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Section 2 : Le monopole naturel



La non-décroissance des coûts moyens (la non-croissance des rendements) est une hypothèse essentielle pour la vérification du théorème de la main invisible. Lorsque cette hypothèse n'est pas vérifiée (lorsque les coûts sont décroissants), l'équilibre atteint par le marché n'est plus optimal.
On suppose pour commencer que la fonction de coût total pour un bien x :

- passe par l’origine (absence de coûts fixes);

- est de forme quadratique aussi longtemps que le coût marginal est positif. Au-delà du point correspondant à Cm = 0, on suppose que le coût marginal est identiquement nul.

La fonction de coût s’écrit donc :

Pour x>0 et inférieur ou égal à (valeur pour laquelle dC/dx=0),

C = -a.x² + b.x , avec a et b positifs,

dC/dx (coût marginal) = - 2.a.x + b et C/x (coût moyen) = - a.x + b

Pour x> b/2a,

C = b²/4a,

dC/dx (coût marginal) = 0 et C/x (coût moyen) = b²/(4.a.x)
Le coût moyen est donc bien décroissant. On suppose de plus que les courbes de coût moyen et marginal coupent respectivement les courbes de demande et de recette marginale par le dessous (cela garantit l’existence d’un équilibre de marché pour x>0). Si l’entreprise est en monopole de situation (avec barrières de fait à l’entrée), elle essayera de produire au point M sur la figure 2-3 (quantité xm et prix pm - pour un surplus du producteur égal à PmBHM). Mais ici, du fait de la décroissance des coûts moyens, ce point de profit maximum du monopole n’est pas un équilibre soutenable par les prix.

En effet, aussi longtemps qu’une ou plusieurs entreprises font des profits positifs et que les coûts d’entrée et de sortie sont nuls (marché contestable), une entreprise concurrente peut entrer et se placer en N, point de profit nul (où pn = coût moyen). A la différence du point M, le point N est un point d’équilibre soutenable par les prix : toute entreprise qui offre moins doit pratiquer un prix supérieur à pn pour ne pas faire de déficit et toute entreprise qui offre plus, pour bénéficier encore plus de la décroissance des coûts, doit pratiquer un prix inférieur au coût moyen pour écouler sa production (dans les deux cas ces entreprises seront éliminées du marché).

Au point d’équilibre N, il subsistera une seule entreprise sur le marché et celle-ci devra exploiter au maximum la décroissance des coûts compte tenu de sa contrainte d’équilibre budgétaire. On parle dans ce cas de « monopole naturel ». A la différence des cas précédents de monopoles, la présence à l’équilibre d’une seule entreprise sur le marché ne résulte pas de barrières exogènes (de coûts d’entrée excessifs) mais d’un processus endogène de sélection lié à la seule technique de production du bien.

Cependant, si le point N est un point équilibre, il ne correspond pas au maximum de surplus social. En N, point où le prix est égal au coût moyen, le surplus est de ABGN23. La maximisation du surplus social a lieu en effet au point au point où le coût marginal est égal au prix (point E sur la figure 2-3). Mais, comme les coûts sont décroissants, le coût moyen est toujours supérieur au coût marginal. Accepter un prix égal au coût marginal implique donc un déficit pour l’entreprise. D’un point de vue social, ce « surplus négatif », égal à BPeE, est plus que compensé par le gain de surplus des consommateurs, qui passe de APnN en N à ApeE en E. En produisant en N, le marché, parce qu’il oblige les entreprises à équilibrer leur budget, conduit à une perte sociale sèche de NGE (égale à la variation nette du surplus social quand on passe de N à E - variation positive de NFE pour les consommateurs moins la variation négative de GFE pour les producteurs).

Puisque produire en E implique une situation déficitaire, aucune entreprise privée ne peut produire à l’optimum sans intervention spécifique de l’Etat. On voit là encore la différence avec les situations de monopole étudiées précédemment. La cause de la sous-optimalité du monopole « naturel » n’a rien à voir avec la présence de barrières à l’entrée. Elle résulte seulement de l’existence de la contrainte d’équilibre budgétaire.

