Utiliser le documentaire Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim (2006) pour initier une démarche E3D





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Utiliser le documentaire Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim (2006) pour initier une démarche E3D
Le documentaire Une Vérité qui dérange est une porte d’entrée possible vers des démarches E3D. Succès populaire et critique international (oscar 2007 du meilleur film documentaire), son acteur principal ayant obtenu avec le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) le prix Nobel de la paix 2007, l’utilisation de ce film exprime toutes les problématiques de la démarche E3D (Etablissement en Démarche de Développement Durable).
Ce documentaire, conçu comme un outil de sensibilisation du grand public sur la question du réchauffement climatique, ne devrait pas être utilisé dans un établissement scolaire sans une analyse critique systématique. Le caractère alarmiste du film, notamment, qui transparaît dans l’utilisation et la forme d’arguments variés (scientifiques, économiques, politiques, etc.), mérite une attention particulière, ne serait-ce que parce qu’il participe et contribue à une forme de discours sur le développement durable entièrement basé sur l’urgence et la réaction. Hors, est-il pertinent, dans un cadre scolaire, d’agir sans une réflexion préalable approfondie ? La démarche de l’EDD (Education au Développement Durable) s’y oppose.
Avant de susciter la réaction des élèves, il semble nécessaire de réaliser une analyse critique du film, en le traitant comme n’importe quel autre type de document. Les élèves comme l’équipe éducative se retrouvent ici sur un terrain bien balisé et somme toute classique. Une fois analysées les formes et les contenus de l’argumentation d’Al Gore, il devient possible d’initier un travail co-disciplinaire autour du documentaire : chaque discipline peut s’emparer des thèmes abordés qui lui sont propres et réaliser un approfondissement de la réflexion. Enfin, les bases d’une réflexion dépassionnée et systémique (le problème étant pensé dans sa complexité) étant posées, le film peut être l’occasion d’un débat argumenté (en classe), d’un forum (réunissant plusieurs niveaux hors du temps scolaire), etc. Ce débat, qui reprendrait les points forts et faibles du documentaire, permettrait de penser les actions futures avec une base méthodologique précise : observer, comprendre, réagir, penser l’action puis agir. C’est en cela que ce film constitue une porte d’entrée possible vers une démarche E3D.

1. Analyse critique du film documentaire
L’argumentation alarmiste du documentaire nécessite une analyse critique classique, en respectant la méthodologie scolaire habituelle.
1. – Présentation du documentaire :

- auteur, titre, date, langue, lieu de production ;

- le thème principal : quel est le sujet central de ce documentaire ?

2. – L’acteur principal :

- qui est-ce ?

- comment se met-t-il en scène durant tout le déroulement du film et pourquoi ?

- comment justifie-t-il son action (pourquoi ce documentaire) ?

3. – Narration :

3.1. – montage du documentaire : comment est-il construit ?

- quelles sont les scènes importantes du documentaire et comment sont-elles mis en évidence ?

- la conclusion : comment s’achève le film ? Que dire des dernières images ? Que penser du générique ?

3.2. – La façon de filmer : comment le documentaire est-il mis en scène ?

- le réalisateur utilise-t-il des images symboliques se répétant ? Lesquelles ? Quand ? Pourquoi ?

4. – Le message :

Le ou les messages du documentaire peuvent être regroupés entre différents thèmes et prendre différentes formes. Complétez le tableau ci-dessous en reprenant les arguments essentiels que vous avez retenus :
Une fois cette présentation du documentaire réalisée, il devient possible de s’intéresser à la forme et au contenu de l’argumentation (le tableau ci-dessous est incomplet, il ne vise qu’à donner une idée de ce qui est faisable).


