Présentation Utopsy Jacques Hochmann 10 Avril 2012





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Présentation Utopsy Jacques Hochmann 10 Avril 2012

Bonsoir. Nous avons le plaisir d’accueillir ce soir à Utopsy Jacques Hochmann, psychiatre et psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie, ayant exercé à Lyon pendant de nombreuses années, participant à la création de la psychiatrie de secteur et de la pédopsychiatrie en France.

Jacques Hochmann, vous avez exercé notamment en milieu pénitentiaire, participé au mouvement de psychiatrie communautaire - dont vous pourrez peut-être nous parler à un moment ce soir afin que nous puissions distinguer les différences entre ce mouvement et celui de la psychothérapie institutionnelle, source d’inspiration pour nous à Utopsy depuis la création de l’association - mais surtout, et c’est notamment pour cela que nous vous invitons ce soir, vous avez travaillé pendant des décennies avec des enfants, adolescents et adultes autistes et vous avez créé l’ITTAC, « Institut de Traitement des troubles de l’Affectivité et de la Cognition ». Vous êtes l’auteur de plusieurs écrits sur l’autisme et notamment d’une « Histoire de l’autisme »1 que j’ai eu la chance de lire.

Dans cet ouvrage remarquable, vous retracez d’une façon fouillée et nuancée l’histoire des discours, représentations, tentatives éducatives et thérapeutiques dirigées vers ces enfants désignés au départ sous le nom d’ « idiots ». Vous partez de la naissance de la psychiatrie au début du 19ème siècle avec l’invention du « traitement moral » par le psychiatre Philippe Pinel, traitement autorisant de penser que les « anormaux » n’étaient pas forcément condamnés à leur sort mais pouvaient changer, être soignés ou éduqués.

Il y a plusieurs choses très intéressantes dans votre ouvrage, tant sur le plan historique, où l’on découvre que le 19ème siècle était celui des éducateurs, avec des personnages comme Itard et Séguin, exerçant des méthodes parfois bien peu éloignées des techniques éducatives actuelles qui proclament pourtant leur nouveauté, et surtout le siècle de l’héréditarisme, de la théorie de la dégénérescence, assimilant l’idiot au dernier avatar d’une race de dégénérés destinée à s’éteindre, positions idéologiques parfois soutenues contre tout bon sens (les découvertes fondamentales de Mendel fondant la génétique, publiées en 1865, seront ainsi mises de côté et redécouvertes seulement au 20ème siècle…).

Si le 20ème siècle est ensuite celui des thérapeutes, avec une brèche ouverte par la psychanalyse vers la reconnaissance de l’enfant et de l’adulte psychotique comme une personne à part entière, douée d’un inconscient, il est aussi le siècle de l’eugénisme avec des stérilisations aux Etats-Unis qui dureront des années 1920 aux années 1970 sans interruption. C’est le siècle où se dessine de plus en plus précisément les liens entre psychiatrie et politique néolibérale, la notion de « Santé mentale » s’épanouissant progressivement aux USA et partout, prônant une appréhension de l’Homme comme une machine chimique, un cerveau en proie à des variations de taux de neuromédiateurs pouvant entraîner des déviations de comportements préjudiciables pour la bonne marche de la société. Au sein de ce mouvement, la psychiatrie se sépare progressivement de la psychanalyse et de sa prise en compte du doute, de l’inconnu, de l’ambivalence et de l’ambiguïté, pour se diriger vers un modèle biologique et comportemental où le soin se résumerait à un diagnostic codé par des critères préétablis, relevés par un observateur censé être objectif, à un traitement médicamenteux régulant les mouvements des neuromédiateurs cérébraux, à un appoint comportemental permettant à l’individu de retrouver le comportement souhaitable, c’est-à-dire bien adapté à un société dominée par l’économie de marché, lui permettant d’exercer les « bons » choix afin de maximiser son capital humain dans une logique concurrentielle.

L’autisme prend figure de paradigme au sein de ce mouvement général. Au sein d’une démocratie revisitée sur le mode des associations/lobbies (c’est-à-dire que pour avoir la parole dans ce type de démocratie, il faut forcément appartenir à un groupe de pression), des personnes veulent nier l’extrême complexité de l’expérience existentielle qu’est l’autisme et imposer une solution unique pour toutes les personnes autistes, créant une opposition factices entre des soi-disant chapelles et oubliant ce que vous rappelez dans votre livre : l’histoire des idées, des traitements et de l’éducation des autistes montre bien que, s’il existe un domaine où le triomphalisme ne paye pas, c’est bien celui-ci.