Très souvent, la décroissance des coûts moyens est liée à la présence de forts coûts fixes (secteurs impliquant des montants importants d’investissements préalables avant que la production puisse commencer - cas des transports ferroviaires ou aériens par exemple). Pour cette raison, on se limitera par la suite au cas simple d'une fonction de coût linéaire telle que :

C = 0 pour x = 0 et C = a.x + C0 pour x>0

Du fait des coûts fixes C0 :

- la fonction présente une discontinuité pour x = 0;

- les coûts moyens C/x = a + C0/x sont décroissants.


Situations 

Surplus



monopole de situation

Monopole naturel

optimum (concurrence parfaite)

Consommateurs

APmM

ABGN

APeE

Producteurs

PmBHM

0

- BPeE

surplus social

ABHM

ABGN

ABE






 M

A 


N



Pm


Pn

B 

H


G

Coût moyen


E

Pe



F


Coût marginal


Demande

(= recette moyenne)




xe

Recette marginale





xm




xn

O 

Figure 2-3 : Equilibre du monopole naturel et optimum social

On simplifiera encore l’analyse en supposant que la fonction de bien-être social est de forme quasi linéaire, soit U = F(x) + z, où z est le bien numéraire, de prix égal à 1 et censé représenter l’ensemble des autres biens. Les fonctions d’utilité quasi linéaires supposent que l’utilité marginale du numéraire est constante et que 1 de z (1 franc de numéraire) correspond à 1 d’utilité, ce qui signifie que U est une mesure monétaire de l’utilité.

F(x) représente alors la somme que la société est disposée à payer pour avoir une quantité donnée du bien x, avec F(0)=0 par hypothèse (cf. figure 2-4a par exemple) 24.

Le planificateur central, qui cherche à rendre maximale U = F(x) + z sous une contrainte générale de ressources y = a.x + C0 + z, produira à un prix égal au coût marginal, du moins si l'on décide de produire le bien x (si x>0). Soit :

L = F(x) + z +  (y-a.x-C0-z)

L/z = 1 -  = 0, d'où  = 1 ce résultat exprime simplement le fait que l'utilité est exprimée par hypothèse en termes monétaires, avec  = U/y = 1.

L/x = F/x - a. = 0, d'où F/x = a. La disposition marginale à payer (F/x) doit être égale à l’optimum au coût marginal a.




Figure 2-4 La production optimale en cas de monopole naturel

Supposons maintenant que le bien x soit vendu sur le marché au prix p. Le consommateur représentatif d’une société composée de n personnes cherche à maximiser U(x, z) sous la contrainte budgétaire y = p.x + z, soit :

L = F(x) + z + .(y-p.x - z), d’où F/x = p

Le marché ne peut donc conduire à l’optimum que si p = a, puisque c’est seulement dans ce cas que l’on aura F/x = p = a. Avec des biens à coûts croissants, la maximisation du profit en longue période par des entreprises price-taker sur un marché parfait implique effectivement cette égalité. En revanche, dans le cas d’un monopole naturel (où les coûts moyens sont, comme ici, décroissants), l'entreprise sera en perte :

 = p.x - C(x) = x.(p - C(x)/x) = 0.

Comme dC/dx = a est inférieur à C/x = a + C0/x,  < 0 lorsque le prix est fixé au coût marginal a ( = -C0).

