A. La nature des fluctuations économiques Comment repérer les cycles ?





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Fluctuations, croissance et crises
Crise = moment court qui consacre le retournement de la conjoncture et précipite le marasme des affaires.

Cycle = suite de phénomènes se renouvelant dans un ordre immuable sans discontinuité. Cycle économique = fluctuations de grande amplitude de grandeurs économiques.

Joseph Schumpeter : « Les cycles ne sont pas comme les amygdales, que l’on peut traiter séparément, mais ils sont comme les battements du cœur, l’essence de l’organisme qui les abrite ».

I.Comment échapper aux cycles ?


Les sociétés traditionnelles sont marquées par les fêtes et rites périodiques rythmant l’éternel recommencement : idée d’une certaine fatalité des agencements des phénomènes et de leur récurrence (Van Genep au XIX° pour la France rurale)

A.La nature des fluctuations économiques

1.Comment repérer les cycles ?


Les crises sont des situations normales intégrées dans des cycles, voire nécessaires au redémarrage de la croissance sur des bases assainies (Malthus).

Outils principaux au XIX° : les statistiques dont se servent les économistes et historiens pour mesurer les fluctuations économiques : Juglar, Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, Angleterre et aux Etats-Unis (1862). Juglar utilise les prix et salaires (indicateurs monétaires) pour mesurer les crises : quand prix et salaires augmentent, il y a expansion économique, sinon dépression. Un autre indice est l’augmentation de la part des dettes au passif du bilan des banques, signe fort de l’imminence d’une crise.

Les indices se multiplient :

  • Kondratiev retient les mouvements pluridécimaux des prix de gros ou de détail, analyse valable tant que l’inflation reste modérée (le critère manque donc de crédibilité pour le XX°, « siècle de l’inflation » selon Bouvier).

  • Kitchin utilise comme critère principal l’évolution des stocks. Le stockage précède généralement le ralentissement de la production et de l’investissement, le déstockage indique la reprise économique et constitue un moyen pratique pour tout agent économique de repérer les évolutions du marché. Le critère manque aujourd’hui de validité du fait de la généralisation des flux tendus, on utilise plutôt le critère du chômage technique (surproduction menace) et de la rupture de stock (goulets d’étranglement).

  • Pour le cycle « classique », on utilise le critère de la production, notamment industrielle. En France, l’INSEE interprète comme signe de crise une baisse de la production industrielle pendant trois mois consécutifs – mais les sociétés modernes sont de moins en moins industrielles, et les crises modernes sont de plus en plus non des récessions, mais des croissances moindres. Aussi l’OCDE utilise-t-elle depuis les années 80 l’écart du PIB réel par rapport à sa tendance à court terme, exprimée en % du PIB tendanciel.

2.Comment mesurer les cycles ?


Les cycles s’emboîtent : on distingue, selon leur périodicité :

  • Les cycles de Kitchin ou Krum-Kitchin de 40 mois, « cycle mineur » qui correspond aux réactions des entreprises aux évolutions du marché et aux évolutions sectorielles (bâtiment, ou immobilier qui a des cycles de 5 ans)

  • Les cycles de Juglar, dits aussi « cycles majeurs » ou « cycles des affaires » de 8 à 10 ans. Un krach constitue le point de retournement de la conjoncture. La crise succède une période de psychologie haussière et spéculative qui se transforme en panique sectorielle ou générale. Tant que les prix restent supérieurs à ce qu’accepte la demande, le marché reste déprimé jusqu’à ce que les stocks soient épuisés (risque de casse importante du système productif)

  • Les cycles de Kondratiev englobent 4 à 5 cycles Juglar (les vagues longues de la conjoncture, 1926), mais sont difficilement repérables depuis les guerres mondiales, l’amplitude des cycles s’atténue => disparition des cycles (keynésiens). Les prix et les salaires sont peu flexibles, l’économie est réglée par l’Etat et les situations monopolistiques. On reviendra à une vision cyclique dans les années 80, même si les cycles américains et européens se désynchronisent.



