Analyse politique du conflit environnemental





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Analyse politique du conflit environnemental
Eric Mollard1
avec l’ impasse des Moines placée sous la surveillance étroite de Justine Putet qui observe sans répit derrière le coin du rideau soulevé de sa fenêtre, avec l’urinoir dont la construction sera prochainement entreprise, avec l'activité redoublée de Tafardel impatient de voir enfin sa boutonnière fleurir, avec l’ambition à longue échéance de Barthélémy Piéchut, la maladresse apostolique du curé Ponosse, et l’influence hautaine de Mme la baronne Alphonsine de Courtebiche (tous personnages dont l'action rayonnera peu à peu), nous avons les premiers éléments d’une agitation qui va naître d'une manière étrange, s'amplifier soudain en «scandales de Clochemerle», lesquels auront pour dénouement le drame. Gabriel Chevallier
Toute terminologie cadre les perceptions et conforte les visions du monde2. Les sciences n’échappent pas aux définitions qui tronquent les méthodes et infléchissent les interprétations3. Le mot « conflit » illustre ce phénomène de « cadrage »4, cadrage par omission ici : la détection d’une dispute n’a pas lieu à son émergence mais à une phase avancée où les parties ont eu le temps de la « construire » ; de surcroît, l’observateur en prend connaissance après sa publicisation par la vox populi ou dans les médias (Merton et Nisbet 1961)5. Pour le conflit environnemental, deux conséquences en découlent. La première est que la construction et la médiatisation ne sont pas anodines dans la motivation et la dynamique de la revendication. La seconde est que le conflit implique la plupart du temps un tiers (une autorité au moins, souvent plusieurs) et même ce que l’on pourrait appeler un « quart » qu’une partie prend à témoin pour signaler sa bonne foi : riverains, groupe social ou opinion publique.
La définition du conflit environnemental ne peut se contenter de la seule incompatibilité d’intérêts ou de la confrontation de deux acteurs. Sont fréquentes les stratégies de type billard-à-trois-bandes où chaque partie se légitime au nom de grands principes, où les protagonistes tentent d’obtenir un gain rarement affiché et où normes et institutions sont contournées au bénéfice des uns et au dépens des autres (Crozier et Friedberg 1977 ; Lascoumes et Le Bourhis 1998). L’observateur est en présence d’acteurs hétérogènes, d’une pluralité de normes, d’institutions contournables, d’enjeux implicites et de discours souvent trompeurs en plus des intérêts et/ou de valeurs contradictoires (Tilly et Tarrow 2008). La méthodologie d’analyse doit identifier le hiatus entre, d’une part, la fiction construite sur des discours supposés fidèles aux valeurs, sur des acteurs supposés partageant les mêmes principes et sur des institutions supposées impartiales et opérationnelles et, d’autre part, la réalité des intérêts et des pouvoirs.
Outre des protagonistes qui dévoilent ce qui les arrange, la face obscure et non immédiatement accessible du conflit ajoute la difficulté des normes. Car si les discours rassemblent les groupes, alimentent la guerre et occultent l’inavouable, l’enjeu final revient aux mots ou, plus précisément, aux normes en mesure de justifier une domination. La différence entre les discours du premier cercle des apparences et les normes du troisième cercle (le deuxième cercle est celui des intérêts et des pouvoirs) est que le premier suggère d’emporter la conviction sur la partie adverse quand le dernier cercle, par des montées en généralité inattaquables, envisage la domination pure et simple.
Guerre des mots, guerre des pouvoirs et guerre des normes construisent le conflit. Pour identifier ses mécanismes, une étape indispensable est de débusquer le non-dit avec l’avantage que le conflit se prête à la déconstruction car les discours, les acteurs et les normes sont construits par opposition. La première partie de cet article délimite le contour des fonctions que tient le discours, ce qui permet, dans la deuxième, d’examiner les raisons qui poussent les observateurs à étudier les conflits. La partie suivante développe trois principes d’analyse pour positionner le discours dans le jeu des acteurs. Notre hypothèse est que la parole dans un conflit est moins de révéler que de convaincre (un groupe, un tiers ou les deux). En corolaire, il ne s’agit pas de juger une situation ou de plaider une cause, ce qui relève de la mesure administrative ou du tribunal, mais de théoriser une interaction sociale. L’interaction formatée par la syntaxe discursive et sociale renvoie finalement à la marge de manœuvre des acteurs6, aux registres de légitimation et aux modes de régulation dans une société.


