Compte rendu des travaux du Séminaire pratique de formation aux nouvelles technologies de l'information et de la communication





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ASSEMBLÉE NATIONALE

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COMPTE RENDU DES TRAVAUX
du
Séminaire pratique de formation
aux
nouvelles technologies
de l'information et de la communication


11 - 12 avril 2000
Palais Bourbon


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Un séminaire sur les nouvelles technologies s'est déroulé au Palais Bourbon, les 11 et 12 avril derniers. Plus de 100 députés y participaient. Le séminaire comportait, en alternance, des tables-rondes et des séances de formation pratique avec un micro-ordinateur connecté sur la Toile. Les travaux du séminaire ont été ouverts et clos par M.Raymond Forni, Président de l'Assemblée nationale. Le compte-rendu sténographique des travaux des différentes tables rondes est proposé ci-après.

Une présentation en images de ce séminaire est également accessible en ligne


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Sommaire

Pages

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Mardi 11 avril

Ouverture du séminaire
par M. Raymond Forni, Président de l'Assemblée nationale :…………………….. 5

Présentation d'Internet, ses usages et ses potentialités par M. Joël de Rosnay, Directeur de la Prospective et de l'Evaluation à la Cité des Sciences et de l'Industrie :……. 7

1ère Table-ronde : "La société de l'information"…………………….………….. 27

Animateur : M. Jean-Edouard Choppin

M. Paul Soriano, Président de l'Institut de recherches et prospectives postales ….. 27

M. Philippe Quéau,
Directeur de la division information et informatique à l'UNESCO……………………….. 28

M. Marc Guillaume, Professeur à l'Université de Paris-Dauphine………………… 28

Mme Sophie de Menthon, Présidente de Multilignes Conseil……………………. 29

M. Joël de Rosnay ………………………………………………………………... 30

M. Paul Mathias, Maître de conférences à l'Institut d'Etudes Politiques………….. 30

Débat……………………………………………………………………………….. 31

Mme et MM. Philippe Quéau, Joël de Rosnay, Sophie de Menthon, Yves Cochet, Yvette Roudy, Paul Soriano, Daniel Marcovitch, Alain Clamat, Marc Guillaume, Paul Mathias, Jean-Marie Bockel, Alain Juppé, Philippe Auberger, Christian Paul, André Santini.

Mercredi 12 avril

2ème Table-ronde : "Les enjeux du commerce électronique"………………….... 61

Animateur : M. Jean-Jérôme Bertolus

M. François Dufaux,
Directeur général SEMA Group, Président du Syntec Informatique……………….. 61

M. Francis Lorentz, Président de la mission commerce électronique…………….. 66

M. François-Henri Pinault, Président de la FNAC………………………………. 71

M.Pierre Besnainou, Président Directeur général de Liberty Surf………………… 78

M. Philippe Lemoine,
Président de LaSer, co-président du directoire des Galeries Lafayette…………….. 80

Débat……………………………………………………………………………….. 85

Mmes et MM. Jacques Barrot, Philippe Lemoine, François-Henri Pinault, Yves Cochet, François Dufaux.


3ème Table-ronde: "Nouvelles libertés, nouvelles menaces"…………………….. 89

Animateur : M. Michel Alberganti

M. Raymond Forni, Président de l'Assemblée nationale…………………………. 89

M. Serge Gauthronet, Consultant, Directeur d'ARETE………………………….. 93

M. Joël Boyer, Secrétaire général de la C.N.I.L…………………………………… 97

Mme Isabelle Falque-Pierrotin, Maître des requêtes au Conseil d'Etat………….. 101

M. Stéphane Cordier, Vice-Président pour l'Europe du Sud de Double Click……. 104

M. Philippe Guillanton, Directeur général de Yahoo France…………………….. 106

Débat……………………………………………………………………………….. 112

Mmes et MM. Isabelle Falque-Pierrotin, Daniel Marcovitch, Joël Boyer, Philippe Guillanton, Serge Gauthronet, Stéphane Cordier,
Ouverture du séminaire
par M. Raymond Forni, Président de l'Assemblée nationale.

M. Raymond FORNI, Président de l'Assemblée nationale - Mesdames et messieurs, avant de venir dans cette Galerie des fêtes, j'avais quelques inquiétudes : je pensais être le seul à ne pas savoir utiliser les nouveaux modes de communication, et notamment à ne pas savoir surfer sur le net ! Je suis rassuré ! Il s'agit sans aucun doute d'une lacune que nous sommes un certain nombre à partager.