B.Les causes des fluctuations économiques

1.Les causes exogènes


C’est d’abord l’interprétation néoclassique (postulat selon lequel les forces du marché établissent spontanément l’équilibre en CPP) :

  • Les cycles agricoles sont ceux pour lesquels les facteurs externes sont les plus vraisemblables => cycle ou courbe de Farmer : entre 1208 et 1325, le prix des céréales en Angleterre est essentiellement lié à des facteurs externes

  • XIX° : S. W. Jevons explique le cycle des moissons par l’apparition cyclique des taches solaires (corrélation presque parfaite : 10,45 et 10,44 ans)

  • Les révolutions politiques, guerres etc. ont un effet dépressif mais parfois un sens expansionniste -> sujet ESSEC 2003

  • Démographie : rôle exogène pour Malthus, endogène pour Marx

  • Variations de la découverte des mines d’or (le crédit accordé par les banques s’accroît lorsque la contrainte monétaire se relâche). Pour G. Cassel, entre 1850 et 1910, l’accroissement annuel moyen des liquidités de 2,8 % permet de financer la croissance sans tension sur les prix

  • Hayek dénonce l’intervention de l’Etat : la dépression correspond à l’élévation des taux d’intérêt du marché par rapport au taux naturel et la rigidité salariale

  • Cette explication s’impose dans les années 70 et 80 (chocs pétroliers, yoyos du dollar, endaka, guerre du Golfe…). Les phénomènes spéculatifs sont gouvernés par des facteurs psychologiques assimilables pour Keynes à un « concours de beauté ».

  • École libérale, Lucas notamment : la seule cause du déséquilibre est le défaut de l’information économique sur certains marchés qui se répercute sur d’autres. Les cycles s’expliquent par des raisons monétaires, la politique monétaire perturbe l’information que constituent les prix. En cas de choc monétaire, le niveau général des prix augmente et le producteur a intérêt à travailler davantage aujourd’hui.

  • Théorie des chocs réels (real business cycles) : les chocs peuvent survenir dans des situations très diverses, innovation, dépenses gouvernementales par exemple. Les chocs de productivité provoquent une allocation différente en termes de travail et loisirs. Les perturbations d’aujourd’hui se répercutent dans le temps (modification à court terme de la propension à consommer ou à prendre des loisirs). Cette théorie concilie le principe de rationalité et l’idée que les chocs sont exogènes

  • Parabole des îles de Phelps qui explique le cloisonnement du marché du travail, l’importance des négociations entre employeurs et employés et met en valeur le rôle de l’asymétrie de l’information.

2.Les causes endogènes


  • Affaiblissement de la part de l’agriculture

  • Schumpeter : à la marge des causalités internes et externes. Le principe de destruction créatrice est fondé sur une causalité externe (nouvelles technologies) et constante. L’innovation contribue à faire basculer la société d’un système technique à un autre (d’un « cheval à bascule » à un autre, les fonctions de l’économie changent radicalement). Chaque phase ascendante Kondratiev s’explique par des innovations majeures. Mensch distingue les innovations motrices (informatique) des innovations de perfectionnement (micro-ordinateur).

  • Les théoriciens de la régulation expliquent le passage d’un mode de régulation à un autre en relativisant le rôle de l’entrepreneur (et l’innovation est rarement discontinue).

  • Analyse marxiste : la crise est le résultat des contradictions du capitalisme encouragé à la suraccumulation du capital. La nature endogène vient de la recherche du profit et de la volonté de surcapitaliser => décalage entre les sphères de la production et de la consommation. La monétarisation de l’économie explique le décalage entre la décision d’investir et celle de consommer. La crise est donc inéluctable car la plus-value empêche la réalisation de la loi des débouchés. L’économie capitaliste ne peut repousser la crise majeure qu’en élargissant les marchés (compromis fordiste)

  • La nouvelle économie classique se différencie des écoles schumpétériennes et keynésiennes. La NEC essaye de déduire le mouvement de l’économie des réactions des agents supposés développer une analyse rationnelle menant à l’optimisation : il s’agit de comprendre pourquoi le cheval bouge.

