Fluctuations économiques, crise économique, désinflation, croissance potentielle, dépression





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date de publication29.09.2017
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ECONOMIE

THEME: Comment expliquer l’instabilité de la croissance ?

NOTIONS: fluctuations économiques, crise économique, désinflation, croissance potentielle, dépression.


INDICATIONS COMPLEMENTAIRES:

L'observation des fluctuations économiques permet de mettre l'accent sur la variabilité de la croissance et sur l'existence de périodes de crise.

Il est nécessaire de comparer les idées des principaux schémas explicatifs des fluctuations (chocs d'offre et de demande, cycle du crédit), en insistant notamment sur les liens avec la demande globale.

Il est, également, utile de bien comprendre le rôle des politiques macro-économiques (nationales et européennes) dans la gestion de fluctuations conjoncturelles.


L’étude des mécanismes cumulatifs susceptibles d'engendrer déflation et dépression économique et leurs conséquences sur le chômage de masse, souligne la difficulté des arbitrages de l’état, en matière de politiques économiques.


COMMENT EXPLIQUER L’INSTABILITE DE LA CROISSANCE ?
I°) Le constat de l'irrégularité de la croissance économique

II°) Des fluctuations aux explications multiples

III°) Agir face aux fluctuations aux explications : les politique conjoncturelles

IV°) Les limites des politiques conjoncturelles: risque de déflation et endettement public


La croissance économique d'un pays ne suit pas, d'année en année, un rythme régulier. Elle connaît des périodes d'accélération et de ralentissement, voire de recul. Ces fluctuations économiques se constatent sur le long terme, et les économistes divergent sur les explications de cette instabilité de la croissance. Les politiques destinées à faire face à ces irrégularités présentent des instruments variés, qui comportent cependant des limites.

I°) Le constat de l'irrégularité de la croissance économique

• L'observation statistique a, depuis longtemps, mis en évidence l'instabilité de la croissance : à la fin du xixe et au début du xxe siècle, des économistes comme le Français C. Juglar ou le Russe N. Kondratiev ont mis en évidence des ondulations des variables économiques, et notamment du rythme de la production. On parle ainsi du cycle Juglar (d'une durée de huit à dix ans) ou du cycle Kondratiev (d'une durée de cinquante ans environ). Dans tous les cas, il s'agit de l'alternance de phases de forte croissance et de ralentissement économique, pouvant parfois déboucher sur une diminution de la production (dépression).

• Sur la période de l'après-guerre, la France a ainsi connu une longue phase de croissance forte (les Trente Glorieuses entre 1945 et 1975) pendant laquelle le taux de croissance annuel moyen du PIB a été de l'ordre de 5 %. À cette phase a succédé une période de récession, marquée par un net ralentissement de la progression du PIB, analysé comme le retour d'une crise économique, situation que le monde avait déjà connue en 1929. La différence avec la Grande Dépression est que, depuis 1975, les années de baisse de production ont été peu nombreuses, la production sur longue période continuant à progresser, bien qu'à un rythme modeste. En 2009, cependant, dans le sillage de la crise financière ouverte en 2008, les pays développés ont connu des baisses sévères de leur PIB (− 2,7 % pour la France et − 6,3 % pour le Japon, par exemple).

II°) Des fluctuations aux explications multiples

• De nombreuses hypothèses ont été avancées par les économistes pour expliquer ces fluctuations de l'activité économique. Ces différentes interprétations reflètent des clivages dans l'analyse des mécanismes de l'économie, clivages révélateurs de l'éventail théorique et idéologique de la science économique.

L'insuffisance de la demande : l'économiste britannique J. M. Keynes (1883-1946) a mis au cœur de son analyse de la crise l'insuffisance de la demande globale. Pour lui, le ralentissement du rythme de la production s'explique par l'insuffisance de débouchés au niveau de la consommation des ménages et, par rebond, des achats de biens de production des entreprises, c'est-à-dire de l'investissement. Appliquant son schéma à la crise de 1929, Keynes décrit le cercle vicieux qui alimente la crise : baisse de la demande globale → ralentissement de l'activité économique → montée du chômage et baisse des revenus → baisse de la demande, etc.

La crise de surproduction : l'analyse de Karl Marx (1818-1883) est bien antérieure à celle de Keynes et elle met en cause la logique même de l'accumulation des profits réalisés par les capitalistes, accumulation qui les amène à développer les capacités de production à un rythme supérieur aux capacités de débouchés de la consommation. Ce décalage récurrent conduit à un retour régulier des crises de surproduction qui engendrent un chômage de masse aggravant la situation de surproduction. Marx voit dans le retour cumulatif des crises un processus de destruction à terme des structures du capitalisme.

Le choc d'offre de l'innovation : on désigne par l'expression "choc d'offre" les effets sur l'activité économique d'une transformation soudaine et importante d'une ou de plusieurs conditions de la production. L'économiste J. Schumpeter (1883-1950) a développé une analyse des cycles et des crises économiques fondée sur l'irruption, à intervalles réguliers, d'innovations majeures révolutionnant les modes de production et de consommation. Ce choc sur l'offre se traduit, dans un premier temps, par la fragilisation et l'élimination des structures vieillies et des produits obsolètes (situation de crise et accroissement du chômage) et provoque ensuite une phase de croissance dynamique au fur et à mesure que les effets de l'innovation se diffusent.

La crise pétrolière, un choc d'offre et de demande : la crise du milieu des années 1970 est souvent mise sur le compte de l'envolée des prix du pétrole (multiplication par 4 en quelques mois) en 1974, en raison de la répercussion de cette hausse sur les coûts de production des entreprises, mettant à mal leur compétitivité. Cette pression sur les coûts contraint les entreprises les plus fragiles à réduire leur volume de production et entraîne la faillite de certaines d'entre elles. Mais, du côté des ménages, cette hausse des prix déclenche un « choc de demande » : en augmentant la facture énergétique dans les budgets, elle comprime le pouvoir d'achat et réduit la consommation de produits manufacturés et de services. La spirale de la récession est alors en marche.

