Concours Sciences sociales ens cachan 2014





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Concours Sciences sociales ENS Cachan 2014

ÉPREUVE éCRITE DE SOCIOLOGIE

Durée : 5 heures
Diane Bedoin, Vincent-Arnaud Chappe, Anne Jourdain, Sidonie Naulin, Diane Rodet, Gérôme Truc

Sujet : La compétition est-elle au cœur de la vie sociale ?

Nombre de candidats inscrits : 413

Nombre de candidats présents : 391

Note minimum : 02/20

Note maximum : 19/20

Moyenne : 10,04

Écart-type : 3,27
Le sujet proposé invitait à réfléchir sur la notion de compétition et sur la place de cette dernière dans la vie sociale. Fondé sur une thématique transversale à différents chapitres du programme (la compétition), ce sujet permettait aux candidats de mobiliser des exemples dans de nombreux domaines étudiés en sociologie : l’école, le travail, le sport, la politique, la consommation, l’économie, etc. Le jury attendait toutefois des candidats qu’ils aillent au-delà d’une simple confrontation, ou juxtaposition, entre ces exemples et se montrent capables de les articuler au sein d’une réflexion structurée répondant à la question posée.

Si cet espoir a parfois été déçu, c’est d’abord parce que les candidats oublient encore trop souvent l’importance capitale que revêt la définition des termes du sujet. Loin d’être une étape simplement rhétorique de l’introduction, il s’agit d’un moment essentiel de la réflexion, qui doit permettre de circonscrire l’objet dont on traite et de structurer son propos. Le jury regrette ainsi que la compétition n’ait que très rarement été distinguée de notions voisines (conflit, concurrence, lutte, etc.). Définir les traits principaux de la compétition (égalité formelle des participants, rareté de l’enjeu, distinction entre des gagnants et des perdants, incertitude sur le résultat, résultat fondé sur le mérite), par exemple en prenant appui sur une forme de compétition bien connue comme la compétition sportive, a en revanche pu fournir à certains candidats un support utile de réflexion pour examiner à quelles conditions de telles situations se rencontrent (historiquement, institutionnellement), en quoi la compétition présente des dimensions socialisatrices, quelles sont les limites de l’injonction à la compétition (par exemple l’absence d’égalité réelle des participants) et quels espaces sociaux y échappent (si la compétition n’est pas au cœur de la vie sociale, quel est le principe fondateur de cette dernière ?). Les différentes « échelles » de la compétition (interindividuelle, intra-groupes, inter-groupes) ont trop peu souvent été distinguées, conduisant parfois les candidats à changer d’échelle d’analyse (et donc d’objet) brusquement et sans justification au sein de leur copie.

L’absence d’une définition étayée de la compétition a de surcroît conduit certains candidats à réduire la compétition à la concurrence économique ou à la lutte des classes, ou à l’inverse, à voir de la compétition partout (entre membres du couple pour le partage des tâches ménagères, entre parents pour l’amour des enfants, entre enfants et parents pour des positions sociales, etc.). Différentes théories sociologiques classiques qui permettaient de penser la question de la place de la compétition dans la vie sociale, comme la théorie marxiste de la lutte des classes ou la théorie bourdieusienne des champs sociaux, semblent souvent connues de manière superficielle, quand les candidats pensent à les mobiliser. De même le potlatch décrit par M. Mauss a-t-il fait l’objet d’interprétations contradictoires (parfois au sein de la même copie).