A l’heure actuelle, ce trimphalisme est porté par des tenants extrémistes des méthodes éducatives comportementalistes, notamment des membres d’associations de parents, des journalistes, des hommes politiques, qui justifient leurs méthodes, car c’est l’époque qui le veut, d’une légitimité scientifique autoproclamée, qui voudraient rafler tous les financements étatiques et y parviennent quasiment déjà et voudraient surtout éliminer un ennemi créé de toutes pièce érigé en bouc émissaire: la psychanalyse, dont ces personnes véhiculent une image fantasmatique et caricaturale témoignant, chez eux, soit d’une passion de l’ignorance indécrottable, soit d’une stratégie au cynisme très serré. Le packing est la pratique qu’il s’agirait carrément de faire disparaître et interdire définitivement.

Ce qui justement fort salutaire dans votre ouvrage sur l’histoire de l’autisme, c’est que vous montrez, en décortiquant chaque discours, que les oppositions ne se logent pas forcément où l’on croit et, entre autres, pas forcément entre les tenants de la psychanalyse, ceux du comportementalisme et ceux des neurosciences cognitives. Les oppositions se situent plutôt, je dirais, entre certains profils de discours.

En effet, ce qui m’a beaucoup intéressée dans votre ouvrage, c’est que vous démontrez qu’un discours psychiatrique est toujours, forcément, subjectif. Et que même la posture d’objectivité la plus totale n’est qu’un mode de subjectivité parmi d’autres.

Vous montrez, en fait, que le discours psychiatrique est toujours un discours idéologique, influencé par la vision du monde, les opinions morales, religieuses et philosophiques de son auteur. Vous montrez que ce discours comprend très souvent une dimension d’adresse aux financeurs et une dimension de légitimation de l’existence même de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, parfois pour des raisons de pouvoir, parfois pour des raisons de conviction sincère.

Vous montrez surtout le rapport de l’auteur du discours à la folie, à travers les manifestations de son contre-transfert : parfois assumé simplement, parfois nié au travers d’une illusion d’objectivité totale, parfois sur-utilisé faisant disparaître le patient sous les projections du psychiatre. Ces éléments de contre-transfert, dont je dirais qu’ils témoignent énormément du bon objet interne et de la confiance que l’auteur du discours a, ou n’a pas, dans ses propres capacités de réparation, se retrouvent notamment dans la radicalité des pronostics (on voit ainsi des soignants ou éducateurs ressentir un sentiment d’impuissance et d’échec personnel face aux patients et théoriser en conséquence l’incurabilité et l’inéducabilité des psychotiques), dans un triomphalisme excessif et déplacé dont on peut se demander ce qu’il masque, dans la radicalité d’une approche (ne voir que les enfants et jamais leurs parents, ou au contraire ne considérer que les facteurs politiques et sociaux et jamais les éléments psychiques propres à une personne), et enfin dans la condamnation sans nuance des autres approches.

A la fin de votre livre, j’ai pensé qu’il y avait finalement un grand nombre de points communs entre un certain discours psychanalytique, évoquant structure psychotique et de suppléance comme d’autres parleraient de handicap et de compensation, prônant une approche thérapeutique dont l’obsession est de limiter l’excitation, adoptant une attitude défensive vis-à-vis de toute manifestation affective ou émotionnelle, et un certains discours comportementaliste, tout aussi méfiant vis-à-vis des affects et déficitaire dans son approche de la psychose. Tandis qu’un autre type de discours psychanalytique pourrait se rapprocher plus, dans son approche et dans sa pratique, d’un certain discours développementaliste et de certaines théories cognitivistes.

Mais je vais désormais vous laisser la parole afin que vous nous éclairiez sur votre vision des événements et enjeux qui ont menés à la situation actuelle.

Loriane Brunessaux, 10 Avril 2012.

1 Une histoire de l’autisme, Jacques Hochmann, éd. Odile Jacob, Janvier 2009


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