  • Pour les keynésiens, le cycle trouve son origine dans les variations du taux de rentabilité anticipée du capital le plus productif. L’anticipation d’une hausse de ce taux conduit à un surinvestissement qui conduit au bout d’un certain temps à une baisse de cette rentabilité. Faute d’un rendement escompté suffisant, les agents se désengagent et substituent des actifs monétaires ou financiers aux actifs physiques => spéculation

  • Aftalion : les perturbations de l’économie proviennent du retard dans l’adaptation de l’offre et de la demande (métaphore du poêle à charbon)

  • Kurt Wicksell : les cycles s’expliquent par des mécanismes financiers. La modification de la politique de crédit des banques entraîne un phénomène d’accélération des cycles financiers, donc de l’économie. Cette hypothèse est reprise par Hicks : l’explication financière repose sur l’effet de levier. L’économie d’endettement connaît des cycles d’expansion rapide, un surinvestissement donc un surendettement. Le retournement de conjoncture avec la hausse du taux d’intérêt entraîne une augmentation de la part des fonds propres et l’enlisement dans la dépression (la reconstitution des capitaux propres est beaucoup plus longue) On entre alors dans un processus déflationniste.

  • Pour Michel Aglietta (Macroéconomie financière), la libération de la finance dans les années 80 explique la dynamique cyclique et entrave la croissance : « l’appréciation de la valeur réelle des actifs patrimoniaux est nourrie par le rythme d’expansion du crédit plus rapide que celui de la production, c’est-à-dire par l’accroissement du ratio crédit / PNB. En retour elle stimule le développement du crédit. » Le prix des actifs patrimoniaux très élastique par rapport aux variations du PIB renforce le cycle. Les plus-values potentielles sur les actifs patrimoniaux entraînent des investissements financiers, l’endettement et la fragilisation financière. Mais plus la sphère financière s’emballe, plus il y a de déséquilibres à terme entre résultats financiers surévalués par le marché financier et la réalité de la croissance économique. Le comportement des chefs d’entreprise est mal adapté à la réalité du marché : la valeur des fonds propres augmentant, les entrepreneurs se croient riches et investissent excessivement, l’endettement augmente et la bulle éclate. La situation financière devient effroyable (Japon, marasme de l’endaka ou crise boursière de la fin du siècle dans les NPIA).

  • Aglietta explique ainsi le krach de 87 : la hausse des taux d’intérêt à court terme pour casser l’inflation entraîne une augmentation du ratio dettes/fonds propres, les entreprises sont de plus en plus soumises à la logique financière qui rend l’activité beaucoup plus cyclique qu’elle ne l’était dans la phase de régulation par l’Etat. L’ajustement est plus ou moins long selon l’importance de la dévalorisation du capital accumulé dans la période précédente, la dépression dure tant que le déstockage n’est pas achevé => situation de déflation généralisée dans les échanges interindustriels (récession en 93-94).



C.Peut-on échapper aux cycles ou en limiter les effets ?


Peut-on obtenir une croissance stable et équilibrée ?

1.La controverse théorique : Harrod contre Solow

a)Le modèle d’Harrod ou l’instabilité de la croissance sans intervention publique


Harrod prolonge l’analyse de court terme de Keynes et met en évidence les difficultés de réalisation d’un équilibre dynamique de longue période. On suppose :

  • Le taux d’épargne s est constant

  • Le rapport v du capital sur la production est constant : l’investissement accroît les capacités de production de I/v

  • Réalisation de l’équilibre épargne – investissement ex-post

  • R=C+I et R=C+S donc S=I, d’où I=sY

On a donc I/K =sY/K=s/v

Pour Domar, le taux de croissance du capital I/K=dK/K doit être le rapport constant entre le taux d’épargne et le ratio K/Y, afin que l’on ait offre = demande sur le marché des biens (il intègre à la fois le multiplicateur, effet de l’I sur la D, et l’effet de l’I sur l’O à plus long terme).

