Table ronde " Les représentations du management dans les œuvres artistiques "





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Table ronde " Les représentations du management dans les œuvres artistiques "

 

 

Élisabeth Lebreton

La révolution mentale et symbolique qui va rayonner partout dans le Proche Orient, à partir du Xe, VIIIe, Ve, VIe, millénaire, etc. On assiste en effet à une prise de conscience de l’homme par rapport à la place qu’il peut tenir dans l’univers par rapport à son rôle, et cette prise de conscience va déterminer complètement son comportement à ce moment-là. Toutes ses attitudes à venir aussi par rapport à son environnement. On sent qu’à partir du moment où il s’inscrit, il accepte de s’inscrire dans les générations, dans les lignées, que les cultes des ancêtres font leur apparition, que les cultes aux figurines féminines s’installent, on sent qu’avec frénésie l’homme va avoir à coeur de prendre la nature en main. C’est tout à fait dans cet ordre d’idée que cette mutation mentale conduira les hommes à vouloir conserver matériellement les biens, et cela nous permet de bien comprendre aussi la juste place des rudiments de la comptabilité. Reposons nous un peu sur terre. Peu à peu ces hommes poursuivront leur marche lente vers le sud de la Mésopotamie, et ils vont s’acharner à rendre possible leur installation dans ce sud mésopotamien. Cela sera réalisé grâce à la prise de conscience des possibilités de l’irrigation, et nous avons des traces de canaux d’irrigation du VIIe millénaire, du VIe millénaire, et par la suite évidemment sans cesse jusqu’à nos jours, et la photographie est contemporaine. A partir de mi-Eurphrate, mi-Tigre, moyenne Euphrate, eh bien sans irrigation jusqu’au golf Persique rien ne pousse. Ce sera donc grâce à leurs efforts, et à des efforts quotidiens, que ces hommes parviendront donc, je vous montre la carte pour que vous ayez une idée du moyen Tigre, moyen Euphrate, vous remarquez qu’ils prennent leur source l’un et l’autre en Turquie. Donc vous imaginez, à peu près où sont écrits les mots Euphrate et Mésopotamia, à partir de cette zone jusqu’au sud, sans irrigation rien n’est possible. En arrivant dans cette zone et avec ce travail dont je vous parlais, aride, très chaud, un climat très sec, eh bien ils vont réussir malgré tout à obtenir l’impensable. Nous sommes là entre le VIe et le IVe millénaire. Quand je dis l’impensable, c’est de quoi faire vivre largement leur communauté d’une part, largement, et dans un second temps de réussir à obtenir des surplus alimentaires. Ces hommes sont les Sumériens, habitants du sud de la Mésopotamie, c’est localisé sur la carte, du pays de Sumer. Dans le sud ils constituent l’élément ethnique dominant, et forment une sorte d’aristocratie, les hommes libres, mais leur cheminement est à rattaché au lent tâtonnement des premières société villageoises d’agriculteurs et d’éleveurs auxquels nous faisions référence en évoquant Kalajarmo (?), et d’autres sites encore si vous avions eu le temps. Au IVe millénaire là, en Sumer, mais aussi dans la zone notée Élam, Élam c’est le Khuzestan iranien actuel, la province iranienne du Khuzestan, qui portait le nom de Susian (?), vous localisez de site de Suse, eh bien c’est dans cette zone que les tâtonnements vont trouver leur dénouement, leur accomplissement. C’est absolument sans précédent dans la naissance des premières cités dans l’urbanisation. Nous sommes au cours de l’époque cette fois dite "proto-urbaine", qui est encore appelée dans les ouvrages anciens "l’époque de la révolution urbaine". Vous savez que ce terme de révolution était très à la mode, que l’on conçoit maintenant évidemment qu’il s’agit toujours de processus extrêmement lents, et de tâtonnements, mais qu’on les conservent pour des raisons de commodité. Nous sommes là entre 3700 et 2900 avant Jésus-Christ. Cette époque est encore appelée "l’époque d’Ourouk", du nom d’un site du sud mésopotamien qui est à localiser tout près de Our, vous