  1. Dit, dicible, discours dans le conflit


L’analyse d’une négociation ou d’un conflit est trompeuse si elle s’appuie exclusivement sur les discours et les minutes de réunions7. Le discours fait partie de la réalité par le dit lui-même, par sa perception et par l’adhésion qu’il provoque. En revanche, il convient de ne pas l’ériger en témoin impartial d’une vérité quand la réalité des pratiques individuelles ou collectives le dément. En d’autres termes, le non-dit doit être sondé afin d’approcher les objectifs poursuivis par un acteur individuel ou un groupe.
Face aux discours expurgés destinés à emporter l’adhésion du plus grand nombre, il est fréquent que l’observateur prenne partie : pour le plus proche ou bien pour le plus faible et le plus mal traité alors que le puissant endosse l’habit du coupable. L’analyste prétend alors à la rigueur scientifique en reproduisant des citations indiscutablement vraies car proférées. Sa partialité apparait pourtant par la mobilisation des seuls arguments à décharge sans donner la parole à l’adversaire. Plus délicate est la situation où l’adversaire ne prend pas la peine de répondre quand on lui donnerait la parole ; il peut même se trouver dans l’incapacité de rétorquer. Cette posture est classique pour une administration contrainte par le droit positif, par le devoir de réserve du fonctionnaire et par sa dépendance du politique8. L’arrogance issue de la magnification de l’intérêt public peut aussi conduire le fonctionnaire à déconsidérer le registre émotionnel sans qu’il en perçoive la puissance.
A l’image des discours, les lois et les institutions construisent la fiction d’un monde dans lequel on se plait à croire à l’opérationnalité institutionnelle. Pourtant, les normes voilent de manière analogue les stratégies de pouvoir. La fiction républicaine d’institutions gardiennes de l’ordre social est sans doute plus prononcée dans les pays d’Etat de droit. Mais dans ce cas aussi, juristes et politistes reconnaissent l’exigence de souplesse dans l’application de la loi pour des raisons d’ordre public et de cohésion sociale (Worms 1966). Considérer les normes et les institutions comme un cadre intangible obère la possibilité d’analyser les coalitions qui contournent le droit9. Aussi les municipalités, les groupes ethniques ou les corporations organisées s’associent-ils aux élus fédéraux et aux administrations qui contrôlent les dispositifs légaux (Lascoumes et Le Bourhis op.cit.). Sans de tels détournements, le secteur de l’environnement ne serait qu’un souvenir du passé si sa protection légale était acquise.
De la même manière, l’exploration des archives et de toute histoire écrite ou orale est incomplète faute d’identifier les rapports de force, les pratiques et les intérêts particuliers. L’archive retranscrit le discours public, c'est-à-dire ce que peut dire un locuteur et, souvent, ce qu’on attend de lui. L’archive ne fait pas référence à une pratique sociale et a fortiori à l’indicible (Talpin 2002). Qui a un jour entendu en public une affirmation du genre : « je suis plus fort que toi ; j’ai tel intérêt particulier ; etc. » alors que ces vérités de cour de récréation sont les moteurs des conflits ?
Afin de ramener le discours à un construit social, nous l’examinons dans ce paragraphe selon trois points de vue. Le premier concerne la place à lui réserver dans une méthodologie politique en opposition à l’analyse courante qui les considère comme un matériau digne de confiance. La subjectivité du locuteur est parfois valorisée (Murillo 2002) alors qu’elle ne permet pas d’accéder à autre chose qu’une opinion personnelle ; parfois cette subjectivité ne permet pas de décider s’il s’agit d’une opinion personnelle ou l’écho d’une rumeur. La réhabilitation des savoirs individuels pose problème aussi quand leur décontextualisation, par exemple l’oubli des structures de domination qui les ont façonnés, ne permet aucune analyse sociale. Autrement dit, l’analyse politique n’est pas instantanée car elle doit valider le discours, le relativiser et même en nier le sens brut et sa fonction de vecteur immédiatement appréhendable.
Le point de vue déconstructiviste doit se prémunir, à l’inverse, de l’interprétation trop subjective. Il doit répondre à la question : comment déconstruire un discours sans exacerber la subjectivité de l’observateur ? La construction de la preuve repose classiquement sur les techniques de mise en perspective et de recoupement : approche historique ; analyse des pratiques sociales, telles les mobilisations sociales, et techniques ; analyse comparée des conflits similaires. Toutefois, la seule analyse des pratiques techniques suppose d’abord de donner un sens aux pratiques (par exemple les pratiques agricoles dans le cadre de l’exploitation agricole où elles trouvent leur cohérence –Milleville 2007) et ensuite de déconstruire les expertises (en économie : Théret 2005 ; Roy et Damart 2002 ; en sciences du développement : Forsyth 2003). Autrement dit, l’analyse d’un conflit exige un élargissement substantiel pour vérifier les cohérences. Il ne s’agit pas seulement d’inclure la dimension politique du jeu d’acteurs, mais d’opérer un basculement empirique et théorique en mesure de déconstruire un discours particulier pour l’inclure dans une analyse biopolitique des pouvoirs (Foucault 2004).
Le deuxième point de vue sur les discours interroge l’historicité de l’intérêt porté au conflit. Aussi avons-nous souligné dans l’introduction le rôle inédit joué par l’opinion publique. Acteur absent de la table de négociation, l’opinion publique est le témoin permanent des principes à base d’émotion, de justice sociale, d’intérêt public, de droit positif ou d’arguments d’autorité.
Dans les pays du sud, l’opinion publique est peu prise en compte par le politique et l’opinion occidentale y joue un rôle plus substantiel10. Qu’elle soit nationale ou internationale, l’opinion publique est devenue un driver par le pouvoir qu’elle manifeste sous tous les régimes (Chevallier 2003). Si elle a toujours existé, tel le peuple de Paris dont le roi de France se méfiait alors que l’opinion nationale lui était indifférente, son pouvoir, d’épisodique et local, est devenu omniprésent comme le souligne l’expression de démocratie d’opinion, voire celle de dictature de l’opinion.
