Première partie les problemes philosophiques





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Georges POLITZER

PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DE PHILOSOPHIE

Préface de MAURICE LE GOAS

EDITIONS SOCIALES

Sommaire :

Biographie de Politzer

Préface par Maurice Le Goas

Avertissement des éditeurs

Première partie - LES PROBLEMES PHILOSOPHIQUES

Introduction…………………………………………………………………………………………………………………..……..p.10

I. Pourquoi devons-nous étudier la philosophie ?

II. L'étude de la philosophie est-elle une chose difficile ?

III.  Qu'est-ce que la philosophie ?

IV.  Qu'est-ce que la philosophie matérialiste ?

V. Quels sont les rapports entre le matérialisme et le marxisme ?

VI. Campagnes de la bourgeoisie contre le marxisme

Chapitre premier. — Le problème fondamental de la philosophie………………………………………………………………….p.13

I. Comment devons-nous commencer l'étude de la philosophie ?

II. Deux façons d'expliquer le monde

III.  La matière et l'esprit

IV.  Qu'est-ce que la matière ? Qu’est-ce que l'esprit ? 

V. La question ou le problème fondamental de la philosophie

VI. Idéalisme ou matérialisme

Chapitre II. — L'idéalisme……………………………………………………………………………………….………………….p.16

I. Idéalisme moral et idéalisme philosophique

II. Pourquoi devons-nous étudier l'idéalisme de Berkeley ?

III.  L'idéalisme de Berkeley

IV.  Conséquences des raisonnements  «  idéalistes »

V. Les arguments idéalistes

Chapitre III. — Le matérialisme…………………………………………………………………………………….……………….p.21

I.  Pourquoi devons-nous étudier le matérialisme ?

II.   D'où vient le matérialisme ?

III.  Comment et pourquoi le matérialisme a évolué

IV.  Quels sont les principes et les arguments des matérialistes ?

Chapitre IV. — Qui a raison, l'idéaliste ou le matérialiste ?...............................................................................................................p.24

I. Comment nous devons poser le problème

II. Est-il vrai que le monde n'existe que dans notre pensée ?

III.  Est-il vrai que ce sont nos idées qui créent les choses ?

IV.  Est-il vrai que l'esprit crée la matière ?

V. Les matérialistes ont raison et la science prouve leurs affirmations

Chapitre V. — Y a-t-il une troisième philosophie ? L'agnosticisme……..………………………………………………………….p.28

I. Pourquoi une troisième philosophie ?

II. Argumentation de cette troisième philosophie

III.  D'où vient cette philosophie ?

IV.  Ses conséquences

V. Comment réfuter cette « troisième » philosophie

VI. Conclusion

Questions de contrôle

Deuxième partie - LE MATERIALISME PHILOSOPHIQUE

Chapitre premier. — La matière et les matérialistes………………………………………………….……………………………..p.33

I. Qu'est-ce que la matière ?

II.  Théories successives de la matière

III.  Ce qu'est la matière pour les matérialistes

IV.  L'espace, le temps, le mouvement et la matière

V. Conclusion

Chapitre II. — Que signifie être matérialiste ?....................................................................................................................................p.36

I. Union de la théorie et de la pratique

II. Que signifie être partisan du matérialisme dans le domaine de la pensée ?

III.  Comment est-on matérialiste dans la pratique ?

IV.  Conclusion

Chapitre III. — Histoire du matérialisme………………………………………………………………...………………………….p.39

I. Nécessité d'étudier cette histoire

II. Le matérialisme prémarxiste :

1.  L'antiquité grecque

2.  Le matérialisme anglais

3.  Le matérialisme en France

4.  Le matérialisme du XVIIIe siècle

III.  D'où vient l'idéalisme ?

IV.  D'où vient la religion ?

V. Les mérites du matérialisme prémarxiste

VI. Les défauts du matérialisme prémarxiste

Questions de contrôle

Troisième partie - ETUDE DE LA METAPHYSIQUE

Chapitre unique. — En quoi consiste la « méthode métaphysique »……………………………………..…………………………p.49