Forme de l’argumentation :

Forme raisonnée

(preuves scientifiques)

Forme émotionnelle

(sous forme d’opinions)

Contenu de l’argumentation :







Scientifique

Le réchauffement climatique est un phénomène qui est déjà en cours

Le mécanisme de l’effet de serre est naturel mais aggravé par des facteurs anthropiques

Montée du niveau des océans de 6m (c’est le choix sciemment réalisé d’une amplitude de 6m qui relève de l’émotionnel, puisqu’il est non avéré – cf. 4e rapport du GIEC - et vise à marquer les esprits) Cf. plus bas les explications plus détaillées dans la rubrique « exploitation du documentaire en Géographie »

Politique

Non ratification du protocole de Kyoto par les E.U.A.

Propagande politique niant la réalité du réchauffement climatique

Risques mal évalués par le gouvernement fédéral (ex. : Katrina)

Echec personnel lors de la présidentielle de 2000

Plus de mille conférences réalisées par Al Gore partout dans le monde pour convaincre de la réalité du réchauffement climatique

Economique

Coût du réchauffement climatique

Opportunité à saisir pour les industriels (ex. : automobile)

Lutte engagée à l’initiative d’Etats américains (Californie) ou de villes (Seattle)

Dévastation humaines et matérielles dues aux aléas naturels (cyclone Katrina)

Philosophique et moral

Tous les terriens sont à la fois acteurs et victimes du réchauffement climatique par leurs choix (ou leur absence)

Principe de responsabilité

Lutter contre le réchauffement climatique pour les générations futures

Plus qu’un défi politique, la lutte contre le réchauffement climatique est un « Challenge moral » à l’échelle mondiale

2. Réflexion co-disciplinaire sur les contenus du documentaire
C’est une étape permettant de poser d’emblée les principes de la démarche E3D : le réchauffement climatique, comme la notion plus générale de développement durable, sont des problèmes complexes. C’est donc seulement une analyse systémique de ces problèmes qui permet d’y répondre. Cela peut être l’occasion d’un travail co-disicplinaire : chaque discipline s’empare des thèmes qui lui sont propres isolés lors de l’analyse critique avec pour objectif d’approfondir la réflexion en utilisant ses méthodologies, ses outils et en s’appuyant sur son programme.
D’un point de vue pratique, mettre en place une réflexion co-disciplinaire autour du documentaire présente plusieurs avantages :

- du point de vue des élèves, cela met en évidence la complexité du problème et contribue à leur montrer la complémentarité des approches entre disciplines ;

- du point de vue des enseignants, cela contribue à favoriser un travail d’équipe relativement simple à mettre en place autour d’un thème commun : pour chaque discipline s’emparant d’un argument du film, l’approfondissement ne constitue guère plus qu’une ou deux heures réalisées dans le cadre des cours et des programmes. C’est la mise en commun finale de ces séances qui fait apparaître l’importance du travail réalisé sur le documentaire.
Voici quelques pistes de réflexion (non exhaustives) :
Français et / ou ECJS : un documentaire scientifique ou un essai polémique ?

A partir d’extraits de l’ouvrage d’Al Gore Urgence Planète Terre. L'esprit humain face à la crise écologique [Paris : Editions Alphée / Jean-Paul Bertrand (trad.), 2007], constituant la base documentaire du film et réactualisé à l’occasion de sa sortie, notamment l’avant-propos (pages I à XIV), il est possible de mettre en évidence que l’objectif n’était pas de réaliser un film à caractère scientifique, mais un film polémique utilisant - parmi d’autres - des arguments scientifiques pour inviter à l’action dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Un tiers du film revient, sous la forme de flash back, sur le parcours personnel de Gore (mélangeant donc le genre du carnet personnel avec l’essai polémique), non parce qu’il souhaitait en faire un ticket électoral pour la course à la Maison Blanche en 2008, mais avant tout parce que la grande force du réel, c’est de dépasser la fiction : l’identification au personnage facilite l’appropriation du problème plus général et complexe du réchauffement climatique.

