Universite aix marseille III – paul cezanne





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§1. Les caractéristiques biogéographiques
La Méditerranée aurait pris naissance il y a près de cinq millions d’années (à la fin du Miocène et le début du Pliocène) de l’union d’un bassin nouvellement formé au centre de chaînes montagneuses (Méditerranée occidentale) et d’un autre héritier en grande partie de la Théthys originelle (Méditerranée orientale) 1.
La Méditerranée occidentale est formée de deux bassins : le bassin algéro provençal et le bassin tyrrhénien formé plus récemment. Ils sont séparés par la ride corso-sarde qui s’apparente à un micro continent.
La Méditerranée orientale comporte un vaste bassin océanique vieux de 65 à 140 millions d’années traversé par une ride méditerranéenne. Plus au nord, l’arc égéen marque la séparation avec la mer Egée, qualifiée à l’image de la mer Tyrrhénienne de « mer marginale ». Isolé des eaux atlantiques pendant le période mycénienne, le bassin oriental présente une diversité spécifique (*) relativement moins importante que celle de son voisin occidental2.
Aussi, il n’existe pas une Méditerranée homogène et isolée mais bien plusieurs Méditerranées qui cohabitent, se rapprochent et s’éloignent en vertu d’une mosaïque très compliquée de plaques tectoniques qui coulissent les unes sur les autres. L’activité sismique y est donc importante, particulièrement dans le centre et l’est du bassin. L’ensemble est cloisonné par d’importantes chaînes montagneuses qui avoisinent facilement les 3000 mètres d’altitude à une faible distance du rivage, en leur conférant des conditions climatiques particulières3.
C’est ce jeu de failles disséminées de part et d’autre du bassin qui explique l’absence de plateau continental, à l’exception des grands golfes4. Les profondeurs sont importantes, allant jusqu’à moins 5000 mètres à l’extrémité ouest de la mer Ionienne. Elles favorisent le développement et la circulation des grands pélagiques (*) comme les cétacés. Reliques du réseau hydraulique formé il y a 5 millions d’années, précurseur de la Méditerranée actuelle, les canyons sous-marins sont nombreux, constituant des habitats privilégiés pour un certain nombre d’espèces, parmi lesquelles les cachalots. A terme, c’est à dire d’ici 20 millions d’années, la Méditerranée est appelée à disparaître, l’Europe et l’Afrique ne formant alors plus qu’un seul continent.
Le climat méditerranéen est caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers plus frais et humides5. Ce type de climat n’est pas spécifique au seul bassin méditerranéen : il s’étend à l’ouest jusqu’au Portugal et à l’est jusqu’aux confins de l’Indus, à la limite du Pakistan et de l’Afghanistan. On retrouve également un climat de type « méditerranéen » en Afrique du Sud, en Australie, ainsi qu’au Chili et en Californie1. En Méditerranée, ce climat forme une unité biogéographique délimitée habituellement pas les limites nord et sud de la culture de l’olivier. Cette unité masque néanmoins d’importantes disparités climatiques, notamment entre les rives nord et sud, dues essentiellement à l’inégale répartition des précipitations annuelles comprises entre zéro (sud tunisien, littoral libyen et égyptien) et plus de 1500 millimètres d’eau (chaînes montagneuses de la Méditerranée septentrionale).
La circulation des masses d’eau, à l’image de celle des plaques tectoniques, est complexe : Gibraltar est le point d’entrée et de sortie des principaux courants marins : un courant de surface qui pénètre la Méditerranée en se scindant en deux après avoir longé les côtes d’Afrique du Nord2, et un courant profond de sortie, inverse au courant de surface. Les masses d’eau ont quatre caractéristiques communes qui reflètent l’originalité de cette mer3 :


  • Un solde négatif entre les entrées et les sorties, de l’ordre de 2.3 millions de tonnes annuelles, en raison d’une forte évaporation des eaux de surface. Ce déficit n’est comblé que par l’apport des eaux atlantiques.

  • Un taux de salinité inégalement réparti, plus important au fur et à mesure que l’on s’éloigne du détroit de Gibraltar et de l’influence des masses d’eau atlantiques.

