Esprit économique impérial : entre utopie, idéologie et raison





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Esprit économique impérial : entre utopie, idéologie et raison
Catherine Hodeir
D’un empire à l’autre, les réseaux d’influence au cœur du système politique français ont réussi à imposer une seconde expansion coloniale, assez tôt pour que la France prenne part à la course au clocher, trop tard pour qu’elle la gagne contre l’Angleterre. Au lendemain de la chute de Napoléon Bonaparte, les milieux politiques de la Restauration sont animés de « la volonté de retrouver la splendeur internationale de la France atlantique […], du désir de doter le jeune capitalisme manufacturier de marchés extérieurs dynamiques, pour reprendre la voie de la croissance. [Les tensions contradictoires, qui traversent la sphère économico-politique sous la Restauration, bloquent le processus, pourtant bien engagé avec la conquête de l’Algérie et l’implantation durable de l’influence française en Chine, grâce à] la conclusion du premier traité d’amitié et de commerce signé en 1844 [et au réseau des premiers consulats et concessions. Il faut attendre le Second Empire, pour que] les ambitions impériales françaises, en Orient et en Amérique, trouvent, avec Chasseloup-Laubat, un défenseur déterminé : l’Indochine est le produit de ce tournant »1. Prosper de Chasseloup-Laubat a, en effet, pris la succession du Prince Napoléon à la tête de l’éphémère ministère de l’Algérie et des Colonies : s’il échoue à administrer l’Algérie depuis Paris et à engager l’assimilation de ce territoire aux autres colonies, il donne « un nouvel élan au développement économique des territoires d’outre-mer [et poursuit] son œuvre à la tête d’un ministère plus classique. [Après la défaite de 1870, s’ouvre] une période de recueillement, [de vingt ans jusqu’à la création du Comité de l’Afrique française, premier maillon du Parti colonial qui réunit dans un projet commun Eugène Étienne et Auguste d’Arenberg. Jusqu’en 1902, le lobby colonial français, à] visée politique et impérialiste, [se révèle] dynamique et solidaire autour de ses chefs. [Au tournant du vingtième siècle, à l’appel d’Étienne, le Parti colonial] a été investi par les milieux économiques qui ont vu en lui le ‘parti’ susceptible de faire la synthèse entre tous les comités et réseaux éparpillés aux colonies et en métropole. [Pour autant, la population française, tournée vers la ligne bleue des Vosges, n’adhère pas en masse au grand dessein qui anime d’Arenerg et Étienne] : ce sont quelques hommes d’affaires qui prennent le parti colonial pour ce qu’il est, un groupe de pression motivé. [La Grande Guerre fait perdre au Parti colonial sa cohérence d’origine :]  les questions économiques sont désormais au cœur des débats, alors même que la rentabilité des colonies est de plus en plus remise en question […]. En définitive, l’union des réseaux d’affaires et des réseaux politiques est un mariage fortuit qui, paradoxalement, est le fruit du désintérêt des Français pour le monde colonial »2.
Figure moins brillante mais centrale du parti colonial, Charles Jonnart, parlementaire, homme d’affaire et gouverneur général de l’Algérie pendant une durée de dix ans en trois mandats, illustre les ambitions et les limites de ce groupe d’influence, qu’il a servi avec « une réelle  compétence acquise sur le terrain, [des] qualités de grand communiquant [qui lui permettent] de diffuser l’image d’une France impériale soucieuse du bonheur de ses administrés, qu’il tente de concrétiser, mais dans une proportion bien plus modeste qu’il ne l’avait espéré »3. Au cœur du système politico-économique français, Paul Leroy Beaulieu élabore quant à lui, une doctrine coloniale africaine qu’il met en pratique par les choix de certains de ses investissements personnels. Tournant majeur dans la construction de l’idéologie coloniale française, la pensée de Leroy-Beaulieu peut apparaître complexe pour certains, contradictoire pour d’autres. Elle retrouve en fait toute sa cohérence dans l’analyse de son évolution : « Entre 1870 et 1878, Leroy-Beaulieu défend principalement la création d’une colonie de peuplement en Algérie, […] capable de remettre la France dans la voie du progrès. [Son] projet assimilationniste marque une rupture avec l’héritage associationniste développé sous le Second Empire par les saint-simoniens, Enfantin et Urbain. [Il] correspond […] aux conceptions de la IIIe République. L’argument économique vient ensuite s’ajouter à l’utopie sociale et politique. [Leroy-Beaulieu] lance, en 1879, un appel en faveur de la colonisation du Soudan, [laquelle] permettrait d’écouler les surplus de la production nationale et de faire le lien, grâce à un chemin de fer transsaharien, entre les possessions françaises de l’Afrique du Nord et celles de l’Ouest africain.[…] Au cours des années 1879-1898, sensible aux arguments des maisons de négoce marseillais, il se rallie à la colonisation du Dahomey et à celle de Madagascar. Il élargit aussi son concept de colonie de peuplement à la Tunisie (1881) avant d’entamer une longue réflexion de faisabilité de son projet de "fusion de l’élément indigène avec l’élément européen", [auquel il est amené à finalement renoncer]. La troisième phase de sa réflexion, celle des années 1896-1916, [voit une application concrète s’accomplir lorsqu’il] consacre une partie notable de sa fortune aux investissements coloniaux. […] Dans le même temps, l’argument stratégique s’affirme [quant au projet du transsaharien] qui permettrait d’acheminer rapidement les troupes noires sur n’importe quel point de l’empire colonial français [devenant par ailleurs] une parade à la toute puissance maritime de la Grande Bretagne. Au cours de cette troisième phase, Leroy Beaulieu exprime son refus de toute nouvelle conquête coloniale, notamment au Maroc, et en vient à renier la mission civilisatrice de l’Europe à laquelle il avait tant cru. […] Il pressent que le xxe siècle sera celui de la décolonisation »4.
« Ainsi le colonialisme se meurt, lentement. Mais le capitalisme est, plus que jamais, solide à Saigon. »5 Durant la guerre d'Indochine, quels ont été les « rapports qui se nouèrent entre les administrations et les milieux économiques indochinois » ? […] Comment s’est livrée cette "petite guerre perpétuelle" évoquée par Bodard ? […] Inversement, dans quelle mesure le grand patronat colonial a-t-il vraiment été l'ordonnateur de "stratégies d'empire", alors que […] la "préférence impériale" des entreprises et surtout le rythme de leur dégagement apparaissent largement dictés par le ministère des Finances. [Sur la question de la piastre,] les milieux d'affaires français font toutefois preuve d'une indiscipline certaine. [Néanmoins,] les accusations portées contre les milieux d'affaires, apparaissent largement dues au parti pris d'une fraction de l'administration, favorable à une décolonisation économique radicale et accélérée »6 puisque « l’Indochine ne "rapporte" plus. [C’est] l’attitude "des" patronats [en] Indochine [qu’il convient d’analyser] : le patronat proprement colonial s’emploie à survivre, voire à profiter de la situation et à rapatrier ce qui peut l’être ; le patronat métropolitain directement concerné – par ses exportations – s’accroche ; le nouveau "grand patronat" préfère quant à lui tourner la page – de l’Indochine comme de la guerre elle-même […]. Le patronat français apparaît ainsi un peu à l’image de la nation et de l’empire finissant [partagé] entre l’empire et l’Europe […]. On assiste à une inversion des termes du débat de la fin du xixe siècle : dans les années 1870 en effet, les "continentaux", regardant vers la "ligne bleue des Vosges" et soucieux d’une revanche contre l’Allemagne, s’opposent aux "impérialistes", désireux de regagner, par la conquête coloniale, la puissance perdue sur le vieux continent. Cette fois, la modernité a changé de camp : sur un autre mode, l’esprit européen reprend le pas sur l’esprit colonial, comme nouveau vecteur de construction de l’avenir »7.