Enfin, le titre du documentaire lui-même, « Une Vérité qui dérange », classe d’emblée ce film dans le genre polémique : il s’agit de convaincre de la réalité du phénomène, mais également de dénoncer la propagande niant cette réalité aux Etats-Unis, qui serait selon Al Gore orchestrée par les lobbys industriels proches du pouvoir.
Philosophie : du problème politique au « challenge moral »

Le documentaire utilise de façon implicite le principe de responsabilité comme moteur de l’action (ou plus exactement de la réaction des spectateurs) : en partant de la question de la responsabilité politique (l’administration Bush est notamment pointée du doigt dès le début du documentaire pour son manque de réactivité lors de l’ouragan Katrina qui frappa la Nouvelle Orléans en 2005) Al Gore élargit le propos pour déboucher sur le thème de l’obligation morale. C’est un moyen de dépasser les blocages politiques pointés du doigt dans le documentaire : le refus de l’administration Bush de ratifier le protocole de Kyoto négocié par Gore après l’élection présidentielle de 2000, puis la prise de position vis-à-vis du réchauffement climatique devenant une affaire de parti.

Pour surmonter un défi qui nécessite de dépasser tous les clivages politiques, la lutte contre le réchauffement climatique est présentée comme un « challenge moral » à l’échelle mondiale, qui renvoi au principe de responsabilité tel qu’il était présenté par Hans Jonas [Hans JONAS, Le principe de responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris : Editions du Cerf (trad.), 1990]. Agir devient ainsi un devoir, un impératif catégorique au sens ou l’entendait Kant [Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785, Delbos, Delagrave (trad.), IIe section, p. 111-112].
Histoire et / ou SES (Sciences Economiques et Sociales) : pas de remise en cause du modèle américain

Le documentaire ne revient pas sur le modèle américain (et plus largement occidental) : la démocratie libérale et le libéralisme économique sont, selon Gore, tout à la fois responsable de la situation mais également probablement capable de répondre à la crise. Sous cet angle, le réchauffement climatique est considéré comme une opportunité à saisir (notamment de la part du marché) : le protocole de Kyoto, qui repose sur le principe pollueur-payeur, ou encore le rapport de Sir Nicolas Stern sur L’Economie du réchauffement climatique publié en 2006 à la demande du gouvernement du Royaume-Uni, montrent que ce point de vue est largement partagé (Un résumé du rapport Stern est téléchargeable en français sur le site du ministère de l’économie du Royaume-Uni : http://www.hm-treasury.gov.uk/independent_reviews/stern_review_economics_climate_change/sternreview_translations.cfm). Ce point de vue est par exemple celui du candidat démocrate à la présidentielle américaine de 2008 Barack Obama, qui traite cette question dans le chapitre 5 intitulé « Les chances à saisir » de son livre-programme [Barack OBAMA, L’Audace d’espérer, Paris : Presses de la Cité (trad.), 2007, chapitre 5].

Dans ce documentaire, le « développement durable » est entendu dans le sens de « croissance durable ». La croyance en une amélioration automatique du bien-être des êtres humains par la croissance de la production par l’industrialisation n’est pas reniée, prenant même la forme d’une vulgate. Cela tend à limiter le concept de « développement durable » à une croissance continue du PNB, sans s’interroger sur son contenu [François MANCEBO, Le Développement durable, Paris : Armand Colin, 2006, p. 242].

Sur le plan purement politique (au sens premier du terme), le générique de fin associe démocratie participative et représentative : les citoyens sont invités à s’exprimer, proposer et interpeller leurs élus au sujet de la question du réchauffement climatique, voire à se présenter eux-mêmes aux élections en cas de fin de non-recevoir de la part de ceux-ci.
Géographie : les limites de la démonstration du documentaire

