Conseils méthodologiques pour le traitement d’un sujet





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date de publication17.11.2017
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Sujet et corrigé « Anthropologie et Sociologie » L1S2

Sujet
Dans son ouvrage La Civilisation des mœurs et dans le cadre de sa théorie du processus de civilisation, Norbert Elias indique que l’usage du couteau à table a peu à peu été entouré d’un ensemble de tabous en Occident, du Moyen-âge jusqu’à nos jours : interdiction de prendre le couteau à pleine main, interdiction de porter le couteau à la bouche, interdiction d’utiliser le couteau quand cela n’est pas indispensable (pour découper du poisson, des pommes de terre, des oranges), etc. Cet ensemble de tabous est le résultat, selon lui, d’une progressive mise à distance de la symbolique guerrière et violente du couteau.

À partir de vos connaissances et d’éléments du cours, vous discuterez cette réflexion du sociologue allemand et direz en quoi elle constitue une problématisation proprement sociologique de l’usage occidental du couteau à table.

Conseils méthodologiques pour le traitement d’un sujet :

la constitution du plan et la rédaction dans le cadre d’un devoir sur table

1. L’élaboration du plan

- Lire plusieurs fois le sujet, et analyser précisément son contenu : définir chaque terme et expliciter les liens qui les unissent, afin d’établir l’enjeu du sujet et de voir ce sur quoi on veut faire réfléchir le candidat, la problématique. Ce travail de délimitation est essentiel, car le contenu de votre copie doit être cohérent ; il ne s’agit surtout pas de « caser » le cours appris par cœur, mais bien d’en mobiliser certains éléments permettent de répondre pertinemment à la question posée par le sujet.

- Noter sur du brouillon tout ce que vous inspire le sujet, idées, arguments, etc. Il s’agit d’accumuler des éléments pour étoffer le raisonnement. Une copie portant sur un sujet d’ordre sociologique a besoin d’être étayée par des exemples concrets.

- À travers un double effort d’accumulation et d’organisation de ces premiers éléments, une idée de plan devrait émerger. Il y a plusieurs possibilités quant à l’organisation du plan. Un plan en deux parties chacune composée de plusieurs sous-parties est généralement commode. Mais on peut aussi adopter un plan tripartite, qui suit les étapes suivantes (« règle des 3 D ») : I. Description du problème posé dans le sujet ; II. Discussion de ce problème ; III. Dépassement de ce problème. Ce type d’organisation est efficace car il permet de mettre en place une progression dans le raisonnement. Une fois le plan achevé, vous pouvez y adjoindre et y classer les éléments, les idées, les arguments initialement notés. Vous élaborerez ainsi votre plan détaillé.
2. La rédaction

- Il n’est pas nécessaire de tout rédiger au brouillon. Certes, l’introduction et la conclusion sont cruciales et il est parfois préférable de les coucher en entier sur un brouillon avant de les recopier au propre. Mais il faut en revanche être capable de rédiger les développements directement sur la copie, à l’aide du plan détaillé établi au préalable.

- Soignez votre présentation : il est préférable de laisser des espaces entre chaque partie et même entre chaque sous-partie, afin de laisser apparente la structure du raisonnement.

- Pour élaborer votre introduction, vous pouvez procéder en trois étapes : présentation générale du sujet, présentation de la problématique (c’est-à-dire une reformulation du sujet qui montre que vous l’avez bien compris), présentation du plan, avec éventuellement une série de questions auxquelles votre copie permettra de répondre.

- Dans le développement, attention aux choses qui vous paraissent évidentes. Il faut tout expliciter, et montrer au lecteur que vous maîtrisez ce dont vous parlez. Ne développez qu’une seule idée par paragraphe, en n’oubliant jamais de donner un exemple concret pour étayer chaque idée.

- Ne négligez pas l’importance des transitions entre parties et sous-parties, qui permettent de dresser de petits bilans provisoires et d’articuler les différentes étapes de la réflexion.

- La conclusion est une récapitulation. Elle doit montrer à votre lecteur que vous avez parfaitement répondu au sujet et que vous avez su traiter le problème qu’il soulevait. Vous pouvez glisser en fin de conclusion une ouverture qui amène un nouvel éclairage sur le sujet1.


