Bibliographie Baudrillard J. (1970), La société de consommation, Ed. Gallimard, 1970





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IEP 1ère année
La consommation : éléments critiques

Karl Polanyi, les systèmes économiques et les sociétés anciennes

1/ La Grande Transformation (K. Polanyi)

2/ Les systèmes économiques dans la théorie et dans l’histoire (K. Polanyi)

3/ Marshall Sahlins et la discussion sur rareté et abondance

4/ Maurice Godelier et l’approche marxiste des économies anciennes
Sociologie de la consommation, des besoins et des marchés

1/ Sociologie de la consommation et des besoins (J. Baudrillard)

2/ Autres approches socioéconomiques de la consommation (J.K. Galbraith)

3/ Sociologie des marchés (F. Braudel, I. Wallerstein, E. Swedberg)
Bibliographie
Baudrillard J. (1970), La société de consommation, Ed. Gallimard, 1970
Bourdieu P. (1979), La Distinction, Minuit, Paris.
Internet
http://www.consommations-societes.net/
http://homepages.gold.ac.uk/slater/


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Deux axes. Le premier, à la fois historique et culturel, a pour objectif de souligner le poids des représentations sociales, des valeurs et des usages sociaux.

Le second se veut une critique de la vision économique d’une consommation rationnelle, car la tendance est de laisser croire que la consommation est l’objet d’arbitrages optimaux en termes de revenus, de biens offerts et de prix. Or les postulats constitutifs de ces approches laissent perplexes puisque selon elles le consommateur serait individuel, rationnel, au bénéfice d’une information parfaite, tout à fait cohérent dans ses préférences et apte à optimiser ses choix !

De fait, la démarche du cours s’articulera sur une lecture sociologique de la consommation qui laissera nécessairement place aux analyses anthropologiques, voire psychosociologiques.
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  • La notion de besoin (définition, approche différencielle selon Maslow, Malinowski, Lebret, Lenoir, Bradshaw, les besoins marchands / non marchands)
    - Patrimoine et revenus du ménage
    - La consommation : les premières enquêtes sur les budgets des familles, l'étude statistique des budgets familiaux, la notion de budget familial, la structure de la consommation des ménages belges, l'évolution des dépenses de la consommation
    - Le crédit à la consommation : le crédit, les financements, le crédit bail, le prêt hypothécaire, l'offre du crédit, le délai de réflexion, le taux d'intérêt, la publicité
    - La dette : définitions, caractéristiques, typologie, récupération par la voie judiciaire, la médiation de dettes (législation).






BAUDRILLARD Jean, La société de consommation

Gallimard, 1970
Idées clés :
Le corps comme objet de consommation : un objet-signe ; la production du corps comme objet de consommation ; corps  et contrôle social.

 

Remarques préliminaires
Jean Baudrillard propose ici une étude générale du procès de consommation dans les sociétés occidentales modernes. Dés lors l’analyse du corps comme objet de consommation, d’une part, ne peut occuper qu’une place limitée dans sa réflexion, et d’autre part reste dépendante de sa théorie de la consommation. Quelle est-elle ?

Le procès de consommation est analysé sous deux aspects fondamentaux :

 comme procès de signification. La consommation est alors un système d’échange, et l’équivalent d’un langage.

 comme procès de classification et de différenciation sociale.

Toutefois, il convient de préciser que ces deux aspects sont irrémédiablement liés dans la réflexion de Baudrillard. En effet, la consommation n’est porteuse de sens que parce qu’elle obéit à une logique de différenciation sociale ou statutaire : " on ne consomme jamais l’objet en soi, on manipule toujours les objets comme signes qui vous distinguent soit en vous affiliant à votre groupe pris comme référence idéale, soit en vous démarquant de votre groupe par référence à un groupe de statut supérieur " (p.79).

Cette analyse se double d’une vision critique de la société de consommation qui insiste :

  1. sur le caractère produit des besoins, et donc des types de consommation. Dit autrement, "  le système de besoin est le produit du système de production " (p.123).