Au tournant des indépendances, la modernité reste à l’œuvre dans le domaine ultramarin de la France avec le rôle économique des missionnaires. Celui-ci  s’est exercé « dans la promotion de modèles de production coopératifs. [Certains missionnaires vont jusqu’à se reconvertir] dans les années 1950-1960, en agents de développement. Ce rôle [se prolonge] dans l’invention des ong. L’influence s’exerce aussi à retardement, après l’échec des modèles socialistes étatiques, dans la valorisation de formes d’entreprises d’inspiration humaniste, commandées par des principes de solidarité et d’équité, pour corriger les effets de la recherche exclusive du profit »8. Cette finalité actuelle de l’action des missions dans la sphère économique, dérive d’une pratique originelle, la mission étant, « à sa manière, une entreprise. [Certes,] elle ne poursuit pas des profits mais la christianisation. [Animée d’une efficacité pragmatique], elle accepte les appuis et les alliances qui semblent servir son projet, quitte parfois à nouer des liens ambigus ou éthiquement condamnables avec des autorités politiques et des acteurs économiques qui lui apportent des moyens supplémentaires […]. L’action missionnaire fonctionne sur le terrain également comme une interface qui assure le passage d’un modèle social, culturel, et donc économique, à un autre. […]. Elle rêve d’un entrepreneur, plaçant son activité sous l’influence des normes morales chrétiennes, voire de la doctrine sociale catholique. […] Les liens entre mission et colonisation ne sont pas de l’ordre d’une subordination mécanique, dans laquelle la mission se met au service de l’ambition coloniale »9, voire, aujourd’hui post-coloniale.
Peut-on constater une convergence, une contradiction, des actions communes entre les réseaux d’influence au cœur du monde politique national et les réseaux d’influence sur les places régionales en France métropolitaine ? En d’autres termes un « impérialisme municipal », centré sur les grandes métropoles françaises10, s’est-il constitué au fil des décennies ? Parallèlement à la constitution du Parti colonial au niveau national, « des Instituts coloniaux ont été créés en province à Marseille (1893), Bordeaux (1901), Nancy (1902), Nice (1927), Le Havre 1929) et Montpellier (1931). Des enseignements coloniaux supérieurs, aux structures assez proches bien qu’incomplètes, par rapport aux Instituts coloniaux, sont fondés par les Chambres de commerce de Lyon en 1899 et de Nantes en 1902 […]. Bien que très inégales par leurs moyens, leurs structures et leurs rayonnements, ces institutions sont le plus souvent des émanations des milieux d’affaires locaux et constituent des centres de documentation administrative et économique, de propagande, d’enseignement supérieur colonial, de recherches scientifiques et techniques ainsi que des centres de réflexion concernant les doctrines de mise en valeur de l’empire colonial français. Leur vocation scientifique, universitaire, commerciale et industrielle est essentiellement pratique, car au service des intérêts commerciaux et industriels métropolitains en relation avec l’outre-mer […]. Cénacles d’hommes d’affaires et d’universitaires, les Instituts coloniaux ne sont pas des associations de masse. [Leur] degré de rayonnement [demeure inégal]. Leur action est le plus souvent menée sans concertation, en raison de leur implantation et de leur rayonnement régionaux. Cette volonté de préserver leur indépendance, afin de défendre leurs intérêts locaux, explique l’échec du projet de constitution d’une Fédération au lendemain de la Première Guerre mondiale […]. L’influence des Instituts coloniaux, dans les débats doctrinaux sur la mise en valeur du domaine colonial français, a été négligeable. Ils ne sont pas parvenus à imposer, même partiellement, leurs vues aux instances politiques nationales. Cet échec est en grande partie imputable à leur dispersion et à leurs divisions doctrinales, entre protectionnistes et libre-échangistes, conséquences d’intérêts économiques divergents […]. Leur action s’est cantonnée à la gestion d’intérêts locaux essentiellement techniques ».11
À Bordeaux, sur un grand demi-siècle, des années 1890 aux années 1950, « la vitalité et la prégnance d’un héritage spirituel et socio-mental façonnent les réseaux de sociabilité, d’influence, d’affaires, du capitalisme girondin, avec, après le temps des pionniers, (dans les années 1820-1880), deux apogées : la Belle Époque, marquée par la diffusion des réseaux d’influence et l’entre-deux-guerres, moment de “popularisation’’ médiatisée de la légitimité du modèle économique impérial. [L’on peut relever toutefois] un certain décalage entre la puissance apparente de ce système socio-mental, relationnel, avec la réalité de la vie des affaires girondine : le monde du vin y est plus puissant et, surtout, plus prestigieux, plus légitime – d’où d’ailleurs, l’achat de domaines viticoles par les négociants de l’outre-mer, en autant de "savonnettes à vilains", tels les Denis à Mérignac-Les Eyquems ou les Maurel dans la pointe d’Ambès»12. Sur une trentaine d’années, de 1820 à 1850, les maisons Maurel frères et Maurel & Prom construisent un maillage triple de réseaux d’influence efficaces à Bordeaux, Paris et Goré. En devenant « des rouages clés de l’Union coloniale, aux côtés des Marseillais au sein de la section d’Afrique noire, ces réseaux abordent […] la Belle Époque avec des relais parisiens multiples, tant au niveau de l’action politique qu’au niveau de l’action culturelle sur la formation de l’opinion »13.