I. Les caractères de cette méthode

1.  Premier caractère: Le principe d'identité

2.  Deuxième caractère : Isolement des choses

3.  Troisième caractère : Divisions éternelles et infranchissables

4.  Quatrième caractère: Opposition des contraires

II. Mise au point

III.  La conception métaphysique de la nature

IV.  La conception métaphysique de la société

V. La conception métaphysique de la pensée

VI. Qu'est-ce que la logique ?

VII. L'explication du mot : « métaphysique »

Questions de contrôle

Quatrième partie - ETUDE DE LA DIALECTIQUE

Chapitre premier. — Introduction à l'étude de la dialectique………………………………………………………………………..p.59

I.  Précautions préliminaires

II.  D'où est née la méthode dialectique ?

III.  Pourquoi la dialectique a-t-elle été longtemps dominée par la conception métaphysique ?

IV.  Pourquoi le matérialisme du XVIII" siècle était-il métaphysique ?

V.  Comment est né le matérialisme dialectique : Hegel et Marx

Chapitre II. — Les lois de la dialectique. — Première loi : le changement dialectique…………………………………………….p.64

I.  Ce que l'on entend par le mouvement dialectique

II.   « Pour la dialectique, il n'y a rien de définitif, d'absolu, de sacré... » (Engels)

III.  Le processus

Chapitre III. — Deuxième loi : l’action réciproque…………………………………………………………………………………p.67

I.  L'enchaînement des processus

II.  Les grandes découvertes du XIXe siècle

1.  La découverte de la cellule vivante et de son développement

2.  La découverte de la transformation de l'énergie

3.  La découverte de l'évolution chez l'homme et les animaux

III.  Le développement historique ou développement en spirale

IV.  Conclusion

Chapitre IV. — Troisième loi : la contradiction……………………………………………………………………………………..p.71

I. La vie et la mort

II.  Les choses se transforment en leur contraire

III.  Affirmation, négation et négation de la négation

IV.  Faisons le point

V. L'unité des contraires

VI.  Erreurs à éviter

VII. Conséquences pratiques de la dialectique

Chapitre V. — Quatrième loi : transformation de la quantité en qualité ou loi du progrès par bonds…………………...………….p.80

I. Réformes ou révolution ?

1.  L'argumentation politique

2.  L'argumentation historique

3.  L'argumentation scientifique

II. Le matérialisme historique :

1. Comment expliquer l'histoire ?

2. L'histoire est l'œuvre des hommes

Questions de contrôle

Cinquième partie - LE MATERIALISME HISTORIQUE

Chapitre premier. — Les forces motrices de l'histoire………………………………………………………………………………p.85

I. Une erreur à éviter

II. L'« être social » et la conscience

III.  Théories idéalistes

IV.  L' « être social » et les conditions d'existence

V. Les luttes des classes, moteur de l'histoire

Chapitre II. — D'où viennent les classes et les conditions économiques ?.........................................................................................p.88

I. Première grande division du travail

II. Première division de la société en classes

III.  Deuxième grande division du travail

IV.  Deuxième division de la société en classes

V. Ce qui détermine les conditions économiques

VI. Les modes de production

VII. Remarques

Questions de contrôle

Sixième partie - LE MATERIALISME DIALECTIQUE ET LES IDEOLOGIES

Chapitre unique. — Application de la méthode dialectique aux idéologies……………………………………………...…………p.93

I. Quelle est l'importance des idéologies pour le marxisme ?

II. Qu'est-ce qu'une idéologie ? (Facteur et formes idéologiques)

III.  Structure économique et structure idéologique

IV.  Conscience vraie et conscience fausse

V. Action et réaction des facteurs idéologiques

VI. Méthode d'analyse dialectique

VII. Nécessité de la lutte idéologique

VIII. Conclusion

Questions de contrôle

Devoir de récapitulation générale

Index……………………...………………………………………………………………………………………………………………….p.101

Bibliographie


Biographie de Georges Politzer

On l'a souvent dit : Georges Politzer, c'est avant tout le Rire. Le Rire de défi, non pas du rebelle, mais du révolutionnaire, non pas de l'anarchiste, mais du marxiste, qui se gausse des efforts du vieux monde pour échapper à la condamnation de l'histoire. Le Rire vainqueur jusque dans les chaînes, face à Pucheu et aux tortionnaires de la Gestapo, le Rire vainqueur face au peloton d'exécution...