Lorsque je rentrerai chez moi, à la fin de la semaine, et que mon fils de 10 ans essaiera de me former à ces techniques, je lui dirai que, sans doute, ailleurs, d'autres enfants essaient de convaincre leur père qu'il s'agit d'un outil de communication indispensable.

Je suis très heureux de vous accueillir à ce séminaire de formation organisé par l'Assemblée. Je vous remercie d'avoir accepté l'invitation que mon prédécesseur, Laurent Fabius, vous avait adressée, et je salue son initiative qui témoigne de l'intérêt que notre assemblée porte aux technologies du futur.

Notre maison abrite l'un des sites institutionnels le plus fréquentés par les internautes. Il s'est enrichi il y a peu d'un forum, où chaque citoyen peut prendre la parole et nous faire part de ses préoccupations et de ses propositions. Ce langage direct n'est pas le seul outil de la démocratie, mais sans doute y contribue-t-il. Je me félicite donc de son succès qui participe à l'enracinement de la démocratie dans le quotidien des Français.

Lorsqu'on examine concrètement notre degré de familiarité avec la toile, on remarque qu'il existe encore certaines réticences et que nombre d'entre nous hésitent à s'y aventurer. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication occupent pourtant une place croissante dans notre société. Les parlementaires, évidemment, ne sauraient être tenus à l'écart de cette révolution numérique dont les conséquences sont à la fois économiques, sociales, culturelles et politiques.

En tant que président de l'Assemblée nationale, mais aussi en tant que membre, jusqu'à il y a peu, de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, j'attache une importance particulière à ces avancées, et souhaite que dans cette maison chacun puisse en prendre toute la mesure. C'est la raison pour laquelle votre présence nombreuse me réjouit.

Ouvert à tous les députés et à leur famille, ce séminaire sera un moment d'initiation et de réflexion, mais aussi, je l'espère, de convivialité. Et certains s'y emploient, car il est rare de voir, dans cette maison, des députés sans cravate ! Les séances de formation pratique alterneront avec les tables rondes au cours desquelles seront abordées les grandes problématiques des nouvelles technologies. La maîtrise de l'Internet n'a de sens que si elle s'accompagne de la compréhension de ses enjeux. Ne pas être prisonnier de la technique, plutôt la dominer, c'est l'objectif que nous devons nous fixer.

Je tiens à remercier chaleureusement les experts qui ont accepté d'animer les débats, et au premier rang desquels M. Joël de Rosnay, ils nous feront ainsi profiter de leurs connaissances. Nous évoquerons le commerce électronique, la société de l'information et, bien entendu, les nouvelles libertés, sujet sur lequel nous aurons, dans quelques mois, à légiférer, à l'initiative de l'Europe et du Gouvernement.

Mes remerciements vont également à nos partenaires, France Telecom en particulier, sans lesquels cette opération n'aurait pu être possible. Et vous remarquerez que les installations techniques mises à votre disposition dans l'ensemble des salons de l'Hôtel de Lassay ont été mises en oeuvre en quelques heures par des techniciens et du personnel de l'Assemblée que je tiens à remercier.

L'Internet doit devenir pour tous une chance. Une chance d'apprendre, de dialoguer, de s'ouvrir sur le monde ; c'est la raison pour laquelle, chers amis, mesdames et messieurs, je souhaite un grand succès à ce séminaire. Je vous remercie.

Présentation d'Internet, ses usages et ses potentialités

par M. Joël de Rosnay, directeur de la prospective et de l'évaluation à la Cité des sciences et de l'industrie.

Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, je vais tenter, en une heure, de faire devant vous une synthèse du phénomène Internet : ses usages, ses potentialités. Je vais parler sur des diapositives et des illustrations dont je ne décrirai pas toujours le détail, afin que mon exposé soit le plus fluide possible. Pour ceux qui voudront revenir plus en détail sur certains des chiffres qui vous seront donnés, je vous donnerai à la fin de mon exposé une adresse Internet qui vous permettra de retourner sur certains de ces sites, et de retrouver plus en détails les informations que je vais vous livrer.

Mon exposé se décomposera en six chapitres.

