépenses. En période de baisse des prix, ils demandent le remboursement de leurs prêts, au moment où les pays sont en situation de besoin de financement (Stiglitz, 2005).

Par ailleurs, il est à noter que les nouveaux instruments de mobilisations des financements extérieurs par les pays en développement s’appuient essentiellement sur les ressources pétrolières. A ce sujet, Ketkar et Ratha ( 2001) notent que la moitié des transactions sur des créances futures est adossée aux produits d’exportations futures de gaz et de pétrole. Pour les auteurs, l’un des principaux obstacles à l’essor de la titrisation des créances futures des pays en développement est leur manque de bonnes garanties. Pour diverses raisons, le pétrole peut remplir ce rôle :

“1) les marchés mondiaux sont développés et assurent une grande liquidité à ces actifs, 2) les exportations pétrolières sont importantes pour les économies nationales et semblent donc plus à l’abri des ingérences gouvernementales” (Ketkar et Ratha , 2001 ; P.8 ; §1).

D’ailleurs, la tendance prise par les prêts provenant des nouveaux créanciers internationaux corrobore ce fait. En effet, pour faire face à leurs gros besoins énergétiques, les nouveaux créanciers internationaux accordent des prêts gagés sur la fourniture en ressources naturelles non agricoles (Rocher, 2007). A titre illustratif, l’Angola a reçu de la Chine, un prêt de 3 milliards de dollar US gagé sur la fourniture en pétrole5.

Cadre d’analyse
Le cadre d’analyse de cette étude s’appuie principalement sur l’exposé théorique de Lane (2004).

Soit f une fonction de production définissant

Avec Yit, Ait, Kit, les niveaux respectifs du produit, de la productivité et du stock de capital dans le pays i à l’instant t. Dans un environnement certain avec risque de répudiation6 ; le niveau de la dette peut s’exprimer, dans un pays i à l’instant t, par : avec θ ≠ 1. (1)

Le facteur αit dépend des niveaux de productivité Ait, de solvabilité Rit, et du taux d’intérêt mondial rm, tel que :

(2)

Le rôle joué par le pétrole sur le niveau de la dette du pays i va apparaître sur la solvabilité Rit du pays. Selon notre hypothèse d’étude les ressources pétrolières constituent un « collateral » pour le pays concerné. Ce dernier sera donc perçu comme pouvant faire face à ses obligations d’emprunts. Par ailleurs, notre étude s’appuie sur l’analyse de Manzano et Rigobon (2006). Dans ce cadre, l’hypothèse de la corrélation négative entre contrainte de crédit et la croissance est préférée à l’hypothèse de la corrélation négative de la croissance économique et de la dépendance en pétrole « malédiction des ressources naturelles ». Par conséquent, l’effet des ressources pétrolières sur la productivité, postulé par Sachs et Warner (1997) nous paraît négligeable7. D’ailleurs, Sachs (2007) note que l’idée d’une malédiction du pétrole n’est, en définitive, que « partiellement » vrai.

La relation précédente peut être représentée sous forme logarithmique, telle que:

(3)

Avec εαit le résidu.
En supposant :

(4)

Où XAit un ensemble de proxy qui affecte la productivité du pays i à l’instant t ; et εAit le terme résiduel .

(5)

Pit une proxy de la dépendance en pétrole du pays i à l’instant t ; XRit un ensemble de proxy qui affecte la solvabilité du pays i à l’instant t ; et εRit le terme résiduel 

, où γt est considéré en effet fixe temporel.
Nous pouvons réécrire l’équation 1 comme suit:
(6)


