Résumé : La relocalisation des activités industrielles : une approche centre/périphérie des dynamiques mondiale et européenne





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Article révisé pour publication, janvier 2010


La relocalisation des activités industrielles : une approche centre/périphérie des dynamiques mondiale et européenne1.
Claude GRASLAND1, GILLES VAN HAMME2

1Université Paris Diderot, UMR 8504 Géographie-cités, claude.grasland@parisgeo.cnrs.fr,

2Université Libre de Bruxelles, IGEAT, gvhamme@ulb.ac.be
Résumé : La relocalisation des activités industrielles : une approche centre/périphérie des dynamiques mondiale et européenne. Cet article met en évidence la persistance d’une forte division du travail entre les espaces centraux, semi-périphériques et périphériques, tant à l’échelle du globe que de l’Europe. Les secteurs les plus intensifs en travail ont certes connu une importante relocalisation vers les espaces périphériques sur la période 1975-2005, mais les secteurs qui requièrent la plus forte maîtrise technologique restent largement localisés dans les espaces centraux. Aussi, l’évolution du commerce montre l’importance des relocalisations macro-régionales vers l’Asie-Pacifique.
Mots-clés : industrie, commerce, délocalisations, centre/périphérie, Europe, Monde.

Abstract : The relocation of industrial branch : a centre/periphery approach of worldwide and european dynamics. This paper highlights the persistance of a world division of labour between the centre, the semi-peripheries and the peripheries, at both the world and the European scale. The labour intensive sectors have gone through a relocation process towards the peripheries during the 1975-2005 period, but the most technological sectors have largely remained in the centre. Also, the trade evolution shows the importance of the relocation process towards Pacific Asia.
Keywords: industry, trade, relocation, centre/periphery, Europe, World.
La relocalisation des activités industrielles : une approche centre-périphérie des dynamiques mondiale et européenne2.
Claude GRASLAND1, GILLES VAN HAMME2

1Université Paris Diderot, UMR 8504 Géographie-cités, claude.grasland@parisgeo.cnrs.fr,

2Université Libre de Bruxelles, IGEAT, gvhamme@ulb.ac.be

Introduction

Il existe différentes perspectives sur la mondialisation. Parmi celles-ci, l’approche centre/périphérie place ce processus dans les temps longs. Elle met en évidence la mise en place d’une économie-monde à l’échelle mondiale dès le XVIe siecle (Braudel, 1979; Wallerstein, 2002). Dans cette perspective, l’espace du capitalisme global est structuré entre un centre, des semi-périphéries et des périphéries. La dynamique du système a pu faire varier les contours géographiques de cette hiérarchie du monde mais le système garde de fortes permanences à travers le temps (Amin, 1970) .
L’objectif de cet article n’est pas de tester la pertinence du modèle centre/périphérie en comparaison à des modèles alternatifs mais bien d’en montrer la valeur empirique pour mettre en évidence et comprendre les évolutions géo-économiques contemporaines. Pour atteindre un tel objectif, nous proposons de mesurer l’évolution de la localisation de quelques secteurs à travers le temps depuis les années 1970, dans la lignée des travaux menés par le CEPII depuis plusieurs années à partir de la base CHELEM (Lafay & al., 1989 ; De Saint Vaulry, 2008 ; Fouquin & Herzog, 2008).
Il ne s’agit pas ici d’avoir une approche sectorielle systématique mais de considérer quelques secteurs les plus indicatifs de cette structuration de l’espace économique du fait de leur niveau technologique et de leur intensité en capital ou en travail. Notre analyse insistera en particulier sur le textile – exemple-type d’une industrie à faible contenu technologique et forte intensité de main-d’œuvre –, d’une part, et la chimie et les machines-outils – industries à haut contenu technologique et fortes exigences en termes de qualification –, d’autre part (Vandermotten & Marissal, 2004). On s’intéressera aussi au secteur de l’automobile qui occupe une position intermédiaire. On peut formuler notre approche en posant différentes hypothèses sur l’évolution de la localisation sectorielle selon une structuration centre/périphérie de l’espace à différentes échelles :


  • le textile de par son faible contenu technologique et sa forte intensité en main-d’œuvre devrait caractériser de façon croissante les espaces périphériques ;

  • les secteurs mécaniques et chimiques devraient continuer à privilégier les centres étant donnée la difficulté à y tayloriser la production et l’importance de la recherche dans ces secteurs très exigeants en terme de qualification de la main-d’œuvre ;

  • le secteur automobile devrait connaître des évolutions intermédiaires, avec notamment une localisation croissante vers les espaces semi-périphériques.