  2. sur le puissant élément de contrôle social que constitue la consommation dans la civilisation occidentale moderne.

L’étude du corps obéit d’une manière générale à cette vision globale du procès de consommation.

 

Le corps comme objet de consommation : un objet-signe

Jean Baudrillard fait du corps " le plus bel objet " de consommation. " Sa redécouverte, écrit-il, après une ère millénaire de puritanisme, sous le signe de la libération physique et sexuelle, sa toute présence…dans la publicité, la mode, la culture de masse ou le culte hygiénique, diététique, thérapeutique dont on l’entoure, l’obsession de jeunesse, d’élégance, de virilité/féminité, les soins, les régimes, les pratiques sacrificielles qui s’y rattachent, le mythe du Plaisir qui l’enveloppe, tout témoigne aujourd’hui que la corps est devenu objet de salut " (p.199-200).

Le corps est ainsi sacralisé comme une valeur exponentielle et devient l’objet d’une consommation effrénée. A quelle logique sociale renvoit cette surconsommation et donc cette sacralisation du corps? Cet investissement narcissique incessant, " orchestré comme mystique de libération et d’accompagnement ", n’est autre qu’un investissement de type efficace, concurrentiel. Le corps ainsi réapproprié l’est d’emblée en fonction d’objectifs " capitalistes " : " s’il est investi, c’est pour le faire fructifier " (p.204), pour le valoriser. Par conséquent, le corps comme objet de consommation devient un signe ou un vecteur de distinction sociale, de différenciation par rapport à autrui : autrement dit, on gère son corps, on l’aménage comme un patrimoine et par là on le manipule comme  un des multiples signifiants de différenciation sociale .

L’exemple le plus frappant des effets de la représentation du corps comme bien de distinction ou de prestige social apparaît pour Baudrillard dans le domaine de la santé :  la santé n’est plus aujourd’hui un impératif biologique lié à la survie mais un impératif social lié au statut. " C’est moins une valeur fondamentale qu’un faire-valoir " (p.218). A partir de là, la relation de chacun à la santé entre dans une logique concurrentielle et se traduit par une demande virtuellement illimitée de services médicaux, chirugicaux, pharmaceutiques. Parallèlement, avec ce corps comme objet de prestige, la pratique médicale ( la pratique du médecin ) s’installe dans une situation de surprivilège social, le médecin devient un personnage " sacré ", grâce aux conseils et aux interventions duquel l’individu entretient et soigne son corps et donc maintient sa compétitivité et son prestige social.

 

