Edouard Molinaro, Le Souper, 1992. Eve Suzanne, «Révolution informationnelle et révolution numérique», 08/10/2010, 7





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Séance 4 : Le numérique et moi, et moi et moi…

  1. Anne Ghiringhelli et Benoîte Jalet « L'univers des blogs, ses habitants, ses rites, son langage », Le Monde, 21 Mai 2005.

  2. Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel, « La production de soi comme technique relationnelle. Un essai de typologie des blogs par leurs publics », Réseaux, n° 138, juillet-août 2006, p. 15-71.

  3. Serge Tisseron, « Droit à l’oubli sur Internet : une idée dangereuse ? », 9 décembre 2012, http://www.sergetisseron.com/

  4. Pierre Assouline, « Le blogueur face aux blogaholics », Le Monde magazine, 19 décembre 2009.

  5. Dessin de Pessin, Le Monde, 22 et 23 mai 2005.

Annexe : Nina Testud, extrait de Facebook, Et moi ! Et moi ! Et moi !, Hoëbeke, 2009.

Document 1 : Anne Ghiringhelli et Benoîte Jalet « L'univers des blogs, ses habitants, ses rites, son langage », Le Monde, 21 Mai 2005.

De Dominique Strauss-Kahn à Léa, 10 ans, en passant par la romancière Virginie Despentes, de plus en plus de Français "bloguent". Le phénomène est né outre-Atlantique en 1999. Aujourd'hui, on recense 2,7 millions de blogs rien que sur la Toile française, dont 2 millions sont ouverts par des adolescents sur la plate-forme de la radio Skyrock : ils portent le nom de "Skyblogs".

Les blogs, à l'origine weblogs (contraction de Web et de log), sont un dérivé des pages personnelles sur Internet. Dans un premier temps, ils étaient "de simples listes de liens informant les lecteurs de l'apparition de nouveaux sites", explique Cyril Fievet, coauteur de l'essai Blog Story, paru en 2004 aux éditions Eyrolles.

Aujourd'hui, les blogs ont adopté un format de publication chronologique : les plus récents sont rangés en haut de page. Les lecteurs peuvent réagir en publiant des commentaires ou en les alimentant d'informations nouvelles propres à élargir le débat. Pas un sujet n'y échappe, ce qui donne aux blogueurs le pouvoir de se faire connaître et de se faire entendre. Les lycéens ne s'y sont pas trompés qui, au printemps, ont créé de nombreux blogs. "Si nous manifestons, disaient-ils, c'est pour un seul but : assurer notre avenir !" Et aussitôt d'utiliser ce nouveau mode de communication pour fédérer leurs actions, témoigner des débats et appeler à lutter ensemble.

Le phénomène des blogs s'explique par un besoin d'affirmation de soi et de revendication de la part des blogueurs. Ce serait "le dernier îlot de liberté" ou "un exutoire""Je blogue parce que j'ai toujours quelque chose à dire", écrit Stéphanie sur pointblog.com. "Je blogue parce que je veux exister", indique un autre internaute. Une motivation qu'a constatée Matthieu Paldacci, sociologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui consacre sa thèse aux blogs et aux journaux intimes.

Ce sont les femmes qui, en majorité, alimentent les cyberjournaux intimes, tandis que les hommes sont plus enclins à partager un avis sur un film ou sur l'actualité."Les messages sont souvent écrits sous pseudonyme mais sont rarement anonymes, souligne M. Paldacci. L'identité de l'auteur n'est absolument pas virtuelle. C'est pour cela que les blogs marchent." Les internautes, notamment les plus jeunes, ont pris pour habitude de mettre en ligne des photos d'eux-mêmes et de leurs amis. Voire parfois aussi celles d'adultes avec lesquels ils sont en conflit, par exemple leurs "profs", ce qui a conduit ces derniers mois plusieurs établissements scolaires à exclure de jeunes blogueurs.

Le blog n'est pas seulement une vitrine, il est aussi un lieu d'échanges, dans la mesure où il s'actualise aisément et rapidement. "Les commentaires sur les blogs les plus populaires deviennent parfois plus importants que les notes de l'auteur lui-même", note Loïc Le Meur, fondateur d'une plate-forme d'hébergement, sixapart.com. Sur son propre blog, il relève en moyenne quatre commentaires pour un message.

[…] Auteurs, lecteurs et contradicteurs forment la "blogosphère". Celle-ci prend les allures d'une véritable société. Pierre Bellanger, le PDG de Skyrock, dont le site skyblog.com est à l'origine du phénomène en France, dit avoir le sentiment de se trouver à la tête d'une ville de deux millions d'habitants. "Cet aspect communautaire est propre aux blogs adolescents. Pour les autres, on a davantage l'impression de micro communautés les unes à côté des autres", estime M. Fievet. Par exemple, celles des fans de bandes dessinées ou des expatriés forment des tribus cohérentes. "Il est beaucoup plus facile de trouver des personnes qui ont les mêmes centres d'intérêt avec les blogs que dans la vie réelle", souligne M. Le Meur.