L’intensité des bouleversements de ces dernières décennies ne pourrait toutefois être que partiellement mise en évidence si la régionalisation du monde en trois grands ensembles n’était pas également prise en considération, en particulier l’intensité des bouleversements des rôles respectifs de l’Asie- Pacifique et de l’Amérique du Nord (Poon, 1997, 2000; Anselin & O’Loughlin, 1996). Les trois macro-régions mondiales (Amériques, Asie, Euroméditerrannée) sont elles-mêmes structurés selon une logique centre/périphérie, comme nous essayerons de le montrer par une analyse plus fine des évolutions à l’intérieur de l’espace euro-méditerranéen.
L’article est structuré selon deux parties. Dans la première partie, l’évolution des échanges commerciaux mondiaux de produits industriels est mené selon une double division du monde en centre, semi-périphérie et périphérie, d’une part, et grandes régions économiques, d’autre part. Dans une seconde partie, les évolutions de la localisation des mêmes secteurs seront analysées à une échelle plus fine au sein de l’espace euro-méditerranéen (données commerciales par pays) et au niveau des régions de l’Union Européenne (données régionales de valeur ajoutée par branche en 1980, 1995 et 2005).



  1. Les recompositions des échanges mondiaux et la question des relocalisations industrielles (1975- 2005).


A partir des travaux menés dans le projet FP7 EuroBroadMap, nous avons établi une double grille de lecture aboutissant à une répartition des pays du Monde en 3 types de situation économique initiale en 1975 - centre (1) ; semi-périphérie (2) ; périphérie (3) - et 3 grandes régions économiques actuelles - Amériques (AM) ; EuroMéditerranée (EU) ; Asie-Pacifique (AP). L’Afrique subsaharienne est traitée comme une région périphérique à part (AF3) en raison de son tiraillement croissant entre les influences européennes, américaines et asiatiques. Les principes de cette typologie en 10 classes sont discutés en Annexe. On notera juste pour une bonne compréhension de l’article que le classement en centre, semi-périphérie ou périphérie est fondé uniquement sur la nature des échanges commerciaux (types de produits, asymétrie, …) et ne tient pas compte des flux de capitaux ou de service. Un pays comme l’Australie peut donc se retrouver classé « périphérique » au vu de sa structure commerciale, alors même que sur d’autres critères (PIB/habitant, influence politique, etc.) il serait classé « central ».

Figure 1 : Typologie croisée du Monde en régions et types économiques


Une fois établie la double partition de l’espace mondial en régions économiques, nous avons opté pour une représentation graphique plus synthétique et plus abstraite. Les échanges commerciaux sont étudiés sur 4 périodes espacées de 10 ans, avec lissage des évolutions sur 3 ans (1974-76, 1984-86, 1994-96 et 2004-2006). A chaque date, l’analyse est menée à l’aide de quatre indicateurs permettant d’évaluer conjointement la situation de chacune des aires mondiales dans la division internationale du travail.
Le poids dans le total mondial des échanges (import + export) constitue une première information essentielle qui permet de suivre le redéploiement des courants d’échanges à l’échelle mondiale. Il s’agit évidemment d’un indicateur très dépendant du découpage du monde en états. Aussi,  nous avons donc choisi de retirer le commerce entre les pays du centre européen (EU1) afin que, comme dans le cas du Japon (AS1) ou des Etats-Unis (AM1), le commerce interne des centres soit nul.
L’indice d’asymétrie des échanges est une mesure synthétique variant entre -1 et +1 permettant d’évaluer la situation de la balance commerciale pour une catégorie de produits donnée. Défini par la formule (Exp-Imp) / (Exp+Imp), il vaudra 0 pour les pays à balance équilibrée et se rapprochera de +1 pour les pays purement exportateur et de -1 pour les pays purement importateurs.
L’indice de spécialisation des exportations reflète la part des exportations d’un territoire dans une catégorie de produits rapportée à cette même part au niveau mondial. Un pays dont le produit A constitue 20% des exportations alors que la moyenne mondiale n’est que de 15% aura par exemple un indice de spécialisation de 100 x 20 / 15 = 133.
Les flux origine-destination entre les grands types d’espace constituent enfin une donnée essentielle pour comprendre les logiques de mise en réseau et de domination propres à chaque produit.
Dans tous les cas, les indices sont à interpréter conjointement pour aboutir à une image complète et nuancée des situations et des évolutions.