L’expression « vie sociale », sur laquelle il était moins attendu que porte l’effort réflexif, a elle aussi donné lieu à des erreurs d’interprétation dues à un défaut de définition. Trop fréquemment, la vie sociale a été d’emblée assimilée à la solidarité, à la coopération et à la cohésion ; révélant une conception étonnamment angélique de la société. La compétition a alors été confondue avec la concurrence économique, et le sujet ainsi rabattu sur une opposition simpliste entre le social, d’où serait par définition exclue toute compétition, et l’économique, dont elle serait l’essence. Même si la sociologie économique ne figure pas en tant que telle au programme du concours, il est curieux de constater que le caractère social des activités économiques ne semble pas être assimilé par un grand nombre de candidats.
Ce manque de réflexion sur les termes du sujet a pour conséquence une très fréquente indigence des problématiques proposées par les candidats. Ceux-ci montrent trop rarement en quoi la question qu’ils énoncent constitue un réel problème sociologique (et/ou social). La problématisation est ce qui donne ensuite sa colonne vertébrale au propos. Elle permet de tenir une ligne démonstrative et d’éviter ce faisant de se disperser dans la récitation de parties de cours n’entretenant qu’un rapport lointain avec le sujet. Il importe par conséquent que les candidats y apportent un soin tout particulier, comme à l’ensemble de leur introduction qui doit, rappelons-le, restituer de façon à la fois intelligible et concise le cheminement intellectuel ayant conduit à cette problématique. Le jury regrette, cette année encore, que certains candidats tentent de l’impressionner par des formulations jargonnantes et des tournures alambiquées. Reformuler le sujet posé dans un langage abscons ne signifie pas qu’on l’a problématisé. Le jury attire aussi l’attention des candidats sur la nécessité d’annoncer le plan en fin d’introduction de manière aussi claire que possible. Il s’agit d’un repère essentiel pour les correcteurs.

De même, le jury ne devrait pas avoir à revenir sur le rôle que joue une conclusion dans une dissertation. Trop souvent, les candidats achèvent leur copie par quelques lignes rédigées à la hâte qui n’apportent rien, voire desservent le candidat en laissant le lecteur sur une mauvaise impression finale. Il importe, là aussi, de lui accorder le soin nécessaire, en s’attachant à y livrer une réponse claire et nuancée au sujet et à restituer le principe directeur de l’argumentation menée. Il est généralement apprécié que cette conclusion se termine par une ouverture revenant sur la portée du sujet et l’apport de la façon dont le candidat a choisi de le traiter.

En matière de pure forme, les correcteurs encouragent les candidats à ne pas négliger la présentation de leur dissertation : les sauts de lignes entre les parties et les paragraphes, les alinéas, etc. constituent autant de repères qui viennent renforcer la logique de l’enchaînement des arguments. Il est rappelé qu’une écriture illisible nuit indirectement à l’intelligibilité et à la compréhension du propos. Enfin, toujours en matière de forme, il est inutile de proposer un plan en trois parties si la troisième partie manque de contenu ou est nettement plus faible que les deux premières.
L’épreuve à laquelle sont soumis les candidats vise à mesurer leur capacité à analyser un sujet « en sociologue ». à cet égard, le jury déplore trois défauts qui se rencontrent dans un trop grand nombre de copies. Le premier consiste à confondre le niveau des discours et des représentations avec celui des pratiques. Ainsi, ce qui est présenté comme une compétition peut, en réalité, ne pas en être une au regard de certains critères (mais encore faut-il avoir clarifié quels sont les critères auxquels une compétition se reconnaît et se distingue d’un conflit, d’une lutte, etc.). Réciproquement, ce n’est pas parce qu’une compétition s’avère faussée ou illusoire qu’elle n’est pas une réalité, dans la mesure où elle structure les attentes des individus et détermine leur position dans un espace social donné.

Le deuxième défaut procède d’une confusion entre ce qui relève du descriptif (ce qui est) et ce qui est du domaine du normatif (ce qui doit être). Beaucoup trop de candidats passent sans précaution de l’un à l’autre, en s’appuyant généralement sur des jugements fonctionnalistes rapides, teintés de jugements de valeur : si la compétition existe, c’est qu’elle est nécessaire et bénéfique. Trop de candidats paraissent ainsi oublier que leur capacité à traiter un sujet en sociologue tient d’abord à la mise à distance de leurs prénotions sur ce sujet et la suspension de leurs jugements de valeur.