La blogosphère contient différentes composantes qui font une société. Elle a une langue : "Les blogueurs ont tendance à se comprendre entre eux et à développer des codes communs, par exemple un vocabulaire nouveau", précise M. Le Meur. Chez les adolescents, on retrouve le langage phonétique des SMS, du style "jsé plu tro koi pensé".

Une "blogeoisie", terme qui désigne les blogueurs les plus réputés, émerge. Des "vandales" ou "trolls" saccagent des blogs en y postant une multitude de commentaires injurieux. Et, pour faire face aux criminels, skyblog.com a recours aux "cybercops", une icône qui invite les blogueurs à signaler des propos licencieux.
Document 2 : Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Teterel, « La production de soi comme technique relationnelle. Un essai de typologie des blogs par leurs publics », Réseaux, n° 138, juillet-août 2006, p. 15-71.

Les interprétations du développement des pratiques de blogging ont souvent porté attention à la dimension individualiste de cette forme inédite d’expression publique en la rattachant à diverses manifestations d’exacerbation de la sensibilité à soi et de quête de reconnaissance publique. Cette dynamique « expressiviste » est incontestablement au cœur des engagements des bloggeurs. Il reste cependant qu’en focalisant l’attention sur les ressorts individuels – voire « narcissiques » – de ces pratiques d’expression de soi en public, on manque souvent un autre ressort du blogging, sa dimension essentiellement relationnelle – caractéristique pourtant centrale des formes contemporaines d’individualisme. Si, en effet, le blog est incontestablement un outil de publication offrant aux personnes des formats originaux de mise en récit de leur identité personnelle, il est aussi et surtout – c’est en tout cas l’hypothèse que nous souhaitons étayer dans cet article – un outil de communication permettant des modalités variées et originales de mises en contact. L’organisation sous forme calendaire des « posts » constitue la première caractéristique de toutes les interfaces de blog. Mais, de façon tout aussi importante, une autre dimension essentielle de cette technologie est la possibilité de commenter les posts et de lister les liens vers les blogs préférés dans le blogroll. Aussi ne peut-on comprendre la logique de production des posts publiés sur un blog sans prêter une égale attention à l’espace d’interaction qu’ils suscitent à travers leurs commentaires. L’interface du blog doit alors être regardée comme un répertoire de contacts permettant aux individus de tisser des liens avec d’autres autour d’énoncés à travers lesquels ils produisent de façon continue et interactive leur identité sociale.

Le blog s’inscrit dans l’histoire des dispositifs de l’Internet comme le point de rencontre de deux filières de services précédemment distincts, celle des outils d’auto-publication, notamment de la page ou du site personnel, et celle des outils de communication collective, notamment les forums et les listes de discussion. En agrégeant dans un même dispositif les fonctions de publication et de communication, le blog reconfigure, d’une part, les pratiques antérieures d’expression de soi de la page personnelle et propose, d’autre part, des modalités relationnelles différentes de la discussion sur les forums, les listes ou les chats. Ces nouvelles opportunités tiennent au lien étroit que le blog permet d’établir entre production identitaire et organisation du système relationnel. Les individus y expriment sous des formes variées certains traits de leur identité afin de mettre cette production au service de la sélection, de l’entretien et de l’enrichissement de leur répertoire de contacts. A cet égard, même s’il est inutile d’accuser une quelconque différence avec les pratiques ordinaires, le blogging constitue bien un instrument original de production de sociabilités, celles-ci pouvant se déployer, depuis le même outil, dans des formats topologiques variés. Tout se passe en effet comme si les contours de la personne, tels qu’ils apparaissent dans les productions multimédias des bloggeurs, servaient d’instructions sémiotiques favorisant des modes de mises en relation différents. C’est pourquoi, dans l’esprit d’une sociologie pragmatique, il nous paraît nécessaire d’interroger les effets de ce travail de production de contenu – et, inséparablement, de soi – sur la construction du public du blog. C’est en analysant la nature de la relation entre la forme de l’énonciation de soi et les modalités relationnelles de sa réception que l’on peut dégager une première caractérisation sociologique des différents types de blogs. En effet, les multiples typologies présentées dans la littérature pédagogique ou scientifique sont essentiellement construites sur un découpage thématique des propos bloggés (intime, amateur, expert, journalistique, politique, etc.). Sans remettre en question ces caractérisations, il nous semble utile d’y intégrer beaucoup plus fortement la place du public du blog, et donc sa réception, afin de mieux interpréter la diversité de ses usages, la multiplicité des carrières de bloggeurs et la plasticité des formes de l’espace public qu’il adresse. En procédant à cette déconstruction des formats relationnels de l’autoproduction, on espère ainsi mieux rendre compte de la spécificité interactive de cet outil de communication.
Document 3 : Serge Tisseron, « Droit à l’oubli sur Internet : une idée dangereuse ? », 9 décembre 2012, http://www.sergetisseron.com/

