Cours institutionnel» à propos de l’existence des «personnes en situation de vulnérabilité»





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Continuité des parcours, polyvalence des équipes

Employer le terme de « parcours institutionnel » à propos de l’existence des « personnes en situation de vulnérabilité » devrait poser question, car cela suppose qu’au lieu de vivre son existence elle va la parcourir en étapes successives pensées par les personnes qui l’accompagnent.

L’emploi du qualificatif de « personnes en situation de vulnérabilité » est par ailleurs significatif d’un polymorphisme des problématiques accompagnées par le secteur social et médico-social. Au-delà et après les termes d’infirme, d’handicapé, d’exclu, de marginal, d’incasable, de personne dépendante, le terme de personne vulnérable recouvre une nébuleuse de publics avec des problématiques fort diverses, relevant de l’action sociale, avec un même dénominateur d’écart à la normativité actuelle qui caractérise un individu comme doté d’autonomie, capable de bénéficier de l’ensemble des biens et attributs qu’accorde une société démocratique aujourd’hui.

Les droits d’usager reconnus aux « personnes en situation de vulnérabilité » au titre de la solidarité nationale rappellent qu’ils partagent une citoyenneté porteuse de cohésion sociale. Pour autant ces droits spécifiés risquent conjointement de cautionner leur assignation à un statut d’assisté dans une société qui ne combat plus la montée de ses inégalités et s’efforce seulement de les rendre plus ou moins acceptables en optimisant une protection sociale au champ de plus en plus étendu. Ainsi l’expose Pierre Savignat, dans une analyse qui doit, me semble-t-il, rester en toile de fond des perspectives développées sur l’activité du secteur social et médico-social et donc sur les parcours institutionnels : « Nous ne sommes plus aux marges d’un système qui, de façon générale, intègre, mais au cœur d’un système qui exclut une partie non négligeable de la population. » Il faut bien admettre que la « nouvelle donne économique génère des dégâts sociaux qui produisent des situations difficiles, voire dramatiques et durables pour un nombre croissant de personnes. [… ] l’action sociale va donc être largement convoquée pour tenter de pallier les effets des situations ainsi créées. [… ] L’on constate alors un processus de déversement vers l’action sociale d’un nombre conséquent de personnes qui étaient protégées du fait de leur intégration socio-économique et/ou de l’un ou l’autre des dispositifs d’assurance sociale. »1

Après le processus de désaffiliation identifié par Robert Castel il y a maintenant une vingtaine d’année2, c’est à une forme de ré-affiliation à laquelle on assiste, mais pas au sein du droit commun, à son écart, sur le mode d’un droit compensatoire qui, pour paraître immédiatement nécessaire au regard de la situation des personnes désaffiliées, n’en vient pas moins signer la perte d’une citoyenneté à part entière, le basculement dans une précarité d’existence. Non pas l’ancienne pauvreté – même si c’est la cas pour certains – mais la perte de maîtrise de son existence, celle-ci devenant essentiellement dépendante de dispositifs spécialisés, définis par un type de problématique, chacun pertinent en soi mais tous inadaptés au flux de l’existence et à la polymorphie des problèmes rencontrés (le handicap entraînant l’in-employabilité, la réduction des opportunités affectives, la faible participation aux événements et liens sociaux, la perte d’emploi entraînant la difficulté financière, le moindre accès aux soins, l’invalidation de la parentalité par impossibilité d’offrir aux enfants les biens de consommation courants, la perte de confiance en soi et l’amoindrissement des capacités qui en découlent, etc.). Il est étonnant de constater dans ce contexte que nous ne parlons plus de société duale alors qu’elle l’est fondamentalement devenue.

Au sein de l’action sociale, les catégories de population se multiplient, justifiant le surgissement de nouveaux dispositifs. Il semble falloir inventer systématiquement des réponses différenciées plutôt que de penser la modulation des dispositifs existant ou d’interroger le bien-fondé d’une approche en action sociale plutôt qu’en droit commun. Hors l’accroissement d’une population psycho-socialement déstabilisée par plusieurs décennies de dérégulation socio-économique, il y a des raisons de penser que les publics caractérisés aujourd’hui par de nouvelles dénominations (Alzheimer, dysphasies et dyspraxies, autisme, états limites) existaient déjà mais étaient appréhendés sous d’autres représentations, peut-être dans des proportions moindres et sous des appellations différentes (démence sénile, difficultés d’apprentissages scolaires, psychose, troubles de personnalité). Il est frappant d’observer que ces nouvelles catégories de problématiques ne font l’objet d’aucune étude épidémiologique rigoureuse alors que la France dispose avec l’INSERM et l’INSEE d’instruments appropriés de recueil des besoins et de caractérisation des populations. En l’état actuel, les estimations sont grossières, souvent surdimensionnées pour servir des argumentaires, quand elles ne reposent pas sur des informations qui s’autoalimentent en boucles récursives.3

Dernière caractéristique des évolutions en cours, on assiste à un glissement des motifs d’exclusion scolaire, corrélatif à la scolarisation des jeunes avec un handicap. Ces derniers sont effectivement scolarisés en école ordinaire dans des proportions significativement plus importantes qu’avant la loi du 11 février 20054 mais les publics accueillis en institut médico-éducatif ne décroissent pas dans des proportions équivalentes, loin s’en faut. Ils se renouvellent sous la double forme des troubles de la personnalité et des conduites asociales, tandis que le nombre de jeunes accueillis en institut thérapeutique éducatif et pédagogique augmente sensiblement.

A l’issue de l’ensemble de ces considérations, qui demanderaient de plus amples développements, il me semble que la continuité des parcours des personnes en situation de vulnérabilité passe par la proximité des dispositifs y apportant réponse, leur évolutivité (le caractère provisoire de leur projet et de leurs modalités organisationnelles) et la polyvalence d’équipes appropriée à l’hétérogénéité des problématiques plutôt que la spécialisation des interventions consécutives à la segmentation des problématiques à laquelle on assiste aujourd’hui.

Proximité aux usagers, porosité à l’environnement
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