Le troisième défaut, enfin, relève d’une tendance souvent observée chez les candidats à aborder le sujet qui leur est proposé au travers d’un prisme strictement psychologisant. Ainsi la compétition a-t-elle pu se voir réduite à « l’esprit de compétition », les candidats oubliant alors de prendre en compte les institutions et les dispositifs de la compétition, c’est-à-dire sa face proprement sociale. Les bonnes copies, à l’inverse, ont souvent été celles qui, non contentes d’avoir identifié ces institutions et dispositifs, ont fait montre d’un souci louable de les mettre en perspective historiquement et/ou anthropologiquement, ce que l’on est aussi en droit d’attendre d’une analyse sociologique. Cela ne veut pas pour autant dire, ainsi qu’on a pu le lire sous la plume de certains candidats, qu’il y avait lieu d’opposer les sociétés modernes, capitalistes, régies par la compétition, et la société d’ancien régime, ou les sociétés de castes, d’où la compétition aurait été exclue.
Pour finir, le jury tient à s’arrêter, cette année encore, sur les références que mobilisent les candidats dans leurs copies. Il souhaite rappeler que des références philosophiques n’ont pas, en tant que telles, leur place dans une dissertation de sociologie, sauf à montrer en quoi celles-ci ont pu nourrir la réflexion de sociologues. En aucun cas la référence à des auteurs comme Platon, Kant ou Nietzsche ne saurait se substituer à la maîtrise d’une culture proprement sociologique. Et pour cette même raison, elle est assez mal venue en accroche et, plus encore, dans la problématisation du sujet. Quant aux auteurs susceptibles d’être présentés comme des « précurseurs d’une pensée sociale », tels Hobbes ou Rousseau, il convient d’avoir présent à l’esprit qu’ils ne sont pas, pour autant, des sociologues en tant que tels.

Les candidats doivent aussi faire preuve de leur capacité à ordonner et hiérarchiser leurs références. Ils ne peuvent mettre sur un même plan des références à un philosophe comme Hobbes, à un sociologue classique comme Durkheim, à des travaux universitaires plus récents – par exemple ceux de François Dubet et Marie Duru-Bellat sur la compétition scolaire – et à un essayiste tel Jacques Julliard. Si la référence à des auteurs contemporains (Boltanski et Thévenot, théoriciens du « care », mouvement anti-utilitariste, etc.) est évidemment appréciée – tant qu’elle n’est pas purement allusive –, on ne peut que recommander aux candidats de soigner leur maîtrise des « classiques » de la sociologie : ceux-ci constituent le socle d’une culture disciplinaire qui pourra s’étoffer par la suite, et donnent des cadres robustes à partir desquels commencer à développer une réflexion sociologique personnelle.
Le jury n’attend pas des candidats qu’ils sachent « tout », ni qu’ils aient « tout lu » sur le sujet proposé : il ne sert donc à rien de prétendre faire illusion. Le jury s’alarme ainsi, en dépit de ses mises en garde répétées d’année en année, d’une tendance récurrente au name dropping. Chercher à citer le plus de noms d’auteurs possibles et à faire étalage de ses connaissances, aussi superficielles puissent-elles être parfois, est une lourde erreur, à double titre. D’abord parce que, l’épreuve se déroulant en temps limitée, cette accumulation de références ne peut se faire qu’au détriment du développement de l’argumentation et de l’analyse approfondie des théories et exemples mobilisées. Or, le jury rappelle que la réflexion doit impérativement s’articuler autour d’arguments s’enchaînant logiquement et non autour d’une succession d’auteurs ou de théories, ces derniers ne devant servir que d’appui aux arguments avancés. Chaque référence ou exemple mobilisé doit donc être explicité et clairement relié à la problématique. De surcroît, plus les candidats cherchent à faire étalage de leurs connaissances, et plus ils multiplient les occasions de faire sentir la superficialité de ces dernières. On déplore ainsi, cette année encore, des erreurs d’attribution d’ouvrages (De la division du travail social attribué à Adam Smith, La logique de l’exclusion à Erving Goffman, Outsiders à Robert K. Merton, La fatigue d’être soi à François Dubet, etc.), voire des titres de livres purement et simplement inventés. De même est-il préférable d’orthographier correctement les noms des auteurs que l’on cite.

Les candidats doivent sans cesse garder à l’esprit que la qualité de leur réflexion doit primer sur la quantité des références mobilisées ; et que, pour cette raison aussi, les copies les plus longues ne sont que très exceptionnellement les meilleures. On ne saurait donc trop les inciter à ne pas raboter le temps consacré à réfléchir au brouillon pour s’empresser de se lancer dans la rédaction, tant cette étape doit précisément leur permettre d’opérer un tri indispensable dans leurs connaissances, les aider à structurer leur argumentation et à choisir avec lucidité les références les plus pertinentes pour l’étayer.

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