Aucune entreprise privée ne pourra produire à l’optimum. Au mieux, on aura un équilibre de marché avec l'égalisation du prix et du coût moyen (et donc profit nul). L'action de l'Etat pour remédier à cette situation de sous-optimalité peut prendre deux formes :

- subventionner d'un montant C0 l'entreprise sous réserve qu'elle s'engage à vendre au coût marginal;

- nationaliser l'entreprise, produire au coût marginal et combler le déficit résultant par la fiscalité.
Avant de démarrer la production du bien en monopole naturel, il faut toutefois s’assurer que le surplus social obtenu à l’optimum de production est bien positif (qui peut être positif ou négatif) c'est-à-dire supérieur au « surplus » nul existant en cas de non-production (situation où l’on n’a pas à supporter les coûts fixes – F(0)-C(0)=0). Dans la figure 2-4a, le surplus social à l’optimum (c'est-à-dire quand dF(x)/dx = dC(x)/dx = a) est positif. Par conséquent, il est préférable de produire. Dans la figure 2-4b, le surplus social est toujours négatif, même à l’optimum (quand dF(x)/dx = dC(x)/dx = a). Il est donc préférable de ne pas produire (la situation F(0) - C(0) = 0 est supérieure).

Malheureusement, dans la pratique, on connaît rarement les courbes F(x) et C(x), du moins dans leur intégralité. Comment savoir alors s’il faut démarrer ou non la production? Un test simple, et peu coûteux en information, est de rechercher s’il existe un prix « praticable » permettant d’équilibre le budget, c'est-à-dire un prix qui garantit que la disposition à payer des consommateurs en échange des services fournis est bien au moins égale aux coûts de production. Graphiquement, cela permet de savoir si la courbe F(x) coupe ou non la courbe C(x) – et donc si F(x) est à un moment supérieure à C(x), même si ces courbes ne sont pas connues. On ne décide de produire - au point optimal – que si cette condition est satisfaite (ce qui est le cas dans la figure 2-4a mais non dans la figure 2-4b).
Il n’est pas nécessaire que les coûts soient décroissants pour qu’existe un monopole naturel. Il suffit que les coûts soient seulement « sous-additifs ». Cela signifie qu’il doit être moins coûteux de produire une quantité donnée dans une seule entreprise que dans plusieurs entreprises séparées : C(xi)<=  C(xi). Sur la figure 2-5, on a distingué trois zones : celle où les coûts moyens étaient décroissants (cas de monopole naturel « fort »), celle où les coûts moyens étaient croissants tout en demeurant sous-additifs (cas de monopole naturel « faible ») et celle où les coûts n’étaient plus sous-additifs. La courbe de coût moyen minimal présente des discontinuités. Jusqu’en x1, il vaut mieux produire avec une seule entreprise. Au delà de ce point, il est moins coûteux de construire une deuxième entreprise. Au delà de x2, il est plus intéressant d’en construire une troisième, etc.





Comme le montre la figure 2-5, la présence d’un monopole naturel fort, d’un monopole naturel faible, d’un duopole naturel, etc. dépend de la position de la courbe de demande D (D1 : monopole fort, D2 : monopole faible, D3 : duopole).

Dans un marché parfaitement contestable, le monopole faible, comme le monopole fort, se protégera de l’entrée de concurrents en produisant au point de profit nul pour lui (soit en W pour la courbe de demande D2). Cependant, cet équilibre n’est pas toujours soutenable par les prix. Pour qu’il le soit, il faut que les concurrents potentiels soient obligés de servir toute la demande qui se présente au prix qu’ils offrent. En d’autres termes, le refus de vente doit être interdit. Par exemple, un entrepreneur ne pourra pas fixer un prix pc’ et se contenter de produire la quantité xc (afin, dans ce cas précis, de minimiser ses pertes – puisque pc reste malgré tout inférieur au coût moyen). Il devra répondre à la totalité de la demande qui s’exprime à ce prix, soit xc’.

Si l’entreprise pouvait refuser de servir la totalité de la demande, elle pourrait vendre à un prix inférieur à pw, tout en conservant un budget au moins équilibré. Sur la figure 2-5, la portion de la courbe de coût moyen située à gauche de W et correspondant à un coût moyen inférieur ou égal à pw remplit ces conditions. On notera que ce problème du refus de vente ne se pose pas dans le cas des monopoles forts, c'est-à-dire aussi longtemps que la demande coupe la courbe de coût moyen dans sa partie décroissante.