1.1 Les produits manufacturés : un marqueur des positions centrales et périphériques.
Les produits manufacturés sont définis dans cette étude comme l’ensemble des produits se situant en aval de la chaîne de valeur. En sont exclus les produits énergétiques, les produits miniers, les produits intermédiaires (acier, verre, ciment) et les produits agricoles (bruts ou transformés)3. Les échanges étant mesurés en valeur, la part des produits manufacturés peut varier en fonction des cours du pétrole mais augmente de façon tendancielle dans le commerce des marchandises. Elle passe de 45% en 1975 à 55% en 1985, 69% en 1995 et 66% en 20054.
D’une manière générale, la situation des échanges de produits manufacturés en 1975 est conforme aux prédictions du modèle centre/périphérie (figure 2 – haut). Les pays du centre totalisent plus de 66% des exportations de produits manufacturés contre 29% pour la semi-périphérie et un peu plus de 4% pour la périphérie. Les pays du centre sont spécialisés dans les échanges de produits manufacturés (indice 150) alors que les pays de la semi-périphérie sont dans la moyenne mondiale (106) et les pays de la périphérie très en dessous (15). Enfin et surtout, la balance des échanges de produits manufacturés est asymétrique, nettement en faveur des pays du centre (+0,34) alors qu’elle est légèrement déficitaire pour ceux de la semi-périphérie (-0,11) et très déficitaire pour la périphérie (-0,75). A l’intérieur de chacune des trois grandes régions mondiales, on retrouve la même hiérarchie entre centre, semi-périphérie et périphérie, aussi bien pour les indices de spécialisation que d’asymétrie. Chacune présente un équilibre relatif de ses échanges manufacturés avec le reste du monde et des degrés de spécialisation voisins dans les exportations de produits manufacturés. La seule exception notable au schéma général est constituée par la semi-périphérie asiatique qui représente encore un volume d’exportation assez faible (6,2% du total mondial) mais montre une balance légèrement positive (+0,05) et surtout un degré de spécialisation dans les exportations de produits manufacturés (144) qui est comparable à celui des pays centraux. Si la Chine et l’Inde sont encore des économies très fermées, les « Tigres » (Corée, Taïwan, Hong Kong) amorcent la montée en puissance de la côte Pacifique.
Entre 1975 et 2005, on observe des recompositions majeures des échanges de produits manufacturés selon la dimension centre/périphérie. L’évolution la plus remarquable concerne la semi-périphérie qui voit sa part dans le total des exportations passer de 30% à 46%, tandis que sa balance d’échange devient positive (+0,04). Cette évolution concerne toutefois surtout la semi-périphérie asiatique qui voit son excédent commercial de produits manufacturés s’envoler entre 1995 et 2005. La périphérie connaît également une forte croissance relative puisqu’elle passe de 4 à 10% des exportations mondiales de produits manufacturés. Mais son bilan commercial demeure toujours négatif en 2005, même s’il est moins déséquilibré (-0,25) et sa spécialisation dans les échanges de produits manufacturés demeure moitié moindre que la moyenne mondiale (50). Les pays du centre connaissent l’évolution la plus défavorable, mais celle-ci est largement liée au déficit croissant des Etats-Unis d’Amérique.

Si l’on raisonne non plus selon l’axe centre/périphérie mais par grandes régions du monde, on note une dégradation croissante de la balance commerciale des Amériques au profit de l’ensemble Asie-Pacifique, tandis que la situation de l’ensemble Euroméditeranéen demeure globalement en équilibre. La spécialisation dans les exportations de produits manufacturés montre quant à elle une convergence des trois grandes régions vers la moyenne mondiale.
Au total, on assiste semble-t-il moins à une remise en cause du modèle centre/périphérie qu’à la mise en place d’une nouvelle division du travail entre les grandes régions du monde. A l’intérieur de chacun des grands ensembles économiques, une hiérarchie demeure bien visible entre les pays de chaque catégorie, mais elle est brouillée par la montée en puissance commerciale de l’Asie-Pacifique face à l’Euroméditerranée et surtout aux Amériques. Il est important de souligner que le rattrapage de l’Asie dans le domaine des échanges commerciaux reflète largement son poids croissant à la fois dans la population et dans l’économie mondiale au cours de la période 1975-2005.