À Marseille, « au lendemain de la Première Guerre mondiale, les élus et les milieux économiques […] réaffirment, avec force, la vocation coloniale du port [méditerranéen]. Reprenant le projet d’exposition initialement prévu pour 1916, ils confient à l’un d’entre eux, Adrien Artaud, le soin de mener à bien l’opération […]. Celui-ci réussit, bien au-delà de ce qu’espéraient les promoteurs de l’opération : plus de 3 millions de visiteurs se pressent à l’exposition coloniale. [Ce succès permet à Artaud d’organiser] une grande conférence sur les perspectives de la politique économique coloniale de la France où il déclare : […] « La colonisation paie et nous avons donc le plus grand intérêt à faire, pour les colonies, ce qui doit être fait »14. Plus que jamais, Marseille se revendique comme la métropole coloniale de la France […]. Douze ans plus tard, la tonalité n’est plus tout à fait la même. En 1934, Édouard Rastoin, descendant d’une famille d’huiliers marseillais très en vue [affirme] : "Abandonnons donc des colonies qui nous rapportent si peu et nous coûtent si cher." […] Faut-il en déduire que le slogan, tant de fois répété‚ "Marseille métropole coloniale de la France", s'est volatilisé sous l'onde de choc de la récession des années 1930 et de la modification de la politique coloniale de la France ? Pas tout à fait, puisque le point de vue des huiliers […] n’est pas majoritaire […]. Néanmoins, les "racines du divorce", entre Marseille et l’empire colonial, apparaissent bel et bien au cours de cette période […]. Coïncidence de l’Histoire, à moins qu’il ne faille y voir davantage qu’une simple coïncidence, c’est un homme politique très lié au milieu des huiliers marseillais qui, par la loi-cadre du 23 juin 1956, ouvre la voie aux indépendances ouest-africaines : Gaston Defferre, député-maire socialiste de Marseille et ministre de la France d’outre-mer. [Cette loi] satisfait aussi une partie des revendications des huiliers marseillais, dans la mesure où elle redéfinit la solidarité économique entre la France et les colonies de l’Aof, dans un sens beaucoup plus restrictif, particulièrement en matière d’investissements »15. Des réseaux coloniaux ont-ils jamais existé à Marseille? « Il est évident que les Marseillais ont utilisé leurs connaissances et leurs atouts pour peser sur les décisions politiques les concernant, et ceci sans attendre la colonisation [...]. De nombreux membres de premier plan de l’institution consulaire – patrons par définition – siègent aux conseils municipal et général, mais rarement au Parlement. Parmi ces derniers, figurent des personnalités d’envergure internationale : Jules Charles-Roux, Hubert Giraud, Geoffroy Velten, indispensables relais auprès des ministères […]. Peut-on discerner un esprit économique colonial à Marseille ? Il [n’y a eu que] des opportunités de circonstance pendant deux tiers de siècle, entre la fin des essais de libéralisme, initiés par le Second Empire, définitivement enterrés par les lois Méline, et les contraintes du Marché commun, que l’on peut considérer comme l’expression économique de la décolonisation politique […]. Peut-on discerner un esprit impérial ? […] L’addition de quelques grands patrons et de personnalités influentes ne suffit pas à établir un engouement systématique pour un ensemble de nations constituant un empire. Au mieux, peut-on déceler le regret du temps où Marseille était l’un des tout premiers ports du monde, mais, en termes de marketing et de prospective de notre début de millénaire, la nostalgie d’une grandeur passée n’est pas un gage de réussite à venir16
Dans les années 1830, Toulon se voit donner une chance d’entrer en concurrence coloniale avec la cité phocéenne : « Depuis que le gouvernement de Charles X a décidé d’envahir l’Algérie, Toulon est aux premières loges de la conquête […]. La prise d’Alger, puis la conquête des côtes d’Afrique du Nord, [suscitent] de nombreux espoirs chez les négociants toulonnais. Grâce à la colonisation, [ceux-ci croient] réellement pouvoir développer un commerce international, égal à celui de Marseille. Pour ce faire, ils [disposent] des vins comme produits d’exportation. Il leur suffit d’obtenir du gouvernement une égalité de traitement avec la cité phocéenne sur les droits de douane. Mais la suprématie du commerce marseillais, fortement appuyé par le gouvernement, met à bat les espoirs toulonnais. C’est par Marseille que le commerce avec l’Algérie s’établit ; c’est aussi Marseille qui se voit attribuer la correspondance à bateau entre la France et l’Afrique du Nord. Ayant échoué sur l’aspect commercial, les élus consulaires toulonnais saisissent l’occasion qui leur est fournie par la création des succursales de la Banque de France, pour détourner, cette fois-ci par le biais des capitaux, une partie du commerce marseillais avec l’Algérie. Là encore, ils échouent, quand la Révolution de Février 1848 vient bouleverser leurs plans et, finalement, c’est Marseille qui est dotée avant Toulon de la succursale tant convoitée »17.
Au Havre, « le passage de la Porte océane à la Porte impériale, recouvre une mutation culturelle dont on [doit] apprécier la nature et la durée : aux moments d’apparente indifférence au fait colonial, succèdent des moments où l’identité spectaculaire émerge d’un travail prosélyte qui tend à se muer en visée collective. Les contemporains ont eu, eux-mêmes, une approche systémique du rôle joué par le Havre à l’apogée de l’idée impériale. Les élites négociantes et portuaires parlent, dans les années 1930, d’une “Porte impériale”, d’une place originale dans le “mécanisme colonial”, éclipsant, pour un temps assez bref, l’imaginaire long de la “Porte océane” […]. Le Havre, à la différence de Marseille ou Bordeaux, est plus “colonial” par ses importations de produits chers, que “colonisateur” par ses implantations à la colonie. Les animateurs du mouvement colonial ont réussi à convaincre les acteurs économiques et une partie de l’opinion, à partir du moment où la vocation havraise, celle de port importateur de produits chers, a épousé le repli impérial. Il y a eu, bel et bien, durant une génération, une identité économique impériale revendiquée. Au temps de l’Union française et plus encore de la Communauté, le divorce se dessine entre les partisans du statu quo et ceux de la variante havraise du cartiérisme. L’anesthésie de l’appareil prosélyte, accentuée par la table rase de 1944, rend possible un discours de sortie qui nie le passé “colonial” au profit d’une fonction “tropicale” du port normand, plus porteuse de coopération. Celle-ci présente l’avantage de signifier à l’Afrique, que les entreprises havraises qui y sont implantées ont un avenir et que l’heure du “spécialiste” est venue, alors que celle du ”traitant à tout faire”, entendons par là les Marseillais et les Bordelais, est passée. Il ne faut pas attendre longtemps après les indépendances, pour qu’un discours de substitution, celui du "Havre port tropical", tente de donner de nouveaux fondements identitaires aux pratiques portuaires »18.