La production du corps comme objet de consommation
La réappropriation du corps par l’individu, et donc le corps comme objet de consommation n’est pas chez Baudrillard la conséquence d’une demande naturelle. Il s’agit d’un besoin créé par le système lui-même. Ainsi, l’auteur insiste sur le rôle conséquent que joue la presse et les médias dans la " redécouverte " du corps. Il parle de réappropriation dirigée du corps. Baudrillard considère ainsi qu’un magasine comme " Elle " participe très fortement à l’entreprise de production et de diffusion du corps comme objet de consommation en suscitant ou en réveillant chez leurs lectrices la honte de soi, ou plus précisément la honte de son corps.
Des modèles de consommation sont ainsi façonnés et diffusés, modèles masculin et féminin auxquels il est implicitement ou explicitement conseillé de se conformer : le modèle masculin serait centré sur la " forme physique " et la réussite sociale, le modèle féminin sur la beauté et la séduction.Comme exemple de production médiatique de modèle de consommation, Baudrillard cite un texte tiré de la revue " Le Président " , " Pas de pitié pour les cadres ":
" Quarante ans : la civilisation moderne lui commande d’être jeune… La bedaine, jadis symbole de réussite sociale, est maintenant synonyme de déchéance, de mise au rancart. Ses supérieurs, ses subordonnés, sa femme, sa secrétaire, sa maîtresse, ses enfants, la jeune fille en micro-jupe avec qui il bavarde à la terrasse d’un café en se disant qui sait… Tous le jugent sur la qualité et le style de son vêtement, le choix de sa cravate et de son eau de toilette, la souplesse et la sveltesse de son corps…Il est obligé de tout surveiller : pli du pantalon, col de chemise, jeux de mots, ses pieds lorsqu’il danse, son régime lorsqu’il mange, son souffle lorsqu’il grimpe les escaliers, ses vertèbres lorsqu’il fait un effort violent. Si hier encore dans son travail l’efficacité suffisait, aujourd’hui on exige de lui au même titre forme physique et élégance…Conscient que sa réussite sociale dépend entièrement de l’image que les autres ont de lui, que sa forme physique est la carte maîtresse de son jeu, l’homme de quarante ans cherche son second souffle et sa deuxième jeunesse ".
En créant l’objet de consommation " corps ", le système de production capitaliste crée en même temps de nouvelles demandes parallèles, et contribue ainsi à assurer sa pérennité ou sa reproduction. Autrement dit le corps fait vendre : l’esthétique moderne du corps baigne dans un environnement foisonnant de produits, de gadgets, d’accessoires…De l’hygiène au maquillage, en passant par le bronzage, le sport et les multiples " libérations " de la mode, la redécouverte du corps passe d’abord par les objets.  Et ce projet économique " n’est pas là la moindre des raisons qui, en dernière instance orientent tout le processus historique de " libération du corps ". Il en est du corps comme de la force de travail. Il faut qu’il soit libéré pour pouvoir être exploité rationnellement à des fins productivistes…Il faut que l’individu puisse redécouvrir son corps et l’investir narcissiquement pour que la force du désir puisse se muer en demande d’objets manipulables rationnellement " (p.211).
L’objet de consommation " corps " comme forme subtile de contrôle social
L’objectif productiviste semble pour Baudrillard encore secondaire par rapport aux finalités d’intégration et de contrôle social mises en place à travers tout le dispositif mythologique et psychologique centré autour du corps. Le long processus de désagrégation, de désacralisation historique de l’âme au profit du corps s’est longtemps inscrit comme une critique du sacré, vers plus de liberté, de vérité, d’émancipation. Aujourd’hui, l’appropriation du corps se fait sous le signe de la " resacralisation ". Le culte du corps n’est plus en contradition avec celui de l’âme : il lui succède et il hérite de sa fonction idéologique. En tant qu’objet de sacralisation, le corps devient ainsi, comme l’était l’âme auparavant, un outil conséquent de contrôle et de maintien de l’ordre social. En effet, à travers le culte consommatoire du corps, se préservent et se renforcent tout un système de valeurs individualiste et les structures sociales qui lui sont liées. Dit autrement, la surconsommation liée au corps permet une adhésion et une intégration indirecte aux valeurs de la civilisation occidentale moderne et par là sa préservation.






Pierre Bourdieu
La distinction. Critique sociale du jugement
Paris, Ed. de Minuit., 1979.
La Distinction est un ouvrage dans lequel Bourdieu élabore une analyse et une théorie des goûts et des styles de vies.

Il classe les agents sociaux à l'intérieur d'un espace social des positions relatives. Cet espace se construit selon deux axes. Le premier représente le volume global de capital qu'un agent possède, tous capitaux confondus (capital social, capital culturel, capital économique). Il croît de bas en haut. Le second axe représente le rapport entre le capital culturel et le capital économique des agents.

L'espace social est défini dans cet ouvrage comme un champ de forces dans la mesure où les propriétés retenues pour le définir sont des propriétés agissantes.

Dans cet ouvrage, Bourdieu définit également ce qu'il appelle la lutte pour la distinction et qui transforme des différences très faibles en différences radicales puisque hiérarchisées.

Dans un champ social spécifique, les agents sont constamment pris entre deux intentions contradictoires. Pour être reconnu dans un champ, il faut s'y distinguer mais dans s'y distinguer conduit aussi à en être écarté. Les agents doivent donc s'ajuster à la juste mesure entre la distinction et la conformité. Avoir du style, c'est suivre la mode tout en s'en détachant par quelques touches personnelles
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent -entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire- et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie.

