La difficile mise en place du Parc Amazonien Guyanais reflète-t-elle les difficultés du développement de la Guyane dans une perspective durable ?





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Un organe décisionnel : le Conseil d’Administration

Il dirige la politique du parc. Il est présidé par un membre élu et composé de 44 membres : 12 élus (2 élus régionaux, 2 élus départementaux, 2 présidents des communautés de communes concernées) 5 autorités coutumières (3 pour le Maroni, 2 pour l’Oyapock), 11 acteurs locaux et usagers, 10 représentants des ministères concernés, 6 personnalités qualifiées et représentant du personnel.
Deux instances consultatives : le Conseil scientifique et le Comité de vie locale.

- Le Conseil scientifique assiste le conseil d’administration et le directeur dans la gestion du parc.

- Le Comité de vie locale est composé d’organismes, d’associations, de personnalités et des représentants des habitants. Il assiste le CA sur les questions économiques, sociales et culturelles. Les conseils d’habitants favoriseront la participation des populations.
L’établissement public administratif

Le directeur est nommé par le Ministre de l’Ecologie et du Développement durable à partir d’une liste de 3 candidats proposés par un comité de sélection dirigé par le président du CA.

Les agents du siège, une trentaine, sont recrutés par voie de détachement ou par contrat.

L’équipe de terrain, environ 70 personnes, est recrutée parmi les compétences locales liées à la connaissance du territoire.
Des moyens financiers : 65 millions d’euros
2.2.2. La réglementation.

Cf. Synthèse du projet. Mission pour la création du parc de Guyane, juin 2006

La réglementation en vigueur concerne la zone cœur tente de répondre aux différents enjeux. Le parc est constitué d’une zone cœur fixée par décret (2 millions d’hectares) et d’une zone d’adhésion définie comme tout ou partie du territoire des communes du parc qui ont décidé d’adhérer à la charte (3,39 millions d’hectares).
Réglementation applicable aux habitants :

-la circulation est libre sur tout l’espace du parc ;

-toutes les activités de subsistances sont autorisées (chasse, pêche, prélèvements, abattis) ;

-la création de nouveaux villages est autorisée ;

-les droits d’usage sont maintenus et confirmés dans le décret.
Réglementation générale :

-la circulation pour les non-résidents est réglementée ;

-les activités touristiques sont autorisées mais règlementées ;

-l’utilisation d’engrais terrestres est règlementée ;

-le port et l’usage d’armes sont réglementés pour les non-résidents ;

-les recherches scientifiques sont règlementées ;

-la chasse, la pêche, l’abattis et les prélèvements sont interdits pour les non-résidents ;

-la chasse et la pêche, à des fins commerciales sont interdites ;

-l’exploitation forestière commerciale est interdite ;

-toutes les activités minières sont interdites ;

-l’introduction d’espèces exotiques est règlementée ;

-l’accès aux ressources génétiques est soumis à autorisation du Conseil régional ;

-les travaux ou activités altérant le caractère du Parc sont interdits.

2.2.3. La charte
Soumise à l’adhésion des communes, la charte a pour objet de définir un projet de territoire dans le cadre d’une gestion partenariale et elle se fixe comme objectifs principaux :

  • l’amélioration de la qualité de vie des habitants (eau potable, électricité, gestion des déchets, …) et de développement local adapté ;

  • la préservation et la valorisation du patrimoine naturel, culturel et paysager exceptionnel du territoire ;

  • la participation à l’objectif d’éradication de l’orpaillage illégal.