  • Une température des eaux homogène, établie constamment autour de 13°C. à partir d’une profondeur de moins cinquante mètres. Les eaux de surface sont plus variables, pouvant atteindre près de 28°C. en été à l’est du bassin.

  • Enfin, une barrière thermique (thermocline) à dix mètres de profondeur en été et à cinquante mètres en hiver, empêchant la diffusion et le mélange des éléments dissous, y compris les polluants.


Ces caractéristiques, renforcées par le fait que la Méditerranée est une mer semi fermée au renouvellement des eaux très lent4, conditionnent la vulnérabilité écologique du milieu marin. La présence de nombreuses espèces endémiques (*) et d’écosystèmes (*) vulnérables accroît la nécessité d’y attacher une attention particulière.
§2. La biodiversité marine méditerranéenne


    1. Un milieu naturel unique


Nos connaissances sur la biodiversité en général restent relativement limitées. A l’image de l’estimation du nombre total d’espèces vivantes sur terre – de 3 à 30 millions, soit une incertitude de coefficient 10 – les questionnements sont plus nombreux que les réponses. Quoiqu’il en soit, moins de deux millions d’espèces ont été décrites de par le monde. Parmi elles, seules 15% sont marines. De fait, longtemps l’Océan a été qualifié de biologiquement pauvre, vaste désert dépourvu d’éléments nutritifs. Il apparaît aujourd’hui au niveau des phylas (*) que le milieu marin présente une diversité infiniment plus grande que le milieu terrestre : sur 71 phylas (*) identifiées, 43 sont marines1. L’importance de la biodiversité marine, longtemps sous-estimée, commence à être progressivement prise en compte2. D’autant plus que la mer comme la terre subissent les conséquences de la troisième vague d’extinction de la biodiversité en raison de l’influence humaine grandissante.
Généralement qualifiée de biologiquement pauvre, la Méditerranée reste néanmoins, après les écosystèmes (*) des forêts tropicales, l’un d’un principaux centres d’endémisme au monde. A l’image de la flore terrestre qui compte une richesse spécifique de près de 25 000 espèces de plantes supérieures3, la région méditerranéenne figure en tête des Hot Spots de concentration d’endémisme4. La biodiversité animale, bien que moins bien connue, y est également d’une toute aussi grande importance.
Les écosystèmes (*) terrestres littoraux rassemblent les falaises rocheuses (54% des côtes méditerranéennes) et les écosystèmes sédimentaires (dunes littorales, lagunes…) Les premiers abritent des communautés (*) vivantes singulières et vulnérables mais relativement moins menacées que les seconds. En effet, les cordons lagunaires et les dunes côtières sont particulièrement exposés aux aménagements littoraux ainsi qu’aux pollutions. Les lagunes et autres zones humides méditerranéennes présentent une unité écologique incontestable et un rôle économique majeur puisqu’elles assurent 10% à 30% de la production halieutique totale. Elles interviennent également dans l’atténuation des rejets polluants.
Le milieu marin méditerranéen présente aussi une biodiversité exceptionnelle. Près de 6.3% des organismes marins connus sont présents dans cette mer qui représente moins de 1% de la surface globale des océans5. On recense près de 1354 plantes marines (algues et phanérogames [*]) sur les 7750 existantes. A cela s’ajoutent quelques 6575 espèces d’invertébrés et 8568 espèces de vertébrés. Les mammifères sont parmi les mieux représentés avec 21 espèces, soit 18.4% de l’ensemble de celles qui sont connues dans le monde. La position géographique de la Méditerranée qui en fait un véritable carrefour explique en partie cette diversité importante. On y trouve des espèces communes aux trois océans, ainsi qu’un grand nombre d’espèces endémiques (*).