La possibilité de pouvoir effacer d’Internet des données personnelles qui nous gênent revient régulièrement. Pourtant, est-ce bien la solution ? Si une technologie simple permettait à chacun de faire disparaître d’Internet ce qui lui déplaît, le risque ne serait il pas que chacun fasse encore moins attention à ce qu’il y met ? Le droit à l’oubli pourrait alors rapidement encourager l’oubli du droit, et notamment du droit à l’image : tout pourrait être tenté parce que tout pourrait être effacé. En outre, n’oublions pas qu’il n’y a pas sur Internet que les « bêtises » qu’on a mises soi-même. Si je me suis séparé de ma copine et que je décide de faire disparaître les images de mon intimité avec elle, cela ne signifie évidemment pas qu’elle le fasse aussi. Et si j’ai mis un peu vite une image de moi ivre un soir de beuverie adolescente, il serait bien étrange que personne d’autre que moi n’ait eu cette idée !

Notre e-identité n’est pas notre identité

C’est pourquoi la solution me paraît bien plutôt résider dans un changement de point de vue. Nous vivons une révolution : l’irruption brutale d’une culture des écrans dans un paysage où régnait jusque là sans partage celle du livre. Or une culture n’est pas seulement une affaire de supports : elle bouleverse le rapport aux autres, à l’espace, au temps, à la connaissance, mais aussi à l’identité et aux images. Il nous faut prendre la mesure de ce bouleversement et comprendre qu’Internet engage certes notre e-identité, mais pas notre identité réelle. Laissons tout ce qui prétend nous représenter sur la toile mener sa vie et apprenons à ne pas croire systématiquement tout ce qu’on y trouve. Certaines « informations » à notre sujet sont d’ailleurs inventées de toute pièce. Et si quelqu’un prétend avoir découvert sur Internet une image qui me compromet à ses yeux, je peux toujours lui répondre qu’elle a été inventée, ou falsifiée. Internet est autant un espace de ragots que de vérités ! Sur Internet, aucune affirmation n’efface l’autre, aucune ne s’impose sur l’autre, c’est un monde qui ne connaît pas l’exclusion des contraires. C’est son danger, mais c’est aussi sa force.

Internet, un troisième monde

Du coup, il faut élever les enfants avec l’idée que le monde de la vie et celui d’Internet sont deux espaces totalement différents : l’un est organisé autour du corps vécu et du moment présent, l’autre autour des images et des traces. En fait, Internet est même un troisième monde : ni vraiment celui du sommeil pendant lequel nos rêves nous échappent et ne sont connus que de nous-mêmes ; ni celui de la veille dans lequel notre corps est engagé au cours de relations dont chacun garde le souvenir au même titre que moi. Internet est un troisième monde dans lequel je peux mettre en scène mes rêves, mais d’une façon qui implique les autres. C’est en quelque sorte une manière de rêver à visage découvert ou, si on préfère, à esprit ouvert. Evidemment ce n’est pas sans risque, mais ce n’est pas en brandissant un hypothétique droit à l’oubli qu’on permettra aux jeunes de mieux s’y préparer. L’idée de contrôler en toutes circonstances sa propre image est incompatible avec la culture des écrans. Et la possibilité d’effacer ce qu’on juge indésirable pourrait vite s’avérer créer plus de problèmes que ceux qu’on prétend résoudre. Non seulement cela risquerait d’encourager tous les excès à l’adolescence – voire au-delà ! -, mais aussi de contribuer à nous cacher le caractère irréversible de chacun de nos actes. Je fais, j’efface, quelle illusion ! Un peu comme si Internet fonctionnait à la façon d’une bobine de pellicule ou d’une antique cassette vidéo : je peux rembobiner pour revenir au point de départ. Méfions-nous d’introduire dans l’utilisation de ces technologies l’illusion d’un effacement définitif de ce qui nous déplaît. Car on finit toujours par avoir l’idéologie, et même la psychologie des technologies qu’on utilise. A effacer à volonté les traces qui témoignent sur Internet de ce qu’ils ont vécu, les jeunes risquent de finir par croire qu’ils puissent les effacer pareillement dans leur propre esprit, voire dans leur vie.

Une éducation à Internet dès le CP

Il serait dangereux de laisser grandir nos enfants avec l’idée d’un effacement facile de traces qu’ils ont délibérément pris la décision, à un moment donné, de rendre visibles. Il existe une autre solution : leur apprendre, âge par âge, à s’autoréguler. Car l’éducation, la vraie, ne consiste pas à guider et à protéger l’enfant, mais à lui apprendre à s’auto diriger et à s’auto protéger. C’est pourquoi la solution est dans une éducation qui prépare très tôt les enfants à savoir gérer leur rapport cognitif, social et émotionnel aux mondes virtuels. Et pour cela, il faut leur apprendre, dès l’école maternelle, la différence entre le réel et le virtuel, et leur expliquer, dès le CP, ce qu’est la science informatique et comment les écrans modifient non seulement le monde, mais aussi nos représentations du monde. Les enfants possèdent, plus qu’on ne le croit, les bases pour le comprendre.
Document 4 : Pierre Assouline, « Le blogueur face aux blogaholics », Le Monde magazine, 19 décembre 2009.