Georges Politzer était né en 1903. Il avait vu le jour dans une petite ville du nord de la Hongrie, Navyvarod ; mais, à 17 ans, il avait dû quitter ce pays tombé au pouvoir de la réaction, et qui persécutait son père. Il avait opté pour la France, et par choix de l'intelligence et du cœur, il était Français de la tête aux pieds. Nul n'a mieux parlé que lui des gloires de l'esprit français. Au foyer paternel, c'est en lisant Voltaire et Diderot qu'il avait appris notre langue, et au Quartier Latin, il ne mit que cinq ans pour conquérir tous ses titres, jusqu'à l'agrégation de philosophie.

Georges Politzer avait en lui l'étoffe d'un philosophe de génie, tout comme son ami et compagnon de supplice Jacques Solomon était un spécialiste hors ligne de la physique théorique.

Politzer a certes évolué, depuis qu'en 1926 il se débattait encore avec une certaine forme de pensée idéaliste. Il a lutté, il a progressé en suant d'ahan. Et au bout du chemin, c'est le marxisme qu'il a rencontré.

Quand au début des années 30, l'Université ouvrière de Paris eut été fondée dans les vieux locaux de l'avenue Mathurin-Moreau, elle eut un grand nombre de professeurs remarquables et même illustres, mais aucun cours n'enthousiasmait les élèves, ouvriers, employés et intellectuels, autant que le cours de Georges Politzer sur le matérialisme dialectique. Les problèmes les plus difficiles devenaient grâce à lui clairs et simples, sans jamais perdre leur statut philosophique, leur dignité théorique, et une ironie impitoyable mettait à nu l'inconsistance des points de vue des adversaires. Disciple de Marx et de Lénine, Politzer était à la fois un polémiste redoutable et un penseur d'une culture et d'une compétence inattaquables.

Aujourd'hui, le marxisme a conquis droit de cité à l'Université, Marx et Lénine sont au programme des concours. De gros ouvrages universitaires sont consacrés à la philosophie soviétique. Mais il y a quarante ans, il en allait tout autrement : Auguste Cornu faisait figure de pionnier, voire d'enfant perdu, en soutenant en Sorbonne une thèse sur la formation des idées du jeune Marx. Les travaux et les exposés philosophiques de Georges Politzer ont représenté en France, avec les recherches d'Auguste Cornu, la première tentative importante d'éclairer les questions centrales de la philosophie à la lumière du matérialisme dialectique.

Il est difficile de faire comprendre quel vent salubre balaya tout à coup les miasmes des marécages académiques quand, en 1929, le philosophe à cheveux roux, semblable à quelque jeune dieu auréolé d'un feu purificateur, lança tout à coup son brûlot contre la pensée idéaliste officielle : « La fin d'une parade philosophique : le bergsonisme. » Jusqu'à la guerre, Politzer allait continuer la polémique victorieuse contre tous les adversaires du marxisme, qui à ses yeux se confondait avec le rationalisme moderne, et simultanément assumer avec éclat la défense des traditions progressistes de l'histoire française de la philosophie, à commencer par la grande tradition de Descartes.

Politzer s'intéressait vivement aux problèmes de psychologie. On lui doit la tentative de créer une psychologie nouvelle, qu'il nommait « concrète », par opposition à la psychologie idéaliste traditionnelle. Au début, il subissait dans une certaine mesure l'influence de la méthode psychanalytique de Freud, qui le séduisait par sa tendance à étudier l'homme vivant tout entier, et non les fonctions psychologiques prises à part. Mais bientôt, dès 1928, il comprit ce qu'il y avait de contestable dans le freudisme et il s'en sépara dans sa Critique des fondements de la psychologie. L'effort de Politzer pour souligner la valeur sociale de la personnalité garantit la durée à son œuvre de psychologue.

