Bibliographie à la fin de chaque chapitre





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Auteur de la fiche lecture : Corine Mailhos

Etablissement : Lycée J.B. Poquelin, St Germain-en-Laye

Académie : Versailles

Relecteur(s) : J.J. Bénaïem

Mots-clés : stratégie, système humain, architecture organisationnelle


Date de publication sur le site :

Date de révision : -



STRATEGIE ET ESPRIT DE FINESSE
L’apport des sciences économiques et sociales au management stratégique



Guy CHASSANG, Michel MOULLET, Roland REITTER

Ed. Economica

Collection Gestion, série Politique générale, Finance et Marketing

2002

226 pages

Bibliographie à la fin de chaque chapitre

 
INTERET DE L’OUVRAGE
Deux des auteurs de cet ouvrage font partie de l’équipe de conseil en stratégie du cabinet Accenture, l’un étant également docteur en Sociologie des organisations. Leur objectif est de montrer que face à la difficulté de définir et de faire vivre une stratégie, le dirigeant doit non seulement appréhender la dynamique des marchés mais également comprendre en profondeur le fonctionnement de son organisation, c’est-à-dire du système humain. Pour ce faire, en s’appuyant sur de nombreux cas, les auteurs ont fait appel à la fois à la pensée stratégique classique mais aussi à différents outils des sciences économiques et sociales. Cet ouvrage illustre donc le lien existant entre le management des organisations d’une part, l’information, la communication et la gestion des ressources humaines d’autre part.

CONCEPTS ET IDEES CLES

 

ë Composition de l’ouvrage

Introduction

Chapitre 1 : Comment le management stratégique peut s’enliser dans la complexité et engendrer un malaise

Chapitre 2 : Le « prêt-à-porter » du management stratégique et ses limites

Chapitre 3 : Bêta-Plus, un cas de management stratégique dans la douleur – ou pourquoi le prêt-à-porter ne suffit pas

Chapitre 4 : Perspectives nouvelles venant de l’économie : théorie des coûts de transaction et théorie de la ressource

Chapitre 5 : Quelques apports récents des sciences économiques et sociales à la compréhension de l’action collective

Chapitre 6 : L’entreprise, portefeuille de capacités stratégiques

Chapitre 7 : La fabrique de l’avantage concurrentiel au concret

Chapitre 8 : Comprendre l’exercice du pouvoir : dirigeants et comités de direction

Epilogue

Annexe


 

ë Idées principales

 

 Introduction

En introduction, les auteurs commencent par définir le management stratégique (ensemble des décisions et actions visant à créer un avantage concurrentiel durable), avant d’en rappeler la complexité au quotidien en passant en revue quelques uns de ses dilemmes (faire ou faire faire, se distinguer ou s’adapter…). Compte tenu de cette complexité, leur volonté à travers cet ouvrage sera de montrer en quoi les sciences sociales aident à comprendre la complexité et à trouver des marges de manœuvre, des solutions novatrices. Ceci en se basant sur trois idées fondamentales que les auteurs des différentes disciplines sociales ont appelé la perspective systémique (l’entreprise est un système humain ouvert sur l’extérieur, composé d’acteurs en interrelation entre eux et avec des tiers, dans un contexte structuré par des règles, des procédures, des dispositifs et finalisé par des stratégies), le principe de contingence (chaque entreprise est spécifique du fait de son histoire) et l’individualisme méthodologique (pour comprendre le fonctionnement d’un groupe social, il faut partir des raisons que les individus de ce groupe ont d’agir comme ils le font en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent).