"Si singulier que cela puisse paraître, Lyon est aujourd’hui l’un des foyers d’action coloniale les plus actifs qu’il y ait en France, […] devenue rivale de Bordeaux et Marseille pour l’intérêt qu’elle porte à nos possessions lointaines et par l’expansion des hommes et des capitaux ; elle distance de beaucoup […] Dunkerque, et Rouen, ou d’une importance maritime très grande, comme Le Havre et Nantes" : ainsi s’exprime, en 1906, le professeur de géographie coloniale de l’Université de Lyon, Maurice Zimmermann, dans un long article intitulé "Lyon colonial" […]. Indéniablement, durant presque quatre décennies, la Chambre de commerce de Lyon acquiert, développe, revendique et fait connaître son esprit économique impérial. Pour ses membres, (dont la partie la plus influente, les industriels et négociants soyeux) […], la colonisation, autrefois honnie par les libéraux, est perçue, à partir de 1873-1874, comme un mal nécessaire, qui doit permettre de continuer le grand idéal émancipateur de l’humanité […]. Ce n’est pas une simple formule, car [ils] en font leur politique, à la fois à l’échelle locale, régionale mais aussi nationale, sans compter une mise en pratique dans des échanges internationaux. Néanmoins, cet esprit impérial consulaire tend à disparaître entre 1906 et 1908, alors que les affaires prennent de l’ampleur et exigent des capitaux que la seule région lyonnaise ne peut plus traiter seule ; les sièges sociaux se déplacent à Paris, à côté du pouvoir politique et des grandes banques de dépôts. Une autre clef de lecture pour comprendre cette lente dilution, dans le paysage national, de l’idée impériale des milieux d’affaires lyonnais, est le fait que, de 1830 à 1908, la Chambre de commerce est aux mains des soyeux. Elle a pour rôle de leur servir de courroie de transmission avec l’État, tant au niveau économique que politique. La réforme de 1908, sur les professions pouvant prétendre à l’élection consulaire, entame un long travail de sape de cette quasi-suprématie de l’aristocratie négociante lyonnaise, en faisant entrer le monde de la boutique dans cette institution […]. La disparition d’une génération […], entre 1899 et 1913, constitue une explication complémentaire : la génération suivante n’éprouve plus le besoin de proclamer les spécificités d’un esprit économique impérial local. Seule, finalement, la question des mandats d’Orient (Syrie et Liban) réactive, pour un temps très court, les habitudes du siècle précédent. Cela ne veut pas dire, pour autant, que les questions coloniales disparaissent à Lyon : l’École coloniale continuera ses cours et les augmentera même jusqu’en 1947 ; en 1922, Herriot a voulu doter la ville d’un autre musée colonial que celui de la Chambre de commerce [après avoir exigé]  une section coloniale pour la foire-exposition de Lyon de 1914. [À partir de] 1906, au moment où le Maroc a commencé à intéresser les hommes d’affaires français, ce sont les vignobles qui, à Lyon, l’ont emporté sur les mûriers et les filatures à vapeur ; "l’argyrocratie" de la soie a vécu […]. Le concept "d’impérialisme municipal" […] ne tient pas dans le cas lyonnais […] En effet, l’esprit impérial lyonnais a été le fait d’une minorité, celle des élites libérales qui ont fabriqué l’identité locale ; et ce n’est qu’une fois la municipalité et une partie de la population gagnée à la chose coloniale, que les milieux d’affaires qui l’avaient générée, à la fois pour des raisons politiques et économiques, l’abandonnent […]. Dès lors, les affaires avec l’empire ultramarin tiennent davantage, à Lyon, de l’esprit d’entreprise individuel et non d’une volonté collective »19.
« Par la géographie, l’Alsace appartient plutôt à cette Europe centrale, continentale, peu concernée au xixe siècle par la conquête coloniale. On est loin des ports de l’Atlantique et de la Méditerranée ! Par son histoire, notamment le rattachement au Reich allemand de 1871 à 1918, elle est restée étrangère à l’épopée de la conquête coloniale de la fin du siècle et indifférente, pendant plusieurs décennies, au devenir de l’empire français. Au pire, l’une et l’autre ont fait oublier la Revanche ! Mais, en sens inverse, d’autres facteurs ont été suffisamment opérants pour intéresser l’Alsace aux colonies : c’est d’abord, au xixe siècle, l’une des rares régions françaises d’où on a émigré, en Amérique, mais aussi en Algérie. Contrairement à une idée reçue, cette émigration est largement antérieure à 1871 […]. Ensuite, c’est une des premières régions d’industrie textile en France, dans laquelle s’est posé, avec une acuité particulière, le problème des approvisionnements en matières premières. Comment assurer les importations et le transport du coton jusqu’aux usines ? Comment reconquérir un marché à la suite des changements de frontières imposés par les conflits franco-allemands ? C’est ce type de questions qui poussent les industriels alsaciens, notamment ceux du pôle mulhousien, à s’intéresser de très près à l’outre-mer en général, aux colonies en particulier […]. L’on discerne trois moments, trois préoccupations différentes, correspondant aux trois missions économiques traditionnelles de l’empire : fournir des matières premières, constituer un débouché, permettre des investissements profitables. Trois personnages emblématiques d’une "culture impériale", Jean Dollfus, Alfred Wallach et Bernard Thierry-Mieg [l’illustrent]. Finalement, [se dessine] une assez grande constance de l’intérêt du patronat textile alsacien pour l’empire […], sur une longue durée, des années 1830 jusqu’à la fin, et même, serait-on tenté de dire, au-delà […]. Ce qui paraît […] original, c’est d’abord l’engouement pour l’Algérie au xixe siècle. […] En second lieu, c’est l’engouement pour l’Afrique, qui naît probablement dans les années 1930 et se manifeste pleinement après la guerre, cette volonté d’y implanter des activités convenant si bien aux besoins locaux, la fabrication d’étoffes légères et colorées dont les Alsaciens ont l’expérience depuis le xviiie siècle. À travers ces deux rendez-vous de l’industrie alsacienne avec l’Algérie et avec l’Afrique, on notera surtout l’esprit d’entreprise, qui s’est volontiers expatrié outre-mer, ce qui est peut-être le meilleur indicateur d’une ’’culture impériale’’ des entrepreneurs [mulhousiens]. »20
« Le Nord [de la France] se caractérise [aussi] par la présence d’un environnement propice qui incite, de bonne heure, les milieux d’affaires à se tourner vers l’outre-mer, [notamment à travers] la place occupée dans cette démarche par l’industrie textile […]. Face à la question coloniale, le patronat nordiste, loin de se montrer unanime, paraît à la fois divisé et marqué par une réelle diversité. [Ces clivages] recouvrent certes les intérêts matériels divergents [des] membres des [Chambres de commerce], mais ils renvoient aussi à des visions différentes des rapports entre métropole et territoires d’outre-mer […]. Peut-on parler à propos de ce patronat du Nord d’un "esprit économique impérial"21 ?