Même si l’interdiction du refus de vente est respectée, le monopole naturel faible ne produira pas au point optimum. Sa production, à l’inverse de celle du monopole fort, sera supérieure à l’optimum (en xw, où pw = coût moyen et non en xe où pe = coût marginal). Il s’agit de l’un des rares cas où l’on peut véritablement parler de concurrence économiquement destructrice. En effet, les pressions des candidats pour entrer sur le marché obligent le monopole naturel faible à produire au-delà du coût marginal (sinon il fixerait spontanément son prix à ce niveau, qui correspond pour lui à un profit maximum).

L’existence d’un monopole naturel faible tend donc à justifier deux types d’interventions publiques : l’interdiction du refus de vente et la protection légale contre la concurrence.

Chapitre III : Interdépendances en agents, effets externes et biens publics.

Section 1 : Effets externes

Section 2 : Biens publics et biens sous tutelle
Section 1 : Effets externes

a)Définition


Les actions d'un individu ou d'une entreprise peuvent avoir des conséquences pour les autres agents sociaux. On dira que ces interdépendances sociales génèrent des effets externes, ou externalités, si les deux conditions suivantes sont remplies :

- 1) elles modifient directement la situation d’une ou plusieurs autres personnes ou entreprises, sans transiter ni par des changements de prix sur les marchés ni par des changements dans le budget de l’Etat25;

- 2) elles ne donnent lieu pas lieu à compensation entre les personnes ou entreprises concernées. Les auteurs des effets externes n’ont aucune obligation de verser des compensations, financières ou autres, pour les « coûts externes » qu’ils imposent aux autres individus (aux victimes). En sens inverse, ils ne peuvent réclamer aucune compensation pour les « avantages externes » qu’ils procurent aux autres.

Dans la mesure où aucune compensation ne peut être ni versée ni exigée, les responsables des effets externes n’en tiendront pas compte dans leurs choix d’allocation et d’échange de leurs ressources26. Par conséquent, les prix établis à l’équilibre de marché ne contiendront aucune information sur les effets externes et, pour cette raison, ne permettront pas d’atteindre un optimum parétien.

On peut distinguer les effets externes selon différents critères :

a) critère de l’origine : on parlera d’effets externes ou externalités de production s’ils ont pour origine l’action de producteurs et d’effets externes ou externalités de consommation si les responsables en sont des consommateurs ;

b) critère des conséquences : on parlera d’économie externe ou externalité positive pour désigner un effet externe qui a pour conséquence d’augmenter l’utilité de celui qui le « subit » et de déséconomie externe ou externalité négative ou nuisance ou pollution pour désigner un effet externe qui a les conséquences inverses.

c) critère de la nature de l’effet : certains types d’effets externes peuvent porter des noms spécifiques, souvent liés à leur appellation dans leur discipline d’origine. Ainsi un effet de débordement (ou spill over effect) désignera une externalité sont d’ordre spatial (quand, par exemple, les politiques mises en œuvre par une collectivité locale sont source de bénéfices ou de coûts pour les individus situés en dehors de son territoire de compétence).

Soit une économie à deux biens (x et z), deux consommateurs (consommant respectivement {x1,z1} et {x2,z2}) et deux producteurs (produisant respectivement des quantités X= x1 + x2 et Z = z1+ z2)

Soit U1 la fonction d’utilité de l’individu 1 telle que :

U1 = U1(x1, z1, x2, z2, X, Z), où xi et zi sont les consommations de x et z par l’individu i (i=1,2).

Il y a effet externe (de consommation) dès que l'une des dérivées partielles suivantes est non nulle : U1/x2, U1/z2, U1/X, U1/Z (dans le cas de l’individu 2, les dérivées partielles concernées seraient U2/x1, U2/z1, U2/X, U2/Z).