Les gens sont bizarres et les internautes pires encore. Parmi ces derniers, les « intervenautes » se situent encore plus haut sur l’échelle de Richter de la bizarritude (terme attesté sur un blog du Michigan en 2001, avant correction). Ce sont ceux qui ne peuvent s’empêcher d’écrire aussitôt après avoir lu. On appelle cela l’interactivité, et encore, on est poli.

L’un de mes très proches amis, qui tient depuis cinq ans un blog littéraire à flux tendu autant qu’il est tenu par lui, m’a récemment confié sa perplexité face à l’évolution observée depuis peu sur son écran. Certains compulsifs du commentaire tous azimuts adoptent des comportements aussi étranges qu’inédits. Jugez-en plutôt.

Il y a d’abord la montée de l’intolérance. Non pas celle de la violence, consubstantielle au médium, l’anonymat et l’invisibilité agissant comme le plus efficace des désinhibants, mais bien celle de l’intolérance. Non contents d’user du forum qui leur est réservé pour régler leurs comptes personnels et s’insulter copieusement dans les limites tolérées par les modérateurs, ils écrivent de plus en plus personnellement au tenancier du site sur sa propre messagerie pour lui demander d’exclure un commentaire qui leur déplaît ; et comme le ton monte et vire rapidement à la menace, ils exigent que l’autre soit banni à jamais sous des motifs divers (fascisme rampant, pédophilie inavouée, négationnisme larvé, harcèlement insidieux, insinuation infernale…).

Il y a aussi la montée du remords. Certains, qui ont souvent passé un temps fou à peaufiner un texte très argumenté sur le vrai danger de la pensée heideggérienne8 dans la déconstruction de son fameux Discours du rectorat, se demandent vingt-quatre heures après l’avoir mis en ligne s’ils l’ont bien fait. S’il n’y avait pas un mot de trop. Si le fond de leur réflexion n’était pas trahi par leur maladresse même. Si un tragique malentendu ne les attend pas dans les nombreuses réactions que leur démonstration n’a pas manqué d’entraîner. Bref, ceux-là écrivent au blogueur pour lui faire part de leur repentir. Dans un premier temps, ils lui demandent de modifier quelques mots ; le lendemain de retirer un paragraphe ; et le surlendemain de supprimer l’intégralité du commentaire car ils n’en ont pas dormi ; ce sont généralement les mêmes qui recommencent la semaine suivante selon la même procédure. Du pain bénit pour les psys.

Il y a également la montée de la paranoïa. De plus en plus nombreux sont en effet les internautes qui interprètent le moindre mot, la plus anodine allusion, le titre le plus banal, la photo la plus classique et même tout choix littéraire de leur hôte en ligne comme un clin d’œil à eux adressé personnellement ou, dans le pire des cas, comme une insinuation relative à une confidence qu’ils lui auraient faite dans un commentaire crypté !

Il y a ceux qui se sont construit une nouvelle identité sous pseudonyme, en ligne et donc virtuelle ; ils sont si fidèles au poste qu’une notoriété nouvelle leur est née, bousculant ainsi une conception obsolète de l’anonymat. Mais si à la faveur d’une grosse colère ils font leurs adieux, comme il s’agit presque toujours d’adieux à répétition ponctués par de glorieux retours sur scène dignes de l’Olympia, ils tombent en syncope lorsqu’ils s’aperçoivent que pendant leur absence, un autre s’est emparé de leur signature. Alors, c’est la guerre. Enfin, il y a ceux qui se sentent tellement blogaholics – blogo-dépendants – qu’ils supplient le tenancier du site de les interdire. Comme au Casino.

Mon ami m’a avoué qu’au début, il n’y croyait pas, incapable d’imaginer que l’addiction pût atteindre de telles proportions. Jusqu’à ce qu’une jeune femme, généralement prodigue en commentaires érudits, certes nombreux mais appréciés car pleins de finesse le supplie : « Virez-moi, par pitié ! Je ne fais plus rien d’autre… »

Document 5 : Pessin, Le Monde, 22 et 23 mai 2005.



Annexe : Nina Testud, extrait de Facebook, Et moi ! Et moi ! Et moi !, Hoëbeke, 2009.

La sociologue y propose des portraits entre fiction et document de différents personnages.

Voilà, ça y est, je suis là. C’est moi dans la place. C’est mon re-birth à moi, je vais m’approprier mon identité : je vais naître sur Facebook, tout beau et pas fripé. Pas tous les jours qu’on a l’occasion de se réinventer. J’ouvre grands mes placards, je vais choisir mes habits. A ce stade, je suis indifféremment un homme ou une femme.

Là, plusieurs stratégies s’offrent à moi, selon que je suis là au premier degré, là pour m’amuser, là pour travailler, là pour rencontrer quelqu’un ; selon que je joue le jeu ou que je suis passager clandestin.

