Technologies de l’information : la fin du paradoxe de Solow





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date de publication08.12.2016
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Technologies de l’information : la fin du paradoxe de Solow

En 1987, le Prix Nobel d’économie Robert Solow énonce dans un journal américain cette phrase devenue célèbre : « on voit des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de la productivité ». Cette affirmation reprise sous l’expression « paradoxe de productivité » revient à affirmer que les investissements massifs réalisés par les entreprises dans les TIC n’auraient pas entraîné de gains de productivité significatifs.

On constate effectivement un ralentissement sensible des gains de productivité (PFG) aux Etats-Unis à partir du milieu des années 70 et jusqu’au début des années 90, alors même que les TIC se diffusent au sein de l’ensemble des pays industrialisés.

Mais d’autres économistes, comme Paul David (1990), en prenant l’exemple de la dynamo, montrent que toute innovation technologique majeure n’exerce un effet sur le système productif global qu’après un certain délai d’adaptation. Ainsi, les effets positifs de l’électricité sur la productivité ne seraient apparus au niveau macro-économique que 15 années après l’apparition de la dynamo. Le paradoxe de Solow ne serait alors qu’une phase transitoire et normale au développement des TIC. Il existe en outre des coûts cachés liés à la diffusion des TIC (formation, dysfonctionnements, détournements d’usages) qui sont difficiles à évaluer et à intégrer aux analyses économiques sur l’impact réel des TIC.

Mais l’évolution récente de l’économie américaine a fait apparaitre le paradoxe de productivité sous un jour nouveau. Depuis 1992, les Etats-Unis connaissent une croissance économique particulièrement forte (+3,5% par an en moyenne) et stable (absence d’inflation). De même, alors que les différents indicateurs de productivité sont restés faibles dans l’ensemble des pays occidentaux, on a constaté une forte accélération de la productivité du travail aux Etats-Unis depuis 1995 (+2,5 % en moyenne par an contre 1,5 % pour les périodes précédentes).

Si l’on considère cette évolution de l’économie américaine depuis une quinzaine d’années, il semble donc bien que les Etats-Unis, après avoir « digéré » l’arrivée massive des TIC dans l’économie entre 1975 et 1995, aient dépassé le paradoxe de Solow et soient entrés dans nouvelle ère de croissance dans laquelle les TIC jouent un rôle essentiel. Le poids des TIC dans l’économie américaine est passé de 3,5 % en 1980 à 4,8 en 1999. La croissance du capital informatique en France ne contribue qu’à une augmentation de 0,3 % de la croissance d’ensemble de l’économie française (contre 0,6 % aux États-Unis).

Certes, depuis trois ans, la productivité du travail ne cesse de ralentir outre-Atlantique. En 2006, elle n’a progressé que de 1,4 %, le rythme le plus faible des dix dernières années. Mais cette décélération de la productivité américaine en 2006 est largement conjoncturelle et ne change rien au rôle majeur, à moyen et long terme, de l’innovation technologique sur la croissance et la compétitivité.

Le 13 mars dernier, la Fondation pour l’Innovation par les Technologies de l’Information a publié une étude passionnante qui confirme ce rôle à présent moteur des TIC dans la croissance et la productivité américaines et mérite d’être largement diffusée et méditée.

Cette étude intitulée « Prospérité numérique : comprendre l’impact positif des technologies de l’information » montre clairement, graphiques à l’appui, que les Etats-Unis, leader incontestable des nouvelles technologies dans le monde, en sous-estiment nettement l’effet sur leur propre économie.

Pourtant, comme le montre l’étude, le progrès dans les technologies de l’information serait responsable des deux tiers des gains de productivité depuis 1995 (la France et la plupart des pays européens ont des taux similaires). En outre, le PIB américain aurait augmenté en dix ans de 2000 milliards de dollars grâce à la seule révolution numérique. L’évolution est finalement plus rapide que les prévisions les plus optimistes formulées à la fin des années 1990.

Cette étude souligne également que les États-Unis ne sont bien sûr pas les seuls à profiter de cette croissance et ITIF donne l’exemple de la Chine puisque les technologies de l’information sont responsables à hauteur de 38 % de l’augmentation totale des facteurs de productivité et sont responsables de 21 % de la croissance du PNB du pays.

Néanmoins, le rapport de 53 pages n’ignore pas non plus totalement les risques que fait courir la révolution informatique, admettant qu’elle peut être dramatique dans certains secteurs.

En deux ans, par exemple, le secteur des agences de voyage a perdu 10 % de ses emplois, suite au développement des sites de réservation en ligne. L’étude évoque également les délocalisations, le coût de la sécurisation des réseaux ainsi que le risque pour la vie privée. Pour Robert D. Atkinson, président de l’ITIF, les aspects positifs l’emportent toutefois sur les points négatifs. Ce dernier souligne que les nouvelles technologies sont directement responsables de 3,7 millions d’emplois, en moyenne 84 % mieux payés que dans les autres secteurs.

Pour les auteurs de cette étude, il faut reconnaître ce phénomène et remettre l’innovation technologique au cœur de la politique économique. D’autant que d’autres activités proches sont susceptibles de doper à leur tour l’économie, comme les biotechnologies ou les énergies renouvelables.

Cette étude américaine est à rapprocher de l’étude du SESSI (Service des Etudes et des Statistiques Industrielles), TIC et productivité des entreprises, de novembre 2006, qui montre également de manière très claire que plus les entreprises françaises utilisent les technologies de l’information, plus leur productivité et leur capacité à créer des emplois nouveaux et qualifiés augmentent.

Entre les firmes équipées de progiciels, d’extranet, de centres d’appels, et celles qui s’en passent, le différentiel de productivité est net (environ 11 %). Les entreprises dont plus de la moitié des salariés utilisent le courrier électronique ont une productivité supérieure de 17 % (en 2004).

Selon une autre étude du même Sessi (comparaison de données recueillies auprès de 8000 entreprises entre 2002 et 2004), un bon tiers des entreprises industrielles (36%) de dix salariés et plus ont été engagées dans des activités d’innovation de produit ou de procédé. Le taux monte même à 54 %, si l’on tient compte des innovations organisationnelles et de marketing.

Dans ces deux études, le SESSI montre à quel point TIC, innovation, productivité et création d’emplois sont liés. L’un des principaux enseignements de ces études est que les PME qui fournissent un effort en R&D comparable à celui des grandes entreprises (environ 5 % du chiffre d’affaires) réussissent à transformer cet effort en innovation puis en chiffre d’affaires, avec un rendement similaire à celui des grandes.

Autre enseignement majeur : les entreprises innovantes (toutes tailles confondues) créent davantage d’emplois. Entre 2002 et 2004, l’emploi a progressé de 2,3 % dans les entreprises industrielles reconnues comme innovantes (selon les critères de la DGE/Sessi) et de 0,7 % pour les entreprises les moins innovantes.

Comme le souligne à juste titre Maurice Levy dans son rapport sur l’économie de l’immatériel « Les TIC sont à l’économie de l’immatériel ce que le développement de l’électricité a été pour le modèle industriel. Elles sont à la fois le moteur du changement mais aussi sa conséquence. »

Ce rapport montre également à quel point le fait de mettre des barrières à la circulation des idées ou des innovations n’est pas toujours économiquement fondé car, dans bien des cas, de cette circulation naissent justement de nouvelles idées et de nouvelles innovations. L’exemple du logiciel libre ou encore du phénomène « wiki » sont deux exemples de la fécondité de l’échange sans contrainte des idées et des savoirs.

Source : http://www.altivis.fr/Technologies-de-l-information-la.html

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