A l’instar de Gelos et al. (2004), de Lane (2004), nous considérons que la contrainte de crédit dans les pays en développement est saturée (credit constraint bind), c’est-à-dire : . Cette hypothèse paraît vraisemblable pour les pays en développement : pratiquement toutes les études menées sur l’endettement de ces pays relèvent une contrainte de crédit importante dont sont confrontés les pays concernés (Eaton et Gersowitz, 1981 ; Krueger, 1987 ; Krugman, 1988 ; Lane, 2004 ). De plus, les tentatives, de Eaton et Gersowitz (1981) et de Catao et Kappur (2006) de relâchement de l’hypothèse, amènent à l’estimation par les modèles à changement de régime8 (swicthing regression model) ; sans connaissance a priori sur le critère de séparation de l’échantillon. L’utilisation de cette classe de modèle n’apparaît pas pertinente pour deux raisons principales. Tout d’abord au niveau conceptuel, cette procédure demande trop aux données (Maddala , 1986). Ne connaissant pas a priori quelles observations seront dans la fonction de demande d’endettement, et quelles observations se trouveront dans la fonction d’offre : les chercheurs demandent à l’estimation de le faire ; ce qu’elle ne peut faire que de manière incorrecte (Maddala, 1986). Le second problème est d’ordre statistique : la vraisemblance de cette classe de modèle est non bornée, à moins d’imposer des restrictions sur la variance des écarts aléatoires ; des restrictions qui sont souvent injustifiables (Maddala, 1986).

Par ailleurs, nous introduisons dans le modèle des effets spécifiques individuels pour tenir compte des caractéristiques pays non observables qui agiraient sur le niveau de la dette. Dans ce cas l’équation devient :

(7)

Avec μi l’effet spécifique pays, cette équation constituera la base de nos estimations économétriques.

Exposé Empirique
L’étude porte sur un panel de 63 pays en développement, à faible ou à revenu intermédiaire, sur six sous-périodes de 5 ans entre 1971-2000. En effet, peu de pays en développement présentent des séries renseignées sur l’ensemble de la période, pour constituer un ensemble d’observation plus important. Reste que, l’objectif étant de disposer du maximum d’observations ; la présente analyse est contrainte à un panel non cylindré.

Dans une analyse descriptive, nous séparons les pays de l’échantillon en deux groupes. Les pays pétroliers, définis comme ceux pour lesquels le ratio rente pétrolière/PIB est positif, et les pays non pétroliers, ceux pour lesquels ce ratio est nul. Ce fait est matérialisé par une variable dichotomique prenant la valeur de 1 dans le premier cas, et de 0 dans l’autre.

Le test de différence de moyenne des niveaux de la dette, effectué sur les deux groupes pour l’ensemble de la période d’observation, permet de rejeter l’hypothèse nulle d’égalité des niveaux de la dette des deux groupes. Il apparaît qu’en moyenne, sur l’ensemble de la période d’observation, l’on ne peut rejeter l’hypothèse alternative selon laquelle les pays pétroliers sont les plus endettés. Par ailleurs, les conclusions du test restent similaires, aussi bien, dans l’hypothèse de variance différente d’un groupe à l’autre, que dans l’hypothèse relâchée de variance non différente.



Tableau 2 : éléments de statistiques descriptives

Groupes

Observations

Moyennes




0

37

5.563792




1

26

6.339684




Combiné

63

5.884001




Différence




-.7758929




Test de moyenne

Ho: mean(0) - mean(1) = diff = 0





Ha: diff < 0

Ha: diff != 0

Ha: diff > 0

P < t = 0.00

P > |t| = 0.00

P > t = 0.99


Analyse économétrique
L’équation (7) établit une relation entre le niveau de la dette et les ressources pétrolières. La variable dépendante est le niveau de la dette exterieure per capita (Ldetcapita). Des variables d’endettement rencontrées dans la littérature, la dette per capita traduit, d’une meilleure façon, les relations entre endettement et ressources naturelles. Du fait que cette variable laisse apparaître l’arbitrage entre consommation présente et bien-être des générations futures. Une alternative présente dans l’utilisation des ressources pétrolières9.