  • Premièrement, l'aspect technologique : qu'est-ce qui fonde l'explosion Internet aujourd'hui ?

  • Deuxièmement, l'évolution d'Internet et ses statistiques.

  • Troisièmement, le commerce électronique, ou plus généralement ce que l'on appelle l'e-business, c'est-à-dire toute cette économie en train de naître autour d'une industrie beaucoup plus fluide que celle que nous avons connue de par le passé.

  • Quatrièmement, l'impact d'Internet sur les organisations et sur les personnes.

  • Cinquièmement, ce qui nous attend dans les années à venir : projection prospective des nouvelles technologies, notamment l'accès mobile à Internet par les téléphones.

  • Enfin, sixièmement, j'évoquerai quelques grands problèmes de société des enjeux humains et politiques, et je vous donnerai quelques conseils.

Lorsqu'on est assailli par des mots nouveaux, le premier réflexe est de se dire que c'est trop compliqué et que l'on ne sait pas. Et dieu sait que nous en avons vu arriver, ces dernières années ! Pourtant, un certain nombre de mots étranges tels que Minitel, caméscope, carte à puce, téléphone portable, télévision par satellite, sont progressivement rentrés dans les moeurs et les usages. Eh bien il en sera de même pour tout ce qui concerne l'Internet, dans un temps d'ailleurs plus rapide.

Je voudrais que vous reteniez le mot clé de cette évolution technologique : la convergence. La convergence veut dire que l'ordinateur, les Télécommunications, le multimédia convergent aujourd'hui pour créer un nouvel espace que l'on appelle le multimédia en réseau. Nous allons reprendre ces trois aspects : l'ordinateur, le multimédia et les réseaux interactifs.

L'ordinateur personnel connaît une révolution extraordinaire depuis 15 ans ; nous l'utilisons surtout pour son traitement de texte, pour mémoriser des informations par la gestion des fichiers, pour simuler, calculer, pour utiliser des CD Rom, des DVD. Mais l'ordinateur n'est plus seulement une machine à traiter l'information, c'est un aussi un communicateur : c'est une machine à communiquer, une machine personnelle qui permet de communiquer en multimédia grâce à la convergence du téléphone, de l'ordinateur et du téléviseur. Cet ordinateur multimédia est vraiment la racine de la révolution que nous sommes en train de vivre aujourd'hui.

Le second aspect de cette révolution de la convergence, c'est le multimédia lui-même. Quatre secteurs de la communication humaine, l'écrit, la vidéo, l'ordinateur et les télécommunications, sont en train de se marier grâce au phénomène technologique que l'on appelle la numérisation. La numérisation permet de traiter sous forme électronique des informations jadis incompatibles parce qu'elles étaient analogiques : la photo, le papier, le son. Grâce à la numérisation, tout converge, ce qui crée de nouveaux secteurs. Le mariage bien connu de l'écrit et du téléphone : le fax ; le mariage de l'ordinateur et de l'écrit : l'édition électronique, que l'on utilise de plus en plus à l'Assemblée nationale comme à la Cité des sciences pour produire les documents que vous avez dans vos dossiers ; le mariage de l'écrit, du téléphone et de l'ordinateur avec la télématique et le Minitel ; enfin, la fusion de ces différents médias pour aller vers la vidéo interactive qui sera le relais de la télématique, et que l'on appelle la vidéomatique.

Cette convergence numérique conduit à une convergence industrielle, puisque des secteurs qui s'ignoraient - les télécommunications, la vidéo, les jeux, les logiciels, les micro-processeurs - sont obligés aujourd'hui de se marier, de converger, de coopérer ou d'entrer dans une coopération compétitive que l'on pourrait abréger sous le terme de "coopétition" ; les Anglais utilisent le terme win win, gagnant gagnant. En s'associant dans ce nouveau domaine, on peut chacun trouver de nouvelles parts de marché.

L'illustration que vous voyez actuellement vous montre cette extraordinaire toile d'inter-relations industrielles qui, à l'échelle du monde - le Japon, les Etats-Unis et l'Europe -, montre qu'aujourd'hui, pour gagner dans ce secteur, nous sommes obligés de nous rapprocher ; ainsi le rapprochement d'AOL et de Time Warner, qui rencontre d'ailleurs des difficultés, celui de Welcome et de MSI, ou bien les compétitions entre Netscape, AOL, Oracle ou Microsoft.