Il avait enseigné au lycée de Cherbourg, puis à Evreux, enfin au lycée de Saint-Maur. En même temps, il avait créé et il dirigeait — avec tant de passion que souvent il y passait toute la nuit — le Centre de documentation du Parti communiste français. Il devient économiste. Ses chroniques de l'Humanité sont lues par un public toujours plus vaste.

Le journalisme l'attire. Celui qui écrit ces lignes le sait bien, car il se rappelle avec quel joyeux empressement, entre 1937 et 1939, Georges Politzer venait parfois le remplacer pour quelques jours au poste de rédacteur en chef du quotidien communiste. Maurice Thorez se prend d'affection pour ce militant exceptionnel.

Arrive la drôle de guerre. Mobilisé à Paris, à l'Ecole militaire, Politzer reste aux côtés de la direction clandestine du Parti communiste. Le 6 juin 1940, c'est lui qui transmet à de Monzie, agissant au nom du gouvernement, les propositions historiques du Parti communiste pour l'organisation de la défense de Paris par l'appel au peuple.

Avec son admirable compagne, Maïe Politzer, qui devait disparaître dans l'horreur des camps nazis, Politzer fut de 1940 à 1942 l'âme de la Résistance universitaire. C'est peu de dire qu'il montra toujours un courage à toute épreuve : il faudrait parler de son étonnant sang-froid, de sa crânerie superbe.

Dès sa démobilisation en juillet 1940, Politzer prépare avec Jacques Solomon et Daniel Decour-demanche l'édition d'un bulletin clandestin s'adressant aux membres de l'enseignement secondaire et supérieur. Tout de suite après l'arrestation de Paul Langevin par la Gestapo au mois d'octobre sort le n°1 de L'Université libre. Le journal relate l'emprisonnement de l'illustre physicien et les autres exactions commises par l'envahisseur fasciste; il ajoute :

Au travers de tous ces événements, l'Université s'est ressaisie ; elle s'est forgée une unanimité de pensée, de volonté, comme jamais dans son histoire pourtant glorieuse. Elle est unanime dans sa volonté de continuer, envers et contre tous, la grande tradition de culture dans la liberté qui fut et qui reste celle de l'Université française.

Désormais, L'Université libre ne cessera plus le combat contre l'ingérence de l'ennemi dans les affaires de l'Université, contre les arrestations d'enseignants israélites et d'étudiants, contre la modification rétrograde des programmes, contre la prétendue « révolution nationale » qui n'est qu'une entreprise de réaction au service de l'impérialisme nazi. Le journal anime sans crainte la résistance à l'ennemi dans les lycées et dans l'enseignement supérieur. La collection de L'Université libre en 1940-1941 est le plus éclatant témoignage de la participation des communistes au combat libérateur dès les débuts de l'occupation. Il sort exactement huit numéros du journal avant janvier 1941, vingt numéros avant juin.

Quand l'agression hitlérienne contre l'Union soviétique se produit, le n° 22 de L'Université libre, datée du 1er juillet 1941, sous le titre « Le tombeau de Hitler », annonce la victoire certaine de « l'armée unie d'un peuple uni », de « l'armée nouvelle d'une société nouvelle ».

Dès mars 1941 a circulé dans les milieux patriotes un pamphlet antinazi d'une vigueur et d'un mordant exceptionnels. Il se présentait sans nom d'auteur, mais le style en était reconnu de tout le monde. Chacun savait que Révolution et contre-révolution au XXe siècle était l'œuvre de Politzer. La brochure, imprimée en janvier-février, avait quarante-cinq pages. C'était une éclatante réplique au discours que le Reichsleiter Rosenberg avait prononcé à la Chambre des députés, à la fin de novembre 1940, pour un « règlement de comptes avec les idées de 1789 » et qui avait paru sous le titre : Sang et or, ou l'Or vaincu par le sang.