  1. Comment le management stratégique peut s’enliser dans la complexité et engendrer un malaise

A travers ce premier chapitre les auteurs montrent, à partir d’exemples, combien la pratique du management stratégique est aujourd’hui difficile. Ils soulignent la difficulté de passer de l’intention stratégique à l’action au sein d’entreprises plus complexes parce que plus étendues, plus marquées par le court terme, plus réactives, plus dures, et moins humaines. Dans ce contexte, comment articuler le positionnement sur les marchés, l’architecture des dispositifs organisationnels (structure, processus, systèmes de gestion) et le fonctionnement concret sur le terrain, qui dépend de l’action humaine ? Dans la réalité, l’articulation stratégique entre la sphère dirigeante et le terrain se passe souvent mal, car l’efficacité du management stratégique ne dépend pas seulement des choix de stratégie et de structure effectués au sommet, elle passe également par l’engagement des managers de terrain et leur collaboration. Or les auteurs montrent à travers plusieurs exemples que ceux-ci sont souvent confrontés à des situations ambiguës ou contradictoires (« faire toujours plus avec toujours moins »), ce qui les amène à des compromis plus ou moins bons et souvent sans que leur hiérarchie en ait connaissance.


  1. Le « prêt-à-porter » du management stratégique et ses limites

Ce deuxième chapitre fait l’inventaire des concepts et outils couramment utilisés en matière de positionnement stratégique, d’architecture organisationnelle et de tentatives d’influencer directement le fonctionnement de l’entreprise. Le modèle SWOT (, , forces/faiblesses et opportunités/menaces), l’analyse de secteur et la chaîne de valeur, les stratégies génériques de Porter, la segmentation stratégique, la réflexion sur le choix d’une démarche stratégique sont rapidement passés en revue. Les réflexions sur le lien entre structure et stratégie (travaux de Lawrence et Lorsch, ainsi que de Mintzberg) mettent en avant l’idée de contingence structurelle. Sur le thème de la culture, qui a certes permis de mettre en avant la dimension humaine de l’action stratégique, les auteurs s’élèvent contre l’approche managériale classique qui s’appuie sur l’idée de copier les meilleures pratiques en niant la spécificité de chaque entreprise. Concernant le leadership, les auteurs expliquent qu’il existe des bibliothèques entières consacrées à ce thème (aussi bien dans le genre gourou que dans le genre académique), mais très peu d’idées utiles pour un dirigeant. Enfin ce chapitre se termine par l’analyse d’un outil transversal le benchmarking, qui consiste à comparer la performance d’une entreprise et les moyens de cette performance à celle de ses concurrents : la gestion en flux tendus, la qualité totale, le ré-engineering, puis les systèmes d’information intégrés sont ainsi devenus à tour de rôle la condition du succès. Mais si le benchmarking reste un passage obligé, il ne peut se substituer à une stratégie, d’autant plus qu’il ne faut jamais oublier qu’une même méthode, appliquée dans deux entreprises, ne donnera pas le même résultat…


  1. Bêta-Plus, un cas de management stratégique dans la douleur – ou pourquoi le prêt-à-porter ne suffit pas

A travers l’exemple de l’entreprise Bêta-Plus, les auteurs montrent comment et pourquoi une utilisation trop exclusive du « prêt à porter » en management stratégique donne des résultats décevants dans un univers complexe et sous pression. Les techniques courantes permettent de répondre à certaines questions (quelle stratégie ? donc quelle structure ? donc quelle culture ?), mais en faisant abstraction du fait que toute décision stratégique est construite par une entreprise singulière et complexe. Selon les auteurs, si une partie des outils en matière d’architecture organisationnelle est tout à fait utile, la vulgarisation en matière de culture, de dynamique des systèmes humains et de leadership est très insuffisante. Une place importante doit être donnée à l’étude du fonctionnement du système humain.