Pour la zone cœur : elle définit les modalités de gestion et d’application de la réglementation ainsi que les actions d’aménagement du territoire. Les objectifs définis sont avant tout ceux de la protection et de la recherche. Pour l’aire d’adhésion : la charte planifie les objectifs de protection et de développement économique et social. L’objectif est avant tout de mettre en valeur le milieu et de créer du développement sans hypothéquer la biodiversité. Le parc accompagne ainsi les porteurs de projet, incite l’essor d’activités économiques durables (agriculture, artisanat, écotourisme, filières innovantes) et investit dans les projets des collectivités locales s’ils s’inscrivent dans le cadre de la charte.
Les vicissitudes de la création du parc amazonien épousent celles des grandes conférences internationales sur le développement durable, des espoirs et des critiques qu’elles ont fait naître. Elles illustrent toutes les tensions qui peuvent surgir de la projection d’une vision du développement durable issue des pays du Nord sur un territoire ultramarin en mal de développement. Les débats autour de l’élaboration de la charte font écho à ceux de la création et ont à nouveau donné lieu à de vifs débats tant avec les représentants de l’Etat qu’entre populations guyanaises.

3. UN ESPACE VECU QUI CRISTALLISE LES CONFLITS
A l’échelle régionale ensuite, l’élaboration du projet devient la caisse de résonnance de multiples conflits d’intérêts (entre l’Etat, la Région, le littoral, l’intérieur, les différents acteurs économiques et groupes de populations) que la création de 2007 n’a pas complètement résolus. La nécessité de faire de cet espace naturel un espace social est au cœur de tous les enjeux liés à la création du parc et à son développement futur. Il s’agit de mettre en œuvre une véritable démarche d’aménagement du territoire.

3.1 Un débat franco-guyanais
La volonté politique et le calendrier de la création du parc ont été imposés par l’Etat. Le président Jacques Chirac a voulu que le parc soit créé avant la fin de son mandat et les Guyanais ont été priés de s’approprier le projet.

Les politiques locaux, craignaient une mainmise de l’État sur le parc qui rappellerait celle du territoire de l’Inini. Ils exigeaient un transfert foncier de l’État vers les collectivités.

Le décret de création n’a pas pris en compte les résultats de l’enquête publique,  notamment les revendications des Amérindiens, au motif que les modifications demandées étaient trop lourdes et qu’il aurait été nécessaire de refaire une enquête après l’enquête (France-Guyane, 14/03/2007).
Le projet de parc a donc alimenté un débat sur le rôle de l’Etat.
Ces conflits et ces incompréhensions se sont manifestés lors de la première réunion de la mission du parc à Maripasoula qui a tourné à l’affrontement, « Nou pa lé di zót park ». (France-Guyane, 07/07/05). Les populations y ont exprimé la peur de la remise en cause des modes de vie et ont présenté une pétition de 700 signatures reprochant au projet de vouloir faire d’eux des cobayes dans un zoo. (France Guyane, 13/10/2005). Elles revendiquent un véritable développement économique. (France-Guyane, 13/10/2005).

Et lors de l’enquête publique menée au début de l’année 2013, les contestations se sont multipliées : démission du maire de Saint- Elie et avis négatif de son conseil municipal, création d’un Collectif contre la Charte du Parc, avis défavorable du conseil consultatif des autorités coutumières, démission d’Alexis Tiouka du Conseil Scientifique du Parc et lettre de mise au point au Directeur, pétition de la mairie de Papaïchton contre la Charte du Parc, démission du Maire de Camopi du conseil d’administration du PAG.

Après cinq années de discussions, la charte a été validée le conseil d’administration du Parc amazonien de Guyane, le 18 avril 2013 puis approuvée par le Premier ministre et le Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, le 28 octobre 2013. Pour les communes de Maripasoula, Papaïchton, Saül et Camopi s’ouvre maintenant la phase de demande d’adhésion à la charte. Elles seront saisies par le Préfet de la région Guyane et disposeront d’un délai de quatre mois pour faire leur choix. A l’issue de ce délai, le périmètre du Parc national sera alors constitué de la zone cœur dont les limites ne seront pas modifiées, et par la zone d’adhésion des communes qui auront choisi d’adhérer à la charte.