Enfin, troisièmement, les réseaux, ces petits capillaires que l'on appelle aussi les autoroutes de l'information. Nos ordinateurs, par une prise téléphonique de France Telecom, sont reliés à l'Internet mondial grâce à des modems, à des débits plus bas, puis à des débits plus élevés utilisant le câble de la télévision, le satellite à orbite haute ou basse, et, bien entendu, la fibre optique qui permet, progressivement, de construire ces fameuses autoroutes de l'information accélérant les débits.

L'Internet se construit donc à l'échelle mondiale avec l'interconnexion de ces différents réseaux. Mais sachez qu'Internet n'est pas une technologie ; il s'agit d'un protocole informatique ("TCPIP") permettant à des ordinateurs très différents de partager des ressources à l'échelle mondiale en utilisant principalement les réseaux du téléphone. Derrière l'Internet, il y a des notions importantes d'un nouvel espace ; on parle d'ailleurs de cyber espace ou d'écosystème. Je considère Internet comme une sorte d'écosystème informationnel composé d'éléments en inter-relations.

Peut-on voir cet écosystème, est-il visible à l'oeil nu ? Eh bien oui, et je vais vous montrer deux diapositives encore inconnues du public. Les médecins ici présents ont sans doute entendu parler de la tomographie axiale - la tomographie du cerveau par scanner ; et bien voici la tomographie d'Internet en train de vivre, de bouger, comme une sorte de cerveau en construction avec des grandes autoroutes qui relient des noeuds de réseaux.

Il y a une autre image qui me rappelle, en tant que biologiste, des axones, des dendrites, des neurones, c'est le cerveau Internet en train de se construire et d'évoluer comme un organisme vivant, à l'échelle de la planète. Ces photos vous montrent qu'il s'agit non pas d'une nouvelle technologie, mais d'un nouvel écosystème dont nous sommes aujourd'hui les parties prenantes, les cellules ou les neurones qui se construisent à l'échelle de la planète, avec les avantages et les inconvénients que l'on connaît et que nous allons aborder.

Deuxième partie de mon exposé : l'Internet, son développement et les enjeux du commerce électronique. Tout d'abord, trois éléments sont à la base de l'extraordinaire succès d'Internet : c'est facile, pas cher et ça peut rapporter gros !

En effet, vous verrez qu'Internet est facile d'accès. Par ailleurs, c'est extraordinairement varié et cette variété n'est pas chère. Vous pouvez passer d'un site juridique à un site sportif, aux nouvelles du journal Le Monde, écouter CNN, regarder la télévision, vous promener à la Cité des sciences, consulter des sites météo, scientifiques, tout cela pour un forfait relativement faible par rapport à la valeur ajoutée que vous offre ce réseau. Enfin, cela peut rapporter, on le sait, mais c'est souvent en dents de scie comme nous venons de le voir.

En outre, il s'agit d'un système ouvert et intercommutable. L'intercommutabilité veut dire que lorsque vous arrivez sur un site, ceux qui ont fait le site peuvent mettre un lien vers un autre site ; voilà la force extraordinaire du réseau : chaque personne, chaque entreprise peut commuter l'information vers quelqu'un d'autre.

Regardons ensemble quelques statistiques. Nous sommes déjà 275 millions d'internautes, nous serons 500 millions en 2003 ; sept nouveaux internautes se connectent chaque seconde, et nous échangeons 3,5 milliards d'e-mails par jour. Il y a 40 millions de serveurs comme celui de l'Assemblée nationale ou de la Cité des sciences, et il y en aura 120 millions ; 10 000 sites s'ouvrent par jour, soit 2,6 millions de pages de plus.

En France, nous avions un certain retard par rapport à l'Angleterre et à l'Allemagne en nombre de sites, nous sommes en train de le combler à grande vitesse. Nous sommes l'un des pays au monde - avec le Japon, l'Espagne et le Portugal - où la croissance est la plus rapide ; nous sommes aujourd'hui environ 6 millions d'usagers.

S'agissant des statistiques un peu plus économiques, le commerce d'entreprise à entreprise va être le plus important ; il va représenter 1300 milliards de dollars en 2003, chiffre largement supérieur à celui du commerce électronique traditionnel de l'entreprise au consommateur. La publicité va être aussi un moyen d'accéder à l'image d'Internet de manière ouverte et gratuite pour l'usager.