Si U1/x2 et U2/x1 sont simultanément non nulles, les effets externes sont dits réciproques.

Dans le cas des fonctions de transformation Fx(X,Z)=0 et Fz(X,Z)=0, on parle d’effet externe de production si soit Fx/Z soit Fz/X sont non nulles (et d’effet externe de production réciproque lorsque ces deux dérivées sont non nulles).

b) Effets externes et optimum


On étudie d’abord une économie de consommation pure, avec 2 biens et deux individus, dont les fonctions d’utilité sont : U1=U1(x1,z1,x2) et U2=U2(x2,z2), y1=px.x1+pz.z1 et y2=px.x2+pz.z2

Un optimum parétien peut être obtenu en maximisant U1 pour U2 donnée (U2=U2) sous la contrainte générale de ressources y1 + y2 = px.(x1+x2) + pz.(z1 +z2).

L= U1(x1,z1,x2) +  . [ y1 + y2 - px . (x1 + x2) - pz . (z1 + z2)] + ß . [U2(x2,z2) -U2]

L/x1=U1/x1 - .px = 0

L/z1=U1/z1 - .pz = 0

L/x2=U1/x2 - .px + ß.U2/x2=0

L/z2= - .pz + ß.U2/z2=0
soit (U1/x1)/(U1/z1) = px/pz

et (U2/x2)/(U2/z2) + (U1/x2)/(U1/z1)= px/pz

Dans le cas de l’individu 1, le rapport des prix doit être égal, comme dans le cas habituel, au TMS entre le bien x et le bien z. Dans le cas de l’individu 2, l’optimum implique d’internaliser l’effet externe que cet individu génère. Pour cela, il faut égaliser le rapport des prix au TMS social, c'est-à-dire à la somme du TMS privé (personnel) pour l’individu 2 entre les biens x et z et du TMS pour l’individu 1 entre l’effet externe lié à la consommation du bien x par 2 (x2) et la consommation de bien z (z1).

Sur un marché, les individus maximisent leur utilité sous leur contrainte de revenu, soit :

Max U1=U1(x1,z1,x2) sous y1=px.x1+pz.z1

et Max U2=U2(x2,z2) sous y2=px.x2+pz.z2

Les conditions de premier ordre de ces maximisations sous contrainte impliquent que chaque individu égalise son TMS privé entre les deux biens au rapport des prix, soit :

(U1/x1)/(U1/z1) = px/pz et (U2/x2)/(U2/z2) = px/pz

Le marché n’internalise pas les effets externes. Il ne peut donc conduire à un équilibre optimum. Dans l’exemple retenu, cela signifie que :

- 1) le consommateur 2 acceptera sur le marché, c'est-à-dire dans un échange non centralement coordonné, un TMS privé trop fort en cas d’effet externe positif - soit U1/x2>0 [trop faible en cas d’externalité négative - soit U1/x2<0] ;

- 2) la consommation relative du bien 1 par rapport au bien 2 sera trop faible en cas d’externalité positive [trop forte en cas d’externalité négative], dans la mesure où le TMS est une fonction décroissante des quantités relatives.
Pour simplifier, on supposera par la suite que le bien z est le numéraire, soit pz = 1 et px= p, et que les fonctions d’utilité sont quasi linéaires. Dans ce cas, Ui/zi = 1 par définition et les TMS correspondent aux utilités marginales en termes monétaires, ou dispositions marginales à payer. Dans le cas d’un effet externe positif [négatif], l’utilité marginale privée de l’individu qui en est responsable est inférieure [supérieure] à l’utilité marginale sociale, c'est-à-dire à la somme des dispositions marginales à payer de tous les individus concernés. Le marché conduit à l’égalisation de l’utilité marginale privée en termes monétaires et du prix tandis que l’optimum implique l’égalisation de l’utilité marginale sociale et du prix.