Politzer y démontrait que la démocratie n'était pas morte, qu'elle n'avait pas été enterrée par les victoires de Hitler. Il précisait que le caractère étriqué et la corruption de la démocratie bourgeoise sont imputables au capitalisme, tandis que le renversement du capitalisme et la réalisation du socialisme permettent la démocratie véritable :

A la vérité, écrivait-il, il n'y a pas de puissance au monde qui puisse faire oublier la science et la raison, sauvegardées et protégées par l'Union soviétique, qui crée la civilisation exempte de barbarie, la civilisation socialiste.

Lorsque dans un manifeste du 15 mai 1941, le Comité central du Parti communiste français eut appelé à la formation d'un large Front national pour la liberté et l'indépendance de la France, Politzer, ainsi que J. Solomon et D. Decourdemanche, redoubla d'efforts pour obtenir l'adhésion des patriotes non communistes appartenant à l'élite du monde intellectuel.

En février 1942, Politzer était arrêté, dans le gigantesque coup de filet qui, de janvier à mars, coûta la liberté à environ cent quarante patriotes communistes.

Pas un mot ne sortit de sa bouche, au milieu des supplices. Sa femme a raconté dans une lettre :

A plusieurs reprises, les officiers de la Gestapo lui ont demandé d'accepter de travailler à réformer la jeunesse française, lui promettant notre libération immédiate et une vie large et heureuse pour toute notre famille... Ils lui ont donné huit jours pour réfléchir. Puis, un jour, il a été appelé et, ayant maintenu sa position, on lui a répondu qu'il serait fusillé dans les jours qui suivraient... Avant d'être fusillé, il a pu passer vingt minutes dans ma cellule. Il était sublime. Jamais son visage n'avait été aussi lumineux. Un calme rayonnant se dégageait de lui et toute son attitude était impressionnante, même pour ses bourreaux. Il m'a dit tout son bonheur de mourir pour son Parti et pour la France. Il était particulièrement heureux de mourir sur le sol français. Vous savez combien cela comptait pour lui.

Ce ne fut pas la moindre infamie de la IVe République que le refus obstiné opposé en 1954-1955 par les ministres successifs des Anciens Combattants à la demande d'attribution posthume du titre d'interné résistant à Georges Politzer. Le premier de ces ministres, aujourd'hui bien oublié, était un réactionnaire, André Mutter, membre du gouvernement Laniel, le second, un gaulliste sans éclat, s'appelait Raymond Triboulet, et il était couvert par un président du Conseil du nom d'Edgar Faure. Il fallut en 1956 un jugement du tribunal administratif, rendu après les plaidoiries de Me Bruguier et de Me de Moro-Giafferi, pour réparer la conduite misérable de ces hommes de néant.

Peu importent ces mesquineries au souvenir de Georges Politzer. Son exemple a inspiré et inspirera des générations d'intellectuels.

Politzer occupait une position universitaire solide, et qui serait facilement devenue brillante; sa valeur était hautement reconnue par les spécialistes. Mais en même temps, c'était un intellectuel d'un type nouveau, lié corps et âme à la classe ouvrière et à ses luttes, se sentant responsable devant le Parti à un égal degré pour les tâches pratiques qui s'imposent quotidiennement à tout militant et pour les œuvres élevées qui sont de l'ordre de la pensée.

Par toute leur activité dans les Maisons de la culture, au Groupe d'études matérialistes de Paul Langevin, à l'Université ouvrière, et par la plume comme sous la forme orale, Politzer et Solomon ont montré comment faire connaître le marxisme aux intellectuels, aux savants, aux étudiants. Aux vacances de 1938, entre deux courses de haute montagne, dans un chalet au pied du glacier des Bossons, ils amorçaient une traduction de la Dialectique de la nature. Les hautes questions philosophiques ne s'effaçaient jamais de leur horizon. Ils étaient convaincus que le sort de leur Parti était intrinsèquement lié à celui de la vérité elle-même.