    1. Des écosystèmes spécifiques


Parmi les communautés (*) benthiques (*) propres aux biotopes méditerranéens, les herbiers de Posidonies (Posidonia oceanica) présentent le plus grand intérêt. Il s’agit d’une phanérogame (*) marine endémique (*) dont les feuilles peuvent atteindre jusqu’à 1.4 mètres de long. Leur croissance verticale conduit à l’accumulation de sédiments entre les rhizomes morts et vivants et à l’édification de « récifs barrières » analogues dans leurs fonctionnement aux récifs coralliens. Nombre de ces récifs ont aujourd’hui disparus à cause des aménagements et de la fréquentation du littoral1. Toutefois, les herbiers de Posidonies couvrent encore dans certains endroits une partie importante de l’étage infra littoral2. Ils jouent un rôle fondamental en Méditerranée pour deux raisons majeures :


  • Par leur action d’agglomération des sédiments, ils sont constructeurs de fonds marins et stabilisent les littoraux. Les herbiers de Posidonies limitent l’érosion naturelle des rivages.

  • Leur productivité biologique, leur richesse et leur diversité spécifique (*) sont considérables. La production primaire est estimée à quelque 21 tonnes par hectare et par an de matières sèches3. En outre, les herbiers constituent l’habitat de nombreuses espèces de poissons et d’invertébrés.


Pour toutes ces raisons, les herbiers de Posidonies peuvent être considérés à juste titre comme la base de l’écosystème (*) côtier méditerranéen. Leur importance pour la stabilisation des rivages se conjugue avec leur rôle économique pour la petite pêche côtière. Nombre d’aires marines protégées sont établies pour assurer en rôle principal ou secondaire la protection de ces herbiers.


    1. Des espèces emblématiques


Symboles de la protection de l’environnement, les espèces emblématiques sont souvent à l’origine de fortes mobilisations pour la protection d’un site ou d’un milieu. En Méditerranée, les activités de conservation se concentrent souvent sur elles, tant pour leur valeur symbolique que pour le rôle qu’elles jouent sur le fonctionnement des écosystèmes (*).
Si la biodiversité marine en Méditerranée devait être imagée en une seule espèce emblématique qui résumerait à elle seule l’étendue de la tâche à accomplir pour remédier aux erreurs humaines, le phoque moine (Monacchus monacchus) aurait de bonnes chances d’être choisi. Cette espèce fut autrefois très répandue en Méditerranée et même au-delà1, avec une forte présence en Corse jusqu’aux années 1950 et même dans les Calanques de Marseille jusque dans les années 1930. C’est un animal solitaire, qui vit dans les eaux littorales en se reproduisant à un rythme lent2. Il figure aujourd’hui parmi l’une des dix espèces qui sont le plus menacées d’extinction3. Les causes de son déclin sont maintenant connues, bien plus que la biologie même des individus4. Elles seraient au nombre de trois : pêche5, perte de l’habitat en raison de l’extension irrémédiable des aménagements littoraux, et détérioration de l’état de santé de l’espèce qui subit les atteintes dues à la pollution marine. Malgré les multiples séminaires, plans d’action et autres stratégies de conservation, la population totale de l’espèce en Méditerranée ne dépasserait pas les 300 individus, répartis entre les côtes grecques et turques6. Le parc national marin des Sporades du Nord en Grèce et l’aire spécialement protégée de Foça en Turquie ont été institués dans le but de conserver parmi les dernières grandes colonies encore existantes.
Toujours à l’est de la Méditerranée, les tortues marines figurent également comme les espèces qui attirent le plus l’attention, tant des ONG de protection de la nature que des institutions internationales. Elles sont parmi les espèces dont la présence sur terre est la plus ancienne. Leur histoire remonterait à plus de 200 millions d’années, soit contemporaine aux dinosaures. Huit espèces ont été décrites dans le monde, et deux d’entre elle se reproduisent en Méditerranée : Caretta caretta (ou tortue Caouane) et Chelonia mydas (ou tortue verte), qui seraient des populations (*) isolées de celles de l’Atlantique7. Les tortues marines se distinguent des autres espèces par leur longévité exceptionnelle, mais aussi par leur caractère hautement migratoire, certains individus parcourant des milliers de kilomètres en quelques mois. De plus, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, les tortues marines viennent nidifier sur la plage où elles sont nées, plus de 20 ans après leur éclosion de l’œuf. Ces caractéristiques biologiques très spécifiques en font l’une des espèces dont la reproduction s’avère la plus difficile. L’espèce subit enfin la pression de la pêche, sa chair étant particulièrement appréciée dans l’est du bassin, en Egypte en particulier. Celle-ci perdure encore, malgré les interdictions conventionnelles internationales1. La protection des sites de nidification des espèces demeure aussi un enjeu important en matière de conservation de la biodiversité marine, particulièrement en Grèce et en Turquie où l’on recense les principaux sites.
En Méditerranée occidentale, l’opinion publique a longtemps ignoré la présence de nombreux cétacés. La place importante des cétacés dans la civilisation grecque (thème de nombreuses fresques, amphores, pièces, bijoux…) a été oubliée, alors même que la cétologie est née dans la Grèce antique, en Méditerranée2. Encore aujourd’hui, malgré les récents efforts en matière de connaissance des populations (*), la répartition et l’écologie (*) des populations de cétacés demeurent largement basés sur des estimations et des approximations. La mise en place depuis 1998 du Sanctuaire Pelagos pour la protection des mammifères marins au large des côtes françaises, monégasques et italiennes, a permis de mener des programmes de recherches dans cette zone qui rassemblerait la plus forte concentration estivale d’individus.
Les formations coralligères des étages infra littoral et circalittoral, moins connues que les grands animaux marins, sont néanmoins des espèces symboliques importantes pour tous ceux qui fréquentent les fonds sous-marins méditerranéens. La faible intensité lumineuse de ces fonds littoraux est favorable au développement d’algues rouges et d’invertébrés calcifiés, nommés « bio constructeurs » (gorgones, éponges, corail rouge…). Ils forment de véritables récifs aux contours complexes, recherchés des plongeurs.
De multiples autres espèces marines habitent le bassin méditerranéen. Certaines commencent à peine à être reconnues aujourd’hui alors qu’elles jouent un rôle important dans la chaîne alimentaire. C’est le cas par exemple des poissons cartilagineux comme les requins qui nécessitent également des mesures de protection spécifiques. Enfin, les nombreuses espèces d’intérêt commerciale doivent aussi être protégées dans une optique de gestion durable des ressources halieutiques. Certaines d’entre elles, comme le Thon rouge, subissent une pression importante de la pêche. L’homme, principal prédateur, est en effet à l’origine de profondes mutations qui ont bouleversé la nature méditerranéenne.