  1. Perspectives nouvelles venant de l’économie : théorie des coûts de transaction et théorie de la ressource

Ce quatrième chapitre examine les développements théoriques récents des sciences économiques (l’école des transactions et contrats et celle dite des ressources et compétences), leurs apports et leurs limites. En résumé, l’école des transactions montre que plus les actifs nécessaires sont spécifiques, plus les transactions sont risquées, et plus on se protège en faisant soi-même ou en créant des relations contractuelles durables. La théorie de la ressource postule à la fois la nécessité pour une entreprise de trouver des ressources (capitaux, technologies, hommes, savoir-faire…), de les allouer, les entretenir, les vendre, mais aussi de savoir maîtriser l’utilisation combinée de ressources internes et externes à des fins stratégiques (notion de compétence). Pour qu’une compétence participe à la création d’un avantage concurrentiel durable (compétence clé), il faut qu’elle soit rare, qu’elle ne puisse pas être imitée ou achetée, qu’elle ne risque pas de s’étioler et qu’elle ne coûte pas trop cher par rapport à la rente attendue. Cette théorie débouche sur le thème central du savoir et de l’apprentissage… et du désapprentissage (la nécessité de faire évoluer le portefeuille de compétences conduit à penser qu’il importe de d’apprendre à désapprendre pour pouvoir faire place nette aux compétences nouvelles). Une fonction nouvelle est apparue, celle du Knowledge Manager, qui a pour rôle d’assurer la circulation de l’information et du savoir entre les individus et les groupes. Mais d’après les auteurs, il ne suffit pas de comprendre l’intérêt stratégique d’une compétence, ni même d’être capable d’évaluer cet intérêt, il s’agit aussi de comprendre sur quoi elle repose, ce qui la constitue, ce qui lui permet de se développer et de se perpétuer ou ce qui en menace l’existence. Une perspective plus large est donc nécessaire : tout diagnostic stratégique impose de comprendre pourquoi une entreprise produit des compétences collectives ou n’y parvient pas. Les chapitres suivants proposent des éléments de réponse théoriques tirés des sciences sociales.


  1. Quelques apports récents des sciences économiques et sociales à la compréhension de l’action collective

Ces apports sont basés sur l’idée fondatrice de rationalité limitée, base d’un modèle simple de l’homme. Même si l’on se veut rationnel et optimisateur, on ne peut l’être totalement. En outre, l’homme est capable d’imaginer les situations à venir et de les anticiper, en s’appuyant notamment sur son expérience du passé, il dispose d’une capacité de compromis, qui peut aller de pair avec une propension à l’opportunisme. Enfin, il ne faut pas oublier que les différents acteurs sont insérés dans des cultures, avec des passions et des représentations de soi. Une fois ce modèle de l’homme posé, les auteurs présentent quatre écoles qui ont travaillé sur des questions fondamentales pour notre propos.

1 – la notion de gouvernance et d’entreprise conçue comme un nœud de contrats  : l’idée est de comprendre comment fonctionnent les contrats explicites ou tacites à l’intérieur de la firme (entre les agents et la firme) ou ce qu’on appelle les relations de gouvernance (entre les dirigeants et les actionnaires). Concernant ce deuxième point, une recherche récente (Mayer et Whittington) montre que si les modèles nationaux de gouvernance restent stables et spécifiques à chaque pays, les choix stratégiques et culturels convergent lentement vers le modèle américain (diversification limitée à des activités proches, structure divisionnelle). Concernant le premier point (l’entreprise vue comme un nœud de contrats), l’objectif est de déboucher sur un modèle de l’entreprise visant à réduire les coûts d’agence et à améliorer la coopération par l’élaboration d’une architecture organisationnelle. Une organisation sera stratégiquement performante si elle est capable de mettre en place une architecture organisationnelle (allocation des droits de décision et création de mécanismes d’incitation et de contrôle) qui permet de faire converger les intérêts des différentes parties.