Par ailleurs, si une entreprise est responsable d’un effet externe positif [négatif] pour d’autres entreprises ou pour des consommateurs, son coût marginal privé sera supérieur [inférieur] au coût marginal social (coût tenant compte de l’ensemble des effets pour les autres membres de la société).

La figure 3-1 représente les différents cas possibles.










Figure 3-1 : Les différents types d’effets externes et leur correction
Le cas (a) correspond à un effet externe négatif. Le marché égalise Um privée = prix = Cm au point M, tandis que l’optimum implique d’égaliser Um sociale = prix = Cm. en E. Une taxe d’un montant unitaire p’e-pe permet de rétablir un équilibre en E : les consommateurs paient p’e, égal à leur utilité marginale privée. Ils demandent donc xe. En revanche, les producteurs ne produisent que xe car ils ne reçoivent que le prix pe.

On notera que la taxe précédente, appelée « taxe pigouvienne »27, n’a pas pour objectif de collecter des fonds pour l’Etat ni de dédommager les personnes victimes d’un effet externe négatif. Elle est uniquement incitative : son seul but, en dissociant le prix payé par les consommateurs et celui reçu par les producteurs, est de promouvoir un équilibre de marché tel que la quantité échangée soit la quantité optimale.

Le cas (b) est symétrique du précédent : l’effet externe est ici positif et une subvention d’un montant pe-pe’ permettra d’obtenir un équilibre de marché correspondant à l’optimum.

Le cas (c) correspond à un effet externe négatif provoqué par une entreprise (cas de pollution de l’environnement par exemple). Le coût marginal social est supérieur au coût marginal privé. En revanche, comme aucun effet externe n’existe dans le cas des consommateurs, il n’y a pas de différence en utilité marginale privée et utilité marginale sociale. L’optimum implique d’égaliser coût marginal social et utilité marginale, tandis que le marché égalise coût marginal social, prix et utilité marginale. Un impôt, d’un montant unitaire pe’-pe, permet là encore de retrouver l’optimum.

Le cas (d) est symétrique du cas (c) et requiert une subvention d’un montant unitaire pe-pe’.

c)Problèmes pratiques de la correction des effets externes


La prise en compte des effets externes implique de limiter la liberté individuelle au nom de la liberté des autres membres de la société. Une définition trop large des effets externes conduirait rapidement à des restrictions considérables sur les possibilités d’action des individus. En pratique, il faut surtout tenir compte des effets externes qui ont des bases « objectives ». En effet, même s’il est indiscutable que les attitudes ou les idées exprimées par certaines personnes peuvent créer de réels préjudices subjectifs à d’autres, il est difficile d’en tenir compte sans entrer en contradiction avec d’autres valeurs sociales communément admises, comme la liberté de penser ou la tolérance.

Il est parfois techniquement impossible de déterminer qui est responsable d’un effet externe et donc de savoir qui doit payer en cas de déséconomies externes ou qui doit bénéficier de transferts en cas d’économies externes. Supposons par exemple que la pollution d’une rivière apparaisse au-delà d’un certain seuil de rejet des déchets et que ce seuil est dépassé par suite de l’implantation d’une nouvelle usine. Quelle est la responsabilité des différentes usines dans l’apparition de la pollution ? La nouvelle usine doit-elle supporter en totalité une fiscalité de type Pigou (cf. ci-dessus), même si sa production est égale au dixième de la production des entreprises qui étaient auparavant implantée au bord de la rivière ?