Section 2. L’influence de l’homme : une histoire ancienne qui se précipite
Berceau de la civilisation humaine, la Méditerranée entretien des rapports anciens avec l’homme. Cinq pays africains, cinq pays asiatiques et onze pays européens forment l’ensemble méditerranéen. Ils ont donné naissance à huit systèmes culturels et linguistiques, à trois grandes religions et les plus anciennes cultures de l’Humanité se sont développées sur leurs rives : arabe, byzantine, carthaginoise, égyptienne, grecque, romaine… Dès les origines, l’homme a peuplé la Méditerranée, a imprégné le milieu naturel avant de sillonner la mer. L’attraction pour le littoral est plus récente. Elle émerge de manière exponentielle avec le développement du tourisme, dès la fin du 19ème siècle.
La connaissance des pratiques socioculturelles et économiques et leur mise en relation avec la protection de l’environnement et le développement doit être à la base de toute action concertée au niveau régional. Ce travail est élaboré en grande partie pour la région méditerranéenne par le Plan Bleu qui est l’un des éléments du Plan d’Action pour la Méditerranée (PAM) mis en place par le PNUE en 1975. La mission du Plan Bleu est d’analyser de façon systémique et prospective, l’évolution des rapports entre populations, ressources, environnement et développement dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Beaucoup de données utilisées dans cette présente section proviennent de ses diverses publications.
§1. Population du bassin méditerranéen : évolution, répartition et migrations saisonnières
La Méditerranée est formée d’une mosaïque de peuples et de civilisations. Elle se situe à un carrefour géographique et humain. D’un point de vue politique et administratif, la Méditerranée est bordée par 22 Etats ou territoires1. Si des similitudes évidentes caractérisent l’ensemble du « monde méditerranéen », le bassin reste traversé par une zone de fracture démographique entre le Sud et l’Est d’une part et le Nord d’autre part.
1.1 Une zone de fracture démographique
La population totale des pays riverains de la Méditerranée a plus que doublé en un demi siècle, passant de 213 millions en 1950 à plus de 427 millions en l’An 2000. Selon les projections démographiques du Plan Bleu, sa croissance devrait montrer une décélération certaine dans les prochaines décennies pour atteindre 523 millions en 20251.
Bien plus que l’augmentation démographique qui correspond à un phénomène mondial, c’est la répartition spatiale de cette population qui est à souligner : en 1950, quatre pays de l’Union européenne (Espagne, France, Grèce et Italie) représentaient à eux seuls 58% de la population totale. Leur part est tombée à 40,7% en 1995. En 1989, la population des pays du Sud dépassait celle des pays du Nord, alors qu’en 1900, avec 40,5 millions d’habitants, la France comptait encore deux fois plus d’habitants que tous les pays d’Afrique du Nord réunis (du Maroc à l’Egypte). Les taux d’accroissement annuel des pays du Sud, bien qu’ils tendent à se stabiliser en certains endroits (Turquie, Egypte), ont encore un rythme soutenu2. Selon le Plan Bleu, l’Algérie et le Maroc auront en 2025 un poids démographique comparable à celui de l’Espagne (plus de 40 millions d’habitants), et l’Egypte et la Turquie approcheront la barre des 100 millions d’habitants tandis que la population française se stabilisera (64 millions) et que celle de l’Italie s’affaissera (54 millions).
Dans ces conditions, le centre de gravité humain de la Méditerranée tend à se déplacer d’un Nord-ouest riche et industrialisé vers un Sud encore en développement. Ce phénomène d’accroissement quantitatif dans les pays du Sud n’est pas sans conséquences sur l’environnement. Le Plan Bleu a ainsi « toujours considéré la population et sa distribution spatiale comme un élément capital du système méditerranéen. En effet, l’expérience (…) depuis une vingtaine d’années montre que la dynamique des populations y constitue le facteur primordial du changement, qui commande au premier chef les consommations des ressources de toutes sortes, et qui provoque les pressions environnementales les plus fortes. »3 Ces pressions concernent directement le milieu marin en raison d’un double phénomène assez constant de part et d’autre du bassin : une concentration humaine dans les villes situées le long des côtes et un phénomène qui s’accentue sensiblement l’été à cause de la pression touristique.