Proposition de corrigé pour le sujet
Dans certains sujets, le plan est directement suggéré par la question qui vous est posée, ce qui vous facilite la tâche. C’est le cas ici, puisque la consigne « vous discuterez cette réflexion du sociologue allemand et direz en quoi elle constitue une problématisation proprement sociologique de l’usage occidental du couteau à table » vous incite à adopter un plan bipartite :

1. Discussion de la réflexion d’Elias sur l’usage du couteau à table 

2. Discussion de la nature sociologique de cette réflexion d’Elias

Le cours doit ici vous permettre de resituer l’analyse que fait Elias de l’usage du couteau à table dans le cadre de la théorie du processus de civilisation d’une part ; expliciter les dimensions spécifiquement sociologiques de la démarche d’Elias d’autre part.


Corrigé

Commentaires

Introduction

Alors que le XIXe siècle avait vu émerger les sociétés modernes et les premières « questions sociales », la discipline sociologique apparaît à la fin du XIXe siècle, notamment avec les travaux d’Émile Durkheim en France, et de Max Weber en Allemagne. Véritable investigation scientifique sur des faits concrets, elle conduit par exemple Durkheim à étudier les causes sociales du suicide, ou Weber à explorer la genèse historique de l’esprit capitaliste moderne.

Les travaux de Norbert Elias sur le « processus de civilisation », entamés dans les années 1930, se situent bien entendu dans le sillage de ceux de ces deux « pères fondateurs ». Mais quels éléments permettent de soutenir une telle affirmation ? En quoi peut-on dire que sa théorie du processus de civilisation – dans laquelle s’inscrit l’analyse de l’usage du couteau à table – relève d’une démarche spécifiquement sociologique ?

Nous traiterons cette question en deux temps. En premier lieu, nous rappellerons les principes de sa théorie du processus de civilisation et nous discuterons la façon dont Elias, à la lumière de celle-ci, éclaire l’usage occidental du couteau à table, mais également celui de la fourchette. En second lieu, nous montrerons comment cette analyse relève précisément d’une démarche sociologique en la comparant à quelques exemples puisés chez Émile Durkheim ou Max Weber.

  1. L’usage du couteau, une manière de table civilisée

On ne peut comprendre l’interprétation qu’Elias donne des interdictions qui entourent l’usage du couteau à table si l’on ne restitue pas, justement, le cadre interprétatif particulier que constitue sa théorie du processus de civilisation. Revenons donc sur cette théorie (1.1.), avant d’aborder l’exemple de l’analyse de l’usage du couteau (1.2.), que nous mettrons en regard de la célèbre analyse de l’usage de la fourchette (1.3.).

    1. La théorie du processus de civilisation

Dans son grand ouvrage Üben der process des Zivilisation (Sur le processus de civilisation), publié en allemand dès 1939, Norbert Elias étudie l’évolution des mœurs occidentales depuis le Moyen-âge jusqu’à nos jours. À partir de nombreux manuels de civilités, il montre que les manières de se moucher, de déféquer, de manger ou d’avoir des rapports sexuels évoluent considérablement au fil du temps. En effet, les individus ont tendance à reléguer dans l’intimité des actions qui, entre les XVIe et XVIIe siècles, sont de plus en plus perçues comme gênantes, brutales, voire animales : on ne se mouche plus dans sa manche mais à l’aide d’un mouchoir, on masque les odeurs et les bruits corporels, la nudité du corps tend à ne plus s’exposer, etc.

C’est précisément ce qu’Elias nomme le processus de civilisation des mœurs et dont il cherche à retracer les conditions sociales et historiques de possibilité. Deux explications sont données. D’une part, l’émergence de l’Etat centralisé français pacifie l’espace social et qui conduit les individus à refouler leurs pulsions violentes. D’autre part, dans la structure stratifiée de la société française, la noblesse de cour cherche à se distinguer des classes inférieures (la bourgeoisie en particulier) par un raffinement de ses manières ; les classes inférieures tentent néanmoins de se conformer à ce modèle culturel et s’approprient à leur tour les manières raffinées.