Figure 2 : Les échanges de produits manufacturés et textiles entre les grandes régions mondiales (1975-2005)


    1. Le textile : diffusion périphérique et concentration en Asie-Pacifique


Le textile, par son caractère peu qualifié et intensif en travail, représente sans nul doute le modèle de la délocalisation industrielle des centres vers les périphéries ainsi que de l’Europe et des Etats-Unis vers l’Asie-Pacifique. Il est en quelque sorte l’archétype par rapport à laquelle l’évolution des autres secteurs est jugée avec l’appréhension que tous les secteurs finiront par subir le même sort avec un décalage chronologique plus ou moins long.
L’analyse de la situation du commerce textile5 en 1975 souligne tout d’abord le fait qu’à cette date le processus de concentration des exportations dans la semi-périphérie est déjà très avancé, singulièrement dans l’ensemble Asie-Pacifique (figure 2 – bas). Les pays de la semi-périphérie asiatique ont en effet alors une spécialisation dans les exportations textiles plus de cinq fois supérieur à la moyenne mondiale (indice 520) alors que la périphérie européenne a beaucoup moins bénéficié des relocalisations de ce secteur (indice 181). Les deux espaces affichent des balances commerciales excédentaires dans ce secteur. Toutefois, la périphérie européenne développe dès cette date une spécialisation textile (Tunisie, Turquie, Egypte, Maroc) alors que ce n’est pas le cas de la périphérie asiatique. Le centre européen a déjà amorcé le repli des exportations textiles (indice 88) et affiche une balance déficitaire (-0,25) alors que le Japon demeure encore provisoirement spécialisé dans ce secteur exportateur (indice 111) et excédentaire (+0,35). Le cas le plus singulier est évidemment celui des Amériques où tous les types d’espaces (centraux, périphériques et semi-périphériques) affichent une égale absence de spécialisation textile (entre 36 et 49) et des déficits commerciaux marqués (entre -0,20 et -0,40).
Le mouvement de relocalisation de l’industrie textile dans la semi-périphérie est donc largement engagé en 1975 puisque ce sont ces territoires qui bénéficient des excédents commerciaux les plus importants (+0,30) au détriment des pays du centre (-0,11) et de la périphérie (-0,32). L’analyse des périodes suivantes montre une poursuite du mouvement vers les pays de la périphérie qui deviennent à leur tour excédentaires en matière d’exportations textiles dès 1995, tandis que le déficit du centre ne cesse de se renforcer. Dans l’espace EuroMéditerranée (EU) , le relatif maintien du textile observé en 1975 fait place à une dégradation continue jusqu’en 2005, sans atteindre toutefois les déficits observés dans les Amériques. Les relocalisations internes se poursuivent et permettent à la périphérie d’atteindre un fort niveau de spécialisation textile (204) et une balance positive (+0,21), mais la semi-périphérie abandonne dans le même temps les exportations textiles et devient déficitaire, entraînant un déficit pour l’ensemble de la région (-0,13). En Asie-Pacifique, on observe également un transfert vers la périphérie, mais sans pour autant affaiblir la position de la semi-périphérie qui demeure très excédentaire quoique de moins en moins spécialisée (grâce au passage à d’autres filières industrielles de niveau plus élevé, comme l’électronique).
L’analyse de l’exemple du textile montre que le phénomène de délocalisation ne se limite pas à un mouvement de diffusion générale des pays du centre vers les périphéries, mais comporte également une dimension plus régionale de spécialisation des grandes aires mondiales.