2 – le problème de la coopération dans l’action collective. Il faut tout d’abord remarquer qu’il ne suffit pas que les intérêts individuels convergent pour que l’intérêt collectif prime (cas du dilemme du prisonnier). L’intérêt de la partie et l’intérêt du tout ne convergent qu’à la suite d’un processus social qui sera tout à la fois un rapport de forces (avec négociations, conflits…), un travail intra-psychique (que suis-je ici, que puis-je attendre de l’organisation…) et un processus culturel (création, aménagement ou destruction de normes collectives, mythes…). L’analyse sociologique des organisations (M. Crozier et E. Friedberg) permet d’aller plus loin. Dans une entreprise, un acteur rationnel (au sens de la rationalité limitée définie ci-dessus) aura toujours une stratégie politique, c’est-à-dire qu’il sera capable, ayant évalué le contexte et le rapport de force de choisir ses priorités, ses modes d’action, ses discours justificatifs, ce qu’il est prêt à céder et ce pour quoi il s’engagera jusqu’au bout. Si chaque acteur ou chaque groupe d’acteurs a sa stratégie, les interactions seront marquées par la rencontre de ces stratégies. L’action collective se construit de manière dynamique dans ces interactions, elle est le résultat d’un processus politique, c’est-à-dire de la recherche d’une solution permettant à chacun d’agir au mieux de ses intérêts. L’analyse sociologique d’une organisation peut être synthétisée dans une grille reprenant en colonne les différents acteurs (ou plus généralement groupes d’acteurs), leurs objectifs spécifiques, leurs atouts, leurs contraintes et leur stratégie qui en découle. Une autre approche par la théorie des jeux (Brandenburger et Nalebuf avec le concept de coopétition) complète cette analyse (elle propose de rechercher qui sont les acteurs, quelles sont les cartes en leur possession, quelles sont les tactiques possibles, dans une vision dynamique). Elle a imposé l’idée qu’un concurrent pouvait toujours devenir un partenaire ou un « coopétiteur », (cas où deux produits se complètent l’un l’autre).

3 – l’engagement ou au contraire la distanciation de l’individu par rapport à l’organisation (idée de contrat psychologique). L’idée de contrat psychologique repose sur le postulat que l’on ne change pas son identité profonde en changeant de cadre. La représentation que l’on a de soi-même se retrouve en jeu dès que l’on entre dans l’organisation. Dans le même temps, une organisation exerce sur ses membres un contrôle social auquel ils se soumettent s’ils la perçoivent comme légitime. Le contrat psychologique qui s’établit entre l’individu et l’entreprise est implicite. Ce qui compte pour l’intervenant, c’est de comprendre la dynamique de ces contrats – comprendre ce qui se passe dans le temps, comprendre comment un changement de stratégie ou un changement de dispositifs organisationnels modifient la donne. Il faut se figurer une sorte de marché, où se rencontrent des organisations faisant des offres très différentes les unes des autres (sécurité, gloire, affection, carrière…) et des individus à la recherche d’une formule correspondant à leurs besoins psychiques qui sont très divers (goût du risque ou aspiration à la sécurité, désir de dominer, besoin d’aider…). Quand l’organisation évolue, il y a renégociation implicite des contrats psychologiques, qui peut être douloureuse.

4 – la notion de culture interprétée comme système symbolique. Un système à finalité très volontariste comme l’est l’entreprise est conduit à engendrer des ensembles symboliques capables de traiter les contradictions et les conflits entraînés par cette finalité. Une partie des systèmes symboliques facilitera le processus d’idéalisation ou de mythification d’une abstraction présentée comme transcendante (le service public, le marché…), une autre partie mettra en lumière la nécessité d’apaiser la vie collective (affirmation de la transparence de la décision publique, rites de participation, mise en avant des possibilités d’arbitrage, affirmation du caractère de grande famille de la collectivité). Tout système symbolique à la fois exprime un sens et contribue à souder une communauté. Etre membre d’un système social, c’est connaître cet univers symbolique auquel on est associé et dans tout système social, la dimension symbolique joue un rôle capital dans les modes d’identification des acteurs. Il faut noter qu’un système social ne se façonne pas par décret, il évolue constamment, selon un processus qui est construit par le corps social et non planifié d’en haut. Mais il ne suffit pas de parler le même langage et de suivre les mêmes rites pour agir efficacement ensemble.