La rente pétrolière (Rentepetro) est retenue comme proxy de la richesse en pétrole. Cette variable, tirée de la base de données « World Bank’s Adjusted Saving Project », est beaucoup plus renseignée que la variable exportation pétrolière et gazière disponible sur le WDI de la Banque mondiale10. Le calcul de la rente s’effectue en plusieurs étapes. Dans une première étape, on obtient la rente unitaire par la différence entre le prix sur le marché mondial et le coût unitaire d’extraction. Pour des valeurs négatives de la rente unitaire, il est supposé que ce résultat est dû à des données incomplètes sur les coûts d’extraction (Bolt et al., 2002). Pour ces cas, un ajustement est fait. Il consiste à prendre la moyenne des taux de rentes « rental rate » positives des 5 années les plus récentes du pays. Le taux de rente ainsi obtenu est multiplié par le prix. Le résultat est une rente unitaire positive. Dans une seconde étape la rente unitaire est multipliée par la quantité extraite du produit considéré, cette opération mène à la rente recherchée.

La variable rente pétrolière est exprimée en pourcentage du PIB. L’idée, de cette mesure, est que la décision de prêt sera prise par rapport au potentiel de remboursement de crédit11. En outre, la variable rente pétrolière est prise en début de chaque période d’observation. Cette démarche permet de présenter pertinemment le sens de la relation.

Par ailleurs, nous introduisons le PIB/tête (Gdp), et plusieurs autres variables comme proxy à la productivité ou à la solvabilité du pays12 . Il s’agit de la stabilité du régime politique (Ldurable), de l’ouverture (Ouver), de l’éducation (Educ15) et de la variation des termes de l’échange (Terech). A ces variables nous adjoignons : le caractère concessionnel du prêt (Conces), des variables muettes temporelles pour tenir compte du taux d’intérêt mondial, et des effets spécifiques pays13.

Dans cette étude, les effets fixes sont captés au travers d’un modèle à variables muettes des moindres carrés (VMMC). Ce qui revient à effectuer une estimation en moindres carrés ordinaires (MCO) sur un modèle où sont introduites des variables muettes pays. Cette méthode d’estimation conduit aux mêmes résultats que l’estimateur intra (within). En outre, elle est pertinente pour une dimension individuelle (n) petite14 : c’est le cas dans cette étude ou dans la plupart des études macroéconomiques.

Tableau 3: Estimation principalea




Ldetcapita

Rentepetro

1.392




(2.11)**

Gdp

0.268




(1.76)*

Ldurable

-0.045




(1.64)

Conces

-0.001




(0.16)

Terech

0.0002




(2.07)**

Ouver

0.009




(4.93)***

Educ15

-0.014




(0.23)

Observations

285

R-squared

0.92

F-test

40.27***

a) les variables muettes temporelles et la constante sont inclues dans l’estimation. t robuste entre parenthèses : ***, **,* significatif respectivement à 1, 5, 10%.


Le tableau 3 présente le résultat de l’estimation du modèle. Le modèle apparaît globalement significatif au vue de la statistique F. Comme formulée en hypothèse, la variable d’intérêt rente pétrolière (Rentepetro) est positive et significative. Ce qui suggère que les ressources pétrolières déterminent le niveau de la dette au fil du temps (dimension temporelle). En plus, ce résultat amène à conclure que les pays pétroliers sont les plus endettés à chaque période de l’estimation (dimension cross section).

Par ailleurs, comme noté par Gelos et al.(2004); Lane (2004) : l’ouverture (Ouver) et le produit par tête (Gdp) apparaissent également dans notre modèle comme des déterminants importants du niveau d’endettement. Ce qui suggère qu’un grand pays, en terme de PIB, ou un pays ouvert, a plus d’interactions financières avec le reste du monde, et par conséquent, est amené à accumulé relativement un volume de la dette plus important que les autres pays. Le coefficient associé à la variation des termes de l’échange (Terech) est, également, positif et significatif. Ce résultat, important de la littérature sur la répudiation, suggère que, les pays à forte variabilité présentent un plus grand intérêt à être solvables. Ils attirent par conséquent plus de prêts.