Comment cette théorie parvient-elle alors à éclairer un fait aussi anodin, en apparence, que l’usage du couteau à table ?

    1. L’usage civilisé du couteau

Comme le rappelle le sujet proposé, l’usage du couteau à table s’est peu à peu vu entouré de tabous et d’interdictions diverses : interdiction de prendre le couteau à pleine main, interdiction d’utiliser le couteau quand cela n’est pas indispensable, ou encore interdiction de porter le couteau à la bouche (qui nous est encore familière aujourd’hui). Pour Elias, ces interdictions sont le résultat d’une mise à distance de la symbolique guerrière du couteau. Elles constituent donc de très bons exemples de manières civilisées. Elles exemplifient à merveille le processus de civilisation, qui consiste, on l’a vu, en un rejet de toute forme de brutalité, en un refoulement des pulsions violentes.

Cet usage raffiné du couteau s’inscrit donc dans l’ensemble des manières civilisées que l’on trouve dans les manuels de civilité de la Renaissance. Or une autre manière de table analysée par Elias permet d’illustrer ce processus : il s’agit de l’usage de la fourchette.

    1. Un autre exemple de manière de table civilisée : l’usage de la fourchette

L’usage de la fourchette s’inscrit également dans cette dynamique générale des mœurs occidentales. Dans cet objet qui paraît lui aussi anodin se cristallise tout un rapport distancié à la nourriture, au corps, à l’hygiène qui nous semble aujourd’hui « naturel » mais qui est en réalité profondément historique. Se servir d’une fourchette et non de ses doigts pour porter les aliments à sa bouche, c’est agir selon une norme de décence et de pudeur qui s’est peu à peu imposée à la Renaissance et que chaque individu intériorise dès son plus jeune âge à travers les injonctions répétées des adultes. L’usage de la fourchette apparaît ainsi complémentaire de la mise à distance de l’usage du couteau.

On comprend mieux, ainsi, l’éclairage particulier qu’Elias apporte sur l’usage du couteau et ses interdits. Il nous faut maintenant voir en quoi cette analyse relève d’une démarche spécifiquement sociologique et s’inscrit dans les travaux pionniers de Durkheim et de Weber.

  1. La démarche sociologique, chez Norbert Elias et d’autres

Envisager l’usage du couteau au prisme de la théorie du processus de civilisation, comme le fait Elias, constitue une démarche éminemment sociologique, pour plusieurs raisons. Cette analyse conduit à un changement de regard sur une pratique pourtant familière (2.1.). Elle examine des faits concrets (à travers les discours des manuels de civilité) (2.2.) et elle fait travailler des concepts, ce qui trahit une ambition de généralisation (2.3.).

    1. La rupture avec les idées reçues : regarder l’usage du couteau autrement

La première étape d’une démarche sociologique est ce que l’on nomme souvent la « construction de l’objet de recherche ». « Construction », car il s’agit de se défaire de ses idées reçues et de ses prénotions afin d’appréhender l’objet de façon contrôlée. C’est cette opération qui permet ici à Elias de regarder autrement la chose triviale que semblait être, à première vue, l’usage du couteau à table.

La démarche sociologique d’Elias, comme toute démarche sociologique, écarte donc les idées reçues et entraîne un changement de regard. Cet auteur n’hésite d’ailleurs pas à voir dans le travail des sociologues une sorte de « chasse aux mythes ». Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée des travaux de Durkheim. Le sociologue français préconisait en effet de se défaire des « prénotions » et des jugements de valeur, par exemple pour montrer que le suicide ne s’explique pas que par des motivations individuelles mais aussi par des causes sociales objectives et mesurables comme la religion, la nationalité, le sexe, etc.

Ce changement de regard n’est cependant possible que parce que le sociologue se transforme en enquêteur, examinant des données empiriques, concrètes.