La charte sera l’occasion pour les signataires, mais aussi pour les autres partenaires -Région, Département, autorités coutumières, représentants des habitants, socioprofessionnels, associations- de choisir ensemble les actions prioritaires à mettre en œuvre sur les territoires concernés. Pour les communes qui y adhéreront, la charte rendra obligatoire pour l’établissement public du Parc amazonien de Guyane, la mise en œuvre de missions sur lesquelles il agit aujourd’hui, de manière volontaire aux services des territoires : ingénierie et appui au montage de projet, animation, coordination et suivi de projet, expertise technique et soutien administratif, soutien financier, études.
3.2 Un débat guyano-guyanais
La création du parc suscite des conflits entre les régions de l’intérieur et celles du littoral et entre les différents groupes de populations, chacun des acteurs ayant une perception spécifique de l’aménagement du territoire et de ses enjeux.
Les péripéties de l’élection du président du parc en 2006 ont ainsi été révélatrices du conflit entre l’intérieur et le littoral.

Les maires de l’intérieur ont tout d’abord menacé d’interdire de séjour les élus de la Région ou de se retirer du projet si le maire de Saül, Herman Charlotte (soutenu par Léon Bertrand, à la veille des législatives) n’était pas élu. Au 1er tour de l’élection, l’Etat a voté blanc : José Gaillou a obtenu 15 voix, Herman Charlotte 13. Au 2ième tour, le score est 14/14. Au 3ème tour, l’Etat annonce qu’il va voter pour Herman Charlotte, José Gaillou se retire. (France-Guyane, 17/04/2007). Herman Charlotte est finalement élu président, Claude Suzanon (SEPANGUY), vice-président, Joseph Chanel, maire de Camopi, vice-président.

Ces rivalités s’expriment aussi autour de la localisation de la maison du parc. La proposition de l’installer à Maripasoula est refusée. La maison du parc est à Cayenne mais des antennes seront cependant créées dans les villages (France-Guyane 15/12/06).
Les populations du fleuve amérindiennes et bushinengés ont aussi des intérêts divergents.
« Les Amérindiens, réclament avant tout la reconnaissance de leur statut d’autochtones et aussi des droits sur leurs terres, en tant que premiers occupants de la Guyane. Les revendications des Amérindiens du sud (Wayãpi, Teko et Wayana) concernent avant tout leurs territoires de chasse, de pêche et autres activités traditionnelles. Ils oscillent entre le désir de se protéger de l’orpaillage, dont ils sont les premiers à subir les conséquences environnementales et sanitaires, et la peur de dépendre de nouveaux règlements les empêchant de poursuivre leurs activités traditionnelles (chasse, pêche, abattis…), d’autant qu’une partie des produits de la chasse et de la pêche est régulièrement vendue aux habitants de Maripasoula. Ils ont obtenu des droits d’usage en 1987 (ZDU). Ils ont le sentiment d’avoir été négligés et revendiquent la création d’une commune sur le Haut Maroni. Les Amérindiens de la côte (Arawak, Palikur et Kaliña) réclament, quant à eux, la propriété collective de terres, considérant que les activités traditionnelles autorisées sur les ZDU sont trop restrictives. (M. Fleury et P. Karpe).
Les populations Bushinengé sont plutôt méfiantes à l’égard du parc pour des raisons culturelles et économiques : « Les Noirs Marrons Alukus ont signé un traité de paix (1791), puis obtenu le protectorat français en 1891. Leur histoire s’inscrit sur le territoire, avec notamment l’existence de lieux sacrés. La mise en place d’un parc est donc perçue, surtout par les Anciens, comme de l’ingérence venant rompre un équilibre établi entre les différents riverains (Amérindiens et Noirs Marrons) depuis plus de deux siècles ».

« À cela vient s’ajouter le fait qu’une partie de la population est engagée dans l’activité aurifère et les activités annexes (commerce, transports, etc.). Celle-ci craint donc une interdiction ou une réduction de l’activité, la privant ainsi de la principale source d’emplois pour les jeunes dans la région.
Le tableau suivant montre la multiplicité des conflits que la mise en fonction du parc a cristallisés et qui se sont perpétués autour de la rédaction de la charte. On retrouve l’opposition originelle entre le pouvoir national plus « environnementaliste » et les pouvoirs locaux plus « développementistes ». On retrouve aussi la lutte entre « L’or jaune et l’or vert »qui se calque sur les dissensions entre les populations amérindiennes (hostiles à l’or) et bushinenges (favorables à l’orpaillage), en sachant que ces population cohabitent dans les mêmes communes (les communes du Maroni) et que cette césure n’est pas toujours si nette.