voyez tout au sud, parmi les sites les plus au sud de la Mésopotamie. Rapidement dans ce contexte que je vous décris, l’édification d’une société hiérarchisée, complexe, et structurée, s’impose, évidemment. La mise en place d’une administration et d’un gouvernement est nécessaire. Religieux ou politique, les centres de pouvoir ont alors de vastes propriétés à régir, avec un personnel important, avec des productions et des stocks considérables, un bétail en grand nombre. L’ensemble s’articulant principalement semble-t-il, mais pas exclusivement non plus, autour du soin à apporter à l’environnement, et au maintien des capacités de récoltes, soit au maintien en bon état aussi de tous ces canaux d’irrigation dont je vous parlais. Outre ces relations avec la campagne immédiate, qui en dépendent donc directement, les cités vont entretenir des contacts avec les voisines, les cités voisines, mais aussi des relations commerciales d’envergure, et parfois avec des contrées beaucoup beaucoup plus éloignées. Car au IVe millénaire dans ces climats, et dans cette zone dont je vous parle, les sumériens sont riches en somme, ils sont riches en grain, en huile, ils sont riches de moutons, et ils possèdent finalement beaucoup de choses, ils ont largement de quoi subvenir à leurs besoins comme je vous le disais, et ont réussi à acquérir davantage. Tout à coup aussi on s’aperçoit qu’ils réalisent que même s’ils ont il y a ce qu’ils n’ont pas. Effectivement avec des populations ayant atteints un certain de degré de civilisation vont naître certains besoins chez les Sumériens, et pas que chez eux, cela est totalement indissociable de leur mode de pensée religieuse, et de leur univers mythologique. En effet, on s’aperçoit que ce qu’ils n’ont pas va être recherché en priorité pour satisfaire les besoins de leurs dieux, de tout le panthéon divin, et de la cosmologie qu’ils ont organisée autour d’eux. Quand on regarde une carte des ressources naturelles, par exemple de la Mésopotamie, car des ressources naturelles ça peut comprendre effectivement des ressources en métaux, mais ça peut être des pierres, ce sont les deux matériaux les plus prisés. Eh bien quand on regarde ce que l’on entend par la Mésopotamie proprement dite, entre le Tigre et l’Euphrate, que voit-on ? Il n’y a rien. C’est un pays de terre, c’est un pays d’argile, et ce seront les deux matériaux effectivement de la comptabilité et de l’écriture, mais pas que de cela, de l’architecture, de la céramique, etc. Vous remarquez, sans faire le tour longuement de cette carte, que les métaux sont largement à l’extérieur de la zone mésopotamienne, les pierres aussi. Ce sont les deux principales matières premières qui seront recherchées. A ce moment-là les premières routes commerciales vont se dessiner, elles seront très rapidement de très très longues distances, elles se dessineront à travers tout le plateau iranien, à l’est, pour rejoindre tout au nord-est l’Afghanistan aujourd’hui, l’antique Bactriane, ou le sous-sol était très riche en métaux ou en pierres précieuses, je pense au lapis lazuli qui était la pierre la plus prisée des Mésopotamiens. Une autre route a pu être tracée à travers le golf Persique pour rejoindre l’Indus, pour récupérer des pierres telles que les agates, des grenadines, etc. D’autres routes vers le nord, vers l’Anatolie, où vous avez des mines d’obsidienne ou du basalte, vous voyez qu’à travers tout ce monde géographique immense se dessinent les premières routes commerciales. Les transactions vont donc s’organiser évidemment, les échanges allés bon train, mais il va falloir organiser tout cela. Et par ailleurs, même en restant sur place, à partir de la solution locale que je vous brossais tout à l’heure, nous savons par exemple que l’administrateur du temps devait confier ses troupeaux à des bergers pendant les périodes estivales si chaudes de la plaine mésopotamienne, et que ceux-ci devaient parfois rejoindre des pâturages pendant de très très longs mois, mais tout cela