On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Éléments pour une critique " vulgaire " des critiques " pures ", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture.

L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document.Contre le discours ni vrai ni faux, ni vérifiable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des " rôles " et des " attitudes " de la " lower middle class ", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt -ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index- et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.

ISBN 2.7073-0275.9

 

Table des matières

I. Critique sociale du jugement de goût

1. Titres et quartiers de noblesse culturelle

Titres de noblesse culturelle

Quartiers de.noblesse culturelle

 

II. L'économie des pratiques

 2. L'espace social et ses transformations

Condition de classe et conditionnements sociaux

Un espace à trois dimensions

Les stratégies de reconversion

 

3. L'habitus et l'espace des styles de vie

L'homologie entre les espaces

Les univers de possibles stylistiques

 

4. La dynamique des champs

La correspondance entre la production des biens et la production des goûts

Les luttes symboliques

 

III. GOÛTS DE CLASSE ET STYLES DE VIE

5. Le sens de la distinction

Les modes d'appropriation de l'oeuvre d'art

Les variantes du goût dominant

La marque du temps

 

6. La bonne volonté culturelle

Connaissance et reconnaissance

7. Le choix du nécessaire

Le goût de nécessité et le principe de conformité

Les effets de la domination

 

8. Culture et politique

Cens et censure

Compétence et incompétence statutaires

Le pays légal

L'opinion personnelle

Les modes de production de l'opinion

Dépossession et détournement

Ordre moral et ordre politique

Habitus de classe et opinions politiques

L'offre et la demande d'opinions

L'espace politique

L'effet propre de la trajectoire

Le langage politique

Conclusion

 

Conclusion

Classes et classements

Des structures sociales incorporées

Une connaissance sans concept

Des attributions intéressées

La lutte des classements

Réalité de la représentation et représentation de la réalité

.

Post-scriptum.

Éléments pour une critique " vulgaire " des critiques " pures "

Le dégoût du facile

Le " goût de la réflexion " et le " goût des sens "

Un rapport social dénié

Parerga et paralipomena

Le plaisir de la lecture





Veblen T. (1970 [1899]), Théorie de la classe de loisir, Ed. TEL Gallimard.


I BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR


 

 

THORSTEIN BUNDE VEBLEN (1857-1929) est à la fois économiste, historien, philosophe et sociologue. Issu d’un milieu relativement modeste, il est le quatrième fils d’un paysan de l’Ouest venu de Norvège 10 ans auparavant. Elève brillant, il obtient un Ph. D. à Yale en 1884 et est nommé à son premier poste d’enseignant à Chicago. La personnalité de VEBLEN mérite une description plus approfondie tant elle tranche avec celle en vigueur au sein de l’establishment universitaire de l’époque. Quatre traits saillants permettent de caractériser VEBLEN.

 

- Le désintérêt total pour les contingences matérielles et le peu de soin apporté à sa mise. Son apparence rustique et négligée le font décrire par Robert HEILBRONER sous les traits « d’un paysan norvégien avec une moustache mal peignée qui cache la bouche et une courte barbe en broussaille (…), habillé d’un costume épais mal repassé, avec une grosse épingle de sûreté attachée à sa veste, qui retient sa montre ».

- La médiocrité de ses performances en tant qu’enseignant. Sa diction lente1[1] et embrouillée (il n’a appris l’Anglais que très tard) et le peu d’orthodoxie2[2] de ses méthodes pédagogiques conduisait ses classes à se vider régulièrement.

- Sa grande paresse et son inaptitude totale à défendre ses intérêts. VEBLEN dispose d’une remarquable aptitude à l’oisiveté qui apparaît d’autant plus surprenante qu’il est issu d’un milieu industrieux et travailleur.

- Le radicalisme de ses idées et le cynisme de son ton.