Paris demeure cependant la première place marchande et financière de l’outre-mer impérial. Quelle en est l’économie des réseaux d’influence qui l’irriguent ? « L’intérêt de [la Chambre de commerce de Paris] pour les questions coloniales est […] ancien, puisqu’il se manifeste dès sa création, […] en 1803. Pendant l’époque napoléonienne, les difficultés du commerce colonial sont régulièrement signalées par l’assemblée qui s’impose alors comme l’interlocuteur privilégié du gouvernement et des Chambres de commerce de province. Sous la monarchie constitutionnelle, le refus de l’exclusif colonial participe d’ailleurs à la construction de son identité libérale. »22 Cet intérêt ne se dément pas sous la Troisième République : à la fin des années 1870, alors que les gouvernements multiplient les opérations de conquête, « la Chambre, dotée de moyens en constante augmentation et d’un véritable statut législatif à partir de 1898, consacre une part croissante de son activité aux affaires coloniales. [Bien qu’elle] participe de la dynamique impériale qui affecte la République aux lendemains de la chute du maréchal de Mac Mahon, [elle] ne joue […] pas un rôle moteur dans la formation de l’empire français : elle accompagne plus qu’elle ne dirige la dynamique impériale. Le décalage est cependant remarquable entre la force de son engagement et la faiblesse des intérêts investis par ses membres, et au-delà, par le patronat parisien, dans les colonies. De fait, à la Chambre de Paris, l’esprit économique impérial n’est porté que par un groupe restreint d’élus, une douzaine tout au plus [dont le] discours, […] dans sa justification de "l’œuvre impériale", mêle en permanence les considérations d’ordre politique et d’ordre économique. Cette culture impériale, les consuls parisiens la partagent avec les élus des principales places d’exportation du pays : Marseille, Bordeaux, Lyon. C’est avec ces élus que la Chambre de commerce de Paris mène, après 1900, le combat, finalement perdu, contre l’assimilation douanière et l’autonomie administrative des colonies. Quelques années après l’adoption des tarifs Méline, ce nouvel échec de la frange la plus libérale du milieu consulaire interroge forcément la nature socio-économique d’une "République coloniale" qui, dans ses arbitrages, privilégie en permanence les intérêts industriels et viticoles  par rapport à ceux des grandes places de négoce : ne faut-il pas voir, dans ce phénomène, l’une des origines de la pérennité, sous la Troisième République, du ’’statu-quo colonial’’? » Centre vital du réseau consulaire, Paris concentre également la puissance financière et bancaire française. Les banquiers ont-ils été en mesure d’ « activer, à leur profit, […] la puissance publique […] autour d’enjeux clés […] de la "mise en valeur" de l’empire ? Des “nébuleuses” […] ont confédéré des hommes d’affaires et des entreprises autour de pôles bancaires, afin d’intervenir sur le marché des affaires ultramarines et se constituer des “positions de force” au sein […] du monde des affaires et de l’espace social et politique […]. Ces nébuleuses de ’’banquiers impériaux’’ se sont affrontées dans le cadre d’une économie libérale. Le Cnep et Paribas ont réussi à obtenir plusieurs leviers d’affaires à partir de l’économie impériale, mais l’influence du premier se stabilise tandis que celle de la seconde s’accentue nettement entre 1907 (Maroc) et 1925 (Madagascar) […]. Parallèlement, émergent des forces nouvelles, des banques ultramarines qui acquièrent peu à peu une autonomie de décision, se constituent des réseaux d’influence et, surtout, […] fédèrent une “nébuleuse’’ de pôles d’affaires : la Banque de l’Indochine peut ainsi gagner face au Cic, au Crédit lyonnais et à la Société générale [..], avant de repousser Paribas désireuse de sauver la Bidc ; la Banque de l’Algérie parvient à étendre son privilège en Tunisie mais est contenue dans ses velléités de glisser vers le Maroc. Enfin, le Cfat et la Bup deviennent des pôles puissants. [N’étant] pas partie prenante dans ces combats interbancaires institutionnels, ils se contentent de la guerre [perpétuelle] sur les divers marchés ultramarins de l’argent. Cependant, quels que soient les clivages au sein de l’appareil d’État, [surtout] entre les Affaires étrangères et les Finances […] la France [n’est pas] une “république bananière”, malgré les éruptions de corruption récurrentes. Les mécanismes de l’alternance, l’expression des rivalités d’influence par le biais d’une presse souvent ouverte aux réseaux d’intérêts, constituent autant de contrepoids éventuels, sans parler des qualités intrinsèques de la haute fonction publique. Dans l’entre-deux-guerres, la mouvance de l’appareil économique d’État impérial se cristallise […] et vient rivaliser avec les directions classiques de sein de l’appareil d’État traditionnel […]. Peu à peu, par ailleurs, le courant de pensée de l’interventionnisme public s’affirme, en particulier en faveur de formes d’économie mixte (comme les caisses de crédit agricole, en Algérie ou à Madagascar). Ainsi, la mise en place de la Banque de Madagascar s’accompagne-t-elle d’une immixtion de l’État […]. Le renouvellement du privilège d’émission de la Bao en 1927, […] confirme cette tendance [et] la convention de juin 1931 (puis la loi d’avril 1932) amplifie cette emprise […]. Dans le même temps, si la puissante Banque de l’Indochine a réussi à enrayer les velléités du gouvernement d’accroître ses contrôles, […] les négociations engagées en 1929 débouchent sur un recul de l’établissement devant les exigences de l’État, [recul définitif] en 1940 […]. Prétendre que l’État ne serait que le jouet des mouvances des “banquiers impériaux” serait fallacieux, puisque sa fonction de pur arbitre évolue de plus en plus vers une responsabilité nette de la conduite des opérations bancaires ou tout au moins dans le contrôle relatif de ces opérations, dans le suivi des marges et surtout dans la définition récurrente de nouvelles clauses aux contrats de concession, pour développer des activités ou des implantations et pour abaisser le prix des transactions entretenues avec l’appareil d’État lui-même »23.
Les secteurs clés de l’économie française ont-ils été investis par l’esprit économique impérial ? L’outre-mer a-t-il jamais été un terrain de rivalités pour les entreprises à vocation internationale ? Ou encore un enjeu décisif capable de peser sur les relations de la France avec le régime nazi dans la crise des années 1930 et la marche à la guerre? Quelles sont enfin les collusions entre le Politique et l’Économique au sein d’un groupe pétrolier, structuré pour assurer, à l’ère post-coloniale, la pérennité de l’influence française en Afrique de l’Ouest ? Créée en 1880, « Le Nickel […] est […] la plus ancienne entreprise d'extraction et de transformation du nickel au monde […]. Sur bien des aspects, Le Nickel ne diffère guère des autres sociétés coloniales de la fin du xixe siècle. C'est une société de taille très moyenne, [qui] use de moyens de pression analogues à ceux employés par la plupart des sociétés concurrentes. Cependant, deux principaux traits la distinguent. Son appartenance à l'une des plus importantes banque d'affaires de Paris, Rothschild, lui permet de traverser une période de démarrage, difficile en raison du caractère nouveau de son industrie : grâce aux réseaux et aux hommes de Rothschild, elle dispose de moyens de pression efficaces au plus haut niveau de l'État. En Nouvelle-Calédonie, sa taille, sa puissance financière et les relais locaux dont elle dispose, lui permettent d'établir une domination sans partage sur l'économie minière, voire sur l'ensemble de l'économie de la jeune colonie. Ce n'est qu'au début du xxe siècle qu'elle doit partager l'activité minière et métallurgique locale. Mais cette concurrence locale ne menace pas ses intérêts, à une époque où elle est solidement installée et où le marché du nickel s'est suffisamment développé pour que plusieurs sociétés puissent cohabiter »24 en Nouvelle-Calédonie.