Dans un conflit, l’opinion publique exerce son influence à plusieurs titres. D’abord, elle est le témoin permanent de la légitimité des acteurs qui, s’ils en appellent au droit positif ou à l’émotion, s’adressent moins aux autres acteurs qu’à la population en général, au public, à la société civile, aux profanes, etc. Ce type de publicisation dans les forums ou les médias force les acteurs à adopter une posture acceptable sans que les discours, retoqués de manière cosmétique, modifient les rapports de force. Ensuite, l’opinion publique est la cause de la multiplication des négociations participatives du fait de l’impossibilité pour l’administration, désormais, de prendre une décision de manière unilatérale. En effet, les différents segments de la société se liguent aussitôt contre l’administration. L’unité de la société se fait facilement autour du non jusqu’à ce que les clivages réapparaissent au moment de proposer des options. Plus généralement, la participation s’est imposée dans les pays occidentaux au moment où le politique ne pouvait plus maintenir une posture autoritaire face à la montée en puissance des associations et à la crise de la représentation politique. L’analyse des conflits, des jeux d’acteurs et des gouvernances n’est pas seulement l’effet de l’essoufflement des théories structuralistes, de l’accroissement du nombre de conflits ou de la multiplication des problèmes environnementaux, mais aussi de l’épuisement du dirigisme et de l’émergence des contre-pouvoirs médiatiques et associatifs devenus les porte-parole de l’opinion publique. Enfin, des lois dont la réactivité est désormais soumise à l’émotion populaire sont, face au pluralisme des valeurs, propices à l’émergence de conflits d’autant plus que faire entendre sa voix ou faire connaître son ressenti est devenu légitime.
Certains auteurs distinguent l’influence de l’opinion publique des « légitimités » (au sens de Béatrice Hibou 2011) ou dispositifs dont disposent les dirigeants d’un pays autoritaire pour se concilier les segments de population. La Chine contemporaine pourrait ainsi être moins dépendante de l’opinion publique que proactive dans ses dispositifs populistes. Aussi n’aurait-t-elle finalement pris en compte l’environnement et la participation sociale (Chuang et al 2010) que selon un processus de légitimité comparée par lequel la population n’aurait pas compris l’impasse de ses dirigeants quand les démocraties sont sensibles à ces enjeux. Quel que soit le régime, l’opinion publique est devenue le moteur incontournable des discours et des programmes produits par les dirigeants qui suivent ou anticipent ses attentes. Les valeurs apolitiques (Ferguson 1990 ; Jasanoff 2012) comme la participation sociale, le développement durable, la lutte contre la pauvreté ou la gestion intégrée des ressources non seulement facilitent l’alliance des organisations internationales, des élus, des experts et des administrations et créent des légitimités croisées, mais aussi leur apolitisme est en harmonie avec les attentes de l’opinion occidentale. Au final, le « droit naturel », non pas au sens de la théorie juridique, mais au sens des attentes « naturelles » de la population, fonde les rhétoriques internationales et les discours nationaux.
Le troisième point de vue sur la place des discours dans un jeu d’acteurs concerne la conception du discours comme prélude nécessaire à l’action. Dans cette veine, Boltanski et Thévenot (1991) classent tout argumentaire issu d’une controverse en un nombre fini de registres de justification. Bien sûr, aucune action individuelle ou collective n’existe sans réflexion, mais je défends l’idée que le discours reflète imparfaitement la réflexion. En effet le postulat de nécessité pour l’action n’est pas aussi général qu’il le parait. Aussi affirmer que le discours est le prélude à l’action n’est-il que partiellement vérifié. Prenons l’exemple d’un conflit d’intérêt suite à la création d’un aménagement public ou dans le cadre de l’hostilité entre deux communautés. Avant tout discours formaté, la réaction immédiate est l’injustice ressentie et le sentiment d’une juste réparation. La partie lésée construit un discours qui justifie son action, mais si le discours anticipe l’action, il n’en est pas l’origine : le discours fait le lien a posteriori entre une action injuste et la réaction collective. Pour autant, il reste une construction sociale qui occulte plus qu’il ne révèle l’intérêt et le pouvoir du locuteur.
Il en résulte que, dans une méthodologie, les discours sont nécessaires et insuffisants : nécessaires pour structurer le canevas du conflit et identifier les arguments qui rassemblent un groupe et lui donnent une légitimité ; insuffisants car ils déforment la réalité. Classer les arguments sans analyser les non-dits et les intérêts minimise la détermination politique. Or, l’analyse politique est déterminante dans la production des discours et elle-seule matérialise les fictions et les apparences.
Dans ce chapitre, nous proposons trois principes méthodologiques qui facilitent l’identification des apparences et la lecture des pouvoirs. D’abord nous évoquons la notion de « concept liquide » pour signifier que les objets dans un conflit : acteurs, groupes, pouvoirs, processus, institutions, communautés, pouvoirs, etc. ne sont pas donnés à l’avance alors que l’observation d’un conflit qui est nécessairement à un stade avancé suggère le contraire. Les catégories : acteurs, groupes, etc. non seulement sont des constructions intellectuelles de chercheurs et sociales des protagonistes, mais aussi elles se construisent dans le mouvement du conflit et par l’apprentissage. Par exemple, le conflit révèle les pouvoirs impensés des organigrammes officiels qui stipulent la domination apicale des autorités publiques. Aussi un seul propriétaire de puits, dont l’usage est difficile à contrôler par une autorité, détient-il le pouvoir de bloquer la gestion collective de l’eau souterraine. Le free rider fait régulièrement échoué tout règlement, fut-il participatif, quand il est seul à bénéficier des efforts communs.
Pour déconstruire les discours et reconstruire le conflit sur l’hypothèse des lignes structurales d’intérêts et de pouvoirs, le deuxième principe méthodologique repose sur l’importance à accorder au groupe social. Tout discours et tout pouvoir passent par la construction d’une double communauté d’intérêts : intérêt partagé de se défendre et intérêt à se regrouper pour renforcer son pouvoir. Echange d’information et construction d’identité sont mobilisés11. Le discours construit le groupe et l’identité construit le discours. L’analyse du groupe et de ses intérêts conduit l’observateur à saisir non seulement sa diversité, mais aussi le non-dit des discours formatés.
Le troisième principe, déjà mentionné avec l’approche biopolitique, consiste à appliquer l’analyse à tous les protagonistes ainsi qu’à élargir la perspective méthodologique pour limiter les subjectivités de la déconstruction. Mais avant d’aborder ces trois principes, nous tentons de préciser l’intérêt d’étudier les conflits.


