Croissance et mondialisation





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date de publication08.12.2016
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COMPOSITION
Croissance et mondialisation

Vous présenterez les différentes phases de la croissance économique depuis le milieu du XIXe siècle et les économies-mondes successives (britannique, américaine, multipolaire…). 
La mondialisation des économies et des cultures est aujourd’hui le trait dominant de l’organisation géopolitique du monde. Cette mondialisation est le produit d’une histoire qui a vu depuis l’industrialisation (Milieu du XIXe siècle) se succéder différentes économies-mondes. A l’expression de Fernand BRAUDEL (La grammaire des civilisations 1963-1987) qui désignait à l’origine des économies dominant des périphéries et des marges à partir d’un centre s’est substituée l’idée que le monde est tout entier pris dans les logiques et les rythmes d’une économie de rayonnement mondial. A travers l’étude des trois grandes économies mondes successives (Britannique, américaine et multipolaire) nous verrons comment se construit et s’affirme une « économie monde » et comment l’une succède à l’autre. L’étude de l’économie monde britannique permettra de voir comment l’industrialisation et la colonisation ont permis l’affirmation de l’économie capitaliste industrielle et libérale. L’étude de l’économie-monde américaine permettra de voir la diffusion en période de très forte croissance du modèle de la société de consommation. L’étude de l’économie monde multipolaire permettra de voir la diffusion en Asie et l’Est et en Amérique du Sud du modèle de croissance libéral. 
* * *
L’économie-monde britannique domine le monde au XIXe siècle (1815-1914). C’est la première économie monde capitaliste libérale et industrielle. On passe progressivement des économies-mondes interconnectées (économie européenne, économie arabo-indienne, économie chinoise…) à une seule économie monde. Sa puissance et son rayonnement s’exercent à l’échelle de la planète. Non seulement comme au XVIIIe siècle les produits qui irriguent son économie (Coton, thé, bois…) viennent du monde entier mais elle organise l’économie de régions très lointaine au service de son propre dynamisme. Le coton cultivé en Inde (Colonisée rapidement après la perte des colonies américaines) est réexporté dans les filatures anglaises qui le filent (Les fameux tissus d’ « indiennes »). Ces produits textiles manufacturés sont ensuite revendus en Grande Bretagne d’abord, en Europe ensuite et dans le reste du monde enfin. Les populations des colonies fournissent alors des consommateurs captifs : les Anglais ordonnent en Inde la destruction des métiers à filer et à tisser en bois pour contraindre les Indiens à acheter les cotonnades anglaises. Si l’industrie (et surtout textile) et ses colonies sont des éléments importants de la puissance anglaise son idéologie libérale (Qui promeut le libre-échange et donc l’ouverture des frontières, 1860 accord de libre échange Franco-anglais) et sa monnaie en sont des fondements majeurs. Le libéralisme devient l’idéologie dominante de la classe propriétaire bourgeoise. Les impôts faibles, les péages intérieurs abolis (1846 abolition des corn laws), les taxes aux frontières quasi inexistantes favorisent les échanges qui profitent aux patrons industriels et aux commerçants. Cependant l’État au budget très restreint ne peut assurer que ses missions régaliennes « d’État gendarme » (Justice, Armée, Marine de guerre, Affaires étrangères, Monnaie) laissant les ouvriers agricoles et industriels dans une misère parfois atroce (Dépeinte par Dickens par exemple dans Oliver Twist 1837-1839). La monnaie britannique est également un des éléments de sa puissance. La Livre Sterling (£) grâce aux stocks d’or de la Banque d’Angleterre devient la monnaie des échanges mondiaux, assurant ainsi à l’économie britannique un surcroît de croissance. Londres devient un « hyper-centre » (Le centre de l’économie monde dominante). La City (Cœur financier des échanges commerciaux et financiers) est situé à proximité des sites industrialo-portuaires (Le long de la Tamise, London Docks et West India Dock) et accueille les places boursières (London Stock Exchange LES, London Metal Exchange LME) et des compagnies financières (Lloyd’s) de rayonnement mondial. Les réalisations architecturales (1863, le premier métro souterrain du monde, le Tower Bridge de 1886 plus grand et plus sophistiqué des ponts basculants du monde à cette époque) manifestent l’extraordinaire puissance d’une économie-monde britannique qui impulse les grands rythmes de croissance (1848-1873 et la « Belle époque » de 1896-1914) mais aussi de crise (1873-1896 la « Grande Dépression »). La Grande Bretagne domine aussi les esprits (Adam Smith et Recherches sur la nature et les causes de la richesse parmi les nations, 1776) et les sciences ou les arts (Darwin, Dickens, Conan Doyle…). Pourtant cette puissance spectaculaire va s’effriter puis s’effondrer entre les deux guerres mondiales. C’est progressivement les États-Unis qui s’imposent comme l’économie de rayonnement mondial. 
