Philippe Askenazy est économiste au laboratoire Paris-Jourdan sciences économiques et auteur des Désordres du travail (Le Seuil)





titrePhilippe Askenazy est économiste au laboratoire Paris-Jourdan sciences économiques et auteur des Désordres du travail (Le Seuil)
date de publication29.11.2019
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Philippe Askenazy est économiste au laboratoire Paris-Jourdan sciences économiques et auteur des Désordres du travail (Le Seuil).

Propos recueillis par Marie-Laetitia Bonavita
FIGARO-ECONOMIE-. Le malaise français touche-t-il davantage une classe socio-professionnelle qu'une autre?
Philippe ASKENAZY-.
Non, de l'ouvrier jusqu'au cadre, toutes les catégories socio-professionnelles sont touchées par ce phénomène. Et ceci aussi bien dans les entreprises privées que publiques, notamment les hôpitaux. Leur malaise est lié à la fois au niveau des rémunérations et au discours des dirigeants. Si les salaires minimums ont augmenté ces dernières années, le pouvoir d'achat est resté désespérement plat. La mise en place des 35 heures s'est traduite par une modération salariale mais également par un recul très net des heures supplémentaires. L'amélioration de la productivité du travail s'est ainsi réalisée au détriment de la situation du salarié. Contrairement à l'Allemagne où les rémunérations des salariés ont continué et continuent à progresser.

Parallèlement, les dirigeants français se sont servis du discours ambiant sur les délocalisations et la mondialisation pour imposer davantage de modernisation. Mais sans le vouloir ils ont fait le jeu de l'extrême gauche qui, de son côté, dénonçait les méfaits de la libéralisation des échanges.

Et le malaise des cadres?

Ceux-ci en ont assez de relayer auprès de leurs équipes le discours des dirigeants auquel ils ne croient plus. Ils n'y adhèrent d'autant plus que ces mêmes dirigeants sont pointés du doigt par l'importance de leur rémunération. Nous assistons à un désenchantement total des cadres à qui on demande des faire efforts et de .

La limite des 35 heures sur les rémunérations est, certes, mal ressentie mais qu'en est-il du gain de temps libre?

C'est justement là où le bât blesse. La mise en place des 35 heures s'est accompagnée d'une amélioration de la qualité des services et des produits mais pas de celle des conditions de travail. L'intensification du travail a conduit les employeurs à imposer des horaires, pas toujours faciles à concilier avec la vie familiale: horaires en fin d'après midi ou changement d'une semaine sur l'autre. En France la vison du travail reste très mécanique et juridique : elle accorde peu de place au travailleur.

Cette sous estimation du travailleur est-elle liée à la faiblesse du taux de syndicalisation en France ?

Non. Aux Etats-Unis, il y a un faible taux de syndicalisation mais la place du travailleur est très présente. Ceci s’explique par la bonne formation des personnes en charge des ressources humaines . Il existe aux Etats-Unis des branches universitaires qui allient à la fois sociologie et économie. Ces disciplines se retrouvent également en Allemagne et dans les pays scandinaves mais elles sont très rares en France. Chez nous, on forme à l’économie ou à l’humain mais pas aux deux. Des enquêtes montrent que la faible capacité du management en France à s’adapter aux changements technologiques ou organisationnels. Pour preuve, le chiffre spectaculaire de la hausse de 5% par an des accidents graves du travail, c’est-à-dire ceux qui laissent des séquelles ou aboutissent à un handicap. C’est révélateur d’une forme de désordre dans la gestion du travail au sein de l’entreprise.
Compte tenu de leur malaise, comment expliquer que les travailleurs en France soient justement si peu syndiqués ?

D’abord parce que les syndicats sont essoufflés par la réforme sur les retraites et que les dossiers, sont non seulement complexes - comme celui sur le travail- mais nombreux. Sans parler de l’éclatement syndical qui ne leur permet pas de se mobiliser et de capter des adhérents. Ensuite, les salariés, tétanisés par le chômage, sont devenus fatalistes : ils n’osent pas se mobiliser.
Comment sortir de cette impasse ?

Quand on regarde les expériences étrangères, comme au Pays-Bas ou en Espagne, il y a eu sorties de crise quand les gouvernements ont mis les syndicats autour de la table. Il faudrait en France une forme d’accords de Grenelle, cela permettrait aux syndicats de s’extraire de leurs discours anti libéraux ou anti mondialistes. Mais encore faudrait-il que le gouvernement ne souffre pas d’un problème de légitimité.
Comment justifier davantage de dépenses sociales compte tenu de l’inefficacité de la lutte contre le chômage ?

On ne peut pas dire que les dépenses sociales sont inefficaces. S’il n’y avait pas eu la baisse des charges sociales et les 35 heures, la France afficherait sans doute un taux de chômage de 13%. L’important dans les politiques sociales est de ne pas changer les règles du jeu sans arrêt. Il est indispensable de veiller à une stabilité institutionnelle.
Vous voulez parler du nouveau contrat à l’embauche pour deux ans?

Cette nouvelle mesure est une bonne chose à court terme. Mais que deviendra ce nouveau contrat dans deux ans, au moment où il y aura l’ élection présidentielle. Ce genre de mesure doit se prendre en début de mandature.

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