 

Ces différents éléments conjugués ont constitué un frein à la progression de sa carrière et à son rejet par l’establishment universitaire. Ces traits de caractères, socialement rédhibitoires, s’ils permettent de mieux comprendre la nature du caractère de VEBLEN occultent un aspect essentiel de sa personnalité, son détachement total de la société. Quant à ses rapports avec la société, on peut dire de lui qu’il ne se considérait ni concerné, ni prisonnier, ni éloigné, ni distant, ni désintéressé, bref un étranger3[3]. Il s’adapta au monde comme un missionnaire s’adapte à une terre de primitifs.

 

Curieusement, l’hétérodoxie de sa pensée et la virulence de ces propos présents tant dans son discours que dans ses écrits4[4] (il écrit dans un anglais tranchant comme un rasoir) ne se retrouvent nullement dans ses actes. Contrairement à K. MARX, il ne préconise aucun engagement politique actif. S’il critique les valeurs américaines ce n’est pas pour conclure, à la manière européenne, par un appel aux barricades. En matière idéologique, VEBLEN est croyant davantage que pratiquant. Si la critique acerbe et sans concession de VEBLEN peut être expliquée par la modestie de ses origines, il serait toutefois trop simpliste de faire de son œuvre majeure le fruit amer d’une rancune personnelle.

 

VEBLEN est l’auteur d’une vingtaine de livres et d’articles. On a, en définitive, écrit beaucoup plus à son sujet que lui-même n’a écrit au cours de sa carrière. Sa production peut être divisée en deux branches. Les livres qui directement ou indirectement ont pour objet l’économie, la société et la civilisation des Etats Unis et décrivent l’opposition entre le monde des affaires et le monde de l’industrie. La deuxième branche de ses écrits est consacrée à l’Allemagne, à la guerre et à la paix. Il est également l’auteur d’une traduction d’un texte relatif aux légendes de l’ancienne Islande. L’ouvrage qui a fait sa renommée et est l’objet de la présente note a été écrit en 1899. Il n’a été traduit en français qu’en 1970. VEBLEN a le ton vif et fait montre de parfois d’humour, souvent de cynisme.

 

VEBLEN est un visionnaire, il a prédit les conflits mondiaux. Dans deux livres consacrés à l’Allemagne, à la guerre et à la paix, il conclut à l’impossibilité de la paix dans un système ou il y a prééminence des banquiers, des états dynastiques et le dévouement des masses à des superstitions d’un autre age. Il a également prévu l’instabilité des marchés financiers5[5] par les propos suivants : « les financiers en trafiquant des titres de propriété, par le recours au crédit et par l’émission de valeurs mobilières, échafaudent des édifices de papier, voués quelque jour à l’écroulement puisqu’ils reposent sur des fictions6[6] »

 

Il a enfin perçu, avant la lettre, la financiarisation de la société « L’effet de l’intérêt pécuniaire et des habitudes de pensée pécuniaires sur le développement des institutions se constatent dans les décrets et conventions qui (…) favorisent les transactions pécuniaires et garantissent les intérêts acquis. Les aménagements des institutions modernes, conçus en faveur des possédants, tendent à substituer au capitaine d’industrie une société par actions sans âme7[7] ». Par une dénonciation de la morale des affaires et des mœurs bourgeoises, il a protégé son livre contre les injures du temps.

 

 

 

L’ŒUVRE DANS SON CONTEXTE


 

 

 

L’ouvrage de VEBLEN peut être rattaché à trois sources :

 

- L’économie classique et marginaliste : VEBLEN méconnaît les économistes classiques, il leur reproche en particulier de fonder leur raisonnement sur une conception pauvre et caricaturale de la nature humaine, l’homo oeconomicus, uniquement réduit à un faisceau de désirs.

 

- Le courant marxiste : VEBLEN est proche du personnage de K. MARX, car il propose une interprétation des conflits à l’intérieur des nations et entre les nations. Il rejette toutefois la lutte des classes et la démonstration marxiste de la plus value dans le capitalisme moderne, parce que cette démonstration utilise les concepts de l’économie classique. On peut considérer que MARX s’en prend au capitalisme et VEBLEN aux capitalistes.