Certains exemples choisis par Gore pour illustrer son propos peuvent être l’occasion d’études de cas permettant de montrer aux élèves que son argumentation est volontairement alarmiste : dans le cadre d’un essai polémique (mis en lumière en français, par exemple, cf. plus haut), il s’avère que certaines données (pas la majorité, mais quelques unes) présentées comme étant incontestablement le résultat du réchauffement climatique peuvent être en fait reliées à d’autres manifestations anthropiques, le réchauffement globale n’étant qu’une explication secondaire en tant que phénomène aggravant.
Attention ! Il ne s’agit en aucun cas de faire du relativisme vis-à-vis du réchauffement climatique, mais tout simplement de démontrer que le principe de précaution fonctionne dans les deux sens : d’une part, il justifie l’action avant qu’il ne soit trop tard, d’autre part, il invite à la prudence envers notre corpus de connaissance sur le mécanisme du réchauffement climatique. Cet exercice visant à montrer les limites de l’argumentation du documentaire nécessite une conclusion claire dont l’objectif est de renforcer la démarche E3D, non d’accroître le doute !
- la désertification : selon les définitions, il s’agit d’un phénomène touchant 20 à 70% des terres émergées. Selon l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, ONG), 25% des terres émergées sont concernées. Ce chiffre est estimé à un tiers des terres émergées par l’UNESCO (institution spécialisée de l’ONU), et à 40% par le CIRAD (Le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement, établissement public à caractère industriel et commercial ou EPIC). D’autres estimations peuvent être utilisées. Dans tous les cas, le problème est la variété des définitions, au nombre de 118 [François MANCEBO, Le Développement Durable, Paris : Armand Colin, 2006, p. 123] du phénomène de la désertification, notamment sur la question de la réversibilité ou non du phénomène. La désertification est aggravée par le réchauffement climatique, mais les raisons premières de la désertification restent anthropiques (surpâturage ou coupes à blanc, par exemple).
- la déforestation : comme la question de la désertification, le problème principale réside dans la multiplication des définitions. Il en existe 148 différentes, ce qui explique que les surfaces estimées varient de 1 à 20 selon les critères retenus et les experts (voir les publications de Marie-Claude SMOUTS, directeur de recherche au CNRS). Si les atteintes aux forêts tropicales ne font pas de doute, notamment dans le cas de la forêt amazonienne, la situation internationale est quand à elle beaucoup plus difficile à estimer avec exactitude. Contrairement à ce que l’on peut penser, les images satellitales ne sont pas d’une grande aide pour réaliser une telle évaluation, ne serait-ce que parce que la définition de la forêt varie selon les Etats. Seul un repérage de terrain systématique et une définition commune permettrait de réellement clarifier la réflexion.

- les neiges du Kilimandjaro : le recul impressionnant des glaciers du Kilimanndjaro semble un choix malheureux pour illustrer le réchauffement climatique. Plusieurs études concomitantes attribuent cette fonte avant tout à une déforestation (coupe à blanc) au pied et sur les flancs de la montagne, provoquant une réduction de l’évaporation ayant un double effet : moins de précipitations sur les sommets donc plus de recharge des glaciers, une augmentation locale de la température (cité par Yvette Veyret et Michel Hagnerelle lors de la conférence « Enseigner le développement durable » qui s’est déroulée le 06/10/07 dans le cadre du Festival International de Géographie de Saint-Dié sur le thème « La Planète en mal d’énergie »). Le réchauffement climatique serait alors un phénomène aggravant mais pas déterminant.

D’autres scientifiques attribuent la fonte des glaces du Kilimandjaro à un phénomène de sublimation (voir l’article « The Shrinking Glaciers of Kilimanjaro : Can Global Warming Be Blamed ? » de Georg Kaser et Philip W. Mote dans American Scientist, Juillet-Août 2007, consultable en ligne à cette adresse :

http://www.americanscientist.org/template/AssetDetail/assetid/55553).

Dans tous les cas, le réchauffement climatique contribue à ce phénomène en l’aggravant, mais sans en être le moteur. Tous les auteurs font alors la même conclusion : la réalité du réchauffement climatique ne peut être remise en cause, mais l’image – saisissante – du Kilimandjaro est mal choisie. D’autres glaciers proches du Kilimandjaro touchés par un phénomène de fonte auraient mieux illustrés le propos, car plus directement concernés par l’amplification de l’effet de serre anthropique.