LE CHOIX DU NOM D’ABORD

Je donne mon nom. Mon vrai nom. Après tout je n’ai rien à cacher, je suis là pour contacter mes amis, pour en retrouver, de même que j’aimerais bien être retrouvée moi aussi. Du coup, si je me suis mariée entre-temps je précise bien. Je suis X, épouse Y.

Je suis là pour créer des opportunités, je suis là pour travailler, c’est pareil, je donne mon vrai nom, ou mon nom de scène, mais je donne mon identité professionnelle. C’est plus sérieux. Plus assumé.

Je donne mon nom d’autant plus que je suis là dans une stratégie d’occupation de l’espace. Je n’ai pas forcément grand-chose à dire ni à faire ici, mais au moins quand j’y suis, personne ne prétend être moi. Je ne suis pas une star, mais dans le doute…Et, Google ayant horreur du vide, je préfère me donner en pâture dans un Facebook maîtrisé plutôt que de laisser le champ libre aux photos de moi en tee-shirt mouillé qui traînent encore sur la toile. J’occupe l’espace, voire je fais diversion. Facebook étant bien référencé dans les résultats d’une recherche sur Google, mon profil donnant suffisamment matière à voir, je me plais à penser que les gens n’iront pas voir plus loin.

Facebook, j’assume moyen. Je donne un bout de nom. Je suis Moi Mais Pas Trop. Suffisamment pour que ce soit un peu moi, suffisamment pas moi pour pouvoir me rétracter, pour qu’on me foute la paix. Parce que je ne suis pas encore sûr de l’intérêt de l’objet, parce que quand même cette question de l’utilisation des données privées m’inquiète. Du coup un bout de moi, sauf à prévenir que c’est quand même moi, ben ça me fait pas beaucoup d’amis. Facebook j’assume moyen et puis sans amis, je m’amuse moyen aussi.

Je suis là en passager clandestin, je me crée une identité totale-foutraque, je me fous de Facebook. Je suis anonyme pour lire le Book en toute impunité, pour me faire une idée. Je suis Râ Tatouille, Averell Dalton ou Betty Boop. Mes amis les plus proches me reconnaissent, c’est là l’essentiel.

Je suis un nom de princesse japonaise, je suis un personnage imaginaire, une expérience, un happening. Je suis monté de toutes pièces, je suis La Guerre des Mondes, je suis Bye Bye Belgium, je suis un héros dont mes amis vont suivre les tribulations, je suis un docu-fiction, je suis mon faux amoureux si je veux.

PUIS LE CHOIX DE LA PHOTO

Ha, haaa, le choix de la photo !

Je mets ma photo d’identité. C’est bien moi, et puis c’est plus pratique. On me reconnaît bien. Je suis là pour ça. Facebook premier degré. C’est le moi « légal ».

Je mets une photo de moi en costume-cravate, en situation, c’est mon moi « pro », je suis là pour rigoler, je fais du networking, moi monsieur, j’exploite les recoins du réseau.

Je mets une photo de moi en vacances, au bord de l’eau, sous un palmier, dans les Rocheuses ; une photo de moi avec mes copines, du coup on ne sait pas qui est moi mais c’est pas grave, je me fonds dans mes amies, je suis le groupe, en tout cas on a bien ri ce jour-là. C’est mon identité cool parce que Facebook c’est fun. C’est mon moi « privé ».

Je choisis une photo de moi et mon amoureux, une photo de moi et mon fils, une photo de mon fils tout court, vois comme il grandit le petit ! C’est mon moi « conjugal ». Le temps a passé, il s’en est passé des choses. Je ne suis pas là pour choper.

Je mets une photo de moi un peu jolie. Tant qu’à faire. C’est le moi « glamour ». On ne sait jamais. Une photo tellement jolie que mes amis ne me reconnaissent pas. Le choix de ma plus jolie photo, c’est un peu mon droit à la retouche Photoshop. Je ne suis pas mannequin, je ne suis pas président, et alors ? Je me mets en valeur, je montre le plus avantageux. Cette photo-là de moi, je l’aime beaucoup.

Séance 5 : Passions et dépendances

Supports : 6 documents

  • Pierre Mercklé, La sociologie des réseaux sociaux, La Découverte, 2011.

  • Pascal Lardellier, Le pouce et la souris, Enquête sur la culture numérique des ados, Fayard, 2006.

  • Maxime Coulombe,9 « Je joue donc je suis », Sciences Humaines, août-septembre 2011, n°229.

  • Stieg Larsson, Millénium 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, 2005 (traduction française, 2006).

  • David Sipress - 2001 © Les Arènes / New Yorker.

  • Famillechretienne.fr, 5 Août 2010, © Ikon Images / Harry Malt – Getty images.

Annexe : Enquête Technologies de l’information et de la communication, avril 2010.



Document 1 : Pierre Mercklé, La sociologie des réseaux sociaux, La Découverte, 2011.

Internet enraye-t-il ou au contraire accélère-t-il le déclin de la sociabilité ?