Les États-Unis d’Amérique dominent le monde du second XXe siècle. Cette domination est absolue : on parle d’hyper puissance. Quels furent les étapes et les ressorts de la puissance économique des États-Unis au XXe siècle ? Si l’économie-monde américaine domine le monde sans partage durant tout le XXe siècle cette puissance est plus ancienne. C’est la guerre civile américaine (Civil War, 1861-1865) qui oppose les planteurs du Sud cotonnier favorables au libéralisme et les industriels protectionnistes du Nord financier qui règle le destin américain. Protégés derrière de solides barrières douanières, les industriels de « Nouvelle Angleterre » participent à la « naissance d’une nation ». La Première Guerre mondiale (1914-1919) permet aux États-Unis qui approvisionnent les belligérants et se font payer en or de devenir les créanciers du monde. C’est un soubresaut idéologique qui suspend l’expression du leadership américain (Refus de ratification du traité de Versailles, quotas, prohibition). Mais la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) les ramène brutalement sur le devant de la scène. Sous l’impulsion de Roosevelt (1932-1945) le modèle keynésien (Politique de relance de la croissance par la relance de la consommation) s’impose. La Guerre Froide (1947-1991) permet aux États-Unis de diffuser leur modèle (Capitalisme libéral keynésien, société de consommation). La géopolitique et l’économie sont étroitement liés : le Plan Marshall (1947, 12 milliards de $ or versés aux États européens) permet de conserver l’Europe de l’Ouest dans le giron étatsunien tout en permettant le passage en douceur d’une économie de guerre à une économie de paix (fournissant des produits de consommation courante). Les accords internationaux (Brettons Wood, 1944 et la création du Fond Monétaire International FMI, création de l’Organisation des Nations Unies à San Francisco en 1946 et dont le siège est à New York) assurent aux États-Unis une position prééminente. Les monnaies mondiales sont gagées sur le dollar (Système Monétaire International 1944-1971) et font de la monnaie américaine la monnaie des échanges internationaux. La période qui va de la fin de la Seconde Guerre mondiale au milieu des années 70’ (Les « trente glorieuses » de Jean Fourastié) se caractérise par une croissance exceptionnelle (+5% de croissance de PIB/an) et par la diffusion de l’American Way of Life fondée sur la consommation de masse et l’État providence (Sécurité sociale en France, 1946). Le modèle fordiste s’impose. Mais le système à ses limites : la masse monétaire en circulation excède les réserves de métaux précieux de la Federal Reserve (Banque centrale américaine) et le dollar est détaché de sa parité en or (1972) instaurant un système de taux de change flottant et la spéculation sur les monnaies. L’énergie à bon marché (le baril d’Arabian Light de 142 litres vaut 5$ en 1965) prend fin dans les années 1970 (1973-1974 et 1979 les « Chocs pétroliers ») et les industries occidentales sont contraintes d’abandonner à des concurrents mieux disant en termes salariaux et fiscaux les activités de faible valeur ajoutée (Extraction minière et industries de l’acier, construction navale).
L’économie-monde aujourd’hui n’est plus dominée par une seule économie nationale. Trois grands pôles de puissance (La « Triade ») se dégagent : l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord et l’Asie de l’Est. L’économie-monde est devenue multipolaire. Est-on vraiment devant une 3e mondialisation (la « 3M ») ou bien seulement devant la diffusion à l’échelle planétaire d’un même système économique ? L’émergence de l’Asie orientale reste le phénomène le plus spectaculaire du dernier quart de siècle. Aux côtés du Japon (Réindustrialisé dans les années cinquante) se sont positionnés les Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie de la 1ère génération (NPIA-1) comme la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong. Les délocalisations des entreprises industrielles de la Triade ont également fait émerger des puissances économiques nouvelles (Littoral chinois, littoral indien, littoral brésilien) surnommés (Par Goldman Sachs 1998, puis l’ONU) les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Les États anciennement industrialisés frappés par la « crise » (Prenant l’apparence d’une stagflation c’est-à-dire d’une conjonction d’une croissance faible et d’une forte inflation) ont abandonnés les politiques keynésiennes et adoptés des stratégies libérales. Déréglementation, dérégulation (Du secteur bancaire entre autre)… Politiques de choc permettant la limitation de l’inflation au prix d’une forte hausse de la pauvreté (Plus de 10% de pauvres en France, 440,000 de plus en 2012). Le contraste est frappant entre les vieux pays industrialisés et les BRICS (La croissance du PIB de la Chine dépasse les 10% depuis 10 ans alors que celle de la France oscille entre 0,5% et 1,5% !). Parfois les BRIC donnent l’impression de réinventer l’économie : ils sont porteurs de projets alternatifs (« Chinafrique », partenariats sud-sud comme le partenariat IBAS entre l’Inde le Brésil et l’Afrique du Sud) et réaniment comme le Brésil de Lula da Silva et de Dilma Rousseff) le vieux discours des non-alignés (Bandoeng, 1955). Mais leurs fondamentaux économiques sont libéraux et ils veillent devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à ce que les vielles puissances industrielles en fassent autant (Lutte contre les subventions aux produits agroalimentaires). Indiscutablement le monde est passé en deux siècles d’un système d’économies mondes interconnectées plus ou moins fortement à une économie mondialisée, où les régions anciennement industrialisées forment un centre dominant plus ou moins des périphéries et laissant des marges (Pays en Voie de Développement, Pays émergents…) en situation de croissance lente. La diffusion d’un modèle industriel et libéral unique (On parle même de « pensée unique ») est d’une telle ampleur que certains parlent de « fin de l’Histoire » (Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire ou le dernier homme, 1992). Pourtant de nombreuses régions du monde sont encore des laissées pour compte de la mondialisation et les atteintes à l’environnement (prix d’une forte croissance pour de plus en plus d’humains) sont des défis que seule une nouvelle mondialisation pourra relever. 

* * *

En un siècle et demi le modèle économique libéral européen s’est étendu à l’ensemble de la planète, se diffusant au Sud autant qu’au Nord. Il s’agit de la continuation lente d’un même phénomène économique. 

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