L'économie de la culture





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L'économie de la culture
Références utilisées:

  • Économie de la Culture, Françoise Benhamou, Repères, 2008

  • Economics of Art, David Throsby, Palgrave, 2008

Références sans doute intéressantes:

  • Ginsburgh, V. and Throsby, D., eds. 2006. Handbook of the Economics of Art and Culture. Amsterdam: Elsevier/North Holland.


Généralités et éléments empiriques de base
Dépenses culturelles = 5% des dépenses de consommation des ménages

Emploi du secteur = un demi-million de personnes en France en 2005 (INSEE)
Pas vraiment de définition de ce qu'est un bien culturel. Soit un peu vague (ex il incorpore créativité humaine, valeur symbolique et propriété intellectuelle), soit indirect via ses propriétés (utilité marginale croissante, absence de prix de marché etc...).
Une caractéristique classique de ce type de bien est une faible élasticité prix. Si l'on exclut les biens industriels (disques, films etc...), la substitution entre les différents types biens est aussi relativement faible, tandis qu'elle est plus importante entre biens d'un même type. La demande est aussi peu sensible au revenu une fois contrôlé le niveau d'éducation.
Les thématiques classiques du domaine


  • Le prix des objets d'art


On se trouve dans une situation de grande incertitude sur la valeur du bien même si des facteurs objectifs (notoriété de l'artiste, qualité du tableau au sein de l'oeuvre...) peuvent jouer. Par ailleurs, le marché est très asymétrique en terme d'information et de pouvoir de marché, certains agents (commissaires priseurs...) étant en situation de contrôle de l'information et d'autres agents comme les musées affectant directement les prix.
Les oeuvres d'art sont des placements risqués, indivisibles et peu liquides. A l'exception peut-être des pièces des plus grands maîtres, ces oeuvres constituent cependant des placements dont le rendement est comparable aux actifs boursiers (de la Barre, Docclo et Ginsburgh, Annales Économie et Statistiques, 1994). C'est d'autant plus vrai si on prends en compte la valeur de consommation de ces biens.


  • L'addiction rationnelle


Dans certains cas, les biens culturels peuvent être caractérisés par le fait que l'utilité marginale de leur consommation est croissante: le goût pour l'art augmente avec sa consommation. A mesure qu'il accumule du capital humain, l'individu devient plus efficace dans la production de « plaisir culturels » et donc de capital humain. On a alors un phénomène d'addiction rationnelle (Becker et Stigler, AER, 77). Parallèlement, le capital humain accroît la productivité de l'individu, son salaire et par conséquent le coût d'opportunité du temps consacré à l'accumulation de capital humain. Cela permet d'expliquer la faible croissance des consommations culturelles avec le revenu. Empiriquement la consommation de biens culturels est beaucoup plus affectée par le niveau d'éducation.



  • Le spectacle vivant


C'est un secteur très fortement subventionné. Baumol et Bowen ont proposé un modèle (1966) appelé modèle de la « fatalité des coûts » (Baumol's disease) pour expliquer son déficit chronique. Les gains de productivité dans ce secteur sont très faibles voir nuls. Les autres secteurs de l'économie (secteurs « progressifs ») peuvent incorporer plus facilement le progrès technique et bénéficient donc de gains de productivité importants. Or les salaires du secteur du spectacle vivant sont tirés par les secteurs « progressifs » et le coût relatif de ces spectacles augmente donc sans que l'on puisse indéfiniment augmenter le prix des billets. D'où la nécessité de subventions.
La concurrence prend sur ce secteur la forme d'une compétition entre des institutions qui proposent des biens uniques et éphémères. La faiblesse de l'élasticité de la demande par rapport au prix et la forte différenciation des produits conduisent les institutions à se comporter en monopole discriminant. [Ca me semble faible, la possibilité d'une tarification discriminante est très limitée.]