  1. L’entreprise, portefeuille de capacités stratégiques

Comment l’entreprise peut-elle choisir et expliciter les capacités sur lesquelles elle pourra asseoir un avantage concurrentiel ? Comment peut-elle définir et ordonnancer les actions qui développeront et renforceront ces capacités ? Le chapitre 6 propose une démarche permettant de répondre à ces deux questions, le chapitre 7 illustrant cette démarche sur un cas réel. Rappelons que la théorie de la ressource stipule que la solidité d’une position, un avantage durable sur les concurrents reposent sur une combinaison unique de ressources et de compétences ou capacités stratégiques (définies comme des aptitudes collectives particulières contribuant directement à l’avantage de position de l’entreprise, cela peut être par exemple sa capacité d’innovation en matière de produit). Pour identifier et expliciter a priori les capacités stratégiques requises par une organisation, les auteurs proposent une démarche en deux étapes. Il s’agit de partir d’abord du positionnement visé par l’entreprise et des caractéristiques de son offre, ce qui permet d’élaborer une première esquisse des capacités stratégiques requises (cela correspond finalement à l’approche classique du management stratégique : à partir de la stratégie générique visée – par exemple stratégie de différenciation – il s’agit de définir par le raisonnement les capacités stratégiques requises). Deuxième étape : l’éclairage des capacités stratégiques par la réalité interne et les incertitudes pertinentes. Si l’on garde à l’esprit qu’une capacité collective mobilise un périmètre large et diffus d’acteurs dont la rationalité est limitée, dont les intérêts divergent voire s’opposent et qui ont des enjeux de pouvoir, on voit d’emblée que les niveaux d’engagement et de coopération de ces acteurs joueront un grand rôle dans la capacité collective et dans l’obtention des résultats attendus. L’analyse sociologique des organisations va apporter une aide précieuse pour répondre à la question suivante : quels acteurs, compte tenu des décisions qu’ils prennent, des actions qu’ils conduisent, de leur pouvoir, influent ou sont impliqués dans telle ou telle capacité collective ? Pour aider les managers, les auteurs leur proposent de passer en revue les capacités sociales nécessaires au développement des capacités stratégiques (selon les entreprises étudiées, selon le contexte global, l’accent devra être mis sur le développement d’une ou plusieurs de ces capacités sociales) :

  • l’engagement et la coopération : développer ou faire évoluer une activité, c’est aménager ou réaménager un espace de transactions. Cela suppose un niveau minimum d’engagement des personnes et de coopération entre elles, ce qui implique à la fois intérêt et risque mais aussi un minimum de règles du jeu et de confiance entre les parties.

  • la connaissance et la compréhension de l’environnement concurrentiel et du fonctionnement réel de l’organisation : le niveau d’écoute, la remontée et la consolidation de l’information puis son traitement (à travers par exemple la grille de l’analyse sociologique des organisations) sont des points cruciaux. L’objectif est d’obtenir des analyses qui ont un sens pour l’entreprise et qui permettent de fonder des décisions et des plans d’action.

  • le passage à l’action : celui-ci n’est pas simple, en particulier lorsqu’il s’agit de lancer des évolutions ou des changements importants. Il convient de percevoir les éventuels blocages qui peuvent être liés à une défaillance des systèmes humains, des systèmes organisationnels voire des dirigeants.

  • la mise en scène : c’est à la fois de la communication, mais aussi la promotion des valeurs, des mythes, des symboles et des normes qui suscitent l’adhésion.