On retrouve aussi une question récurrente en Guyane qui est la propriété du foncier entre les différentes entités administratives (Etat et communes), entre l’individu et le collectif et entre les différents groupes ethniques dont le rapport à la terre est différent et pas nécessairement lié aux délimitations administratives.


Acteurs

Enjeux/revendications

Craintes

Scientifiques (botanistes, naturalistes)

Préserver le milieu « naturel » ; étudier la biodiversité et les propriétés moléculaires des plantes ; contenir la présence humaine et les activités anthropiques.

Réduction de la biodiversité du fait des activités anthropiques; atteintes anthropiques à la nature.

État

Créer un parc national et en faire un modèle de développement durable ; montrer l’importance environnementale de l’Amazonie et affirmer la présence française dans le dispositif régional et international de préservation des forêts tropicales ; susciter le développement des communes du parc par l’écotourisme ; aménager le territoire.

Non-adhésion des populations locales et des élus locaux ; non-respect de la réglementation par les populations locales ; risques de braconnage et de destruction de la biodiversité.

Mission pour la création du parc

Mettre en œuvre le projet de création du parc pour conserver la nature et protéger l’environnement, aménager le territoire, susciter le développement économique, social et culturel des communes impliquées ; promouvoir le développement durable en Guyane.

Faible implication voire rejet du projet par les populations et les élus locaux, incompréhension des enjeux du parc, amalgame et confusion entretenus par les opposants au projet de parc.

Collectivités territoriales et élus locaux

Implication voire réappropriation du projet, intégrer le parc dans une politique de développement local et régional, construire des infrastructures pour désenclaver les communes de l’intérieur et y encourager le tourisme ; aides financières de l’Etat.

Perte de contrôle d’une partie du territoire par les élus locaux, renforcement du pouvoir de l’État et de la métropole en Guyane.

Communautés d’Amérindiens

Accès à la propriété foncière, préservation et respect de l’identité culturelle, construction d’équipements (écoles, dispensaires, points d’approvisionnement en eau potable), utiliser le parc pour se protéger contre l’orpaillage, participer au montage du projet de parc et avoir des débouchés (dans l’écotourisme).

Restrictions territoriales des activités de subsistance, perte de la gestion du territoire, réglementation contraignante, changement des modes traditionnels de vie, subir le tourisme et la curiosité des touristes.

Communautés de Noirs Marrons

Continuer librement les activités de chasse, de pêche, d’abattis, de cueillette en forêt, d’orpaillage, etc. continuer de commercialiser les produits issus de la forêt (gibier, produits agricoles), avoir le contrôle du territoire, interdire les lieux de culte aux étrangers.

Dépendance par rapport au système français, réglementation contraignante, perte de la libre circulation et des droits territoriaux, interdiction de l’orpaillage.  

Orpailleurs légaux

Continuer la prospection et l’exploitation de l’or pour contribuer au développement de la Guyane.

Interdiction de l’orpaillage, réglementation et protocoles environnementaux trop stricts.

Associations écologistes

Conservation de la nature et protection de l’environnement dans le respect des populations locales, écodéveloppement, participation aux prises de décisions, interdiction de l’orpaillage dans le parc.

Non implication des associations et des populations locales, poursuite de l’orpaillage, utilisation ou exploitation servile des populations locales (ethnotourisme).