méritait d’être surveillé, organisé, géré, tout simplement. C’est dans ce contexte, que je vous brosse vraiment à la hâte évidemment, eh bien que devient indispensable la création d’outils fiables et communs à tous, et adaptés à la nouvelle forme de vie. Nous avions des embryons de système de gestion, les petits jetons de Kalajarmo en sont des témoins, mais à ce stade il est clair qu’il va falloir leur donner une pleine envergure que nous n’avions pas alors. Il s’agit pour les Mésopotamiens, pour les Sumériens, qui sont les initiateurs de tout cela, de faciliter une véritable gestion des hommes et des biens, de relayer la mémoire humaine qui cette fois devient incapable d’engranger autant d’informations, et puis tout simplement de pouvoir communiquer avec les voisins alentours. Or, tout un répertoire de symboles, et de codes, est fixé depuis les temps préhistoriques, nous l’avons aperçu avec Gerfélamar (?), nous l’avons vu en tridimensionnelle à Kalajarmo. Les Sumériens qui sont des gens très inventifs, très astucieux, sauront aller puiser dans tout ce répertoire iconographique, ou dans tout ce répertoire codé. Les éléments de base que nous avons évoqués, à savoir les petits jetons, vont être conservés. Ils sauront associés à la comptabilité naissante, une comptabilité qui restera au cours des phases de Kalajarmo et des suivantes, c’est-à-dire au cours des phases préhistoriques, un simple pense-bête qui ne va pas beaucoup beaucoup évolué, mais qui cette fois à l’aube de la vie urbaine va s’épanouir et se conjuguer très rapidement à la naissance de l’écriture. Mais là encore de manière extrêmement progressive, et la comptabilité devançant les premières étapes des écritures. Tout cela laisse une belle part donc aux premiers rudiments comptables. Les premiers documents que nous ayons de quelque chose de cette fois beaucoup plus organisé dans la structure de la comptabilité, ce sont ces boules que vous avez sous les yeux, des boules que l’on va appeler des bulles. En effet l’idée germe de rassembler ces petits cailloux matérialisant un nombre, et de les conserver dans des boules qui leur sert d’enveloppe, sphériques le plus souvent, un peu plus tard oblongues, comme celles que vous avez en partie supérieure, ces bulles sont façonnées dans l’argile fraîche et se referment ainsi sur un petit lot de pions du même type que ceux que vous avez vus à Kalajarmo tout à l’heure. Celles-ci datent de l’époque d’Ourouk, pour vous simplifier la vie aux alentours de 3500 avant Jésus-Christ. Ces petits pions renfermés à l’intérieur constituent une opération comptable avec une somme parfois très complexe, mais qui est facile à préserver, facile à déplacer aussi, à transmettre ou à contrôler. Le plus souvent les petits jetons, que l’on va appeler "les calculis", qui vont laisser leur nom à notre calcul, à partir des cailloux, vont apparaître sous la forme simple de petites billes, de cônes, de bâtonnets, ou de disques, ce que l’on a vu précédemment, qui nous renvoient à des valeurs, mais qui nous renvoient surtout au VIIe millénaire où déjà le procédé était utilisé. Aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir voir au travers de ces bulles, en voici sous vos yeux, des images scanner. Il fut un temps où au musée du Louvre on a ouvert quelques bulles pour voir ce qu’il y avait dedans, parce qu’en réalité quand on les prend et qu’on les porte à l’oreille on a comme un hochet d’enfant, on entend les petits jetons se promener à l’intérieur. Vous voyez ici celles qui n’ont pas été cassées au moment des fouilles, ou celles qui n’étaient pas cassées, ou les quelques qui ont été ouvertes, maintenant nous ne les ouvrons plus, nous les faisons scanneriser et voilà le résultat. Un autre document, vous voyez ces petits jetons enfermés dedans, là vous avez la bulle au-dessus, et vous voyez y compris l’orifice par lequel les petites pièces ont été introduites et qui a été refermé derrière elles après. Les documents sont faits dans le d’argile fraîche