Cycle boom-baisse 

Les cours du pétrole alternent des phases de boom aux phases de baisse. Cette évolution, des cours, expliquerait le fort niveau d’endettement des pays pétroliers (Stiglitz, 2005). Durant les phases de boom des cours, les pays peuvent se lancer dans des investissements à faible rendement (éléphants blancs). Des investissements soutenus, durant la phase de baisse des cours, par le recours à l’emprunt.

Nous prenons en compte ces points par un test économétrique considérant les effets de Boom et de baisse des prix du pétrole sur le niveau de la dette. Sur la période d’observation de l’étude 1971-2000, le pétrole a connu une période faste de cours élevés, comptant les années suivant le premier choc pétrolier de 1973 : soit la période 1974-1985. La tendance baissière est observée sur la période 1986-2000. La période actuelle de hausse des cours a débuté à la fin d’année 2000.

Pour l’étude de ces différentes périodes, nous développons l’approche considérée par Smith (2004) sur la prise en compte du cycle « boom-bust » du pétrole. A cet effet, deux variables muettes sont créées. La variable boom qui prend la valeur de 1 pour la période de 1974-1985, pour les pays pétroliers (pays à rente pétrolière positive), et la valeur de 0 pour les autres cas. La variable « bust », qui prend en compte la baisse des cours, est définie comme une variable muette prenant la valeur de 1, pour les pays dont la variable « boom » est différente de 0, et la valeur de 0 autrement. Ces deux variables sont multipliées à la variable rente pétrolière (Rentepetro) pour la prise en compte des effets de boom et de baisse des cours. Il en ressort une variable de boom (Boompetro) pour les effets de boom des prix, et une variable de « bust » (Bustpetro) pour les effets générés par la baisse des prix.

Tableau 4: Prise en compte des phases de boom et de baisse15




Ldetcapita




(1)

(2)










Rentepetro

1.091

2.822




(1.88)*

(3.10)***

Bustpetro

1.591







(2.17)**




Boompetro




-1.643







(2.21)**

Gdp

0.306

0.306




(1.97)**

(1.98)**

Ldurable

-0.052

-0.051




(1.91)*

(1.87)*

Conces

0.0003

0.0002




(0.11)

(0.08)

Terech

0.0001

0.0001




(2.00)**

(2.01)**

Ouver

0.009

0.009




(5.02)***

(4.98)***

Educ15

-0.051

-0.044




(0.92)

(0.81)

Observations

285

285

R-squared

0.92

0.92

les variables muettes temporelles et la constante sont inclues dans l’estimation. t robuste entre parenthèses : ***, **,* significatif respectivement à 1, 5, 10%.

Le tableau 4 fournit les résultats des régressions sur le cycle boom-baisse du pétrole. Le coefficient, associé à la variable de boom (Boompetro), est négatif et significatif. Ce résultat suggère que les flux financiers importants engendrés pendant la période de boom tendraient à atténuer le niveau de l’endettement. Cependant, le coefficient, associé à la variable rente pétrolière (Rentepetro), reste positif et significatif. L’effet net 1,2 (obtenu de l’addition des deux coefficients), est positif. Ce résultat implique que, même en période de boom des prix, les pays pétroliers s’endetteraient, en moyenne, plus que les autres pays en développement. Une explication en est que la hausse des prix du pétrole envoie un signal, de solvabilité des pays, aux créanciers. Les créanciers estiment que le pétrole constitue une bonne garantie ou un bon placement. Ils accordent donc des prêts aux pays pétroliers, renforçant de fait la tendance à l’endettement de ces pays.