- l’élévation du niveau des eaux : le film met en scène une élévation du niveau des mers de 6m en moyenne à la surface du globe. Hors, le 4eme rapport du GIEC (2007) postule sur une élévation possible comprise dans une fourchette de 0,19 à 0,59 mètres (voir les rapports du GIEC en français, notamment les résumés à l’intention des décideurs, exploitables en partie par des élèves, sur le site officiel : http://www.ipcc.ch/index.html). Les données utilisées dans le documentaire ne sont pas fausses, mais anciennes. Elles ont été choisies d’après les pires estimations des trois premiers rapports du GIEC pour frapper l’imagination.
Conclusions sur l’approche géographique : Al Gore et Davis Guggenheim ont fait certains choix d’exemples très visuels et symboliques, tels que la montée du niveau des océans de 6m ou la fonte des glaces du Kilimandjaro. Ces exemples sont mal choisis, parce qu’ils sont source de doute scientifique (glaces du Kilimandjaro) ou volontairement alarmistes (montée des océans) en dépit des résultats du dernier rapport du GIEC (2007). Ces exemples ne remettent absolument pas en cause le phénomène du réchauffement climatique, d’autant plus qu’il s’agit de choix réalisés sciemment par Al Gore. Lors de la réalisation de son documentaire, durant l’année 2005, il a eu accès aux rapports préliminaires du GIEC préparant ceux publiés en 2007. Cela montre simplement que l’incertitude scientifique et le doute sont des éléments à prendre en compte.
ECJS : le réchauffement climatique peut-il être combattu avec des « gestes simples » à l’échelle locale ?

Le générique de fin invite à l’action par une série de gestes simples : changer ses ampoules, changer sa voiture, changer sa façon de se déplacer, de consommer, etc. Toutefois, ce niveau d’action est rapidement dépassé dans le générique par les appels à interpeller les fournisseurs d’énergie et les responsables politiques sur cette question, voire à se présenter aux élections en cas de fin de non recevoir de leur part : c’est une illustration que la complexité du réchauffement climatique ne peut trouver une réponse que dans une approche systémique. Cela ouvre également un autre débat : « dans une démocratie, peut-on demander plus aux politiques que ce que l’on est soi-même prêt à faire ? »

Il faut associer et articuler l’action individuelle (les « gestes simples ») avec l’action collective (aux échelles locale, régionale, nationale, internationale), ce qui implique d’approfondir la réflexion : que faire, comment et surtout pourquoi ? Sous une apparente simplicité, la réponse à apporter au réchauffement climatique est en fait complexe, ce qu’illustre les débats du Grenelle environnement sur cette question ou les propositions du 4eme rapport du GIEC présenté lors de la conférence de Bali en novembre-décembre 2007.
SVT : le mécanisme de l’effet de serre

Le mécanisme de l’effet de serre tel qu’il est expliqué dans le documentaire peut être l’occasion d’une reprise et d’un approfondissement des mécanismes : effet de serre naturel / effet de serre anthropique ; mécanisme général / impact locaux différenciés. C’est la complexité du mécanisme qui est mise en avant.
Physique / Chimie : l’indicateur clé selon le documentaire : les émissions de CO²

Selon le documentaire, l’indicateur clé est le taux de CO² atmosphérique. Il se fait en cela l’écho des « mesures d’atténuation » proposées par le GIEC (Rapport pour les décideurs sur les mesures d’atténuation, 2007). Est-ce le seul indicateur ? C’est le plus important parmi d’autres (SO², NO², NOx, vapeur d’eau, etc.) selon le GIEC. Dans ce cadre, quel outil est le plus à même de permettre de mesurer l’évolution du CO² émis par les activités humaines ? Le bilan carbone semble un bon candidat. Une présentation de l’outil et une réflexion approfondie sur sa pertinence, son utilisation et son intérêt (outil d’aide à la décision, indicateur pertinent, incertitudes, etc.) devrait compléter cette approche.
Ressource documentaire : Un ouvrage récent présente d’une façon relativement exhaustive et vulgarisée la question du réchauffement climatique : Jean-Louis FELLOUS et Catherine GAUTIER, Comprendre le réchauffement climatique, Paris : Odile Jacob, 2007. Il contient des contributions présentée par de nombreux acteurs du GIEC, l’objectif de cette publication sortie conjointement en français et en américain étant de communiquer au grand public l’essentiel des informations qui sont contenues dans le 4eme rapport de synthèse du GIEC présenté à Bali en novembre-décembre 2007.
*