  • La rémunération des artistes


Le marché du travail du secteur culturel est un bon exemple de d'effet superstar (Rosen, AER, 1981). Les revenus des entreprises qui produisent ou des investisseurs sont très incertains et il est difficile d'anticiper le succès de tel ou tel nouvel artiste. Par contre, dans certains cas (concerts...), la possibilité de servir simultanément plusieurs consommateurs ou l'existence d'un coût marginal très faible permettent à peu de producteurs de servir la majeur partie du marché. De son côté, le consommateur fait aussi face à l'incertitude sur la qualité des biens. En outre, la consommation de deux spectacles médiocres ne saurait remplacer la consommation d'un bon spectacle (pas de substitution). Par conséquent, les artistes reconnus bénéficient de rémunérations très importantes. Cela pose le problème de la détermination des talents/réputations. L'incertitude peut conduire les agents à accorder de l'importance à un signal potentiellement très bruité. Ginsburgh et Van Ours (AER, 2003) montrent, dans le cas d'un concours de musique, l'importance de l'ordre de passage, faisant la preuve de la faible qualité de certains évaluations.
A l'opposé, beaucoup d'artistes ont des rémunérations très faibles même si l'écart avec les salaires moyens sont plus réduits que l'on ne le suppose généralement, surtout si l'on prend en compte le cycle de vie. Pourquoi un individu rationnel choisit-il alors cette carrière? Tout d'abord, il est nécessaire de prendre en compte l'utilité non-monétaire que l'artiste retire de son activité (différences compensatrices, maximisation utilité s.c. niveau revenu minimum...). Ensuite, cela peut refléter une préférence pour le risque chez certaines personnes. En outre, la carrière artiste s'apparente à un processus d'accumulation de l'information. L'artiste découvre progressivement sa valeur sur le marché (Jovanovic, JPE, 79 – nb: modèle de marché du travail). Le risque est important mais les gains potentiels aussi: l'artiste a intérêt à commencer jeune et à renoncer assez vite en cas d'échec.
On ajoutera l'importance des droits de propriété intellectuel. Similaires aux brevets, ils doivent à la fois prendre en compte les externalités générées par la production (et consommation) des biens culturels et l'incitation à produire. Une spécificité est que les coûts de reproduction (// Cm) sont parfois si faibles (livres, disques...) qu'en l'absence de ces droits, les prix tendraient vers zéro, faisant disparaître toute incitation à créer.


  • Musée et patrimoine


On retrouve le problème classique d'un bien public non-rival où le coût marginal induit par un visiteur supplémentaire est nul (sauf congestion). L'instauration d'un droit d'entrée induit un rationnement sous-optimal. On remarquera qu'il n'est généralement pas possible, dans la pratique, de trouver des mécanismes de discrimination par les prix qui résoudraient ce problème. C'est aussi un bien dont la production et la consommation génère des externalités.



  • Quel rôle pour l'Etat?


Au-delà de la garantie des droits de propriétés, l'intervention de l'Etat peut se justifier à la fois par la présence d'externalités positives et par le fait que certains biens culturels ont des caractéristiques de biens publics (non-rivalité et/ou non-exclusion) posant des problèmes de rationnement sous-optimal, de sous-production etc... Bref, du classique!
Une partie de la littérature insiste sur les effets pervers de l'intervention de l'Etat (ex Peacock, Journal of Cult. Eco, 1991). En premier lieu, les institutions subventionnées peuvent établir leur offre en prenant en compte les préférences de l'administration et non celles du public. Par ailleurs, les administrations ont tendance à privilégier les dépenses de prestige au détriment, par exemple, de l'entretien. Les salles de spectacle vont proposer des projets grandioses mais coûteux etc... On retrouve les problématiques posées l'école des choix publics (Tullock, 1965, The Politics of Bureaucracy) ou la nouvelle économique publique (Laffont et Tirole...).
En outre, étant donné le profil du consommateur de biens culturels, les politiques publiques peuvent s'avérer anti redistributives. Enfin, certaines réglementations (par exemple le prix unique du livre en France) aident les librairies les plus productives à constituer des rentes (écart entre le px et le Cm). Plus largement, l'intervention de l'état empêcherait l'offre de biens culturels d'évoluer avec la demande.

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