Source : Moïse Tsayem Demaze, Le parc amazonien de Guyane française : un exemple du difficile compromis entre protection de la nature et développement, Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Environnement, Nature, Paysage, document 416, mis en ligne le 27 mars 2008
Les remaniements du projet de parc amazonien témoignent à la fois des tensions qu’il a générées entre les différents acteurs mais aussi des redéfinitions successives de la notion de développement durable. Les débats ont fait apparaître les spécificités de cet espace à savoir son ancrage en Amérique du Sud et la présence sur son territoire d’une population multiculturelle aux perceptions et aux intérêts différents. Alors que le développement durable s’impose comme la nouvelle approche de gestion des territoires, l’exemple du parc montre que la gestion de tout espace naturel implique la prise en compte de l’espace social. Au-delà des difficultés pour définir les objectifs du parc et y associer tous les acteurs, le problème de l’orpaillage illégal qui mine l’intérieur du parc reste une menace importante pour la biodiversité et la sécurité des populations locales et de leurs modes de vie.
3.3 L’orpaillage, un facteur majeur de déstabilisation du parc
Découvert dans la seconde moitié du XIXe siècle en Guyane (sur les rives de l’Approuague en 1855), l’or fait partie du paysage guyanais et l’orpaillage peut être considéré comme une activité traditionnelle. Tombée en désuétude à partir de l’entre-deux-guerres, l’extraction minière a repris de plus belle dans les années 1990, mais elle a été le fait aussi bien d’opérateurs légaux que d’opérateurs illégaux venus des pays voisins. Depuis, l’orpaillage n’apparaît plus, malgré les efforts des opérateurs miniers légaux, comme une filière économique viable et génératrice d’emplois mais comme une activité polluante et génératrice de criminalité.

Au sein du parc, l’exploitation de l’or, légale ou illégale, est d’amblée apparue comme l’un des thèmes cristallisant les conflits entre tous les acteurs. Le prix de l’once d’or sur les marchés mondiaux ne cessant de croître, toute forme d’extraction, qu’elle soit alluvionnaire ou primaire, devient rentable.


3.3.1 L’orpaillage légal
Entre 1975 et 1995, l’Etat français a financé un coûteux inventaire minier mené par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et minières) qui a permis de donner un nouveau souffle à la mise en valeur du potentiel aurifère de la Guyane, estimé à plus de 120 tonnes d’or.

L’orpaillage légal en Guyane est aujourd’hui pratiqué par une centaine d’artisans et une trentaine de PME employant moins de 600 personnes. Sa pratique est soumise à des permis d’exploration puis d’exploitation délivrés par l’Etat, ce qui est souvent mal vécu par les populations locales qui considèrent cette gestion centralisée des ressources naturelles comme une entrave au développement endogène du territoire.