En ce qui concerne les ventes sur Internet, je vous ai apporté quelques statistiques impressionnantes : Cisco, qui vend des ordinateurs sur Internet, a 28 millions de dollars de commandes ; Cisco Dell et Intel engrangent 100 millions de dollars par jour de commandes grâce aux réseaux. On vend également des plus gros objets, tels que des automobiles ; un concessionnaire virtuel, Autobytel, a vendu l'an dernier 1,8 million de voitures.

Voici maintenant des chiffres que je trouve très intéressants et qui ont été publiés au mois d'octobre 1999, à la suite d'un rapport commandé à plusieurs universités sous l'égide de Cisco. Aux Etats-Unis, l'Internet a créé 2,3 millions d'emplois, dont 829 000 entre 1998 et 1999 ; parmi ces 829 000 emplois, 400 000 concernent le commerce électronique. Ce qui est intéressant pour les start-up, c'est que sur les 3 400 entreprises étudiées dans ce rapport 1 200 n'existaient pas avant 1996 ; et ces 1 200 entreprises ont créé 305 000 emplois.

Autres chiffres sur lesquels j'attire votre attention : l'effet d'amplification de l'économie Internet sur l'économie traditionnelle ; les anglo-saxons appellent cela un effet de levier. Cet effet est bien illustré par le produit national brut américain qui a augmenté de 300 milliards de dollars entre 1998 et 1999, dont 200 milliards de dollars de toute "l'Internet économie" en général. Il s'agit donc d'un levier puissant sur l'accélération de la croissance, je dirai même qu'il s'agit d'une forme de lubrifiant qui lubrifie les rouages un peu rouillés de l'économie traditionnelle ; par un effet induit, elle va accélérer d'autres formes de l'économie plus classique.

Ce secteur de l'e-business touche toute l'économie ; non seulement la vente de livres, de disques, l'éducation, la presse, mais également le secteur automobile, bancaire, le domaine des assurances. En effet, aujourd'hui, il ne s'agit plus seulement de se connecter à Internet, il ne s'agit plus seulement d'avoir un site Internet, il s'agit de basculer dans le nouvel espace dont je vous ai parlé. Ce nouvel espace, en créant un système nerveux sans lequel il n'existerait pas, a joué un rôle vivifiant pour les entreprises.

La Lyonnaise des Eaux a annoncé hier qu'elle allait basculer dans le domaine de l'Internet ; il ne s'agit donc plus d'être sur Internet, d'avoir un site Web, mais d'utiliser tous les avantages du réseau pour fluidifier son entreprise, la rendre adaptable, intelligente et rapide. L'intelligence, la rapidité et l'adaptabilité sont les nouveaux critères de succès des entreprises.

Bien entendu, cela fait peur, et c'est tout à fait normal. Un secteur en développement aussi rapide inquiète les chefs d'entreprise. Cela va trop vite, ce n'est pas sécurisé, les chefs d'entreprise craignent que leur personnel passe plus de temps à jouer qu'à travailler - rappelez-vous que l'on disait déjà cela pour le Minitel -, et trouvent que c'est trop cher et trop compliqué... C'est en partie vrai, mais de nombreux chefs d'entreprise ont compris que l'Internet était un élément essentiel de leur compétitivité : par l'économie, sur certains coûts fixes, par la capacité à obtenir des informations sur les concurrents, par l'information personnalisée à la demande, par la mise en ligne de leur catalogue et par la relation nouvelle avec leurs clients. Tout cela est positif, même si certains éléments ne sont pas encore totalement stabilisés et rassurants.

Regardons maintenant ensemble les nouvelles bases de l'e-business. J'ai mis en exergue les nouvelles relations avec les clients, les communautés virtuelles qui sont en train de se créer, les effets d'amplification, que l'on appelle les cercles vertueux, l'Intranet et l'Extranet.

Je voudrais attirer votre attention, mesdames et messieurs les députés, sur le fait que le modèle de l'e-business est tout à fait transposable à la société en générale. Si l'on emploie souvent des termes assez journalistiques, tels que B to C - business to consumer -, il y a aussi le C to B. En France, nous pouvons employer les mêmes termes et dire G à C, le gouvernement vers le citoyen, car il y a une nouvelle forme d'expression politique par l'utilisation des réseaux, et l'inverse est également vrai - C à G - le citoyen a la possibilité de faire remonter l'information vers les gouvernants.