Robert Putnam, à qui est principalement dû la thèse du déclin de la sociabilité, est clairement à ranger dans le camp des « technophobes » (…) : dans Bowling alone, il ne considérait pas le développement des nouvelles technologies de communication comme susceptibles d’enrayer le déclin du capital social, mais y voyait au contraire une dégradation de la qualité des relations : « Regarder des choses (spécialement des écrans électroniques) occupe de plus en plus de notre temps, alors que faire des choses (particulièrement avec d’autres personnes) en occupe de moins en moins10 ». La sociabilité à distance ne serait en aucun cas substituable à la sociabilité en face à face. Le problème, c’est que les Cassandre se plaignaient déjà semblablement du développement du téléphone…alors que toutes les enquêtes montrent que la sociabilité téléphonique augmente en réalité la sociabilité en face à face : « plus on se voit et plus on s’appelle11 ». En outre, la sociabilité téléphonique, même si elle augmente en moyenne de 50% le nombre de contacts, tend moins à démultiplier les liens faibles qu’à renforcer les liens forts et donc le lien social.

Et il semble bien qu’il en va de même, au moins quantitativement, avec Internet, qui s’impose d’abord, du point de vue des usages, comme une sorte de téléphone du XXIème siècle : toutes les études empiriques montrent, dès le début de la décennie 2000, que le recours aux nouveaux outils de communication par Internet (messagerie électronique, messagerie instantanée…) augmente le nombre de correspondants et la fréquence des contacts, aussi bien par téléphone qu’en face à face. L’arrivée des réseaux sociaux ne bouleverse pas le paysage, et l’idée que les jeunes utilisateurs de Facebook vivraient dans un isolement relationnel plus prononcé que les autres est un mythe. Encore faut-il préciser qu’il n’est pas impossible qu’Internet ait accompagné plutôt que provoqué l’enrayement du déclin de la sociabilité : une enquête très récente, en s’appuyant sur les résultats de grandes enquêtes nationales américaines montre que les liens amicaux entre adultes de 25 à 74 ans ont augmenté entre 2002 et 2007, que ceux-ci soient des utilisateurs intensifs d’Internet, des utilisateurs occasionnels ou des non-utilisateurs…

D’un point de vue qualitatif, les transformations sont complexes : d’un côté, effectivement, le micro-ordinateur et Internet n’ont pas enrayé, au contraire, un mouvement déjà ancien12 de privatisation et d’individualisation des contextes d’usage des technologies de communication, jusqu’à l’émergence en particulier chez les adolescent(e)s, d’une véritable « culture de la chambre », potentiellement désocialisante. Cela dit, cette sociabilité à distance constituerait, dans un certain nombre de situations, un outil extrêmement puissant de remédiation contre l’isolement et la déliaison, permettant de « retrouver un sentiment d’appartenance à un collectif 13». L’enquête sur les pratiques culturelles des Français de 2008 règle du reste très clairement son compte aux discours qui voient dans les nouvelles technologies de communication des facteurs de désintégration culturelle et sociale : « La profonde originalité d’Internet tient à ce paradoxe : bien qu’utilisé très largement à domicile […], ce nouveau média à tout faire est plutôt lié à la culture des sorties dont sont porteuses les fractions jeunes et diplômées de la population, celles dont le mode de loisirs est le plus tourné vers l’extérieur du domicile et la participation à la vie culturelle est la plus forte14 ».



Document 2 : Pascal Lardellier, Le pouce et la souris, Enquête sur la culture numérique des ados, Fayard, 2006.

La question des « toxicomanies sans drogues » intéresse les spécialistes depuis les années 1940. La notion est complexe, tant l’éventail est large des pratiques et des vecteurs pouvant être rangés dans cette catégorie (comportements alimentaires ou sexuels, jeux vidéo, téléphones…).

Mais comment l’addiction peut-elle être définie ? En substance (si je puis dire), il s’agit d’un processus selon lequel un comportement permet à la fois d’éprouver un plaisir et de soulager une tension interne, génératrice de troubles obsessifs-compulsifs. En conséquence, ce comportement est répété, malgré les efforts du sujet pour en réduire la fréquence. A cela s’ajoute corollairement le sentiment de manque, quand surgit l’impossibilité de s’adonner à l’activité source du plaisir.

Bien sûr, le Net ne provoque pas les manifestations physiques caractéristiques de l’utilisation de substances psychoactives. Néanmoins, les perturbations sont d’ordre psychologique, ressenties sous forme de malaise intérieur, de stress, d’anxiété, de pensées obsessionnelles et de désarroi quand le sujet est retenu « loin du clavier ». Et quand il peut s’adonner à sa passion, enfin, se font jour excitation, fascination et frénésie, perte des sensations de sommeil et de faim, crampes…Il est à noter que l’ordinateur (et sa « consommation compulsive») devient surtout le vecteur primaire d’addictions secondaires : jeu pathologique, achats compulsifs, « cybersexe »…Ou jeu d’un genre nouveau, avec soi et un autre indistinct et cependant omniprésent, notamment sur les forums de discussion. […]