En 2007, la forte opposition d’un collectif d’associations environnementales locales contre le projet Camp Caïman sur la montagne de Kaw par la multinationale canadienne Iamgold, prévoyant d’utiliser des procédés de cyanurisation dans une ZNIEFF, a montré la difficulté de développer de la filière aurifère légale. Le gouvernement de l’époque a tranché en défaveur de la société canadienne. Ce conflit a illustré les difficultés et les contradictions qui s’attachent à la problématique de la compatibilité entre développement industriel et protection de l’environnement en Guyane.
Mais à la demande des opérateurs locaux, « l’Etat a lancé, début 2008, le projet de définition d’une nouvelle politique minière pour la Guyane, le Schéma Départemental d’Orientation Minière (SDOM). La volonté étatique est de faire de la filière aurifère un exemple de durabilité avec un impact minimisé sur l’environnement, un effet d’entraînement sur l’économie, et la promotion d’une équité sociale. Ainsi, l’échelon central a imposé des évolutions et des exigences qui ont été mal vécues par la profession, et en particulier les artisans» (Jessica Oder). L’élaboration du SDOM s’est faite sur la base d’une concertation élargie entre les collectivités territoriales de Guyane, les acteurs économiques concernés, les associations de protection de l’environnement, les syndicats de salariés et les services de l’État.
« La conséquence majeure est la marginalisation, voire la disparition d’une partie des artisans, rencontrant des difficultés à gérer leurs entreprises mais aussi à intégrer les contraintes techniques, environnementales et financières imposées par les textes désormais appliqués. A cela s’ajoutent d’autres raisons telles que le manque de concours bancaire au niveau local, la concurrence de l’orpaillage illégal et les difficultés d’accès aux ressources aurifères (les moyens de transport adéquats sont la pirogue et l’hélicoptère). Ainsi ce que l’on peut qualifier de "paradoxe aurifère guyanais" se manifeste par une diminution du nombre des exploitants et de celui des titres miniers valides (-52 % entre 2001 et 2009) combinée à une hausse constante des cours de l’or, allant de record en record » (Jessica Oder).
Quant au Parc amazonien de Guyane, si l’orpaillage est soumis à autorisation dans la zone de libre adhésion, il est complètement prohibé dans la zone cœur et ses instances dirigeantes s’opposent à toute nouvelle velléité d’extraction dans ses limites. Ainsi, en 2012-2013, la société d’exploitation aurifère française REXMA qui avait reçu une autorisation de la part du gouvernement français pour s’implanter à quelques kilomètres du village de Saul, s’est heurtée à l’opposition des habitants et des représentants de la commune. Le bourg de Saül est en effet l’une des rares portes d’entrée du parc et il a clairement fait le choix d’un développement économique orienté vers l’écotourisme. L’implantation d’un site d’orpaillage légal en amont de la crique Limonade qui s’écoule dans la zone cœur a créé un important conflit à deux échelles : d’abord entre l’Etat qui a autorisé cette exploitation et le collectif local contre le projet : commune de Saül, CVL du parc (Le Comité de vie locale qui regroupe les représentants d’habitants, d’usagers, d’organismes, d’associations et de personnalités présentes sur les territoires concernés par le Parc national), les associations de protection de la nature (WWF par exemple) ; mais aussi entre la société guyanaise REXMA et la commune de Saül.
L’exploitation des ressources minières comme l’or n’est pas, par essence, durable : l’exploitation dure tant que la ressource n’est pas épuisée, puis le site est abandonné et l’exploitation se déplace vers une autre source. Le fonctionnement actuel des parcs nationaux étant basé sur une logique de durabilité des ressources, l’or trouve difficilement sa place au sein du PAG. Pourtant, les techniques de réhabilitation des sites d’extraction alluvionnaire semblent avoir fait leurs preuves. Un site orpaillé qui parvient à contrôler son usage de produits toxiques comme le cyanure (récupération, circuit fermé…) peut être re-végétalisé en quatre années et la biodiversité du cours d’eau y est de retour dans les mêmes délais. Les orpailleurs légaux, qui doivent maintenant se soumettre à des normes environnementales strictes, communiquent de plus en plus sur ces expériences positives pour justifier leur implantation au sein du parc.
Cependant cette manne aurifère, dont une bonne partie se trouve à l’intérieur du parc, échappe en grande partie à l’orpaillage légal et semble profiter de plus en plus à l’économie informelle mise en place par les filières de l’orpaillage illégal.
3.3.2 L’orpaillage illégal
Selon, le rapport de la gendarmerie disponible sur le site du WWF en 2012, « plusieurs milliers de chercheurs d’or clandestins, les « garimpeiros », venus principalement de régions défavorisées du Brésil et du Suriname (correspondant à une population estimée aujourd’hui entre 5 000 et 8 000, soit plus de dix fois le nombre de salariés « légaux » !), exploitent le sol et le sous-sol dans des conditions non autorisées, précaires d’un point de vue humain et catastrophiques

pour l’environnement : saccage de la forêt, transfert dans les cours d’eau de volumes importants de matières en suspension qui constituent une pollution grave perturbant ou détruisant la vie aquatique et altérant les habitats, contamination des cours d’eau par le mercure utilisé pour agglomérer les particules d’or, création de véritables filières d’immigration sauvage, instauration d’un climat de prostitution, de violence et de délinquance.