« Dans La Guerre sociale, en 1912, Francis Delaisi met les métallurgistes au deuxième rang des "requins coloniaux", après les cotonniers : pour leur "grand profit", des chemins de fer "inutiles" sont construits en Asie et en Afrique. [En réalité], la sidérurgie ne paraît pas avoir été une industrie parmi les plus fortement engagées en faveur de l’expansion coloniale […]. Les colonies offrent des débouchés non négligeables […] mais seulement complémentaires [tout en étant] âprement défendus […]. Une double attitude s’observe dans la longue durée : l’attachement au protectionnisme douanier et l’opposition à la création d’une industrie sidérurgique, tant en Afrique du nord qu’en Indochine. Se faire l’auxiliaire de la "stratégie autarchique", portée par les cotonniers, n’implique donc aucune rupture. En dépit de certains discours enthousiastes sur les richesses potentiels de son sous-sol, l’outre-mer n’est jamais devenu une source de matières premières indispensable pour la sidérurgie […]. Les machines soufflantes et les tuyères des hauts fourneaux ne semblent pas avoir beaucoup attisé l’esprit économique impérial. La profession ne s’est pas enflammée dans un désir d’avenir colonial […]. L’outre-mer […] a été le théâtre […] d’échecs, [de divisions et de concurrences] qui ont réduit les capacités d’intervention [de la sidérurgie] en tant que groupe de pression. [Ce secteur] a plutôt récompensé, après coup, les hommes politiques qui lui avaient rendu des services en les admettant à pantoufler (Guillain, Doumer) qu’il n’a délégué ses hommes dans les rangs du parti colonial. Ce n’est pas à propos de l’outre-mer que le mythe de la sidérurgie et du Comité des forges est le plus coloré. Mais là comme ailleurs, il a eu tendance à contaminer l’historiographie, parfois trop prompte à surestimer les initiatives des "grands maîtres de forges" et les résultats d’une branche volontiers présentée comme la principale bénéficiaire de l’équipement des pays coloniaux  ou  [la] plus favorable à l’expansion coloniale. »25
Quelle place, dans l’entre deux guerres, a tenu « la question coloniale », dans les relations entre le grand patronat français et le grand patronat allemand ? « Le dossier colonial franco-allemand a été ouvert, suite à l’effondrement du commerce international, sous l’influence de la crise économique et notamment de la poussée protectionniste américaine. Le grand patronat affuble alors souvent les "revendications coloniales allemandes" – formule du Quai d'Orsay – du masque du "commerce international", mais pas exclusivement : il invoque le besoin de matières premières, le manque de devises, le caractère sacré de la liberté de commerce, vantée par Wilson, contre l’exclusivisme colonial des vainqueurs du Reich. Mais il fait siens, les thèmes politiques visant la récupération de l’empire perdu ou les gains escomptés de la guerre, c'est-à-dire la saisie des empires ennemis : vol honteux de la propriété allemande, contestation de la capacité des Allemands à civiliser les peuplades sauvages, aussi scandaleuse que la condamnation à "réparer" ; droit du Reich aux matières premières dévolues aux seuls vainqueurs. Chantal Metzger perçoit, dans le traitement de la "question coloniale" par les décideurs – bourgeoisie impérialiste, mouvements et partis, des "wilhelminiens" aux nazis –, le reflet de divergences; elle relève la répugnance à l'égard des colonies des nazis bon teint qui, obsédés par l’espace vital à l’Est, auraient redouté, dans l’aventure outre-mer, le péril d’abâtardissement de la race aryenne26. Nous voyons plutôt, dans ces discordances, une division du travail, irrégulièrement respectée : abandonnant aux "politiques" le terrain de la vindicte contre "les pillards de Versailles", le grand capital allemand va jusqu'à la revendication de l’empire perdu et de ceux des vainqueurs. Ses homologues français pratiquent aussi la division du travail. Ils laissent souvent, à leurs délégués politiques, le discours sur les droits du Reich à la réparation des injustices commises à Versailles qui, prisé également à Londres (comme avant 1914 sur le trop modeste empire allemand), tend à concéder au Reich les territoires des autres. En revanche, ils ménagent les marchés coloniaux au gros client allemand, dont le réarmement requiert l’accès aux matières premières de la France métropolitaine et impériale, privées de marché par la crise, le protectionnisme généralisé et le non-réarmement français ; puis ils discutent d’investissements de capitaux allemands dans l’empire – comme dans la Métropole. »27
À la faveur de « la coopération et de son corollaire, la francophonie, une société pétrolière d’Etat, Elf a pu développer des réseaux d’affaires [et devenir] l’instrument de la présence française au Maghreb d’abord, en Afrique de l’Ouest ensuite, […] instrument politique d’une action économique. [Elf] tisse des liens avec les États "indépendants" et utilise toutes les formules, bancaires ou financières, avec des sociétés écrans, pour apporter une contribution financière importante aux partis politiques français qui ont le pouvoir à Paris. Elle noue des relations avec les dirigeants locaux, qui perçoivent vite leur intérêt à tirer parti de cette situation, et parmi eux, Omar Bongo président du Gabon, le plus gros producteur de pétrole de la région […]. La coopération, qui aurait pu et dû apporter, aux populations africaines des États pétroliers, une sensible amélioration de leurs conditions de vie, ne profite qu’aux dirigeants qui s’enrichissent indûment. La formule, commencée avec de Gaulle, continue avec Pompidou (Foccart et Guillaumat sont toujours là), Valéry Giscard d’Estaing et Mitterrand […]. Il reste encore cependant beaucoup à apprendre sur le dévoiement d’une coopération devenue la façade d’un réseau d’affaires africaines […]. La disparition d’Elf, comme entreprise pétrolière, signifie t-elle que les réseaux antérieurs ont disparu ? Rien n’est moins certain, même si les principaux acteurs et bénéficiaires français du système, semblent ne plus avoir de rôle actif dans la politique africaine de la France »28.
Liés à Paris ainsi qu’aux places régionales de la France métropolitaine, quels sont les destins des réseaux d’influence en outre-mer ? « La question de l’esprit impérial est souvent étudiée à partir du centre, à savoir les institutions politiques et économiques se trouvant en France métropolitaine. Une étude de ce phénomène à partir de la périphérie, c’est-à-dire les colonies, est-elle possible ? »29 En Égypte, des « réseaux se forment entre le patronat européen et les acteurs locaux à travers deux associations spécialisées sur la réforme et l’industrialisation du pays : la Société Sultanieh d’économie politique, de statistiques et de législation  et la Fédération des industries égyptiennes. Ces associations permettent de présenter les enjeux et les limites de la collaboration entre les Européens et les Égyptiens. Ces deux groupes partagent, certes, un projet commun : sortir le pays de son arriération économique, et le faire entrer dans la marche des pays développés ; néanmoins, leurs intérêts sont divergents […]. Cette collaboration est de courte durée et n’aboutit pas à un projet d’envergure. Malgré des initiatives communes, il semble que la vision nationale ait fait défaut : les investisseurs étrangers se montrent attachés à leurs privilèges, quant du côté des élites égyptiennes, une tendance à l’affairisme se manifeste, doublée d’une contradiction entre les intérêts des propriétaires terriens au pouvoir et les réformes économiques et sociales qui s’imposent. Cependant, il convient de ne pas évacuer le problème du patronat colonial qui ne parvient pas à se départir des atavismes de l’impérialisme : plutôt qu’évoluer pour conserver ses positions, il préfère rester figé sur une situation de privilèges. Le patronat colonial nourrit une vision du capitalisme qui est dépourvue de son essence : sa logique cumulative et évolutive. Dès lors, ce ne sont pas tant les mécanismes économiques des investissements étrangers qui sont à incriminer, que la vision politique qui les accompagne »30.