***
Conclusions
1. Sur le documentaire

Que peut donc bien avoir à nous dire l’américain Al Gore sur le réchauffement climatique, alors que les Etats-Unis ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto et refusent encore (en 2007) de fixer des objectifs chiffrés de réduction de leurs émissions de CO² ?

Si les réactions des élèves relèvent strictement du cadre émotionnel à l’issue de la projection (« Qu’attend le gouvernement américain pour agir ? », « Que font nos pouvoirs publics », etc.), l’analyse critique doit permettre de mettre en perspective les représentations de chacun.
Un documentaire de sensibilisation : le premier objectif du documentaire est de sensibiliser sur la question du réchauffement climatique. En choisissant sciemment des exemples saisissants (glaces du Kilimandjaro, montée des océans de 6m, ouragan Katrina, etc.), l’objectif est de frapper les imaginations, parfois au risque de voir certains exemples être remis en cause. Cela n’enlève rien à la qualité pédagogique du discours, qui réussit à vulgariser les mécanismes du réchauffement global (mécanisme de l’effet de serre).
Un documentaire qui s’adresse à plusieurs destinataires : l’argumentation d’Al Gore vise en premier lieu les américains, en pointant du doigt les réticences politiques sur cette question, tout en soulignant qu’une dynamique est déjà à l’œuvre pour réagir (dont son action fait partie). D’autre part, le « challenge moral » dont il parle a pour objectif de dépasser les clivages politiques sur cette question : le documentaire s’adresse directement aux élus et responsables politiques. Enfin, tous les citoyens sont directement impliqués en étant invités à agir à leur échelle ou à interpeller leurs élus ou les acteurs du monde économique (générique de fin).
Un documentaire polémique qui n’apporte pas de solutions ? Le documentaire est souvent critiqué parce qu’il n’apport aucune solution. Ce n’est pas l’objectif de Gore, qui cherche simplement à mettre au premier plan la question du réchauffement climatique. Cette « Vérité qui dérange » dont il est question tout au long du film est la réalité du réchauffement climatique niée par certains décideurs du monde politique et économique : c’est cela que cherche à démontrer en premier lieu « l’ex-futur président des Etats-Unis ». De plus, quelles solutions génériques pourrait bien proposer Al Gore dans le contexte de la mondialisation et dans un monde caractérisé par une extrême diversité ? L’un des objectifs du documentaire est d’inviter chacun d’entre nous à réfléchir sur cette question simple : dans une démocratie, peut-on demander aux élus plus que ce que les citoyens sont eux-mêmes prêts à faire ? A partir de là, chacun d’entre nous, du simple citoyen au décideur politique ou économique, est invité à réfléchir à des solutions adaptées à son échelle, à ses possibilités, à ses moyens.

Al Gore déclare avoir réalisé plus de mille fois sa conférence à travers le monde depuis son échec lors de la présidentielle de 2000. Cela signifie qu’il a réalisé autant de voyages en avions. Il est mis en scène dans des aéroports, en voiture, en quatre-quatre, etc. Est-ce à dire que sa posture n’est que discours et que ses actes le classent d’emblée parmi les plus gros émetteurs de gaz à effets de serre ? La réflexion sur le documentaire permet de lever ce type de paradoxe qui n’est qu’apparent : un conducteur de quatre-quatre, une personne prenant régulièrement l’avion ne sont pas plus « coupables » du réchauffement climatique que le consommateur lambda faisant régulièrement ses courses au supermarché situé en périphérie de sa ville, ou que les citoyens vivant en banlieue et n’utilisant pas les transports en commun parce que l’étalement urbain ne s’y prête guère. Ce qui est mis en avant par Al Gore, c’est la question d’un choix collectif de société et de développement, une question purement politique au sens premier du terme. C’est dans ce cadre que le Grenelle environnement, par exemple, prend tout son sens.
2. Sur l’approche co-disciplinaire