Le coefficient, associé à la variable de baisse (Bustpetro), est positif et significatif. La baisse des cours du pétrole conduit à la réduction des revenus des Etats pétroliers : ce qui mène au financement par l’endettement. Dans cette estimation de baisse des cours, le coefficient, associé à la variable Rentepetro, reste positif et significatif. Au total, quelque soit l’évolution des cours du pétrole, les pays pétroliers présentent un niveau de dette plus élevé que les autres pays. Deux explications peuvent être dégagées de ce résultat. D’une part, le pétrole constitue un collateral, les pays pétroliers disposeraient donc de plus de prêts en usant du pétrole comme garantie de remboursement. D’autre part, les fluctuations des cours du pétrole mèneraient à une instabilité des revenus issus de l’exploitation de cette ressource dans le budget. Par conséquent les pays présenteraient des difficultés à asseoir un équilibre budgétaire. Ils seraient amenés à emprunter pour faire face aux dépenses engagées. Pour plus d’éléments de décisions sur ces différents points, nous procédons à une analyse séparée pays pétroliers, pays non pétroliers.

Analyse séparée pays pétroliers/pays non pétroliers

Les pays pétroliers apparaissent plus endettés que les pays non pétroliers. Il ressort que cette observation empirique proviendrait du rôle de collateral que joue le pétrole, ou découlerait des chocs exogènes sur les cours du pétrole. Des chocs qui conduisent à des difficultés de gestion budgétaire voire à une indiscipline budgétaire dans les pays pétroliers. Nous proposons de déterminer les différences dans les déterminants de l’endettement dans une analyse séparée pays pétroliers, pays non pétroliers.

Les estimations économétriques (confère Tableau 5), effectuées sur les deux échantillons, relèvent des différences sur les déterminants traditionnels du niveau de la dette dans les pays en développement. Des déterminants traditionnels du niveau de la dette, seul le coefficient associé à la variable ouverture (Ouver) apparaît significatif dans les deux groupes. Le reste des déterminants, donne lieu à des différences importantes. Il apparait que le PIB/tête, détermine le niveau de la dette dans les pays pétroliers, mais le coefficient associé à cette variable n’apparait pas significatif pour les pays en développement non pétroliers. Ce résultat peut refléter la différence de dimension des pays en termes de PIB. Ainsi, en moyenne sur l’ensemble de la période, le PIB/tête des pays pétroliers est de 2033 USD/tête et celui des non pétroliers 901 USD/tête. La différence est statistiquement significative. De manière apparente, étant donné le niveau du PIB/tête, les pays pétroliers recevraient plus de prêts que les pays non pétroliers.

A contrario le coefficient associé à la variation des termes de l’échange (Terech) apparait significatif dans le groupe pays non pétroliers, mais non significatif dans le groupe pays pétroliers. Quand on sait que les chocs sur les termes de l’échange compteraient pour la moitié de l’instabilité macroéconomique des pays en développement (Mendoza, 1995). Ce résultat suggère, simplement, que cette variation n’est pas la base des prêts internationaux dans les pays pétroliers. L’on peut, par conséquent, considérer que le fort niveau d’endettement, des pays pétroliers, est plus le fait de la perception « bonne garantie » de ces pays que d’autres choses. D’autant plus que l’introduction de la variable rente pétrolière dans la régression 3 (confère tableau 5) ne change pas les résultats. Mais, le coefficient associé à cette variable (Rentepetro) apparaît positif et significatif, suggérant que plus la richesse en pétrole s’accroit, plus le pays perçoit des prêts.

Tableau 5 : Analyse séparée




Ldetcapita




(1)

(2)

(3)













Rentepetro







1.842










(2.39)**

Terech

0.0003

0.0001

0.0001




(5.71)***

(0.73)

(0.95)

Gdp

0.111

0.386

0.401




(0.59)

(1.71)*

(1.79)*

Ldurable

-0.061

0.024

-0.024




(1.49)

(0.47)

(0.51)

Conces

-0.007

0.006

0.006




(1.92)*

(1.03)

(1.40)

Ouver

0.012

0.008

0.007




(3.55)***

(3.09)***

(3.12)***

Educ15

-0.106

0.015

-0.070




(1.02)

(0.16)

(0.76)

Observations

156

130

129

R-squared

0.91

0.91

0.93

les variables muettes temporelles et la constante sont inclues dans l’estimation. t robuste entre parenthèses : ***, **,* significatif respectivement à 1, 5, 10%.