« Le remarquable essor économique de la Côte française des Somalis (Cfs), aride territoire de 23 000 km² parcouru par les pasteurs-nomades, [prend sa source dans] plusieurs facteurs [comme] sa remarquable situation stratégique : cette colonie, créée en 1896, contrôle le débouché méridional de la mer Rouge qu’empruntent les navires à vapeur, reliant la Méditerranée à l’océan Indien, via le canal de Suez. [Cet essor est dû aussi à] l’ombre [de Charles Michel-Côte (1872-1959)] physiquement absent de la Cfs – hormis quelques courts séjours […]."Deus ex machina", il a su édifier, au cœur du patronat colonial français, un réseau aux ramifications complexes, s’opposant souvent aux intérêts locaux ou régionaux. [C’est même, en réalité,] plutôt un couple antagoniste qui préside à la destinée de ce territoire [à travers la] "guerre" ouverte [que Michel-Côte entretient ] avec son concurrent Antonin Besse, homme d’affaires français qui déploie ses activités en mer Rouge à partir d’Aden : ces dernières s’inscrivent dans la zone sterling et roupie, celle de l’impérialisme britannique. [Ce conflit, récurrent,] dévoile l’antagonisme des stratégies individuelles qui s’inscrivent dans des desseins impériaux opposés. La mer Rouge, espace de contact entre deux sphères d’influence – française et britannique – est un précieux observatoire pour cerner des modes opératoires concurrents. Michel-Côte et Besse appartiennent à la même génération de bâtisseurs d’empire et lorsqu’ils disparaissent, octogénaires, dans la décennie 1950-59, ils incarnent un monde de représentations obsolètes, où les liens personnels priment sur la logique économique. Pourtant, l’un et l’autre sont des amis intimes du Négus Haïlié Sélassié, qui a su instrumentaliser ces deux adversaires, pour soutenir le développement économique de l’Éthiopie et de l’Érythrée, au mieux des intérêts "nationaux". [Il demeure cependant bien des] zones d’opacité […]. Les synergies […] déployées dans la Corne de l’Afrique et à Paris, pour intervenir aux plus hauts niveaux décisionnels, sont d’autant plus complexes qu’interfèrent nombre de facteurs difficilement identifiables. Comment percer la mobilisation d’autres réseaux – notamment ceux du lobby indochinois qui partage des intérêts communs avec le groupe de pression éthiopien-djiboutien, que ce soient dans les compagnies ferroviaires, dans les sociétés de navigation, dans l’établissement bancaire ? »31
Au Tonkin, dans les années 1880, seulement « un millier [de négociants, d’industriels, de planteurs, d’entrepreneurs sont] répartis sur l’ensemble du protectorat, mais principalement dans les deux centres administratifs et économiques : Hanoi et Haiphong […]. Comment se faire entendre au milieu de soldats, de marins et de fonctionnaires, dont les pouvoirs sont très importants ? Dans les premières années d'occupation où le Tonkin est une colonie en devenir, l'enjeu est de taille : les Chambres de commerce apparaissent comme un tremplin individuel et un amplificateur de revendications collectives. C’est par une décision du sous-secrétariat des Colonies, en date du 1er août 1884, qu’est créée une chambre de commerce à Hanoi et à Haiphong. Cette mesure est complétée par la création de trois autres organismes : un Comité agricole et industriel du Tonkin, institué le 20 mars 1885 ; un Conseil supérieur du protectorat, créé le 5 septembre 1888, […] enfin, une Chambre d’agriculture du Tonkin est instaurée ; ses dix membres sont élus par les planteurs […]. Les Chambres de commerce sont installées au Tonkin en juin 1886, treize ans après la première guerre de conquête et moins de trois ans après l’instauration du protectorat. Elles comportent chacune douze membres nommés par le gouverneur général. Dans un premier temps, les résidents d’Hanoi et d’Haiphong président les chambres qui ont seulement un statut consultatif. Une rupture intervient en 1889, introduisant l’élection consulaire […]. Les délibérations deviennent libres. Les chambres de commerce se distinguent alors des conseils municipaux sur deux plans : leurs membres sont élus, leurs délibérations ne sont plus soumises à l’approbation du résident supérieur. Cette réforme du printemps 1889 dote les chambres de commerce d’enjeux propres qui dépassent les débats économiques. [Cependant, leurs moyens restent faibles, elles s’en tiennent à des doléances auprès de] l’administration locale, du gouvernement et des groupes commerciaux et industriels métropolitains. Ce front commun s’effrite [pourtant] dès que les intérêts personnels des membres sont en jeu […]. Participer à la vie des Chambres de commerce, c’est défendre les intérêts d’un groupe social encore marginal, mais également protéger ses affaires et accroître son crédit personnel »32.