 

- Le darwinisme social : Selon VEBLEN, l’évolution sociale est un processus d’adaptation sélectif du tempérament et des façons de penser. Dans le raisonnement véblénien, la capacité des hommes à s’adapter dépend de deux instincts qui coexistent en chacun d’eux, l’instinct artisan8[8] et l’instinct prédateur. Cette approche évolutionniste prend beaucoup aux théories de C. DARWIN et de SPENCER (le père du darwinisme social). Pour VEBLEN l’accès à la classe de loisir se fait par sélection et adaptation en ne laissant accéder que ceux qui ont fait montre d’agressivité et ont survécu grâce à leur aptitude financière.

 

Si VEBLEN s’est inspiré de diverses sources théoriques pour construire son ouvrage, il est lui-même à l’origine d’un courant théorique, le courant institutionnaliste, co-fondé avec deux de ses élèves J.R. COMMONS et W.C MITCHELL. L’apparition de l’institutionnalisme aux Etats Unis correspond à un changement radical du paradigme relatif à l’approche néo-classique. Cette dernière cherche à expliquer le comportement des agents économiques dans un système statique et socialement neutre. L’institutionnalisme situe ce comportement dans un système économique intégré dans un contexte historique et social. Le rôle des institutions est donc crucial. Ce courant connaîtra une éclipse, puis un renouveau avec le néo-institutionnalisme de R. COASE et O. WILLIAMSON.

 

Rattacher VEBLEN à un courant de pensée économique implique de le considérer comme tel. Or il y a très peu de points communs entre l’économie de VEBLEN et la mécanique économique des classiques. VEBLEN s’est davantage intéressé au fonctionnement du monde, aux mœurs et coutumes en vigueur dans la société, aux motivations des acteurs, qu’à la formalisation de leurs comportements.

 

 

 

POSTULAT ET HYPOTHESES


 

 

 

Le postulat de VEBLEN est le suivant :
L’institution d’une classe oisive est la conséquence naturelle d’une discrimination positive des travaux dignes et des travaux indignes. Toutes les activités de la classe de loisir sont tournées vers la démonstration qu’elle ne peut, sous peine de déchoir, participer à des activités industrieuses. Elle véhicule un mode de pensée et d’action dont on retrouve les effets dans toutes les sphères de la société (religion, condition féminine, sport, enseignement…)9[9].
Pour vérifier la véracité de ce postulat, VEBLEN a formulé trois hypothèses qu’il s’est fixé pour objectif de démontrer :
- le loisir ostentatoire et la consommation ostentatoire sont les deux moyens principaux utilisés par la classe de loisir pour démontrer sa richesse et sa supériorité sur les autres classes sociales.

 

- la relation de subordination constatée entre classe de loisir et classe pauvre se retrouve à tous les niveaux de la société, entre maîtres et valets, entre divinité et prêtrise, entre maris et femmes…

 

- la classe de loisir par son conservatisme constitue un obstacle à l’évolution de la société.

 

MODE DE DEMONSTRATION


 
La méthodologie retenue par l’auteur est définie dans la préface : « pour des raisons de convenance et aussi parce que l’on risque moins de se méprendre sur des phénomènes familièrement connus de tous, on a choisi des exemples probants tirés de la vie quotidienne. Comme ils sont directement observés ou de notoriété publique, ils ont paru préférable à des données absurdes, puisées à des sources lointaines ». Il ajoute que « le raisonnement prend appui sur des considérations générales qui si elles étaient remises en cause par le lecteur ne perdrait pas toute valeur ».

 

Ainsi VEBLEN professe une démarche inductive, il énonce des faits et de ces faits il déduit des lois. Il généralise une observation ou un raisonnement établis à partir de cas singuliers. D’autre part, il intègre peu de références bibliographiques et met à la charge du lecteur de se procurer celles dont il pourrait avoir besoin. Cette démarche qui demeure très largement empirique pèche par un manque évident de fondement scientifique et garde la valeur d’un témoignage d’une remarquable fidélité.

 

 

 

RESUME DE L’OUVRAGE


 

 

 
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