Une fois les capacités stratégiques identifiées, il s’agit de les développer : cela signifie configurer une action collective au service de l’offre de l’entreprise, c’est-à-dire, en agissant sur les dispositifs organisationnels, mettre les acteurs concernés dans un contexte où il devient rationnel pour eux de s’engager et de coopérer dans la poursuite des objectifs stratégiques de l’entreprise. Les dispositifs organisationnels comprennent les éléments suivants : les structures (découpage des activités, définition des missions et des rôles), les mécanismes de coordination et d’intégration des activités, les systèmes de mesure de la performance, les systèmes d’incitation et de gratification, les systèmes d’information. Les auteurs terminent en notant que les structures matricielles deviennent la norme, ce qui entraîne des difficultés nouvelles pour le manager dans la coordination des acteurs concernés. C’est là qu’il est utile de raisonner en termes de capacité afin d’articuler de façon équilibrée les trois éléments de la réponse – la stratégie, le système humain, les dispositifs organisationnels – plutôt que de céder à la tentation de sauter de la stratégie à la structure en pensant que l’humain suivra.


  1. La fabrique de l’avantage concurrentiel au concret

Les auteurs détaillent le processus expliqué dans le chapitre précédent à travers l’étude d’un cas concret. Ils se focalisent sur trois moments cruciaux : l’articulation entre la stratégie et la configuration de l’action collective par l’identification et l’explicitation du portefeuille de capacités stratégiques, l’engagement des équipes dans le renouvellement de leurs pratiques et dans une dynamique d’expérimentation et d’apprentissage, l’architecture des différentes composantes des capacités stratégiques requises et l’ordonnancement des actions visant à développer ces compétences. Après une présentation générale du cas, les auteurs montrent comment faire un diagnostic des stratégies d’acteurs, à partir d’entretiens approfondis et d’une grille d’analyse sociologique des organisations. La théorie des coûts de transaction apporte alors un éclairage complémentaire sur les contradictions que doit gérer l’entreprise et sur les actions à engager. Ce double éclairage stratégie/diagnostic du système humain permet à ce moment d’enrichir la définition du portefeuille des capacités de l’entreprise, capacités stratégiques, mais aussi capacités sociales qui sous-tendent les premières. Il s’agit alors, pour passer de l’analyse à l’action, d’enclencher une boucle de confiance à travers l’écoute et la communication, puis de développer les capacités à travers le travail sur les groupes élémentaires et sur la redéfinition des règles du jeu (aménager de nouveaux contrats psychologiques entre les salariés et l’entreprise, négocier, passer les points de blocage, développer progressivement les processus efficaces…). Enfin, les auteurs montrent l’importance du leadership dans le pilotage de la transformation, une approche entrepreneuriale (le travail est porté par les individus) devant progressivement laisser la place à une approche managériale (qui repose sur les méthodes ; si le salariés utilisent les bonnes méthodes, alors les nouvelles façons de travailler se mettront en place). Plusieurs principes sont rappelés : toute stratégie de développement ou d’adaptation doit être considérée comme un processus d’apprentissage, , ce qui nécessite un dispositif d’information, de mesure, de contrôle et d’évaluation. Enfin les auteurs concluent ce chapitre en rappelant que cette démarche est systémique et toujours contingente.