Pour Harrod, le processus de croissance est donc instable car il existe trois taux de croissance :

  • Le taux de croissance effectif g est le taux de croissance (de l’économie et de l’investissement, puisque v est supposé constant) réalisé

  • Le taux de croissance garanti qui assure aux entreprises le profit désiré et assure l’équilibre sur le marché des biens g(w)=s/v

  • Le taux de croissance naturel (taux potentiel de croissance de la production qui intègre l’évolution de la population active) g(n)

La condition d’une croissance équilibrée est la réalisation de l’égalité g=g(w). Il n’y a pas de raison pour que g soit égal au niveau d’investissement désiré, car les variables s,v et I sont indépendantes. De plus, même si l’équilibre est réalisé, il n’y a croissance équilibrée de plein-emploi que si g(w)=g(n), c’est-à-dire g(n)=s/v. Là encore, il y a fort peu de chances. La croissance est donc foncièrement instable et peut s’accompagner d’un chômage de masse.

Harrod distingue 4 cas :

  • g>g(w), alors l’investissement effectif est plus important que l’investissement désiré, on est en situation d’accélérateur et g s’accroît encore => phénomène auto entretenu de croissance (oscillateur de Samuelson). Expansion cumulative qui entraîne éventuellement des tensions (inflation de croissance, déséquilibre de la balance extérieure…)

  • g

  • g

  • g(n)>g>g(w) : situation de croissance longue avec un certain degré de chômage (le taux effectif de croissance n’atteignant pas le taux naturel), on atteint un équilibre de sous-emploi. Il est donc à peu près impossible de réaliser une croissance équilibrée et de plein-emploi.

Ce modèle, quoique trop schématisé, fonde les modèles des années 50 et 60, mais ceux d’inspiration keynésienne (optimistes !) accordent une importance plus grande à l’évolution du taux d’épargne. Pour Kaldor, une certaine répartition peut rendre possible la croissance équilibrée : le taux d’épargne varie dans le temps avec l’évolution de la distribution des revenus : s est une fonction croissante de la part des profits dans le produit national, l’égalité entre g, g(w) et même g(n) est assurée grâce à une modification de la répartition du revenu entre salaires et profits.

b)Solow ou le retour automatique à l’équilibre


On suppose une économie de marché à un seul bien avec des hypothèses très restrictives :

  • Égalité entre épargne et investissement

  • Information parfaite

  • Salaire réel et taux d’intérêt peuvent varier librement

  • Fonction de production à valeurs substituables avec réalisation du plein-emploi

On peut maintenir un régime permanent de croissance équilibrée obtenu par la variation du ratio K/Y, fonction de l’évolution du prix réel des facteurs de production et des modifications de la fonction de production qui en résultent. Il existe un sentier de croissance équilibrée sans intervention publique : ajustement permanent de la combinaison productive, fonction de la flexibilité des fonctions de production. La loi de Say est toujours réalisée.

C’est donc un modèle optimiste qui croit aux possibilités d’un équilibre spontané de la croissance grâce au laisser-faire.

2.La thèse du progrès technique


Les modèles précédents établissaient une séparation totale entre PT et accumulation du capital. Mais les seuls facteurs capital et travail ne peuvent expliquer la croissance => nouvelles hypothèses et modèles incorporant le progrès technique (a priori exogène) qui devient un facteur endogène de la croissance (résidu de Carré, Dubois et Malinvaud : 2,1 points sur les 5 de croissance de la France pendant les Trente Glorieuses).

Pour d’autres, le PT reste exogène, un bien public qui contribue à la convergence des économies, mais il est très difficile d’agir sur le rythme de la croissance (pour Solow, la régulation de la croissance est due au hasard) qui a un caractère aléatoire déterminé par le rythme de substitution des équipements anciens par des équipements neufs et par la substitution du capital au travail.

3.Les modèles de croissance endogène : la réhabilitation de l’Etat


D’après Solow, en l’absence de PT, la croissance est transitoire et due essentiellement à une hausse de s. Pour les théoriciens de la croissance endogène, celle-ci ne relève pas seulement du hasard, il y a des facteurs à l’origine d’externalités positives. On suppose le rendement du capital constant, la croissance est d’autant plus forte que l’investissement est important. Le rendement du capital est maintenu constant grâce aux externalités :

  • Capital humain (Lucas, Becker)

  • Dépenses de recherche, d’innovation => justification pour Romer de subventions à la recherche. Le rendement social de ces dépenses publiques est le double de son rendement privé. L’Etat peut aussi favoriser l’internationalisation des externalités.