Dans la pratique, cette conviction se traduisait notamment par le souci constant de vivre avec le Parti, avec les membres du Parti. La conduite de nos deux amis était diamétralement opposée à l'attitude prétentieuse des intellectuels qui s'érigent en donneurs de leçons, en mentors des masses, alors qu'en réalité ils obéissent aux influences bourgeoises. Politzer a dit :

L'indépendance intellectuelle, l'esprit critique ne consiste pas à céder à la réaction, mais au contraire à ne pas lui céder.

Cette maxime, croyons-nous, résume assez bien tout son enseignement. Puissent de jeunes intellectuels, toujours plus nombreux, accomplir toujours mieux le testament du héros tombé en mai 1942 !

Georges Cogniot

PREFACE

Ce manuel élémentaire reproduit les notes prises par un de ses élèves aux cours professés par Georges Politzer à l'Université Ouvrière en l'année scolaire 1935-1936. Pour en comprendre le caractère et la portée, il est nécessaire de préciser d'abord le but et la méthode de notre maître.

On sait que l'Université Ouvrière avait été fondée en 1932 par un petit groupe de professeurs pour enseigner la science marxiste aux travailleurs manuels et leur donner une méthode de raisonnement qui leur permette de comprendre notre temps et de guider leur action, aussi bien dans leur technique que dans le domaine politique et social.

Dès le début, Georges Politzer se chargea d'enseigner à l'Université Ouvrière la philosophie marxiste, le matérialisme dialectique : tâche d'autant plus nécessaire que l'enseignement officiel continuait d'ignorer ou de dénaturer cette philosophie.

Aucun de ceux qui eurent le privilège d'assister à ces cours — il parlait chaque année devant un nombreux auditoire où se mêlaient tous les âges et toutes les professions, mais où dominaient les jeunes ouvriers — n'oubliera J'impression profonde que tous ressentaient devant ce grand garçon roux, si enthousiaste et si savant, si consciencieux et si fraternel, si attentif à mettre à la portée d'un public inexpérimenté une matière aride et ingrate.

Son autorité imposait à son cours une discipline agréable, qui savait être sévère, mais restait toujours juste, et il se dégageait de sa personne une telle puissance de vie, un tel rayonnement qu'il était admiré et aimé de tous ses élèves.

Pour se faire bien comprendre, Politzer supprimait d'abord de son vocabulaire tout /argon philosophique, tous les termes techniques que peuvent seuls entendre les initiés. Il ne voulait employer que des mots simples et connus de tous. Lorsqu'il était obligé de se servir d'un terme particulier, il ne manquait pas de l'expliquer longuement par des exemples familiers. Si, dans les discussions, quelqu'un de ses élèves employait des mots savants, il le reprenait et se moquait de lui avec cette ironie mordante que connaissaient bien tous ceux qui l'ont approché.

Il voulait être simple et clair et taisait toujours appel au bon sens, sans jamais rien sacrifier pourtant de la justesse et de la vérité des idées et des théories qu'il exposait. Il savait rendre ses cours extrêmement vivants en faisant participer l'auditoire à des discussions, avant et après la leçon. Voici comment il procédait : à la fin de chaque leçon, il donnait ce qu'il appelait une ou deux questions de contrôle ; elles avaient pour objet de résumer la leçon ou d'en appliquer le contenu à quelque sujet particulier. Les élèves n'étaient pas obligés de traiter le sujet, mais nombreux étaient ceux qui s'y astreignaient et apportaient un devoir écrit au début du cours suivant. Il demandait alors qui avait tait le devoir ; on levait la main, et il choisissait quelques-uns d'entre nous pour lire notre texte et le compléter au besoin d'explications orales. Politzer critiquait ou félicitait et provoquait entre les élèves une brève discussion; puis il concluait en tirant les enseignements de la discussion. Cela durait environ une demi-heure et permettait à ceux qui avaient manqué le cours précédent de combler la lacune et de faire la liaison avec ce qu'ils avaient appris auparavant; cela permettait aussi au professeur de voir dans quelle mesure il avait été compris ; il insistait au besoin sur les points délicats ou obscurs.