qui va durcir en séchant au soleil tout simplement. Sous vos yeux une bulle qui a été ouverte, vous voyez le plus gros orifice révèle l’ouverture qui a été faite pour faire sortir les petits jetons, vous les voyez donc à côté. Nous reviendrons tout à l’heure sur une bulle de ce type, parce que vous remarquez qu’elle n’est pas totalement lisse, qu’apparaissent à la surface différentes choses, des orifices d’une part, puis, au contraire, des petits éléments en relief, nous y reviendrons. Ces petits jetons sous forme de billes ou de cônes, du type de ceux que vous avez sous les yeux, vont pouvoir aussi être façonnés en référence à des éléments existants, de sorte, là vous voyez toujours des formes diverses, des petits bâtonnets, des billes, des petits cylindres… Je vous signalais donc qu’ils pouvaient avoir aussi été façonnés en référence à des éléments existants, de sorte qu’ils étaient reconnaissables. Là sur l’écran vous avez comme des petits fagots, partie supérieure, en bas vous avez plutôt un motif qui nous fera penser à l’idéogramme du bovidé, et qui rappelle ce que nous avions à Djafélama (?) précédemment. Vous voyez ces formes, avec comme une paire de cornes et un museau, extrêmement schématiques. Le plus souvent nous pouvons reconnaître des cruches, c’est le cas à gauche ici sur l’écran, des têtes de bovidés. Et il y a un autre élément, plus schématique et plus difficile à comprendre, c’est la représentation du mouton qui est représenté par le petit jeton que vous avez à droite, la croix dans le cercle, ce sera le pictogramme du mouton. Là c’est très difficile de l’identifier comme ça pour vous en référence à quelque chose de concret, mais l’écriture par la suite nous dévoilera le sens. C’était vraisemblablement facile de compter les moutons, vous savez comme on fait des croix dans une marge, et ça restera le signe du mouton, la croix dans un cercle. Cela nous fait penser, ni plus ni moins, à des pictogrammes, donc nous parlerons un petit peu plus tard, mais en trois dimensions. Dans d’autres cas nous avons des petits objets, là aussi vous reconnaissez une tête de bovidé en partie supérieure, des cruches très simplifiées. Dans d’autres cas nous avons des petits pièces triangulaires qui doivent représenter des valeurs purement numérales, ou encore symboliser des objets plus difficiles à suggérer, c’est probable aussi. Mais associés à ces calculis ces jetons nous présentent par ailleurs des marques à la surface. Vous voyez les cupules, vous voyez encore des rainures sur toute la surface. Ils évoquent selon toute vraisemblance des fractions, des denrées comptabilisées, et parfois même des capacités. Maintenant il est très difficile, quand on a juste une petite pièce comme celle-là, hors de son contexte, de comprendre de quoi il s’agissait, s’il s’agissait de capacités ou de denrées comptabilisées. Ce qui est certain c’est que les systèmes décimal et sexagésimal ont pu être identifiés, reconnus, mais on ne doit pas exclure qu’il ait pu en exister d’autres. On doit pouvoir imaginer d’un lieu à l’autre une grande souplesse dans les usages, et aussi une multiplicité des systèmes comptables. Ce qui est certain c’est que cohabitent les systèmes décimal et sexagésimal. Le système sexagésimal a pu être observé très nettement dans tous le matériel, qui est d’ailleurs le plus riche que nous ayons, qui est exposé dans nos collections au musée du Louvre, et qui provient du site de Suse en Iran, donc dans les antiquités iraniennes, les antiquités orientales. Afin d’attester la fermeture de ces bulles, parce qu’autrement c’est trop facile de mettre des petits jetons dans une bulle et puis voilà terminé, afin d’attester la fermeture, mais aussi de garantir l’accord quand même entre les différentes parties, la bulle enveloppe va être scellée. Un petit rouleau gravé sur toute sa surface et appelé "le sceau cylindre", et déroulé sur l’argile fraîche, et l’empreinte qu’il laisse sur le pourtour, vient sceller, mais vient aussi authentifier