  • Accumulation des connaissances et du capital physique => effet d’apprentissage et synergies de l’accumulation du capital physique (Romer)

  • Infrastructures publiques (Barro, facteur de production externe à la firme) qui justifie une intervention appropriée de l’Etat. On minimise les effets d’éviction, l’Etat peut dynamiser la croissance en orientant les dépenses publiques vers des dépenses augmentant le rendement du capital (Allais)

Contrairement au modèle de Solow, la croissance endogène explique l’hétérogénéité des économies par le taux de PO, mais aussi la nature des infrastructures. Mais les dépenses publiques ne sont réhabilitées que dans une perspective structurelle de croissance à long terme, non de régulation conjoncturelle.

II.Les mécanismes de la crise : comparaisons

A.Des crises marquées par la déflation : les points communs des crises de 1873 et 1929


  • Baisse des prix de longue durée (en France, -14 % entre 1873 et 1878 et –50 % entre 1929 et 1935 ; aux EU, -35 % entre 29 et 32).

  • Choc boursier (krach allemand de mai 73 et jeudi noir de 1929)

  • Pas de « validation de la production » (marché durablement offreur), la concurrence s’avive et exerce une pression à la baisse sur les coûts de production ainsi que sur les gains de productivité

  • La demande s’affaisse sans compensation par la hausse de pouvoir d’achat de ceux qui conservent un travail

  • Stagnation des salaires nominaux (hausse des salaires réels de 50 % entre 73 et 1900)

Mais des différences : la GD ne donne lieu qu’à une décélération de la croissance de la production industrielle (malgré un rétrécissement du secteur agricole). Dans les années 30, l’investissement industriel chute (de 29 à 32, - 50 % de production industrielle et –70 % pour les biens d’équipement aux EU).

Explication monétaire : la contraction des années 20 pour rétablir le taux de change extérieur n’a pas été maîtrisée, d’où une baisse des prix prolongée. Ce mécanisme est dénoncé par Aftalion : il montre que les anticipations psychologiques conduisent à prolonger la déflation, ainsi que la recherche de l’équilibre budgétaire pour crédibiliser la politique monétaire, d’où un cercle vicieux de la baisse. Les politiques s’enchaînent et aggravent le phénomène (Hoover, Laval). Fisher complète cette explication financièrement : le surendettement qui précède 1929 explique la dépression et la contraction monétaire : la déflation financière explique la déflation économique.

B.La crise des années 70 : stagflation, désinflation, déflation ?


L’inflation devient un problème fondamental après 45.

Après 74, la crise prend une forme particulière : historiens et économistes ont des scrupules à utiliser le terme de crise. Pour Marseille, la période 1970 à 1990 serait les « vingt glorieuses ». Dans le modèle de Michel Beaud, il met des guillemets (repris par Asselain) au mot de crise. Des arguments s’opposent à une analyse en termes de crise :

  • La croissance économique reste conforme au trend de long terme (2 à 2,5 % de TCAM)

  • Les gains de productivité sont supérieurs au trend séculaire

  • La croissance reste assez régulière, malgré certaines tendances cycliques

  • L’internationalisation soutient la croissance mondiale (à la ≠ de la dépression fin de siècle et de celle des années 30)

  • Pour Jean-Noël Jeanneney, de 67 à 87, le niveau de vie de la population française a doublé

=> On parle de « fausse crise ».

La période apparaît comme une crise au sens où se développent un chômage massif et de nouveaux modes de régulation résultant des transformations structurelles des économies, en particulier de la remise en cause des Etats dans le contexte de la mondialisation. Dans les 70s apparaît le phénomène de stagflation, accélération de la hausse des prix dans un contexte de croissance ralentie : il se forme une spirale inflationniste, inversée de la déflation des 30s. Elle est due à :

  • L’inflation importée (hausse du prix des matières premières, pétrole notamment)

  • Inflation monétaire alimentée par la création monétaire : les taux d’intérêt réels sont faibles, voire négatifs et la planche à billets marche (création de monnaie nationale)

  • Système de Bretton Woods : le dollar est privilégié, ce qui permet une création monétaire américaine excessive jusqu’en 75 pour financer le leadership américain et son implantation économique.