    1. Automobile et Chimie : diffusion vers la semi-périphérie et résistance des centres


Une explication possible de l’avantage comparatif des pays asiatiques dans le secteur textile réside sans doute dans le fait que le mouvement de diffusion du centre vers la périphérie y a été beaucoup plus précoce (Corée du Sud, Taïwan), et cette précocité elle-même reposait sur des atouts décisifs comme les fortes densités de population, l’existence d’Etats forts avec une stratégie cohérente de développement ou l’importance de l’aide américaine dans le cadre de la Guerre froide (Vandermotten & Marissal, 2004). La Chine – et dans une moindre mesure l’Inde – ont pris le relais comme atelier du monde dès les années 1990, avec des atouts relativement similaires dans la compétition internationale mais dotés d’une masse et d’un marché intérieur nettement plus important que les tigres d’Asie. Surtout, il semble que les investisseurs des pays centraux américains et européens aient préféré investir dans la semi-périphérie asiatique plutôt que dans leur voisinage proche, ce qui était d’autant plus facile que les produits textiles n’imposaient pas des transferts de compétence et des savoirs faire industriels aussi importants que dans d’autres secteurs. Il faut donc reprendre l’analyse scientifique dans des créneaux technologiques de niveau plus élevé pour voir dans quelle mesure il convient de fortement nuancer les conclusions qui pourraient être tirées de l’analyse de ces secteurs intensifs en travail.
Le cas des exportations automobiles6 présente des similitudes avec la filière textile dans la mesure où l’on observe la même tendance générale à l’affaiblissement progressif des pays du centre au profit de ceux de la semi-périphérie (Figure 3 - haut). Mais il s’agit d’un affaiblissement très relatif partant d’une position initiale extrêmement concentrée dans les espaces centraux. Ainsi, en 1975, près des trois quart des exportations mondiales d’automobile (75,3%) provenaient des Etats-Unis, du Japon ou d’Europe de l’Ouest. En 2005, le centre réalise encore plus de la moitié (54,3%) des exportations mondiales d’automobile alors qu’il ne représente plus que 44% des exportations de produits manufacturés et 35% des exportations totales. La spécialisation des pays centraux dans ce type de produits à l’exportation demeure très élevée (171 à 156) et remonte d’ailleurs légèrement entre 1995 et 2005. La semi-périphérie voit certes son poids augmenter (de 24 à 41% des exportations), mais son degré de spécialisation dans les exportations automobiles demeure toujours légèrement inférieur à la moyenne mondiale. Quant à sa balance commerciale, déficitaire en 1975, elle atteint ensuite l’équilibre sans plus. La part de la périphérie demeure quant à elle insignifiante.
Le schéma général au niveau mondial est donc celui d’une forte résilience du centre et d’une diffusion limitée vers la semi-périphérie. Toutefois, des nuances importantes apparaissent selon les grandes régions mondiales. Dans le cas des Amériques, les Etats-Unis voient leurs exportations automobiles réduites par deux (de 23% en 1975 à 10% en 2005) alors que la semi-périphérie passe de 11% en 1975 à 17% en 1985 et 1995 avant de redescendre à 15% en 2005. Le Canada puis le Mexique ont accueilli des entreprises automobiles américaines, tandis que le Brésil et l’Argentine développaient des capacités productives à leur tour, souvent à l’aide de capitaux extérieurs à la région Amérique. La balance commerciale des Amériques demeure tout de même déficitaire sur toute la période et sert d’enjeu dans le combat féroce que se livrent les constructeurs asiatiques et européens. Ces derniers ne délocalisent que très partiellement leur production et ne le font que sous la pression très forte des constructeurs japonais dans les années 1980 et 1990. Après être tombée de 32% à 23% des exportations mondiales entre 1975 et 1985, la part de l’Europe de l’ouest est remontée à 27% en 2005. La semi-périphérie suit le même mouvement avec une baisse de 12% à 10% entre 1975 et 1985 suivie par une forte reprise pour atteindre 16 à 17% en 1995 et 2005. Elle n’affiche toutefois un solde commercial que très légèrement positif et demeure peu spécialisée par rapport au centre. Le cas asiatique est sans doute celui qui paraît le plus conforme au modèle de diffusion centre/périphérie : le centre exportateur unique en 1975 (le Japon) augmente fortement sa part mondiale avant de perdre progressivement de l’importance au profit de certains pays semi-périphériques qui ont remonté les filières technologiques (Corée du Sud, Taïwan). Malgré la position encore très forte et stable du Japon, le développement de l’automobile dans les semi-périphéries asiatiques, à la différence de ce qu’on observe dans les régions semi-périphériques d’Europe et d’Amérique, est plus le produit de stratégies autonomes menées par de grands groupes nationaux avec l’aide de l’Etat (Hyundai en Corée, Tata en Inde) ou par l’Etat lui-même (cas de la Chine) que de délocalisations à partir du centre
L’exemple de la chimie que nous ne détaillerons pas (Figure 3 - bas) montre une évolution globalement identique de forte résilience des centres avec diffusion plus limitée encore vers la semi-périphérie. L’Asie apparaît moins spécialisée sur ce créneau qui est une spécialité de l’espace européen. L’affaiblissement des Etats-Unis est moins marqué et en tous les cas plus tardif que pour les filières précédentes. 
Figure 3 : Les échanges de produits automobiles et chimiques entre les grandes régions mondiales (1975-2005)