Le butin des clandestins peut être évalué à quelques tonnes d’or, soit plusieurs dizaines de millions d’euros de « chiffre d’affaires », correspondant à un circuit économique parallèle important échappant totalement au contrôle administratif, fiscal et policier des autorités légales ; le préjudice est d’autant plus important que les approvisionnements en matériel, vivres, alcool, armes et carburant suivent également des circuits plus ou moins licites. »
Et le Parc amazonien de Guyane n’est pas épargné. En juillet 2013, on comptait 114 chantiers illégaux sur le territoire du PAG, soit une augmentation de 120% sur les deux dernières années !
Si les opérations de police et de gendarmerie « Anaconda » (113 opérations en 2007) et « Harpie » (1200 patrouilles depuis début 2012) ont freiné l’expansion des activités illégales dans certaines zones, elles n’ont pas réussi à l’éradiquer car les orpailleurs clandestins sont très mobiles et adaptés aux conditions rustiques de la vie en forêt équatoriale. De plus, ils développent sans arrêt de nouvelles stratégies pour contourner la présence et l’action des forces de l’ordre françaises. Le dernier rapport, reposant sur des témoignages variés, de l’association humanitaire Solidarité Guyane tend à montrer que les orpailleurs se font plus discrets : ils développent l’extraction primaire qui ne nécessite pas de défricher la forêt et n’est pas visible dans les cours d’eau et délaissent l’extraction alluvionnaire. Pour éviter les cours d’eau beaucoup plus surveillés aujourd’hui par les militaires français, ils construisent des pistes de quad au cœur de la forêt qu’ils connectent par des sentiers pédestres difficilement visibles.
Cette population mouvante de « garimperos » est maintenant implantée de façon durable au cœur du parc malgré les opérations de contrôle et de destruction des sites illégaux par les forces armées de Guyane. Ils modifient l’environnement et produisent de nouveaux paysages au cœur de la forêt équatoriale : barranques, mines, villages spontanés de carbets, scieries sauvages, artères de quad… et impactent fortement l’économie et les sociétés locales en imposant violemment leur présence dans les communes du sud de la Guyane. Ils transforment aussi l’espace frontalier car de nombreux villages se sont créés du côté du Suriname (Albina 2 ou Petit Albina en face de Maripasoula par exemple) pour assurer la logistique (essence, engins, repos,.. ) aux garimperos.
Mais malgré toutes les stratégies mises en place par l’Etat et la création des Brigades Nature en juin 2013, l’orpaillage illégal semble encore loin de reculer sur le sol guyanais et le parc ne parvient pas à s’en prémunir. On peut même se demander s’il n’hypothèque pas l’avenir du parc en remettant en question ses objectifs : préservation de la biodiversité, respect et développement des populations autochtones et outil de développement économique durable et respectueux de la nature et des populations.

Conclusion

Toutes ces problématiques et querelles au cœur de la création du Parc Amazonien de Guyane montrent au final toute la complexité de l’application des objectifs du développement durable dans le contexte d’une région ultramarine d’un État du Nord au cœur d’un continent en pleine émergence où les ressources naturelles sont mises au cœur du développement économique.

Ainsi, on peut se demander si, bout du compte, la principale difficulté, qui a toujours été présente dans l’Histoire française de la Guyane, ne reste pas la maîtrise de l’immensité de cet espace forestier et des populations qui l’occupent. Les logiques qui s’y affrontent sont d’ailleurs difficilement compatibles : il y a d’un côté la vision figée de cet espace par les tenants du parc et d’un autre côté sa transformation de fait par l’orpaillage clandestin qui le mine et qui propose au final un contre-modèle socio-économique informel là où l’Etat français ne parvient pas à imposer le sien. Qu’il s’appelle Inini, Zone interdite ou Parc Amazonien Guyanais, l’arrière-pays guyanais reste un enjeu géopolitique pour la Guyane, la France et l’Union européenne.


Bibliographie et sitographie 

http://www.parc-amazonien-guyane.fr/

Site internet du PAG

Une saison en Guyane n°5, août-décembre 2010.

Jessica Oder, « Vers la structuration d’une filière aurifère « durable » ? Etude du cas de la Guyane française », EchoGéo [En ligne], mis en ligne le 27 septembre 2011.

Schéma départemental d’orientation minière de la Guyane, Le 6 décembre 2011

http://www.solidarite-guyane.org/

Rapport de l’association Solidarité Guyane : Observations et recueils de témoignages, du 29/10 au 04/11/2013 dans le Haut-Maroni.
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