  1. Dit et non-dit dans l’analyse des conflits


Deux grandes raisons amènent à étudier les conflits :

  • Des buts théoriques pour comprendre une société avec ses tensions, modes de régulation, vulnérabilité sociale, processus officiels et officieux pour garantir l’ordre public, processus de légitimation, construction de groupe et rapports entre l’élite et la société civile au sens de Claude Lefort (1981). Deux volets peuvent être identifiés dans cette mouvance : le terreau des conflits et l’ethnologie de leur mécanique ;

  • Des buts pratiques de prévention et de résolution de conflit (Rinaudo et Garin 2006).

En fait, le conflit apparait tel un paradoxe dans la science : pour certains observateurs, l’objet va de soi et pour d’autres, au contraire, il est « évanescent ». S’il est évident, la justification n’est pas nécessaire : ne s’agit-il pas d’un dysfonctionnement qui mérite correction ? Quant à son côté évanescent, il renvoie à la question : n’existe-t-il pas une avancée possible dans un sujet délaissé ou complexe que ma discipline pourrait réaliser ? Les deux points de vue partagent le défaut de ne pas exiger de justification et le conflit manque d’un statut épistémologique. Nous analysons l’ambigüité des postures disciplinaires pour conclure sur la nécessité de considérer le conflit comme un fait social total, c'est-à-dire sur la nécessité d’une transdisciplinarité qui articule le conflit au régime politique conformément à l’idée que conflit et gouvernance s’éclairent mutuellement.