La question de l’endogeneité

Plusieurs environnementalistes s’inquiètent sur le fait que certains pays en développement, dont le niveau d’endettement est jugé élevé, seraient amenés à surexploiter leurs ressources naturelles pour faire à leurs engagements d’emprunts (debt-resource-hypothesis). Ce qui reviendrait, dans le cadre de cette étude, à supposer que pour un niveau de dette donné les pays pétroliers seraient amenés à augmenter leur production de pétrole pour faire face à cette dette. Ce raisonnement, par ailleurs séduisant, apparaît être invraisemblable. En effet, dans la plupart des pays en développement pétroliers, l’exploitation pétrolière est effectuée par des multinationales ou d’autres compagnies étrangères, et celles-ci répondent à d’autres impératifs que le niveau de la dette de l’Etat. Certes des pays, par des codes miniers favorables, pourraient inciter ces compagnies à investir dans les activités d’exploration. Cependant, même dans ce cas la relation n’est pas étroite. D’abord, l’exploration n’est pas synonyme de production. Puis, les cas de diminution de la production pétrolière, observés dans certains pays en développement, sont souvent liés à la baisse des cours mondiaux et la disparition des opportunités de profit qui y est associée. Ces préoccupations des investisseurs sont, par conséquent, éloignées des problèmes d’endettement des pays concernés.

A titre d’illustration, le Cameroun, pays pétrolier, fait partie de l’initiative PPTE. Les études sur la baisse de la production pétrolière au Cameroun, notent que cette dernière est associée à l’arrêt de l’activité d’exploration, faisant suite à la baisse des cours mondiaux des années 1980 (Webb et Zia, 1989 ; ITIE, 2006). Il est donc apparu très difficile au Cameroun de surexploiter son pétrole pour réduire sa dette.

Cette analyse n’est pas infirmée par les résultats de Neumayer (2005). En effet sur un ensemble de ressources naturelles, dont le pétrole, l’auteur ne trouve pas de détermination empirique de l’endettement sur les variables proxy à la dépendance en ressources naturelles. Par ailleurs, pour robustesse dans toutes les estimations effectuées pour cette étude, nous avons considéré notre variable d’intérêt à chaque début de période d’observation.

Conclusion

L’essentiel de la littérature sur l’endettement des pays en développement, est consacré au défaut de remboursement de ces pays ou aux nombreux plans infructueux de restructuration de leur dette. Curieusement, l’on oublie de se demander pourquoi certains de ces pays accumulent plus de dettes que d’autres. Pourtant, la réponse à cette question mènerait à des plans de restructuration plus adaptés pour les pays concernés.

Cette étude a revisité les déterminants du niveau d’endettement dans les pays en développement. En adoptant le cadre d’analyse de Lane (2004), nous trouvons que la richesse en pétrole affecte positivement le niveau d’endettement des pays concernés. Ce résultat s’avère robuste à diverses analyses de sensibilité. Il suggère que les ressources pétrolières déterminent le niveau de la dette au fil du temps (dimension temporelle). En outre, ce résultat amène à conclure que les pays pétroliers sont les plus endettés à chaque période de l’estimation (dimension transversale).

Par ailleurs, il ressort de l’analyse que l’effet « collateral » du pétrole serait à l’origine du fort niveau d’endettement de ces pays. Seulement, le caractère « bonne garantie » de ces pays n’induit pas « une garantie » de défiance face au défaut de payement. Les défauts du Mexique, et de l’Argentine, le montrent. Le fait que le Nigeria, premier producteur africain de pétrole, milite activement pour une entrée dans l’initiative PPTE, est autant illustratif16. Il apparaît que les créanciers des pays pétroliers devraient s’appuyer sur d’autres critères, tels qu’une bonne gestion macroéconomique, qui détermineraient d’une meilleure façon le profil de remboursement de leurs prêts.

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