Recherche réalisée pour la Préfecture de Région Rhône-Alpes





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Le public impliqué et l’impact social de ces actions


Avant de présenter le public concerné par l’action de l’association, il faut préciser que la population de la ZUP est composée de 56 nationalités et qu’une très forte majorité de la population est d’origine maghrébine.

Absence de mixité sociale, ethnique, sexuelle et générationnelle


Officiellement l’association n’a pas de « public cible ». Cependant les activités proposées, au moment où elles le sont, par les personnes qui les encadrent, font que la répartition hommes-femmes est très majoritairement féminine (75% de femmes). Les hommes qui participent aux activités sont le plus souvent les maris des participantes. Les jeunes – adolescents – prennent également part aux activités, mais « il n’y a pas de mixité au-delà de treize ans ».

Cette non-mixité se manifeste aussi par le fait que les associations communautaires adhérentes de l’association sont principalement masculines.

On pourrait donc penser, au premier abord, que les hommes préfèrent s’organiser entre eux et que les femmes ont besoin d’aides extérieures pour se regrouper. Cette hypothèse dépasse le simple cadre de cette monographie, mais il serait intéressant d’évaluer ce qui est dû à cette division sociale des sexes, ce qui est dû aux conditions concrètes d’organisation des groupes, et ce qui provient du type d’activités proposées par l’association.

Sur ce dernier point, on constate que l’offre conditionne le public, puisque les ateliers de bricolage et de mécanique19 attirent essentiellement un public masculin. Ils sont animés par une personne qui « est dans un contact plus individuel ». Est-ce lié à l’animateur, ou à la façon dont les hommes appréhendent des activités dont ils ne sont pas les initiateurs ?…

Du point de vue des origines ethniques des participants, on peut constater qu’il n’y a pas non plus de mixité. La proportion de personnes d’origine étrangère parmi les participants aux actions de l’association est beaucoup plus importante que parmi les habitants de la ZUP. Et, parmi ceux-ci, certaines populations sont complètement absentes : « Le public asiatique, pourtant présent dans le quartier, n’a participé à aucun événement »20.

A cette non-mixité culturelle s’ajoute une non-mixité sexuelle, la femme étant cantonnée au foyer. Ainsi, les femmes se sentent peu aptesà s’affirmer sur la scène publique, même si elles y sont invitées. C’est dans ce contexte que l’association tente de faire vivre socialement ces quartiers en ayant une action en direction des femmes pour tenter de « les faire un peu sortir ».

L’absence de mélange ethnique, social… a l’avantage de favoriser la constitution de groupes relativement homogènes, qui permettent d’avoir les bases minimum du lien social.

Pour lutter contre cette tendance au regroupement, les animatrices du groupe sur la famille, formé principalement de femmes d’origine maghrébine entre 40 et 60 ans, tentent d'introduire une mixité ethnique dans le groupe en faisant venir des femmes françaises.

En effet, l’intégration est à effectuer dans les deux sens : « Globalement, aujourd’hui, des difficultés m’apparaissent au niveau de la mixité des publics, même si quelques Françaises ont leur place au local. Je pense qu’il reste quand même un gros travail d’intégration à effectuer, et ce dans les deux sens », écrit l’animatrice d’un autre groupe21.

Le rôle émancipateur


Le public des animatrices de proximité étant principalement féminin et la femme étant dans ces milieux sociaux assez peu libre, aussi bien socialement que psychologiquement, l’action même de ces animatrices a un impact émancipateur, puisqu’elle permet aux femmes de sortir de la cellule familiale. A cette première ouverture, inhérente à la structure, s’ajoutent les thèmes de réflexion des réunions, qui font découvrir de nouveaux horizons aux participantes.

Ce rôle émancipateur s’avère parfois vraiment nécessaire : « Mon objectif de travail avec ce groupe est d’abord individuel, tout en m’appuyant sur le groupe pour y arriver. En effet, je m’aperçois qu’elles ont beaucoup de difficultés à exister par et pour elles-mêmes. Elles ont tendance à se fondre dans le groupe et, du coup, à faire passer leurs besoins ou leurs envies véritables en second lieu ».22

Les animatrices de proximité constatent que leur action a bien eu des effets sur les femmes : « ça a rendu les femmes plus autonomes par rapport à la société… aujourd’hui, les femmes se bougent ».

Cette action émancipatrice a des conséquences sur la modification des tenues vestimentaires ou l’utilisation du maquillage, mais aussi sur des éléments plus déterminants dans la vie sociale, comme la capacité de s’affirmer collectivement, face au jury du FIL par exemple. Alors que certaines participantes de groupes plus récents éprouvent encore de la peur à l’idée de passer devant le jury du FIL, des participantes plus anciennes, comme celles du groupe sur la famille, n’appréhendent plus du tout ce genre d’exercice.