La distinction des objectifs pratiques et théoriques n’est pas tranchée, moins par leur supposée complémentarité (la science débouche sur des applications ; les usages posent des questions à la science) que par la confusion entretenue. Les praticiens veulent des diagnostics rapides, lesquels soulèvent des questions qui exigeraient un approfondissement substantiel. Quant à la recherche fondamentale, les justifications données aux décideurs sont insuffisantes et le chercheur n’hésite plus aujourd’hui à nouer une alliance avec le praticien : l’un apporte la légitimité de la demande sociale et l’autre le prestige scientifique. Pourtant, si le rapprochement a conduit les laboratoires à sortir de leur tour d’ivoire, l’intérêt partagé d’une alliance n’est nullement le gage d’une plus grande efficacité. C’est même le contraire qui se passe quand la coalition produit des légitimations croisées, rigidifie des dispositifs pérennisés de recherche-action, s’engage dans une logique de sophistication des outils et de spécialisation des chercheurs (Mollard 2010) et conduit le praticien à promouvoir les dispositifs exploratoires sous la pression des usagers12.
Du côté de la recherche, les conflits sont un objet d’études déjà ancien. Les analyses conduites sur la lutte des classes (Rubington et Weinberg 1989) dominent dans les années 1970. Mayer et Laforest (1990) les résument ainsi : « Le modèle du conflit s'oppose à l'ordre de la société parce que ce dernier apparaît comme une stratégie de la classe dominante, une réification des valeurs et des motivations, et une rationalisation du mécanisme de contrôle social ». Coser (1957) a précocement souligné la fonction positive du conflit dans l’établissement de l'unité et de la cohésion. Reprenant les avancées de l’école de Manchester des années 1950, la socioanthropologie et les development studies ont abordé les conflits communautaires dans les années 1980. Mais c’est à partir des années 1990 que les analyses de conflit se multiplient avec la crise des ressources renouvelables : eau, forêt, biodiversité, etc. Parallèlement, les enjeux transfrontaliers et la gouvernance mondiale (régime sans gouvernement) inspirent les travaux sur la sécurité et la coopération interétatique. Malgré cette profusion, la recherche fondamentale a rarement produit une justification autre que celle de l’intérêt d’approfondir la connaissance des mécanismes de société13.
La justification déficiente du conflit n’est pas analogue selon que les disciplines disposent ou non d’un cadre théorique. Pour les premières, la préoccupation est de confirmer ou d’approfondir une théorie, telle la lutte des classes ou celle de Hirshman en économie (voir plus loin). La sociologie de l’environnement d’inspiration marxiste en fait partie, mais alors qu’elle inclut la théorie politique, elle reste isolée (Mol et Spaargaren 2000). Pour les disciplines plus empiriques, la justification du conflit relève soit de l’évidence/évanescence, soit de l’ambivalence entre science et applications qui tend à éviter une explication détaillée.
Aussi, que l’analyse contemporaine autour des jeux d’acteurs soit une réaction à l’hégémonie structuraliste antérieure, au recadrage néolibéral ou bien à un effet « démocratie d’opinion », force est de noter combien l’empirisme a fait son retour sans avoir fait décoller la pauvreté théorique. Celle-ci pourrait être comblée par les compléments apportés par la sociologie politique et les sciences and technology studies (Jasanoff 2012) qui fournissent des outils conceptuels de plus en plus utilisés dans les disciplines sociales. De son côté, la political ecology qui a réuni écologie culturelle et sciences politiques invoque l’esprit méthodologique des philosophes européens (Jürgen Habermas, Ulrich Beck, French Theory14), mais ses lignes théoriques restent réduites15. Seuls des pionniers tels Tim Forsyth et Gilbert Rist (ce dernier dans les Development Studies) ont proposé des perspectives qui redonnent un sens global au développement et un sens politique au local. Les conflits n’ont cependant pas fait l’objet d’une approche théorique dans ces courants.
Faute de justifications théoriques et face à la demande de solutions pratiques, les chercheurs promettent des outils concrets. Pour l’heure, ils préconisent des principes (information et consultation dans la version soft, démocratie et état de droit pour les utopistes, voire un clientélisme réinterprété comme on peut l’entendre dans les laboratoires). Mais la prudence est de rigueur du fait de la conscience des limites de l’action publique et de l’instrumentalisation politique des conflits. Plus que les courants d’anthropologie politique, d’histoire des mœurs ou de la géographie anglo-saxonne (composante de la political ecology), la socioanthropologie a incarné cette position à la fois critique et engagée. La discipline veut servir les dispositifs de développement auxquels elle sert de caution, en particulier pour les ONG où les maîtres mots sont dialogue, information, empathie et concertation. Mais en même temps la discipline insiste sur les pouvoirs, les intérêts, les discours légitimants et l’absence de sanctions pour les contrevenants à la norme, voire adresse des critiques aux rapports d’expertise, tool box et autres guides pour les praticiens et les médiateurs sur la base de programmes anhistoriques et apolitiques16. Malgré les précautions et les principes enseignés, les rapports d’expertise s’inscrivent dans la narration dominante faite de bonne foi, de bonne volonté et de bonne gouvernance17.