Des psychiatres, entre autres nord-américains (dont Ivan K. Goldberg), ont établi des grilles d’appréciation de la « cyber-dépendance » et autres « web-addictions ». En général, elles sont présentées sous forme de listes de question visant déjà à aider les « cyber-dépendants » à prendre conscience de leur état, afin de pouvoir ensuite essayer de « décrocher », et de s »se déconnecter » au propre comme au figuré. Ces critères typiques de L’Internet Addiction Discorders (IAD) sont calqués sur ceux de la DSM-IV15. […]

La « cyber-dépendance », épouvantail médiatique

En 1997, alors que la Toile commençait son fol essor, une équipe de chercheurs de l’université américaine Carnegie-Mellon dévoila les résultats du projet HomeNet, consacré aux effets d’Internet. Scoop, ils y affirmaient que certains usagers du réseau souffraient d’isolement. Je pense pour ma part qu’on enfonçait là une porte ouverte. Car l’étude ne faisait que rappeler ce que d’autres avaient dit auparavant à propos du cinéma, de la télévision, de la vidéo, des jeux vidéo et tutti quanti. Et pourtant, les médias firent grand bruit de la « découverte ». Des reportages et des éditoriaux commencèrent à affirmer qu’Internet pouvait rendre ses utilisateurs tristes et dépressifs. Avec un peu d’imagination, un « autisme social » d’un genre nouveau guettait le plus épisodique des internautes. En 1997, nous n’étions ni au taux d’équipement de 2006, ni à l’ADSL…

Peu de temps après la divulgation publique de leurs travaux, les chercheurs du projet HomeNet essayèrent cependant de nuancer leurs positions, en rappelant par exemple que les usagers observés en étaient à une utilisation encore expérimentale d’Internet, et que beaucoup étaient des adolescents. Ce paramètre, déjà, introduisait des nuances dans la lecture de leurs conclusions. Se dessina néanmoins en creux de leurs pages le portrait de l’internaute dépendant, qui s’est imposé comme un archétype : de ses masculin, jeune, faisant des études, financièrement indépendant, et surtout immature d’un point de vue socio-affectif. Dans l’impossibilité de se construire une identité véritable, anxieux, timoré et dépressif, ce nerd évolué oublierait ses complexes et sa solitude en errant sur le Net.

Cependant, la formidable pénétration sociale d’Internet amène à considérer que beaucoup des autres internautes développent des traits propres aux addictions, à des degrés divers. Presque tous les ados que j’ai interrogés reconnaissent avoir eu, à un moment ou à un autre, un comportement relevant des tableaux cliniques évoqués plus haut : envie irrépressible de se connecter, frustration ou manque loin du Réseau, jubilation lorsqu’ils ont accès au jeu…Mais il y a des addictions qui ne se disent pas. Les jeunes (et leurs parents, d’ailleurs) pourraient-ils se passer de leur portable… ? Pas sûr. Et les collégiens de 2006 passent chaque semaine trois fois plus de temps sur MSN qu’à faire leurs devoirs. Certains s’en tireront par une pirouette en disant qu’ils font aussi leurs devoirs sur MSN. Alors, demain, tous « cyber-dépendants »… ? La migration vers la Toile, de toujours plus d’activités de la vraie vie (travailler, acheter, se documenter, s’instruire et se distraire, se rencontrer et s’aimer) devrait nous voir être de plus en plus présents dans les univers numériques. Alors oui, nous devrions être dépendants des nouvelles technologies, au sens littéral du terme avant même de l’être dans l’acception clinique du terme.
Document 3: Maxime Coulombe,16 « Je joue donc je suis », Sciences Humaines, août-septembre 2011, n°229.

Mondes merveilleux s’il en est, les jeux de rôle en ligne comme World of Warcraft sont aussi des univers gratifiants qui secrètent de l’estime de soi.

[…] plusieurs études le prouvent : la principale raison pour laquelle on se fascine pour ces jeux en ligne tient au sentiment d’accomplissement qu’ils offrent. Dans ce cadre, les réalisations cumulées par le joueur participent à son sentiment quotidien d’accomplissement. Cette identification du joueur à son avatar permet de récompenser le second pour faire plaisir au premier. Il est possible d’offrir des cadeaux virtuels aux personnages : nourriture, or, herbes, pièces de cuir, clefs et armures magiques, mais aussi des points d’expérience ou de réputation. Chaque victoire comporte sa rétribution et incite à poursuivre l’aventure.

Une telle reconnaissance est d’ailleurs prolongée, comme démultipliée par la nature communautaire du jeu. Les jeux en ligne, fréquentés par des millions de joueurs à la fois, offrent une foule de spectateurs potentiels aux actions du joueur. Certaines quêtes – vaincre le nécromancien habitant un château hanté, récupérer un objet rare aux mains d’un terrible pirate, affronter un dragon millénaire, etc. – doivent être accomplies en groupe dans des aventures pouvant exiger des séances de jeu de plusieurs heures. Au fil des quêtes en groupe et des victoires partagées, des amitiés naissent et grandissent. On se donnera désormais rendez-vous en ligne, on se saluera, on fera des quêtes en commun, on échangera les objets trouvés. Lentement même, on en viendra à donner des objets rares, voire de l’argent pour aider son compagnon de jeu dans la progression. On ne fait donc pas que jouer, on socialise, on entretient des amitiés. Celles-ci pallient la distance physique entre les joueurs par une proximité symbolique : le partage d’une passion. Plonger dans les univers en ligne, c’est ainsi retrouver une communauté de sensibilité.