l’acte et en certifier l’origine. Ces sceaux cylindres, des tous petits rouleaux cylindriques, sont héritiers des petits cachets du néolithique, très bien connus. Mais là, lui, présente des facilités d’usage qui sont indéniables, et il va s’imposer littéralement avec l’éclosion des bulles. Sa vocation dans la vie bouillonnante des cités en fait un des témoins les plus marquants de l’époque d’Ourouk, et toutes les bulles que nous avons pu découvrir sont toutes scellées de ce petit déroulement de sceau cylindre. A la surface d’ailleurs de ces bulles, les lapidaires ouroukiens nous laisseront des documents, un très riche répertoire iconographique qui nous renseignera au demeurant sur la vie quotidienne et la vie cultuelle des Mésopotamiens. Si l’on peut revenir en arrière… Donc là vous voyez le déroulé d’un sceau cylindre à la surface. Bientôt à la surface de cette enveloppe, toujours dans le souci d’améliorer la situation, nous allons voir apparaître outre le déroulement du sceau cylindre, des encoches. Elles sont imprimées dans l’argile, à l’aide d’un calame tenu de manière plus ou moins inclinée, afin de leur donner une signification particulière. Vous imaginez que si ce calame est planté verticalement nous allons avoir un trou, que si nous l’inclinons nous allons avoir une encoche du type de celle que vous voyez sur ce dessin à gauche. Ces marques, d’apparences diverses, qui auront des allures rondes ou en demi-lune le plus souvent, nous renvoie donc en fait à l’intérieur de la bulle, au contenu. Sous forme d’empreintes elles figurent les petits calculis, les petits jetons, qui sont enfermés dedans. Vous les voyez ici sur une bulle oblongue avec un très beau déroulement de sceau cylindre, vous remarquez ces encoches en haut, à gauche, et vous remarquez un dessin tracé à droite, le dessin de droite représente le signe de l’homme, mais peu importe, ce sont les encoches qui vont nous intéresser. On a le sentiment que dans un premier temps les encoches que l’on observe à la surface de ces bulles sont comme l’empreinte des calculis posés à la surface de la bulle. Ces impressions ne sont autres que des signes qui reflètent le souci d’avoir à la surface de la bulle l’équivalent symbolique en deux dimensions de ce que nous avons enfermé en trois dimensions à l’intérieur, vous me suivez ? Ils figurent sous forme d’empreintes en quelque sorte les calculis, sauf que l’on va avoir un outil spécifique pour les faire, le calame qui viendra s’imprimer dans l’argile fraîche. Ces notations graphiques sont totalement abstraites, elles constituent un mémento de compte de ce qu’il y a dedans, mais qui vont pas à pas nous entraîner vers l’écriture. Si un étranger rentre dans la salle maintenant, qu’on lui demande ce que peuvent signifier ces marques en haut à gauche, il est vraisemblable qu’il nous dise qu’il s’agit d’un trou, ou de trous, et c’est vrai, mais entre nous déjà maintenant ça n’est pas que cela, c’est une marque de comptabilité qui fait référence au contenu, à ce compte qui est enfermé à l’intérieur. Le grand pas vers l’écriture… Voyez un petit document avec les petits calculis à gauche et les marques, les empreintes, que l’on retrouve à la surface, à droite, quelquefois de manière moins limpide. Tandis qu’ici vous voyez le grand pas vers l’écriture est franchi lorsque sont combinées à la surface des notations numérales abstraites, et les pictogrammes qui reprennent les contours des petits objets en trois dimensions que l’on enfermait assez facilement avec les petits calculis à l’intérieur. C’est-à-dire que dans la bulle nous avions des petits jetons dont l’empreinte cette fois est reportée à l’extérieur, le contenant n’aura donc plus de raison d’être, l’on va pouvoir se passer de la bulle enveloppe si nous n’avons plus rien à mettre dedans, et nous l’aplatissons d’une certaine manière pour obtenir la forme d’un petit pain d’argile que l’on appellera la tablette, à la surface de laquelle tout sera marqué. A savoir les encoches de