1.4 Aéronautique et Machine-outil : monopole ou oligopole des espaces centraux sur les produits stratégiques
Au-delà des questions de niveau technologique et de savoir faire industriel que nous avons analysées dans la section précédente, il est également important d’analyser les secteurs qui sont porteurs d’enjeux stratégiques, aussi bien en termes politiques qu’économiques. Nous avons en effet limité dans cet article l’analyse centre/périphérie à l’étude des échanges commerciaux, mais le concept est plus large et intègre également d’autres formes de domination, notamment dans les domaines militaire, diplomatique et culturel.
Les exportations de machines-outils (figure 4 - haut) sont de ce point de vue un élément capital de la domination des centres puisqu’elles conditionnent tout l’aval de la chaîne de production et sont un marqueur indirect particulièrement pertinent des processus de délocalisation industrielle, très complémentaire des Investissements Directs Etrangers (IDE). Comme dans le cas de l’industrie automobile, la domination des pays centraux dans le commerce des machines-outils est écrasante en 1975 (77% des exportations mondiales) mais elle se maintient à un niveau toujours élevé dans les décennies suivantes (encore 62% en 2005). Surtout, la balance commerciale demeure structurellement positive dans les pays du centre alors qu’elle est nettement négative dans les pays de la périphérie et de la semi-périphérie. Les exportations de machines-outils dessinent une image en creux du processus de relocalisation industrielle, en révélant les pays qui ont directement ou indirectement permis ce processus en apportant la technologie nécessaire. Si chaque centre exporte des machines-outils vers sa semi-périphérie ou sa périphérie, c’est l’Europe de l’Ouest et en particulier l’Allemagne qui apparaît comme le fournisseur mondial dominant en début de période, vers 1975. L’ensemble Asie-Pacifique apparaît en 1975 peu spécialisé dans ce secteur malgré le dynamisme japonais. Il va gagner nettement en autonomie ensuite, passant de 11% à 37% des exportations mondiales, dont plus des deux tiers par le Japon qui devient exportateur de machine-outil vers les Etats-Unis. Ces derniers vendent de plus en plus vers la semi-périphérie asiatique (Chine, Inde, Tigres) et de moins en moins vers leur propre périphérie ou semi-périphérie, conformément à l’importance prise par l’Asie-Pacifique pour les multinationales américaines.
Le secteur de l’aéronautique et de l’espace (figure 4 - bas) est étroitement lié à l’industrie et la recherche militaires et aux stratégies des grandes puissances mondiales. Les flux sont un reflet étroit de la projection de la puissance nord-américaine vers les pays alliés et le modèle centre/périphérie se dessine ici à partir d’un centre unique, même si l’Europe de l’ouest assure un relais. Ce secteur est celui où la domination du centre est la plus forte aussi bien en 1975 (86%) qu’en 2005 (80%) et c’est aussi l’une des rares branches où les Amériques demeurent l’acteur dominant sur toute la période (57% des exportations en 2005 contre 68% en 1975). Comme dans le cas de l’automobile, il y a eu un léger redéploiement des ETATS-UNIS vers la semi-périphérie qui passe de 5 à 10% des exportations mondiales. C’est toutefois de l’autre côté de l’Atlantique que les progrès les plus nets sont enregistrés avec une Union Européenne qui, à travers l’Agence Spatiale Européenne et Airbus, commence à ébranler la domination nord-américaine sur ce secteur.
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