La prise en compte des effets externes est coûteuse (coûts d’information et coûts d’intervention). Il est donc rationnel de ne s’occuper que des effets externes tels que l’avantage espéré de leur correction soit supérieur au coût de cette correction, c'est-à-dire en général des effets externes intenses, localisés et pour lesquels les responsabilités peuvent être clairement établies.

d) Effets externes internalisés par négociation spontanée


La présence d’effets externes est indiscutablement une source de sous-optimalité du marché. Toutefois, cela ne signifie pas que seule une action correctrice de l'Etat est en mesure d’y porter remède. On peut en effet montrer que les personnes concernées par un effet externe peuvent parfaitement aboutir par négociation à une situation optimale, mais à deux conditions : que la structure des droits de propriété soit complètement définie et que les coûts de transaction entre les individus soient négligeables. La figure 2-7 permet de démontrer graphiquement cette proposition, appelée « théorème de Coase » (du nom de l’économiste Ronald Coase), dans un cadre simplifié.



Une entreprise pollue l’environnement, avec un coût social marginal croissant pour la collectivité. Parallèlement, la dépollution entraîne des dépenses marginales d’autant plus élevées que l’on s’éloigne du point P° de pollution « naturelle » (c'est-à-dire sans système de dépollution) et que l’on se rapproche du point de pollution zéro.

Si les droits sur l’air appartiennent aux entreprises, le point de départ est P° et l’on se déplace vers la droite. La population va proposer de payer les coûts de dépollution à l’entreprise jusqu’au point E, point au-delà duquel le coût marginal social de la pollution devient inférieur au coût marginal de la dépollution. Si les droits sur l’air appartiennent à la population, le point de départ est une pollution P=0 et l’on se déplace vers la gauche. Jusqu’au point E, les entreprises préféreront dédommager la population pour la pollution qu’elle subit car le coût marginal de la dépollution est plus élevé. Mais au-delà du point E, les entreprises préféreront payer les coûts de la dépollution plutôt que de dédommager la population car cela impliquerait pour elles un coût supérieur. Dans tous les cas, que les droits de propriété sont attribués aux entreprises ou à la population environnante, on aboutit au point E. Or, en ce point, le coût marginal de la dépollution est égal au coût marginal de la pollution, ce qui correspond exactement aux conditions de correction optimale de l’effet externe.

Dans la réalité, les droits de propriété ne pas sont toujours totalement définis et les coûts de transaction et de négociation ne sont jamais nuls, surtout si le nombre de personnes concernées par les effets externes est élevé. Par conséquent, de nombreux effets externes ne peuvent pas être parfaitement corrigés par une procédure de négociation spontanée, et c’est là une limite importante du théorème de Coase,.
e) Effets externes « pécuniaires »
Il existe enfin des « externalités » dites « pécuniaires » qui ne provoquent aucune sous-optimalité, si bien que de nombreux auteurs leur dénient le nom même d’externalité. Il y a externalité « pécuniaire » lorsque l’action de A (consommateur ou producteur) agit sur le niveau d’utilité ou de profit de B (selon que B est consommateur ou producteur) mais uniquement au travers de modifications des prix de marché. Par exemple, une baisse exogène de la demande des consommateurs (déplacement de la courbe de demande de DD’ en D1D1’ sur la figure 3-3) réduira les profits des entreprises qui produisent ce bien (de PSE à PSE1). Elle obligera aussi certaines d’entre elles à réduire sinon à cesser leur activité (par suite de la réduction de la production d’équilibre de x en x1).

Quel que soit le jugement positif ou négatif que l’on porte sur les effets redistributifs de cette interdépendance (les profits et l’emploi dans le secteur concerné diminueront du fait de la modification des préférences des consommateurs), elle sera totalement prise en compte du point de vue allocatif. Il n’y a pas de perte sociale sèche - pas de sous-optimalité. Sur la figure, le nouveau surplus social - D1SE1 - est maximum compte tenu du déplacement qui s’est produit dans la courbe de demande. Le contenu d’information des prix relatifs observés permet toujours une allocation optimale des ressources (même si la distribution de ces ressources s’est modifiée).

On aurait pu faire un raisonnement analogue en cas de déplacement de la courbe d’offre, par suite d’une innovation technique par exemple ou de découverte de nouveaux gisements (dans le cas de matières premières).



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