comptabilité que vous voyez en haut, et tracés les petits objets qui font référence, vous voyez très nettement en bas une tête de bovidé. Dans un premier temps le scribe trace des signes images élémentaires qui font référence au monde concret, la tête du bovidé. Sur la tablette qui tient dans la paume de la main c’est ce que nous retrouvons, il s’agit de compte, et de l’élément auquel il fait référence, un simple mémento. Un autre document nous renseigne de la même manière, mais ici vous voyez les valeurs de ces encoches que vous avez pu apercevoir à la surface. Pour prendre des choses simples, le calame incliné c’est l’unité, donc vous y allez jusqu’à 5, 10 c’est le trou, le calame tenu verticalement, 600, 3600, etc. Un autre exemple de tablette numérale, avec des petits dessins qui accompagnent les encoches de comptabilité. L’écriture est née cette fois, c’est-à-dire l’expression linguistique et précise d’une pensée, et vous comprenez de quelle manière nous allons l’inscrire dans le prolongement des expériences comptables. A partir de ce moment-là des générations de scribes vont œuvrer en dessinant le monde à l’aide de logogrammes, donc des signes mots, soit des pictogrammes, des signes images, soit des signes idées, des idéogrammes. Vous avez ici des pictogrammes avec des encoches de comptabilité, vous connaissez la main en haut, à droite. Vous avez ici un idéogramme avec la combinaison de deux pictogrammes, la tête en bas à gauche, et l’écuelle ou le morceau de pain juste dessous la tête, ce qui signifie manger, et vous reconnaissez un épi de blé, tout ça associé à des documents comptables inscrits en partie haute. Un tableau ici pour conclure, qui nous montre le chemin, vous reconnaissez la tête de bovidé, la tête de vache dans la quatrième case. Ces signes au départ, ces signes pictographiques, cette écriture, la toute première, était tracée, dans un second temps elle sera imprimée, ce qui fait que dans la deuxième colonne, ou la troisième, vous ne reconnaissez déjà plus le signe initial, simplement parce que le scribe a renoncé à tracer ces signes et qu’il a adopté le geste du comptable qui était d’imprimer dans l’argile. Quand on trace dans l’argile on se déplace, on peut faire les motifs que vous avez dans la première colonne, quand on imprime on écrase la matière, c’est ce que je faisait le scribe quand il formait ses premières encoches de comptabilité. Dans ce cas, ici, ou sur d’autres tablettes, on va passer sur cette carte… Sur d’autres tablettes les signes ne sont plus reconnaissables, ils sont totalement abstraits, mais comme l’était la comptabilité dès les premiers temps si vous voulez. Nous sommes là avec le point d’aboutissement de cette écriture pictographique, idéographique, et qui dans le souci d’améliorer sans cesse le système va atteindre son plein épanouissement dans l’écriture phonographique, c’est-à-dire que l’on passe aux signes "son". Les signes "son" se sont associés à des signes de sonorité qu’ils représentent, c’est la valeur phonétique qui va primer, et là nous pourrons passer dans l’écriture totalement abstraite du type de celle que vous avez sous les yeux, et que l’on appelle le cunéiforme. Ce cunéiforme syllabique, s’il est tracé dans un premier temps, va suivre dans le geste, en tout cas, très rapidement, la méthode des premiers scribes comptables, et sera donc imprimé comme lui. J’ai dû réduire aujourd’hui vraiment à sa plus simple expression la complexité des racines de la comptabilité, et aussi de l’écriture, ne pas vous parler des chiffres cunéiformes, mais il faut savoir que ça n’était évidemment pas aussi simple que tout ce que je vous aurais raconté, que dans la maison des tablettes, comme on appelle l’école alors là-bas, l’initiation n’est pas facile. C’est un apprentissage très laborieux, et si laborieux que les textes s’en souviennent, que vraiment on nous dit qu’aucune profession n’est plus difficile que l’art du scribe. Mais je voudrais conclure avec un texte qui n’est pas celui que