Pour de nombreux économistes, tout est matière à conflit dès lors que les ressources sont rares18. La formation des prix devient un moyen pour apaiser les tensions, comme si la guerre était perpétuelle avant l’existence des marchés et comme s’il n’y avait plus de guerre depuis la naissance du capitalisme. Peut-être que les mécanismes de formation des prix joue un rôle, mais il est probable que le régime politique et bien d’autres éléments sociaux joue un rôle plus important. En fait, il est impossible pour le moment d’évaluer la part des contextes dans la réduction des conflits, pas plus qu’il n’est possible d’identifier les processus en jeu (Montginoul et al 2000).
C’est pourtant ce point de vue qui avait conduit Arthur Pigou et Ronald Coase (1960) à concevoir des dispositifs de réduction des conflits. Pour le premier, une taxe sur la pollution alimenterait une bourse de subventions dirigées vers les pollués. Le second préconisait le marchandage de droits à polluer entre pollueurs et pollués. Dans les deux cas, les auteurs considèrent que la pollution génère un conflit et que la solution économique est gagnante pour tous, collectivité incluse. En fait, tout conflit n’est pas seulement la confrontation de deux protagonistes. Dans le cas des pollutions diffuses, l’origine des polluants exige le recours d’un tiers, l’expert, dont les connaissances cadrent le possible et dont les incertitudes facilitent son instrumentalisation (van Asselt et alii 2010; Heazle 2010). De plus, la pollution est récemment devenue un sujet de société et ce, dans les régimes sensibles à l’opinion publique. André Torre et Armelle Caron (2005) non seulement montrent que ces schémas ne fonctionnent pas, mais aussi ils soulignent l’avantage qu’ont les protagonistes à opter pour le conflit plutôt que pour la conciliation.
Albert Hirschman (1995) introduit le politique dans l’économie en réduisant les options possibles à trois : loyalty, exit ou voice, autrement dit : je me tais, je m’en vais ou je m’exprime et combats. Qu’est-ce qui pousse les mécontents à choisir une option plutôt qu’une autre ? Pour l’économiste, chaque option est coûteuse et une raison du choix est le rapport des coûts et avantages. Ainsi résumé, le raisonnement économique met en évidence des motivations variées, telles le prix à payer pour rendre l’engagement crédible face à la partie adverse (Torre et Caron op.cit.) ou encore l’impossible prise de parole si le choix initial est la défection. La même classification sur les coûts permet au protagoniste de choisir entre les voies du tribunal, de la médiatisation, de la mobilisation collective, de la violence ou encore une voie plus symbolique. Mais la variété du réel conduit à envisager des stratégies d’acteurs moins « rationnelles » en termes économiques et plus logiques en termes sociaux, telles le recours à la justice pour se faire entendre et publiciser son cas, ou encore les fréquentes manœuvres (distorsions du marché) et l’asymétrie politique des acteurs.
Par les nombreuses possibilités structurelles et contingentes données aux protagonistes, la réalité du conflit est extrêmement variée. L’intérêt que l’économie porte au conflit apparaît soit comme une dérive vers l’économisme, soit comme la volonté de faire réfléchir sa discipline. Des économistes vont plus loin en réfutant la généralité du choix rationnel basé sur le calcul économique comme John Elster (cité dans Guénard et Landemore 2008) qui introduit la justice comme argument servant de nouvelle couverture aux passions et aux intérêts, comme il a pu le montrer dans les négociations salariales ou le jugement des crimes de guerre.
Aussi normatif que soit le calcul des coûts dans le rational choice, l’ampleur des thèmes étudiés par l’économie permet d’identifier des processus essentiels. Sans être plus efficace dans le conflict-solving, l’économie souligne les stratégies visibles (Hirschman 1995) et les discours cachés (Elster 2008). Malgré ses efforts, elle aura besoin des autres disciplines pour cesser de buter inlassablement sur les situations dans lesquelles interviennent des valeurs incommensurables ou la manœuvre politique. Le marché comme outil de conflict-solving peut apparaître comme une justification du libéralisme ou encore comme une tentative pour intégrer les faits sociaux qui échappent au domaine économique. Le déni d’échange et de débat interdisciplinaire empêche d’accéder aux moyens d’étudier la nature organisationnelle, culturelle, idéologique et sociale des conflits. Les sciences politiques et la sociologie semblent mieux armées, mais les débats sont animés entre ceux qui minimisent la protestation (Neveu 2004) et les spécialistes du conflit.
Aussi Georg Simmel (2003) propose-t-il que le conflit ne soit pas l’étape ultime d’une dégradation du lien social, mais une modalité permanente de coordination et d’apprentissage. Maffesoli (2001) traduit ce point de vue par l’hypothèse du « sentiment partagé » qui « oblige à repenser le rôle du tiers ». Même si ces auteurs évoquent ici plus le rôle du contexte que la mécanique du conflit, Maffesoli et Simmel rappellent la nécessité de rapprocher les termes opposés de dissension et de coopération. Sur le plan politique, le point de vue de Simmel fait écho à la conception du conflit inhérent à la démocratie, ce que Chantal Mouffe (2010) nomme une démocratie agonistique. Il ne s’agit pas d’affirmer que le conflit est la base de la démocratie, car il traverse tous les régimes, mais d’en faire un élément constitutif de la démocratie. On dépasse ici la conception des démocraties qui seraient le terreau des conflits ou qui seraient en mesure de les résoudre car les régimes autoritaires disposent aussi de moyens pour y faire face. La dimension démocratique du conflit tient à l’existence de contre-pouvoirs qui régulent en permanence l’exercice de l’autorité. Les contrepouvoirs ne sont pas simplement inscrits dans le droit et les institutions, ils exercent une pression permanente (par le boycott, la grève, la résistance civile ou la rébellion) sur les dirigeants. L’autorité peut passer outre la voix populaire, mais, d’une part, elle accumulerait contre elle du ressentiment qui nourrit l’opposition et, d’autre part, elle courrait le risque de la violence légitime par une population nourrie de valeurs démocratiques. Le conflit est à la fois l’arme de la démocratie et le moyen pour les partis, opposition et majorité, de son apprentissage. Aussi insignifiant qu’il puisse être, tout conflit est porteur de démocratie dans la mesure où toute voix dissidente interpelle l’autorité et porte le germe d’un contrepouvoir.