Crise financière, crise du crédit : une autre explication, plus adaptée à la crise actuelle, met en avant le rôle des désordres financiers dans la genèse de la crise. Si la crise de 1929 a été déclenchée par le krach boursier de Wall Street, elle s'est rapidement diffusée à la sphère de la production en raison de la contraction du volume du crédit (credit crunch) qui en a résulté. Sur le même schéma, la bulle financière engendrée par la spéculation immobilière des années 2000 aux États-Unis a débouché sur la crise des subprimes à partir de 2007. Ces emprunts à risque, accordés à des débiteurs insolvables incapables de les rembourser, ont fait s'effondrer la valeur du patrimoine de ceux qui les détenaient dans leurs portefeuilles de valeurs. Les répercussions en chaîne sur les banques, les entreprises et les ménages ont diffusé la crise de la sphère financière à l'économie réelle, avec des dégâts considérables sur la production et l'emploi.

III°) Agir face aux fluctuations aux explications : les politique conjoncturelles

• Face à cette instabilité, les politiques publiques ont pour ambition d'agir de manière contra-cyclique, pour ralentir l'activité économique lorsqu'elle est en surchauffe (mais ceci n'est pas d'actualité), et surtout pour la relancer en période de récession. Les deux instruments classiques de ces politiques de court terme (politiques conjoncturelles) sont la politique budgétaire (à travers les dépenses et recettes de l'État) et la politique monétaire (agissant sur le crédit et sur la monnaie).

• La politique budgétaire, d'inspiration keynésienne, vise, en période de crise, à accroître les dépenses publiques pour relancer la croissance, notamment en favorisant la reprise de l'investissement public et privé, et en soutenant la consommation des ménages.

• La politique monétaire consiste à réguler la progression de la masse monétaire, mais elle pose aujourd'hui un problème : si certains États ont encore la maîtrise de leur monnaie (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon…), les pays de la zone euro ont délégué leur pouvoir monétaire à la Banque centrale européenne, indépendante des autorités politiques nationales. La BCE utilise son taux directeur (taux auquel se refinancent auprès d'elle les banques commerciales) comme principal outil de régulation du crédit. À partir de 2008, par exemple, la BCE a ouvert des facilités de refinancement pratiquement sans limites pour éviter l'effondrement du système bancaire européen. Cette politique est en rupture avec la politique restrictive de crédit que la BCE menait jusqu'alors dans le but d'éviter le retour de tensions inflationnistes.
IV°) Les limites des politiques conjoncturelles: risque de déflation et endettement public


• Les marges de manœuvre des États pour agir sur la conjoncture sont limitées, d'une part, par le risque de déflation, d'autre part, par la situation dégradée des finances publiques.

• Les politiques de rigueur visant à contenir l'inflation par un contrôle strict de la création monétaire et du crédit peuvent générer des situations de stagnation, voire de régression de l'activité. Ces politiques de désinflation ont globalement, ces dernières années, atteint leurs objectifs en matière de modération des prix, mais elles se sont accompagnées d'un fort ralentissement économique faisant craindre la déflation : celle-ci se traduit par la baisse de la production, des revenus, de la demande et des prix dans une spirale auto-entretenue, génératrice d'un chômage de masse.

• Mais la forte progression de l'endettement public et l'incapacité des États à réduire le déficit budgétaire rendent problématique la mise en œuvre de politiques de relance qui permettraient de conjurer ce risque de déflation. Le déficit public de la France en 2011 a atteint 5,7 % du PIB, par exemple. La dette publique représente, pour certains pays, entre 80 % et 140 % du PIB, rendant inopérants les instruments keynésiens de relance de l'activité économique.

Face à ces écueils, il faut s'interroger sur ce que les économistes appellent la « croissance potentielle ». Ce concept définit la limite maximale qu'un pays peut espérer atteindre en termes de croissance économique sans que des tensions inflationnistes apparaissent. Cette norme dépend évidemment de la capacité de mobilisation du facteur travail et du facteur capital disponibles, mais aussi de la productivité globale des facteurs de production. Pour élever le niveau de la croissance potentielle, des politiques de plus long terme (structurelles) sont nécessaires pour améliorer l'efficacité de l'économie en agissant sur des variables comme la productivité du travail ou le fonctionnement des marchés des biens et des services.

Après avoir lu et compris les concepts et mécanismes économiques présentés dans le thème ci-dessus, tentez de répondre aux questions suivantes, en les justifiant et les illustrant par des situations historiques ou d’actualité:

1°) Définir le terme « gains de productivité ».

2°) Déterminer et expliquer les 4 phases d’un cycle économique ?

3°) En quoi le niveau des taux d’intérêt est-il un déterminant de l’investissement des entreprises ?

4°) Quels sont les conséquences du progrès technique sur le niveau de l’emploi ?

5°) Distinguer les différents types de cycles qui caractérisent les fluctuations de l’activité économique .

6°) Quels sont les oppositions entre néoclassiques et keynésiens, en matière de politique salariale pour relancer la croissance et atteindre le plein emploi ?

7°) Dans la logique keynésienne, que signifie «  le multiplicateur d’investissement ».

8°) Expliquer la notion de « destruction créatrice » utilisée par Schumpeter?

9°) Quels sont les différents moteurs de la croissance économique ?

10°) Distinguer les notions de « croissance extensive » et de « croissance intensive » ?

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