vous avez sous les yeux, je vous dirai dans un second temps de quoi il s’agit sous vos yeux. Un texte qui est rédigé par un roi d’Assyrie, au VIIe avant Jésus-Christ, un des seuls rois lettrés de Mésopotamie, qui s’appelle Assourbanipal, qui nous a livré une grande bibliothèque, et qui proclame avec ardeur : "le dieu Nabou, le scribe de l’univers, m’a fait présent de sa sagesse, j’ai acquis les connaissances que le sage Adapa a apporté aux hommes, les trésors cachés du savoir des scribes, j’ai été initié aux présages du ciel et de la terre, j’ai étudié la série épatoscopique (?), et je peux argumenter avec les plus éminents maîtres de la lécanomincie (?). J’ai résolu les divisions et les multiplications compliquées qui défient l’entendement, j’ai lu l’ingénieux sumérien et l’obscur acadien, difficiles à maîtriser, et je sais déchiffrer les pierres inscrites d’avant le déluge, qui sont hermétiques, sombres, et embrouillées." Ce passage, pour conclure, et vous dire effectivement que les pierres inscrites d’avant le déluge comme nous dit Assourbanipal, sont hermétiques, sombres, et embrouillées, et que les valeurs que l’on peut donner aux petites jetons qui sont enfermés dans les bulles ne sont pas aussi limpides que cela. Je n’ai pas résolu moi les divisions, les multiplications, aussi compliquées, qui défient l’entendement, et auxquelles avait accès Assourbanipal. Et la tablette que vous avez sous les yeux ne vous montre plus des signes comptables tels que vous avez pu les identifier avec moi cet après-midi, mais des signes comptables cunéiformes, qui fait qu’ils sont noyés dans les écritures et vous ne pouvez plus les identifier. Mais vous avez sous les yeux la tablette que l’on appelle la tablette de Lessagil (?), et qui est le tablette qui nous relate la construction et les mesures de la tour de Babel à Babylone. Elle est dans nos collections au musée du Louvre, vous pourrez aller la voir et comprendre les calculs qui sont à la surface et qui ont pu être vérifiés par les fouilles allemandes à Babylone. Je terminerai en quittant les comptes sur une dernière image. Une petite tablette complètement difforme à la base, pour vous faire rêver un petit peu, elle nous replonge chacun d’entre nous devant nos premières pages d’écriture. Parce que c’est une tablette d’écolier, c’est un vieux cahier qui révèle la fébrilité très certaine d’un apprenti scribe, qui réussit très maladroitement à recopier les signes élégants du maître, et qui dans l’effort, voyez-vous, serre un petit peu trop sa tablette, et nous laisse son empreinte, son empreinte digitale, de sa main, à la base, pour l’éternité, et qui sait, peut-être apprenait-il là les rudiments du calcul. Je vous remercie beaucoup.

Merci à Élisabeth et je dois présenter mes excuses à Élisabeth parce que nous avons fait un voyage qui malheureusement est très court. C’est-à-dire qu’habituellement effectivement c’est un voyage qui demande beaucoup plus de temps. Je crois que ça nous a permis de nous sortir un petit peu des problèmes purement comptables, de management, que nous avons l’habitude de traiter. C’est un voyage que nous avions commencé il y a quelques années avec Claude Cossu, qui nous avait, je me souviens, au cours de ces mêmes journées à Tours, il y a quatre ans, parlé aussi de l’Orient ancien, donc on a voulu continuer aujourd’hui avec Élisabeth. Et ce voyage étant terminé on va passer dans un autre monde, un autre voyage, littéraire celui-ci. Car de même que nous connaissons souvent mal l’histoire ancienne de nos disciplines, on connaît aussi très mal les rapports qui se sont établis entre la littérature et le management, car si vous lisez des romans vous vous apercevrez très vite qu’en fait le management ou les figures peut-être du client, du financier, du comptable, sont très souvent présentes dans la littérature, qu’elles soient anciennes ou contemporaines. Voilà, je passe la parole à Jacques-François Marchandise (?).

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