Côte d’Ivoire Cacao ivoirien : retour à la stabilisation





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Côte d’Ivoire

Cacao ivoirien : retour à la stabilisation
(MFI / 08.11.11) Le gouvernement ivoirien vient d’annoncer la création d’un organisme public de régulation de la filière cacao. Cette réforme est un tournant dans la vie économique et politique du pays. Onze ans après la disparition de la Caisse de stabilisation, l’Etat fait officiellement son retour dans la filière du cacao.
Annoncée par un communiqué du Conseil des ministres le 2 novembre dernier, brièvement expliquée le lendemain par le ministre de l’Agriculture, la réforme instaure une structure publique de gestion de la filière. Le rôle de ce nouvel organisme sera d’organiser la vente par anticipation du gros de la récolte ivoirienne de cacao. On parle aujourd’hui de 70 à 80% de la récolte vendue d’une année sur l’autre.
L’objectif est de s’assurer un prix de vente permettant d’établir un prix minimum garanti à l’avance aux 800 000 paysans ivoiriens qui produisent du cacao. Equivalent à la moitié au moins des cours mondiaux du cacao, ce prix vise à donner un peu de visibilité aux planteurs, à leur permettre de se projeter dans le futur. Ce qui pourrait leur permettre d’investir dans leurs plantations, de se fournir en engrais et en produits phytosanitaires. In fine, l’objectif gouvernemental est de conforter le rang de la Côte d’Ivoire comme premier producteur mondial. Lors de la récolte 2010-2011 qui s’est terminée le 30 septembre dernier, les paysans ivoiriens ont battu des records avec un 1,5 million de tonnes produites. C’est près de 40 % de la récolte mondiale.
Vers une nouvelle « Caistab »
En instaurant cet organisme public de régulation, les autorités ivoiriennes ne font que revenir, peu ou prou, à ce qu’était le fonctionnement de l’économie cacaoyère depuis l’indépendance jusqu’à la fin du XXe siècle. Célèbre dans toute l’Afrique, la Caisse de stabilisation, plus connue comme la « Caistab », était chargée de vendre la récolte par anticipation au marché mondial et d’assurer un prix fixé à l’avance aux paysans. Le système fonctionnait comme des vases communicants : quand les cours mondiaux étaient élevés, la Caistab engrangeait de grosses sommes qu’elle reversait aux paysans lorsque les cours internationaux baissaient.
Mais l’équilibre était fragile. Minée par des années de cours faibles, par une corruption endémique et par l’utilisation de ses ressources comme caisse noire du pouvoir, la « Caistab » rendait l’âme en 1999 sous les coups de boutoir de la Banque mondiale et du FMI qui n’avaient alors pas d’autre recette à proposer qu’une libéralisation économique tous azimuts. Mal préparée, mal mise en œuvre, cette réforme laissait les paysans seuls face aux intermédiaires et aux grandes compagnies multinationales qui faisaient alors irruption sur la scène ivoirienne. Installés depuis lors à Abidjan, Cargill, ADM, Armajaro, Barry-Callebaut, Cemoi, sont aujourd’hui encore les poids lourds du négoce et de la transformation du cacao.
Une libéralisation tuée dans l’œuf
Mais l’impréparation de la réforme et les affrontements politiques qui ont marqué la dernière décennie ivoirienne n’ont pas permis d’avancer de manière à permettre aux paysans ivoiriens de bénéficier des bienfaits supposés de la libéralisation. Au demeurant, beaucoup d’acteurs de la filière considèrent que cette « libéralisation » n’a été qu’un vain mot. L’économiste François Ruf, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) considère par exemple qu’en prélevant trop de taxes, « l’Etat ivoirien a tué la réforme dans l’œuf ».
L’état jugé « catastrophique », par de nombreux experts, de la filière cacao, l’absence d’encadrements des paysans, leur manque chronique de ressources pour entretenir leurs petites plantations ont donc amené les milieux dirigeants ivoiriens et internationaux à considérer qu’un retour à la « stabilisation » était concevable. Même les bailleurs de fonds, Banque mondiale et FMI, considèrent que ce retour en arrière permettra une remise en ordre de l’économie ivoirienne.
Pas de réforme sans les paysans
Mais il ne suffit pas de décréter une réforme pour qu’elle soit appliquée. En l’occurrence, la création d’une « Caistab » réformée ne suffira pas. Encore faudra-t-il qu’émerge une organisation forte du monde paysan. « L’inconnue de cette réforme, analyse François Ruf, c’est la participation réelle de paysans réels. On continue peut-être à organiser la filière sans trop les consulter ».
Cependant, le gouvernement promet que le nouvel organisme annoncé ne sera pas un « monopole d’Etat ». Selon le ministre de l’Agriculture, Mamadou Sangafowa Coulibaly, l’Etat, « premier protecteur des paysans », doit avoir un droit de regard et faire en sorte que le jeu de la concurrence se fasse. Et pour qu’il se fasse au delà d’une organisation syndicale les planteurs ivoiriens devront se fédérer en coopératives pour peser dans les circuits économiques. Un long travail les attend.
Jean-Pierre Boris

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