Ce pont jeté vers le régime politique souligne que le conflit ne revêt pas les mêmes modalités et n’éclate pas partout avec la même intensité. Chaque société dispose de mille moyens pour prévenir et pour apaiser un conflit. L’identification de ces moyens prélude à l’identification des conditions de la paix sociale, y compris les formes de légitimation dans les régimes totalitaires et démocratiques (Lefort op.cit.). Outre la toile de fond du marché et du régime politique, ces moyens embrassent la gamme du comportement politique, moral, juridique et religieux depuis les dispositifs légaux et visibles jusqu’à l’illégalité en passant par l’officieux qui reste invisible aux yeux de la population : lobbying19, clientélisme, coercition, violence symbolique, cooptation, etc. Les actions publiques, en particulier les programmes de développement, temporisent ou apaisent les tensions locales. La politique et le politique, l’administration et la justice, l’officiel et le moins officiel, le don et le contre-don et même la religion et les institutions jouent sur les conflits, voire auraient été créés pour pacifier les sociétés (Girard 1972). Ou bien, conformément à la perspective darwinienne, les sociétés ayant résolu leur cohésion par ce mix d’outils sont celles qui ont survécu.
Les moyens de contrôle d’un conflit et de son extension changent aussi avec les époques. L’omniprésence contemporaine de l’opinion publique empêche les gouvernants d’offrir aux parties en conflit des ressources publiques telles que barrages ou droits fonciers alors que, auparavant, l’eau d’irrigation et la terre ont largement contribué à apaiser les tensions. Autant que le capitalisme ou l’autoritarisme ou encore les enjeux électoraux, l’impératif de la cohésion sociale a amené les gouvernements à l’exploitation dérégulée des ressources nationales. Aujourd’hui, la résolution des conflits, mais aussi leur usage politique passe non seulement par le clientélisme et la cooptation des leaders sociaux, mais aussi par des stratégies de dialogue, de contrôle de l’information statistique, de la division de l’adversaire, de son isolement et du laisser-dire jusqu’à ce que le recours à la violence déconsidère une partie (Forline et alii 2010).
A sa manière, le conflit éclaire le lien entre une société et un régime politique. Mais le lien reste à décrypter et les processus en jeu sont plus à identifier selon une méthode politique que sur des classifications et des comptages. Le comportement des acteurs rend obscurs les facteurs significatifs. Privilégier des critères formels occulte plus que ne dévoile la nature d’un conflit. Décréter qu’un conflit est d’intérêt, d’autorités, de valeurs, de représentations, d’idéologie ou de pouvoir est artificiel tant qu’on n’a pas identifier les enjeux initiaux et leur évolution.
Il faudrait dégager au cas par cas les lignes directrices de chaque conflit, c'est-à-dire autant en son sein qu’en rapport au contexte. Mais déjà, administration et élu ne cessent de minimiser la dissension pour souligner leur maîtrise de la situation sociale. Compter les conflits pose donc deux types de problèmes : politiques et méthodologiques, le second n’étant pas le moindre. Que signifierait un comptage de conflits dont l’échelle va du voisinage à la région ? Leur intensité, leur échelle, leur enjeu, leur dangerosité, etc. sont essentiels pour l’élu, mais un classement sur des critères de forme n’éclaire pas leur nature. Seule la reconstruction structurale est envisageable (Vargas et alii 2012). En termes pratiques, il conviendrait de promouvoir les solutions qui ne se fassent pas au détriment de l’intérêt public et des institutions au moyen, par exemple, de la transparence des actions. D’ailleurs, les outils de résolution de conflit sont nombreux et on peut s’étonner qu’un conflit finisse par éclater. Quelque chose d’inédit ou de puissant est donc à l’œuvre. Il faut le découvrir et il est possible que ce soit un choix assumé parmi d’autres options par certains protagonistes.
Le conflit est politique par l’implication des agents publics, par les enchainements peu visibles et par des pouvoirs qui ne sont pas inscrits dans les organigrammes officiels. Si en effet il ne ressortit pas des sciences de gestion il reste un objet mal identifié. Fenêtre sur les pouvoirs et les intérêts, des précautions de « dépolarisation » sont nécessaires car la fenêtre renvoie d’abord l’image de l’observateur (Olivier de Sardan 1995). Il est donc un objet de recherche méthodologique d’autant plus que son opacité aux acteurs eux-mêmes fait que personne n’en n’a une vue générale. Le contingent et l’apparence, mais aussi les enjeux initiaux qui échappent aux intéressés en font une vendetta dont plus personne ne connait l’origine. Dans le cas où l’analyse parvenait à dépasser ces obstacles, le conflit deviendrait un outil puissant pour décrypter la vie sociale. Etudier un conflit est un détour dans la production scientifique sur la base moins d’une méthode que de principes contribuant à sa reconstruction structurale.