Une synthèse sur ce que chaque approche apporte (aussi bien pour les élèves que pour les enseignants) mérite d’être réalisée. Ce récapitulatif (non exhaustif) constituerait ainsi une sorte de guide des actions E3D futures :
- la question du réchauffement climatique et plus généralement du développement durable est une question purement politique (au sens premier du terme) et revient à s’interroger collectivement sur un choix de société ?

- le développement durable est une sorte de « béquille conceptuelle » temporaire visant à passer d’une société basée toute entière sur le « développement » compris uniquement comme « croissance » (notamment du PIB) à une société plus « durable » : comment effectuer cette transition ?

- le principe d’incertitude fonctionne dans les deux sens : c’est un moteur de l’action avant qu’il ne soit trop tard malgré les incertitudes, mais c’est aussi un garde-fou contre toute exploitation non approfondie des données scientifiques ;

- éduquer au développer durable, c’est éduquer au choix et apprendre le doute sans pour autant faire de relativisme ;

- le réchauffement climatique est un mécanisme complexe qui nécessite une réponse complexe. Il en va de même pour le développement durable en général.
*

***

3. Des bases saines pour réagir, penser l’action puis agir
Réagir

A l’issue de cette analyse critique du documentaire et de la reprise dans les différentes disciplines des points clés de l’argumentation d’Al Gore, il devient possible de faire réagir les élèves sur le sujet du réchauffement climatique. Cela peut se faire sous la forme d’un débat argumenté (ECJS), d’un forum (hors temps scolaire, entre des classes de plusieurs niveaux), etc. Les conclusions du travail co-disciplinaire pourraient être alors formalisées (cf. tableau ci-dessus).
La démarche E3D s’inscrivant dans le cadre de la SNDD, la première priorité est la lutte contre le réchauffement climatique. Comment, à l’échelle d’un établissement, contribuer concrètement à participer à cet effort collectif ?
Penser l’action

Une possibilité consiste à lancer une réflexion approfondie (pour les élèves et les équipes pédagogiques) sur le bilan carbone. Il peut être un outil d’aide à la décision à l’échelle de l’établissement (politique d’achat, de transport scolaire et des personnels) ou un outil d’évaluation de toutes les actions (impact des actions sur les émissions de CO²). Il peut être un outil stratégique à l’échelle d’un bassin (opérations pédibus, par exemple dans le Grand Lyon) ou d’une académie (collectif carbone de l’Académie de Poitiers).
Agir

Cet outil permet à l’établissement de ne pas se limiter à des actions uniquement centrées sur la thématique du réchauffement climatique : des projets sur la consommation durable, la gestion des ressources ou des déchets, la mobilité urbaine, etc. sont concernés de façon transversale par le bilan carbone. Moins consommer, rationnaliser les livraisons ou adopter une politique d’achat fondée sur des cycles courts a forcément un impact indirect sur les émissions de CO² (réduction de la fréquence ou des distances des livraisons) ; la réduction des déchets selon la stratégie des trois « R » (réduire, réutiliser, recycler) a un impact sur la rotation des bennes et sur les distances parcourues par celles-ci ; favoriser l’utilisation des modes de transports doux (marche, vélo, transports en commun) également, etc.
Echouer dans l’action n’est jamais un échec pédagogique ! Au pire, cela démontre aux élèves la complexité des politiques à mettre en place, confrontées à des acteurs multiples, à diverses échelles, à des enjeux variés, etc.

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