Certes, les joueurs ne proviennent pas tous du même pays, ils n’ont souvent pas la même langue maternelle, ni le même âge, ils ne partagent pas nécessairement les mêmes opinions politiques, mais ils se retrouvent en raison d’une affection commune pour les univers merveilleux. Ils souhaitent prendre part à cette communauté virtuelle car ils ont quelque envie de fuir le monde réel. La présence des autres joueurs donne une certaine légitimité à la fréquentation du jeu ; elle permet d’un simple clic de souris, d’entrer dans un monde où cette passion est reconnue, où est reconnue aussi la volonté d’y investir de larges pans de son temps libre. Personne, là, pour remettre en question le choix de jouer, bien au contraire. Je prendrai quelques minutes pour féliciter un partenaire de jeu venant de mettre la main sur un objet rare et recherché (…), il soulignera de même une de mes réussites. Nous contribuerons à faire du monde en ligne un lieu où il fait bon vivre. Le nouveau joueur admirera avec envie l’avatar d’un joueur expérimenté, son niveau et ses armes témoignant de son pouvoir mais aussi des quêtes qu’il a dû accomplir.

Transfuge et procuration : ces réussites virtuelles se transvasent dans le monde réel ; elles contribuent à l’estime de soi. Si la reconnaissance et le sentiment de réussir sont évanescents dans la culture occidentale contemporaine, le jeu vidéo en ligne permet d’y remédier. Il s’offre à la fois comme un lieu de fuite et comme un lieu où reprendre pied. De nombreux joueurs, fascinés par ces gratifications virtuelles, peinent donc à quitter ces univers en ligne. La compréhension de la menace que peuvent laisser planer les jeux vidéo passe à la fois par une compréhension de la mécanique de ces jeux fascinants, et par une analyse des raisons rendant si difficile la reconnaissance dans nos sociétés contemporaines. En cela, les jeux vidéo sont un symptôme.

Document 4 : Stieg Larsson, Millénium 1, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, 2005 (traduction française, 2006)

Lisbeth Salander, surdouée de l’informatique a rendez-vous avec Plague, pirate informatique, pour qu’il lui fournisse le matériel dont elle a besoin.

« - Salut Plague, salua-t-elle.

- Wasp. Tu ne viens que quand tu as besoin de quelque chose

L’homme qui avait trois ans de plus que Lisbeth Salander, mesurait 1,89 mètre et pesait 152 kilos. Elle-même mesurait 1,54 mètre et pesait 42 kilos, et elle s’était toujours sentie naine à côté de Plague. Comme d’habitude son appartement était sombre ; la lueur d’une seule lampe allumée filtrait par l’entrée de la chambre qu’il utilisait comme bureau. Ça sentait le renfermé.

- C’est parce que tu ne te laves jamais et que ça pue le singe chez toi qu’on t’appelle Plague ? Si un jour tu te décides à sortir, je te dirai où on trouve du savon noir.

Il afficha un pâle sourire mais ne répondit pas et lui fit signe de le suivre dans la cuisine. Il s’installa à la table sans allumer. Le seul éclairage était la lumière d’un réverbère dehors devant la fenêtre.

- Je veux dire, je ne suis pas particulièrement fée du logis, mais quand les vieux cartons de lait commencent à sentir les asticots, je les ramasse et je les balance.

- Je reçois une pension pour invalidité, dit-il. Je suis socialement incompétent. (…)

Lisbeth Salander ouvrit la fermeture éclair de la poche de son blouson et en sortit 5000 couronnes.

- C’est tout ce que je peux te donner. Je les sors de mes fonds perso, et j’aurai du mal à te faire passer en frais professionnels.

  • Qu’est-ce que tu veux ?

  • Le manchon dont tu m’as parlé il y deux mois, tu as pu le faire ?

Il sourit et plaça un objet sur la table devant elle.

  • Dis-moi comment ça fonctionne.

Durant l’heure qui suivit, elle écouta attentivement. Puis elle testa le manchon. Plague était peut-être socialement incompétent. Mais il était incontestablement un génie. »
Document 5 : David Sipress - 2001 © Les Arènes / New Yorker



"Salut. Je m'appelle Barry et je consulte mes mails deux à trois cent fois par jour."
Document 6 : © Ikon Images / Harry Malt – Getty images, Famillechretienne.fr, 5 Août 2010


Annexe : Enquête Technologies de l’information et de la communication, avril 2010.





Séance 6 : Paroles d’experts, paroles d’amateurs : de nouvelles modalités d’accès au savoir.
1er dossier  L’enseignement : Peut-on encore penser par soi-même à l’heure de Wikipédia ?
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