    1. La fidélité aux données empiriques : les traités de bonnes manières

La fidélité aux données empiriques est un autre aspect spécifiquement sociologique de la démarche d’Elias. Examinant un corpus de manuels de civilité écrits entre le XVe siècle et le XIXe siècle, il se montre extrêmement attentif à des pratiques et des discours réels, concrets, objectivés. C’est à une véritable enquête sociohistorique que se livre Elias, se distinguant ainsi d’approches spéculatives et dégagées de contraintes empiriques (comme dans certains travaux de philosophie sociale par exemple).

Là encore, la démarche d’Elias se rapproche de celles de certains fondateurs de la sociologie. Durkheim exigeait lui aussi d’examiner des données concrètes et objectives. Mais la méthodologie mise en œuvre par Elias ressemble davantage encore à celle d’un Max Weber étudiant les causes historiques de l’esprit du capitalisme moderne. Pour relier ce phénomène à certains traits de l’éthique protestante, Weber s’est en effet lui aussi penché sur des écrits (ceux de Luther et de nombreuses autres figures du protestantisme), donc sur des pratiques et des discours objectivés depuis la renaissance jusqu’au XIXe siècle.

Mais cette fidélité aux données empiriques s’accompagne bien sûr d’une ambition de généralisation, puisqu’Elias use de concepts pour bâtir sa théorie du processus de civilisation.

    1. La montée en généralité et l’usage de concepts

Le troisième et dernier trait proprement sociologique de la démarche d’Elias est ce que l’on peut appeler son souci de proposer, à partir de données empiriques, un modèle théorique, soit une « montée en généralité ». Ainsi la théorie du « processus de civilisation » et les concepts qui l’accompagnent (« habitus civilisé », « refoulement des pulsions violentes », etc.) ont l’ambition d’éclairer non seulement l’évolution de l’usage du couteau à table mais aussi celles de nombreuses autres manières se satisfaire ses « besoins primaires » : se moucher, faire ses besoins, etc.

Toute enquête sociologique qui éclaire un objet, une situation ou un fait particulier se donne en effet pour objectif d’éclairer d’autres objets, d’autres situations ou d’autres faits particuliers mais néanmoins comparables. Le concept de « processus de rationalisation » occidental était pour Max Weber le moyen de comparer l’évolution de différentes sphères d’activité en Occident.

Il est désormais temps de conclure.

Conclusion

La question posée par le sujet était de savoir en quoi l’interprétation que faisait Norbert Elias de l’usage du couteau à table relevait d’une démarche proprement sociologique. Nous y avons répondu ici en deux temps. D’une part, nous avons examiné cette interprétation en rappelant les principes de la théorie du processus de civilisation. D’autre part, nous avons relevé les traits spécifiquement sociologiques de la démarche d’Elias : rupture avec les prénotions, fidélité aux données empiriques et ambition de généralisation.

Les travaux d’Elias sur le processus de civilisation s’inscrivent donc bien dans la discipline sociologique dont Durkheim et Weber, notamment, ont fixé les grands principes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elias continuera d’ailleurs de faire œuvre de sociologue tout au long de sa carrière avec des travaux consacrés à divers objets tels que le sport, l’exclusion, le temps ou encore Mozart.

Présentation générale du sujet

Présentation de la problématique

Annonce du plan en deux parties

Présentation de la première partie et de ses sous-parties

Cf. chapitre 4 consacré à Elias dans la partie Sociologie du cours

Transition avec la sous-partie suivante

Transition avec la sous-partie suivante

Cf. chapitre 4 consacré à Elias dans la partie Sociologie du cours

Transition avec la seconde partie du développement

Présentation de la seconde partie et de ses sous-parties

Cf. chapitre 5 consacré à la démarche sociologique dans la partie Sociologie du cours

Transition avec la sous-partie suivante

Cf. chapitre 5 consacré à la démarche sociologique dans la partie Sociologie du cours

Transition avec la sous-partie suivante

Cf. chapitre 5 consacré à la démarche sociologique dans la partie Sociologie du cours

Récapitulation

Ouverture





1 Pour plus de précisions sur ces questions méthodologiques, on pourra consulter utilement les pistes données par Hyacinthe Ravet et Michel Houdu dans La mondialisation, Paris, Ellipse, 2005.

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