  1. Comprendre l’exercice du pouvoir : dirigeants et comités de direction

Sans chef capable de porter une stratégie, la meilleure analyse n’a que peu de chances de se concrétiser sur le terrain. Dans la tradition de Max Weber, les auteurs considèrent le travail du dirigeant comme un effort quotidien d’agrégation et de consolidation de diverses légitimités, en particulier de la légitimité formelle issue de la règle et de sa légitimité personnelle. Il doit à la fois avoir une approche cognitive (comprendre les problèmes clés liés à son rôle de dirigeant), introspective (définir sa conception personnelle de son rôle) et communicationnelle (se mettre en scène). Dans une organisation, tout leader est face à trois problématiques majeures : son rapport à la tâche stratégique (diriger, c’est choisir), son rapport au système social (diriger, c’est aussi conduire une action collective) et enfin son rapport au pouvoir (diriger, c’est maîtriser suffisamment de ressources pour assurer une certaine stabilité aux relations de pouvoir). Pour mieux comprendre les compétences sous-jacentes à ces différentes approches et problématiques, les auteurs font appel à la psychologie du moi, en dégageant 5 grandes fonctions adaptatrices du moi : la maîtrise des fonctions cognitives (l’objectivité, le recul, la logique…), la transformation des savoirs en décision (la concentration mentale, l’empathie, la capacité de s’engager, de prendre position, de s’exposer), la tolérance à l’ambiguïté et aux contradictions (capacité de tolérer les dissonances cognitives, capacité de prendre en compte la complexité du réel, de ne pas se jeter impulsivement dans l’action), le travail sur le temps (capacité d’utiliser son expérience passée sans en être prisonnier, capacité de mettre le temps entre parenthèses…) et enfin la canalisation des pulsions (la sublimation, le contrôle de soi). Cette liste peut permettre une analyse systématique des discours et des comportements et donc de définir les compétences utilisées au mieux par un dirigeant et au contraire ses faiblesses, manques, blocages ou hésitations. Les auteurs illustrent leur approche par plusieurs cas courts, avant d’aborder le rôle des comités de direction ; se basant sur les apports de la psychologie sociale, ils privilégient deux concepts, celui de la pensée moutonnière ou de groupe, qui privilégie la conformité, notamment par rapport au leader (Janis) et celui de la polarisation, qui entraîne des prises de décision extrême (Moscovici et Doise). Ces deux contributions montrent que la décision collective ne permet pas toujours d’accroître la rationalité en capitalisant sur la diversité des savoirs et des analyses des membres… En conclusion, une entreprise, pour être pérenne, doit être plus qu’un portefeuille de capacités stratégiques. Ses dirigeants doivent avoir la capacité de la repenser en permanence face à ses marchés. Cette méta-capacité constitue l’art de diriger.
Epilogue

Ce livre est né du constat que la théorie et la pratique du management stratégique, bien que conscientes des difficultés de la mise en œuvre, avaient jusqu’ici peu fait appel aux sciences sociales. Ayant tenté de montrer à quel point la création d’une compétence collective est un construit social, il débouche sur l’idée de capacités stratégiques collectives. Il donne les outils, non pour mesurer, mais pour identifier et diagnostiquer ces capacités et aider à les renforcer ou à les construire. Mais « saisir la vraie dimension de ce travail, comprendre intimement le pouvoir passe également par l’art, la littérature, le cinéma, par la lecture de Shakespeare, Machiavel ou Sophocle, ou la fréquentation de Woody Alen ou Fritz Lang. C’est ainsi que la première pensée de Pascal (« différence entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse ») nous convainc que, si les esprits faux ne sont ni fins ni géomètres, n’être que l’un ou que l’autre est trop partiel et expose au ridicule quiconque prétend aborder en géomètre les choses fines ou inversement. Apprendre à allier esprit de géométrie et esprit de finesse n’est pas aisé, mais c’est exactement le programme que ce livre propose au dirigeant et qu’il essaie de faciliter. Il ne suffit pas de savoir simplement manier de bons instruments, il faut savoir (se) poser les bonnes questions ».

Annexe


En annexe est présentée une recherche sur l’histoire récente des fusions-acquisitions en Europe, cette recherche utilisant les concepts développés précédemment.
UTILITE OPERATIONNELLE

 

Finalité et niveau

 

Raisons majeures

Pour la pratique pédagogique

1re et Terminale

+

Il est possible d’extraire quelques cas courts en terminale et de s’appuyer sur les schémas du chapitre 2 pour présenter certaines notions du point 7 du programme de terminale.

BTS

+

Même remarque que ci-dessus. Les nombreux exemples donnés par les auteurs peuvent servir d’illustration.

Pour la préparation à un concours

Capet

+

Très intéressant car permettant de faire le lien entre stratégie et système humain.

Agrégation

+

 

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