  • Inflation par les coûts du fait de l’indexation des salaires sur les prix => course prix-salaires

La France connaît un maximum de 13,5 % de taux annuel d’inflation au début des 80s. Le partage de la VA défavorise les entreprises jusqu’au début des années 80.

Explications du cadre général de ralentissement de la croissance :

  • Compétition internationale qui renforce la contrainte économique. Les taux d’inflation les plus élevés vont de pair avec la croissance la plus faible. C’est à ce moment qu’apparaissent les déséquilibres commerciaux structurels : excédents pour le Japon ou l’Allemagne, déficits pour les EU (en déficit commercial depuis 71) et la France jusqu’en 92.

  • Les politiques de redressement économique (on dit aussi restructuration ou ajustement structurel pour le tiers monde) qui contestent la régulation keynésienne et visent à redresser les conditions de l’offre en favorisant le profit, l’autofinancement, l’émergence des entreprises et du progrès technique.

  • Renforcement de la contrainte monétaire : Volcker augmente les taux d’intérêt (en 79 : le taux directeur est à 17 %, soit plus de 25 % pour les crédits à la consommation), ce qui provoque une récession (EU au début de l’ère Reagan, au RU au début de l’ère Thatcher). La France est quant à elle en porte-à-faux en relançant (=> appel de produits importés, le chômage s’établit dans la stabilité).

  • La croissance devient intensive et pauvre en emplois, avec une recherche constante de gains de productivité pour assurer la compétitivité.

Après 79, la crise entre dans une phase de désinflation, ralentissement de la hausse des prix qui s’accompagne d’une croissance récessive et d’un chômage massif. Aglietta compare la période à la GD avec cette différence que dans le système de l’étalon-or, la déflation était ouverte (décalage entre le stock d’or et les besoins monétaires). Le système monétaire contemporain est caractérisé par des changes flottants et une élasticité à l’offre de liquidités qui permet de combattre la déflation. La désinflation est donc une déflation contrariée. La déflation peut être effective, mais dans la plupart des cas elle reste cachée.

Les gains de productivité sont souvent plus élevés que la croissance, la concurrence internationale est extrêmement vigoureuse, le marché du travail est flexibilisé. L’importance des transferts empêche la déflation (existence de secteurs abrités).

La politique de maintien des taux d’intérêt réels supérieurs au taux de croissance entraîne une hausse des charges financières supportées par les emprunteurs, l’endettement est donc maintenu au-dessous de l’endettement désiré, ce qui ralentit l’investissement et la croissance. Les cycles deviennent financiers. L’activité économique est fonction de l’évolution des taux d’intérêt d’une période à l’autre, on entre dans une économie casino spéculative qui voit se déplacer les crises d’une régulation à une autre, extensive pour les EU, dépressive pour l’Europe et le Japon => désynchronisation des cycles.

Les tensions inflationnistes renaissent en Europe avec la construction monétaire. Le gap inflationniste entre l’Allemagne et la France s’inverse après 90. La contrainte monétaire du SME pèse sur la croissance européenne, d’où une récession en 93 (France et Allemagne notamment). Au Japon après 94, on pratique les taux d’intérêts nuls. La chute des taux d’intérêt après 91 permet jusqu’en 2001 un investissement et une croissance inégalée depuis 45. Les taux d’intérêt faibles sont privilégiés pour assurer le développement de l’investissement productif avec des tendances à l’endettement, voire au surendettement dans certains secteurs (nouvelle économie). Il y a aussi désynchronisation au niveau régional : les années 90 voient une remise en cause de la stabilité des changes au niveau européen (pratiques de dévaluation compétitive).

Explications structurelles : taux de PO trop élevé, refus de la réforme de l’Etat-Providence, peu d’efficience du marché du travail, déficits publics.

La désinflation ne correspond-elle pas à un nouveau régime de croissance équilibrée adopté faute de mieux ? Il est difficile d’accepter le caractère exceptionnel des Trente Glorieuses. Le compromis actuel tend à socialiser le chômage et ne satisfait personne en raison de la croissance des inégalités, mais traduit la capacité des régimes de redistribution à maintenir une certaine stabilité sociale => il est difficile de les remettre radicalement en cause.

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