Il commençait alors la leçon du jour, qui durait environ une heure ; puis les élèves posaient des questions sur ce qui venait d'être dit. Ces questions étaient généralement intéressantes et judicieuses; Politzer en profitait pour apporter des précisions et reprendre l'essentiel du cours sous un angle différent.

Georges Politzer, qui avait une connaissance approfondie de son sujet et une intelligence d'une admirable souplesse, se préoccupait avant tout des réactions de son auditoire : il prenait chaque fois la « température » générale et vérifiait constamment le degré d'assimilation de ses élèves. Aussi était-il suivi par eux avec un intérêt passionné. Il a contribué à former des milliers de militants, et nombreux parmi eux sont ceux qui occupent aujourd'hui des postes « responsables ».

Nous qui comprenions la valeur de cet enseignement et qui songions à tous ceux qui ne pouvaient l'entendre, et particulièrement à nos camarades de province, nous souhaitions la publication de ses cours. Il promettait d'y penser, mais, au milieu de son immense travail, il ne trouvait jamais le temps de réaliser ce projet.

C'est alors qu'au cours de ma deuxième année de philosophie à l'Université Ouvrière, où l'on avait créé un cours supérieur, j'eus l'occasion de demander à Politzer de me corriger des devoirs, et je lui remis, à sa demande, mes cahiers de cours. Il les trouva bien faits, et je lui proposai de rédiger, d'après mes notes, les leçons du cours élémentaire. Il m'y encouragea, en me promettant de les revoir et de les corriger. Il n'en trouva malheureusement pas le temps. Ses occupations étant de plus en plus lourdes, il laissa le cours supérieur de philosophie à notre ami René Maublanc. Je mis celui-ci au courant de nos projets et lui demandai de revoir les premières leçons que j'avais rédigées. Il accepta avec empressement et m'encouragea à terminer ce travail que nous devions ensuite présenter à Georges Politzer. Mais la guerre survint: Politzer devait trouver une mort héroïque dans la lutte contre l'occupant hitlérien.

Bien que notre professeur ne soit plus là pour mettre au point un travail qu'il avait approuvé et encouragé, nous avons cru utile de le publier d'après mes notes de cours.

Georges Politzer, qui commençait chaque année son cours de philosophie à l'Université Ouvrière en fixant le véritable sens du mot matérialisme et en protestant contre les déformations calomnieuses que certains lui font subir, rappelait énergiquement que le philosophe matérialiste ne manque pas d'idéal et qu'il est prêt à combattre pour faire triompher cet idéal. Il a su, depuis lors, le prouver par son sacrifice, et sa mort héroïque illustre ce cours initial, où il affirmait l'union, dans le marxisme, de la théorie et de la pratique. Il n'est pas inutile d'insister sur ce dévouement à un idéal, cette abnégation et cette haute valeur morale à une époque où, de nouveau, on ose présenter le marxisme comme « une doctrine qui transforme l'homme en une machine ou un animal à peine supérieur au gorille ou au chimpanzé » (Sermon de carême à Notre-Dame de Paris, prononcé, le 18 février 1945, par le R. P. Panici.)

Nous ne protesterons jamais assez contre de tels outrages à la mémoire de nos camarades. Rappelons seulement à ceux qui ont l'audace de les prononcer l'exemple de Georges Politzer, de Gabriel Péri, de Jacques Solomon, de Jacques Decour, qui étaient des marxistes et qui professaient à l'Université Ouvrière de Paris : tous de bons camarades, simples, généreux ; fraternels, qui n'hésitaient pas à consacrer une bonne partie de leur temps à venir dans un quartier perdu enseigner aux ouvriers la philosophie, l'économie politique, l'histoire ou les sciences.

L'Université Ouvrière fut dissoute en 1939. Elle a reparu, au lendemain de la Libération, sous le nom d'Université Nouvelle. Une nouvelle équipe de professeurs dévoués, faisant la relève des fusillés, est venue reprendre l'œuvre interrompue.