Les nouvelles bases de l'e-business sont fondées sur le fait que le consommateur change. Il est passé de la place du marché à l'espace du marché - du magasin à la grande surface, au télé-achat et maintenant à l'achat électronique. Mais attention, ils ne se substituent pas : le commerce électronique ne remplace pas le commerce de détail, ils sont complémentaires.

Et ce consommateur devient de plus en plus exigeant ; il demande plus d'informations, il veut participer, exige des tests, des réponses rapides. En cinq ou dix ans, le consommateur a totalement changé de comportement face au producteur.

Le commerce classique est représenté par l'offre et la demande ; le marché est créé par l'offre: les producteurs de biens et de services espèrent toucher les acheteurs par la publicité, les études de marché. Mais nous ne les connaissons que de manière statistique : nous savons que X % de personnes, dans une certaine catégorie socioprofessionnelle, ont Z % de chance d'acheter tel produit à tel prix.

Avec le Minitel, et aujourd'hui l'Internet, les consommateurs, 24 heures sur 24, en temps réel, peuvent renvoyer l'information vers les producteurs de produits et de services ; telle est l'une des grandes caractéristiques de cette nouvelle économie. Le marché n'est plus seulement conduit par l'offre, il est aussi conduit par une demande de plus en plus explicite ; il s'agit non plus d'une demande statistique, mais d'une demande personnalisée.

Le consommateur devient un "consommacteur", il devient un élément stratégique fondamental dans la gestion de l'entreprise et dans son évolution. En effet, ce consommateur va envoyer de l'information personnalisée pour recevoir de l'information à plus haute valeur ajoutée - c'est ce que l'on appelle le one to one marketing. Grâce à des logiciels de plus en plus puissants, nous pouvons savoir ce que font les gens sur les sites qu'ils visitent. Il y a là un problème de vie privée, c'est vrai, puisque cette information peut être stockée, conservée dans des bases de données ; cela peut poser des problèmes d'atteinte à la vie privée.

Il existe des réticences justifiées des "consommacteurs" : ils ne veulent pas que des informations s'accumulent et restent dans des dossiers sans qu'ils puissent les contrôler. D'où la montée de nouveaux intermédiaires en information que l'on pourrait appeler des "infomédiaires" qui vont jouer un rôle d'interface entre les clients qui veulent donner des informations personnalisées et la valeur ajoutée qu'ils veulent recevoir en échange.

Ces "infomédiaires" vont recevoir des listes, par abonnement, de ce que les gens souhaitent - sans connaître leur identité - et revendront aux producteurs de biens et de services ces listes très personnalisées qui leur donneront des indications précieuses.

Continuons sur cette notion de la nouvelle économie et de la valeur ajoutée créée pour les usagers, et essayons de comprendre pourquoi elle change tout par rapport à notre vision classique de l'industrie traditionnelle. Vous allez voir pourquoi les choses sont en train de changer et pourquoi elles créent de nouveaux dangers.

Le premier changement, c'est le "marketing un à un" : en fonction d'un produit, l'on va obtenir des informations des consommateurs grâce à des concours, des jeux, des systèmes à code barre. Ces informations sont traitées par des ordinateurs très puissants afin de toucher un consommateur idéal, personnalisé. Elles sont utilisées et partagées avec d'autres entreprises ; même avec les Etats-Unis, car ce que la CNIL peut protéger en France ne l'est pas à Philadelphie ou à Seattle.

Aux Etats-Unis, par exemple, Harley Davidson, qui vend des motos, Kellogg's, qui vend des céréales, ou American Express, partagent leurs bases de données pour faire en sorte que la personne qui se déplace en moto achète un certain type de céréales. Il s'agit là d'une atteinte profonde à la vie privée, puisque l'on va suivre à la trace, sans que ces personnes puissent modifier leur dossier, les informations qu'elles veulent bien donner au réseau, de manière parfois trop naïve.

