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Politique et finance : les relations incestueuses ?

José Manuel Barroso chez Goldman Sachs, Hillary Clinton à Wall Street, les demandes pour un encadrement plus strict de ces pratiques se multiplient.

Source AFP

Publié le 17/11/2016 à 09:16 | Le Point.fr



Ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a ensuite rejoint Goldman Sachs.  © ANADOLU AGENCY/ Dursun Aydemir

Après la polémique sur le recrutement de José Manuel Barroso par Goldman Sachs ou celle sur les conférences rémunérées d'Hillary Clinton à Wall Street, les appels se multiplient pour mieux encadrer les relations entre la politique et la finance. En France, on parle de « pantouflage ». Aux États-Unis, la presse préfère l'expression plus imagée des « revolving doors », ces portes-tambour qui permettent à des banquiers et des politiques d'entrer et de sortir des services de l'État pour rejoindre le secteur privé.

Pour le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, peu importe le nom de ces pratiques, le résultat est le même : « une perte de confiance en notre système politique et des doutes sur (le fait de savoir) si les lois sont adoptées dans l'intérêt de tous ou uniquement dans celui d'une société financière », a-t-il expliqué à l'Agence France-Presse. « Il y a de quoi se demander si une personne fera preuve de fermeté avec la finance si son avenir professionnel se trouve justement dans ce secteur », s'est-il interrogé lors de son passage à Paris cet automne, estimant que le recrutement de José Manuel Barroso n'est finalement qu'une « continuation » de ses pratiques.

Conférences à Wall Street

Il est vrai que les exemples sont nombreux : l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder recruté par le russe Gazprom juste après sa défaite électorale de 2005, l'ex-secrétaire au Trésor américain Henry Paulson, un ancien de Goldman Sachs, qui s'est retrouvé à gérer la faillite de son concurrent Lehman Brothers en 2008. Dans la foulée du scandale Barroso, le quotidien The Guardian a rappelé que l'ancien ministre de l'Énergie Ed Davey, qui a attribué à EDF le projet controversé de centrale nucléaire Hinkley Point, travaille désormais pour MHP Communications, qui s'occupe des relations publiques de l'énergéticien français.

« Des soupçons de proximité avec la finance » qui ont coûté cher à la candidate démocrate Hillary Clinton lors de la récente élection américaine, a affirmé l'économiste Thomas Piketty dans Le Monde, en allusion à ses conférences à Wall Street rémunérées plusieurs centaines de milliers de dollars. Au point que son rival aux primaires démocrates, Bernie Sanders, avait douté de ses capacités à réguler les sociétés qui en même temps la rétribuaient. Une brèche dans laquelle s'est engouffré son rival républicain Donald Trump pendant la campagne.

Problèmes éthiques

De plus en plus de voix s'élèvent contre ces pratiques, même si elles sont conformes à la loi, comme l'a reconnu récemment le comité d'éthique de l'UE en validant le recrutement de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne, par le géant de la finance Goldman Sachs. « Il y a un vrai problème de collusion entre élites politiques et financières. Ce n'est pas sain pour l'économie et ce n'est pas justifiable », a estimé auprès de l'Agence France-Presse l'économiste français Christophe Ramaux, professeur à la Sorbonne et signataire de l'appel des 138 économistes pour « sortir l'Europe de l'impasse ». Le secrétaire d'État en charge du Commerce extérieur, Matthias Fekl, s'est joint à ces appels à titre personnel. « Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut durcir considérablement les règles déontologiques et de prévention des conflits d'intérêts au niveau communautaire », a-t-il affirmé.

Le commissaire européen Pierre Moscovici s'est indigné du recrutement de José Manuel Barroso par la « banque qui a participé à la falsification des comptes de la Grèce », lors d'une récente conférence à Sciences Po, exigeant des « règles appropriées », sans s'engager pour autant pour l'interdiction du « pantouflage ». « Que dans une vie, après avoir exercé des fonctions publiques, on soit amené à exercer des responsabilités privées, comme de la même façon qu'après avoir exercé des responsabilités privées on soit amené à exercer des responsabilités publiques, ce n'est pas en soi condamnable », a-t-il affirmé.

Jospeh Stiglitz appelle, lui aussi, à mieux encadrer ces relations pour éviter que la politique ne soit sous influence de la finance. « Le secteur financier est plus attaché aux idées austéritaires, en raison notamment de leur préoccupation sur le marché obligataire », a affirmé cet économiste qui a fait de la lutte contre les ajustements budgétaires son cheval de bataille. « Donc, si vous passez beaucoup de temps à parler avec des banquiers, vous allez finir par penser comme eux. Un danger qui peut contribuer à un excès d'attention à l'austérité », a-t-il prévenu.

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