« La maturation de l’économie coloniale cochinchinoise a été très rapide et d’autant plus remarquable qu’elle s’est effectuée sous la pression d’intérêts, contradictoires dans le temps, et d’impulsions, venues de l’extérieur. S’il s’agit de déterminer un esprit colonial ou de le distinguer d’un esprit impérial, le point le plus intéressant est que les entrepreneurs cochinchinois sont avant tout des pragmatiques. Il serait difficile de prétendre qu’ils ont joué un rôle déterminant dans le choix initial de la prise de Saigon, mais ils se sont immédiatement montrés capables de profiter de l’occasion, qu’ils soient Français, Anglais, Américains ou surtout Allemands. Ils ont été volontiers méprisants à l’égard des mœurs coloniales, en particulier par rapport aux pratiques administratives et surtout militaires, mais cela ne les a pas empêchés de répondre avec succès aux besoins de l’administration coloniale, profitant par là même de ses nombreuses subventions. Enfin, et surtout, lorsque fut pris le virage radical du protectionnisme et de la préférence impériale, ils surent s’adapter à la nouvelle conjoncture et s’associer à des financiers métropolitains pour se lancer dans la mise en valeur. »33
« L’assimilation, entre l’intérêt de la France et celui des affaires de caoutchouc implantées dans la lointaine péninsule asiatique, [est] apparue, dès les débuts de l’histoire des exploitations d’hévéas en Indochine, pour justifier l’aide apportée par les pouvoirs publics au développement de cette branche. Cela signifie-t-il que les acteurs économiques aient dicté la conduite à tenir aux détenteurs du pouvoir politique, autrement dit que l’histoire des plantations d’hévéas en Indochine puisse être lue comme un exemple de la suprématie du capital financier dans la conduite des puissances occidentales en Orient ? Poser cette question, revient à tenter de mesurer l’impact des actions menées par un groupe de pression, celui des planteurs, sur les décisions prises par le pouvoir colonial, depuis la métropole ou dans l’Union indochinoise. Si les autorités de la colonie ont tenté de limiter l’incidence financière de l’aide accordée, elles ont oeuvré, pour des raisons économiques mais aussi politiques, à la conservation de l’image de "brillante réussite de la colonisation européenne", attachée à l’hévéaculture indochinoise. Le soutien apporté aux planteurs a permis, d’après le secrétaire général de l’Upci, de sauver des dizaines de milliers d’hectares d’hévéas "de l’envahissement sournois et continu de la brousse". Il a participé à la sortie de crise de l’hévéaculture indochinoise, facilitée par l’amélioration du marché international de la gomme et la politique de réduction du coût de revient menée par les planteurs. Mais, si les grandes sociétés ont renoué, entre 1932 et 1934, avec les bénéfices et ont rapidement été en situation de rembourser les avances fournies par l’État, les choix opérés par celui-ci ont accentué le sentiment d’une collusion entre pouvoir politique et pouvoir économique qui a alimenté la dénonciation radicale de la colonisation. »34
« Le chemin de fer de l’Indochine et du Yunnan a bénéficié, à l’origine, d’une convergence de facteurs favorables. Il constitue, aux yeux de ses promoteurs, hommes politiques et hommes d’affaires, un moyen de s’ouvrir le marché chinois. La Chine bénéficie alors de l’arrivée massive de capitaux étrangers et du développement de son propre réseau ferroviaire. De surcroît, bien établis en Indochine, les entrepreneurs français de travaux publics et de constructions métalliques se sont engagés dans d’importantes affaires. [Cette convergence de facteurs favorables] les encourage à intervenir en Chine du Sud, dans la zone d’influence de la France, et singulièrement au Yunnan. Il est logique que la Société de construction des Batignolles s’y soit intéressé […]. Au Yunnan, le contexte local apparaît favorable, d’autant plus que la Régie générale des chemins de fer a accepté d’entrer dans la combinaison. Autour des deux firmes, la mobilisation des milieux politiques, des milieux d’affaires et de la technostructure des ingénieurs, a débouché sur les créations successives de la Compagnie des chemins de fer de l’Indochine et du Yunnan, puis de la Société de construction de chemin de fer indochinois. Mais la réalisation […] n’a pas permis, aux promoteurs de la ligne, d’obtenir la réussite financière escomptée, en dépit de la masse des subventions publiques dont bénéficie la Compagnie. La rentabilité de celle-ci paraît nettement insuffisante à la veille de la Première Guerre mondiale. Pour autant, les firmes françaises ne suivent pas la Scb et la Rgcf dans leur retrait de Chine et d’Indochine. Certaines travaillent encore en Chine, dans les années 1920, à l’instar des Établissements Daydé ou de la Société française d’entreprises de dragages et de travaux publics, filiale de la Banque d’Indochine. Surtout, l’Indochine connaît, toujours dans les années 1920, une intense activité : en profitent notamment les Dragages et les Établissements Eiffel au Sud, la société des Grands Travaux de Marseille au Nord. En fait, le désengagement sera plus tardif : s’il s’amorce avec la crise des années 1930, il ne revêt un caractère massif qu’au début des années 1950, quand s’effondre le grand effort d’investissement public engagé par la France en faveur des territoires les plus lointains de l’Union française. »35.
Quelle a été, en Indochine, « la genèse des nouveaux réseaux patronaux français des années 1920 ? […] Jusqu’en 1923, il est possible d’appréhender quatre grands réseaux d’alliances. La Banque de l’Indochine, forte de son monopole de frappe, de sa position dirigeante au sein des banques françaises dans le nouveau condominium bancaire étranger en Chine qui se reforme en 1920, de sa relation d’affaires directe avec le gouvernement général et du service clientèle qui touche l’ensemble des entreprises indochinoises, […] continue de faire cavalier seul. L’émancipation de Paribas, suite à sa sortie du conseil de la Banque de l’Indochine […] la place en position de pôle susceptible de rassembler autour d’elle tous ceux qui souhaitent s’émanciper de la tutelle de la Banque de l’Indochine. Ainsi, le groupe de la Bup, en s’alliant dans un premier temps à Paribas, vient renforcer ce que l’on peut présenter comme le second réseau d’influence économique français en Indochine. Le groupe Homberg est plus flou dans sa politique de réseau. Déjà allié à Lazard et à Worms, […] on pourrait penser qu’il s’intègre dans le second réseau [par la biais de son rapprochement avec le groupe Rivaud, allié autonome de Paribas. Toutefois,] en 1923, il fonde le Crédit foncier indochinois avec la Banque de l’Indochine [pour devenir] plus autonome que jamais. Enfin, le groupe Rivaud, puissamment implanté en Indochine mais aussi en Malaisie, constituerait ce que nous pourrions appeler un réseau indépendant […]. Face à ces grandes manœuvres financières, les grands entrepreneurs restent sur la réserve ; ils ont cependant des besoins et des projets et ne pourront les réaliser sans s’allier à un moment ou à un autre avec un ou plusieurs de ces réseaux puissants qui se mettent en place au sortir de la Grande Guerre […]. Après 1924, […] la situation se renverse et [la Bup] devient l’alliée de la Banque de l’Indochine. On observe la constitution d’un pôle puissant regroupant la Banque de l’Indochine, la Bup et ses alliés ainsi que les groupes indochinois Fontaine, Denis et Bernard. Ces groupes constituent alors le premier réseau. Paribas continue d’incarner le réel second pôle économique en Indochine ; elle prend le contrôle de la société de gestion de la Banque industrielle de Chine et réactive dès 1923 ses agences en Indochine et dans le monde ; puis elle favorise la naissance la Banque franco-chinoise, qui lui succède […]. Paribas arrive à se positionner en groupe de pression rival du premier pôle décrit ci-dessus ; elle assume directement le service financier de douze entreprises indochinoises par elle-même et de vingt-sept autres par la Banque franco-chinoise. Le groupe Rivaud, en englobant un ensemble de sociétés pour un capital global de 500 millions de francs-1926 et en étant présent dans treize conseils d’administration, continue de représenter le troisième réseau patronal en Indochine après 1924. Le groupe Homberg, enfin, en étant présent à travers son président ou ses sociétés dans une quarantaine d’entreprises, constitue le quatrième et dernier grand pôle. Il convient cependant de noter qu’indépendant ne veut pas dire antagonique ; en effet, en administrant en commun le Crédit foncier de l’Indochine avec la Banque de l’Indochine et en confiant la co-gérance du service financier de l’ensemble de la Sffc à la même Banque de l’Indochine, le groupe Homberg apparaît à la fois comme un réseau autonome et partenaire de cette dernière. Il faudrait enfin s’interroger sur l’hypothétique rôle joué par la banque Lazard en Indochine à travers sa forte présence au sein de la Sffc »36.
« Peut-on identifier un "esprit impérial" à la Réunion ? On peut en douter comme le montre l’étonnant destin croisé de quelques grandes figures sucrières de l’île, les Kervéguen au xxe
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