Rien ne peut nous encourager davantage dans cette tâche essentielle que de rendre hommage à l'un des fondateurs et animateurs de l'Université Ouvrière, et aucun hommage ne nous semble plus juste et plus utile que de publier les Principes élémentaires de philosophie de Georges Politzer.

Maurice LE GOAS.

AVERTISSEMENT DES EDITEURS

Cette nouvelle édition des Principes élémentaires de Philosophie de Georges Politzer a été complètement revue, améliorée en certains passages et l'index a été mis au point. Au moment où la lutte idéologique, traduction et expression de la lutte politique, devient de plus en plus aiguë, au moment où il importe que tout esprit honnête soit intellectuellement armé pour faire face aux entreprises de mystification, il nous a paru en effet indispensable de présenter au lecteur un instrument de travail plus parfait encore que celui que nous lui avions présenté précédemment. Nous devons à la vérité de dire que nos premières éditions comportaient certains défauts de présentation, effets de notre hâte à répandre cet indispensable outil intellectuel.

Aussi avons-nous corrigé ligne à ligne la présentation de l'exposé de Politzer, en l'améliorant chaque fois qu'il était nécessaire. Il va de soi que nous n'avons apporté aucune modification à ce qu'on appelle le « fond » ; nos seules corrections ont porté sur la forme.

Nous avons ajouté aussi un certain nombre de Devoirs écrits et de Lectures (retrouvés dans les notes de notre ami Le Goas et indiqués par Politzer) et revu complètement l'index, de telle sorte qu'il constitue maintenant un bref dictionnaire d'histoire de la philosophie.

Notre grand camarade Paul Langevin avait corrigé, de sa main et sur l'exemplaire des Principes qu'il possédait, deux erreurs de détail sur une question scientifique qu'il connaissait bien (page 79 de la première édition). Paul Langevin désirait que ces corrections soient effectuées lors de la réédition. C'est aujourd'hui chose faite.

Tel qu'il se présente maintenant, l'ouvrage de Politzer constitue, mieux encore qu'avant, une introduction indispensable à la connaissance du matérialisme dialectique, fondement du marxisme. Il servira le militant ouvrier comme le lycéen, l'esprit curieux comme l'intellectuel déjà spécialisé.

Que l'ouvrage comporte des lacunes, que certains développements aient besoin de précisions, que certaines affirmations demandent à être approfondies par des explications complémentaires, Politzer le savait avant tout autre. Mais il savait aussi qu'en philosophie comme en toutes choses il faut commencer par Je commencement. C'est donc comme un enseignement élémentaire qu'il faut considérer l'enseignement que dispensent ces Principes.

Nous avons tenu à faire suivre chaque cours de la liste des lectures recommandées par Politzer, ainsi que des questions de contrôle qu'il proposait à la fin de chaque leçon.

Nous pensons que ces questions présentent le plus grand intérêt pour deux catégories de lecteurs :

1. Pour les élèves, c'est-à-dire pour ceux qui ne veulent pas se contenter de lire le livre, mais veulent l'étudier. A ceux-là nous conseillons, lorsqu'ils auront complété chaque leçon par les lectures recommandées, de fermer le livre et de réfléchir à la ou aux questions posées, d'y répondre mentalement ou, mieux, par écrit. L'élève contrôlera ensuite par lui-même, en se référant au livre, ce qu'il aura retenu de la leçon.

2. Pour les maîtres, c'est-à-dire pour ceux qui voudront se servir de ce livre comme base d'enseignement dans un cercle d'études marxistes. A ceux-là, les questions permettront d'animer l'enseignement, de susciter des discussions fécondes.

A tous, enfin, ce livre fournira ainsi, avec les indications de son introduction et avec ses questions de contrôle, une méthode pédagogique qui s'est révélée excellente.

PREMIERE PARTIE - LES PROBLÈMES PHILOSOPHIQUES
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