L’autonomisation des groupes

Enfin, pour finir sur cette question de l’émancipation, on peut s’interroger sur le degré d’émancipation induit par ce type de fonctionnement : cette émancipation va-t-elle jusqu’à l’autonomisation des groupes par rapport à l’association ? La réponse est négative, et le chef de projet ne considère pas l’autonomisation des groupes informels de façon très favorable : « je suis très précautionneux par rapport à la mise en juridisme des groupes informels parce que cela pose la question de la personnalité morale et du rapport aux institutions ». En effet, avec le système de l’association, l’instrumentalisation des petites associations par le pouvoir politique n’est pas possible et il n’y a pas de personnalisation du pouvoir. Cependant, on peut penser que la structure porteuse n’a pas forcément intérêt à laisser s’autonomiser ses groupes informels car elle perdrait autant d’activités et de participants.

Le collectif et la solidarité


L’action de l’association a pour objectif le développement social de la ZUP, on peut donc la qualifier de solidaire, sans que cette affirmation apporte beaucoup à la connaissance de son action sur le terrain.

Il est plus intéressant d’examiner le fonctionnement interne des groupes : produit-il du collectif et/ou de la solidarité, ou les participants viennent-ils seulement consommer les activités proposées par l’association ?

Une description des participantes par une animatrice de proximité donne une première approximation, en permettant de savoir quelles femmes viennent aux activités, et de percevoir en partie quelle place tient la solidarité dans l’action. On peut dire, pour restituer l’essentiel de son propos, qu’« il y a trois types de femmes qui viennent aux activités de l’association :

- les "consommatrices", qui sont partout (dans toutes les structures) et qui consomment tout ce qu’elles peuvent ; ce sont les plus nombreuses, elles n’initient aucune action et se greffent sur le travail réalisé par les autres23 ;

- les "engagées", qui portent les actions ;

- et celles que l’on pourrait qualifier de "timides", c’est-à-dire celles qui sont peu sûres d’elles, qui ne se sentent pas vraiment autonomes ».

Du point de vue du collectif que peuvent former ces participants, il est évident que, les animatrices étant toujours présentes pour ouvrir les locaux et pour assurer un minimum de suivi des activités, les participants viennent à titre individuel, même s’ils sont engagés. Ils n’ont pas d’autre choix que de rester dans une démarche personnelle, dans laquelle leur engagement n’est reconnu que par l’animatrice – qui est à la fois centrale et extérieure – et non par le groupe, puisque celui-ci n’a pas d’existence stable.

Ainsi, ce fonctionnement crée une combinaison particulière entre l’individuel et le collectif. La différence principale par rapport à une association classique est la présence d’un intermédiaire dont le rôle est d’aider à la réalisation des projets du groupe.

La vie démocratique


Dans ce système, il n’y a pas d’adhésion, et la participation est par définition libre. Cependant, même si les participants ne sont pas fixes et si certaines décisions dépendent d’éléments extérieurs (financement du FIL, organisation de l’association…) il y a quand même des décisions à prendre.

Le mode décisionnel est le consensus, parce qu’il ne semble pas y avoir d’opinions très différentes entre les habitants. Lorsqu’il s’en présente, il y a des discussions et des négociations jusqu'à ce que tout le monde soit d’accord. Ce qui n’est pas le cas dans tous les groupes informels.

Il arrive, comme dans toute organisation, que certaines décisions ne trouvent pas de solution par la négociation. Par exemple, comment décider qui pourra participer à un voyage, lorsque le nombre de places est limité ? Il y a là un choix à faire. En l’occurrence, ce sont les animatrices qui, en fonction de l’engagement des participantes dans le groupe, décident qui a le droit de participer au voyage. Ce choix a pour objectif d’éliminer les « consommatrices » et de privilégier celles qui se sont le plus investies. Les plus méritantes aux yeux des animatrices sont inscrites prioritairement sur la liste, le reste des places étant attribué par ordre d’inscription.

Cette méthode de sélection a une dimension un peu paternaliste, mais peut-il en être autrement dans un système où les participantes ne sont pas auto-organisées et où elles n’ont pas réfléchi à la façon dont elles pourraient elles-mêmes décider démocratiquement ? De plus, ce système ne favorise pas le renouvellement des participantes.

La question de l’engagement


La question de l’engagement prend ici deux aspects : son absence officielle peut être un atout pour l’insertion sociale des participants, et elle peut être un moyen d’accès vers la vie associative officielle.

L’absence d’adhésion peut même être perçue comme un atout pour amener des personnes qui ont peur de s’engager à entreprendre des activités de type associatif. Cela peut les inciter, d’activité en activité, à modifier leur vie sociale. Alors que, paradoxalement, une adhésion peut jouer malgré elle un rôle de barrière. De plus, selon une des animatrices : « au sens symbolique, leur engagement est aussi important que celui des personnes qui sont dans une association. Et puis c’est un engagement qui n’est pas intéressé, ce qui n’est pas forcément le cas dans les associations (où les personnes peuvent être motivées par la reconnaissance sociale des postes, etc.) »

Le système est assez attrayant pour les participants, car il offre les avantages de la vie associative sans en avoir les inconvénients. Ce système ne fabrique donc pas d’engagement officiel et public chez les participants mais, principalement axé sur la vie sociale, il ne favorise pas le développement des activités.
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