Autre exemple illustrant cet effet de synergie : les cercles vertueux. Vous voyez là la création d'une communauté virtuelle d'acheteurs sur Internet; ces acheteurs sont attirés par des contenus qu'ils jugent attractifs, ce qui accroît le nombre d'utilisateurs et génère des informations sur eux. Effet positif : la Croix-Rouge. Ces utilisateurs peuvent être fidélisés, par des forums, en leur donnant des informations mises à jour, des films, des informations en push media - informations qu'on leur envoie sans qu'ils aient besoin d'aller la chercher sur Internet. On peut également attirer des annonceurs, et avec plus de publicité, les usagers peuvent aller sur le site de façon quasi gratuite.

Tout cela crée un effet d'amplification tout à fait caractéristique de ces croissances, de ces explosions, de ces bulles que l'on voit sur Internet, avec des sociétés, telles que Amazon, qui ont créé des communautés virtuelles d'usagers.

Pour que vous compreniez bien les fondements de cette économie nouvelle ou de l'économie classique utilisant des éléments plus fluides, je vous parlerai maintenant de la création de valeur ajoutée de manière matricielle.

La valeur ajoutée se fait de manière linéaire. Prenez l'exemple d'une automobile, elle est composée d'acier, de matières premières, de plastique, il faut de l'électricité, de l'électronique, et au bout de la chaîne, du marketing. Cette chaîne de valeur ajoutée se crée de manière linéaire.

L'industrie du tourisme a été l'une des premières à utiliser l'informatique - pour les réservations - de manière intensive et à l'échelle mondiale. Or la valeur ajoutée se crée de manière linéaire : le client, l'agence de voyage, la réservation du billet d'avion, la location de voiture, le tour opérateur,... Bref un voyage personnalisé pour le client et sa famille.

Dans la révolution créée par l'Internet, l'usager est maintenant au centre, car il a les mêmes outils que les professionnels. Et ceux-ci ne sont pas difficiles à utiliser car l'on a créé des portails ; le portail du voyageur s'appelle travel city, ou en France travel price.

La valeur ajoutée va se créer non plus par effet linéaire, mais par effet matriciel. Elle va se créer par une synergie de niches. C'est la raison pour laquelle de petites entreprises Internet ont du succès alors qu'elles n'ont pas encore beaucoup de produits : elles ont des niches qui sont en contact les unes avec les autres, et cette synergie de niches crée ces effets de cercles vertueux, amplificateurs, quasi explosifs, dont je parlais tout à l'heure.

Pour être complet, je dois maintenant vous parler de l'Intranet et de l'Extranet. Ces deux systèmes de communication sont des Internet privés ; ils permettent de se connecter à l'intérieur d'un mur qui vous protège des personnes extérieures et qui ne disposent pas des mots de passe pour pouvoir pénétrer dans l'Intranet.

Cet Intranet a un grand avantage : il est compatible avec les techniques de l'Internet. Et entre les deux peut se créer un Extranet, c'est-à-dire une extension à certains de vos partenaires - banquiers, entreprises d'assurance, fournisseurs, sous-traitants - d'informations vitales de votre entreprise, la gestion des stocks, les commandes de clients, de telle sorte que vous puissiez avoir une fluidité plus grande entre vos activités et celles de vos partenaires, dans l'intérêt de vos clients.

Ces technologies communes, partagées par l'Internet, Intranet et Extranet - la messagerie, les annuaires, les bases de données, la gestion de l'information, les forums -, créent une continuité conduisant à ce que l'on appelle un "portail entreprise". L'entreprise n'a plus seulement un site Web, elle devient un portail.

Je prendrai l'exemple de "abz.com" - qui n'existe pas - une petite société qui possède des magasins et des employés : elle utilise son Intranet pour communiquer avec ses distributeurs, ses magasins et ses fournisseurs, son Extranet pour communiquer avec ses partenaires, ses banquiers, ses compagnies d'assurance, ses experts-comptables, et l'Internet pour communiquer avec les consommateurs et les investisseurs potentiels. Et tout cela de manière intégrée, ce qui donne à cette petite entreprise un avantage concurrentiel extrêmement important.

Cette mise en réseau conduit à une évolution intéressante de l'e-business et de l'e-commerce. Le B to C - business to consumer -, c'est typiquement la vente directe de livres, de CD Rom, comme le fait la Fnac, Amazon ou Books on line.

Le secteur du B to B, en revanche, concerne la vente d'entreprises à entreprises - qui se développe d'ailleurs de manière extraordinaire -, telles que Cisco
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