  1. Trois principes méthodologiques


Qu’il soit dans le conflit lui-même ou parmi les raisons qui incitent à étudier un conflit, le non-dit est chargé de sens. Afin d’ancrer les trois principes dans la reconstruction structurale des conflits, nous rappelons d’abord les éléments de trois méthodes en vigueur.


    1. Les méthodes existantes


Sur le plan conceptuel, on a vu que les acteurs en dispute sont soumis aux influences locales et globales. Le politique imprime sa marque jusque dans les discours et donc dans le non-dit. Sur le plan pratique, le conflit n’est pas non plus une chose aisée à décrypter quand les communautés recourent à la violence ou par la difficulté d’accès aux élus (dont le discours officiel très construit est peu instructif). Depuis que les analyses de jeux d’acteurs sont devenues habituelles, plusieurs auteurs ont proposé des méthodologies pour caractériser les registres d’action collective, les formes de légitimation et le pouvoir discursif. Nous en avons retenu trois qui, bien qu’elles paraissent simples à l’usage, ne sont pas anodines car, en systématisant l’inventaire des objets et des acteurs, elles encadrent la subjectivité de l’observateur.
Tableau 1 : Mise en correspondance de trois méthodologies

Analyse de gouvernance (Hufty 2007)

Analyse de conflits (Bierschenk et Olivier de Sardan 1994)

Trois i

(Palier et Surel 2005)

Enjeux

Conflit




Acteurs

Groupe stratégique

Intérêts et idées

Normes

Pluralisme légal

Institutions

Point nodal

Arène




Processus






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«Le non-recours à l’ape – Analyse micro-économique», Anne Reinstadler, novembre 1999






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