    1. Le poids des villes, l’attraction des rivages


Avec plus de 260 millions de citadins (population des villes de plus de 10 000 habitants en 2000), la Méditerranée est le troisième foyer urbain au monde derrière la Chine et l’Inde. Cette attirance pour la ville remonte à la nuit des temps puisque l’on considère que les premières civilisations urbaines au monde sont nées dans les régions de l’est du bassin (Mésopotamie, Egypte). Le taux moyen d’urbanisation est aujourd’hui de 64%. Il devrait atteindre plus de 72% en 20251. Autrefois situées sur la rive nord, les principales villes sont maintenant dans l’Est du bassin. Le Caire (environ 16 millions d’habitants) et Istanbul (environ 14 millions d’habitants) comptent parmi les « méga villes » du monde2. En 1995, vingt-neuf agglomérations dépassaient le million d’habitants contre seulement 10 en 1950. Dix-sept d’entre elles sont dans les pays du Sud et de l’Est. Elles sont également pour la plupart situées sur le trait de côte : Istanbul, Alexandrie, Beyrouth, Athènes, Naples, Alger, Barcelone et Izmir dépassent toutes les 2,5 millions d’habitants et sont toutes des villes portuaires. Seules Milan, Madrid et Ankara sont situées à l’intérieur des terres. Ce qui est vrai pour les grandes agglomérations l’est aussi pour les plus petites villes : les régions côtières méditerranéennes sont en moyenne deux fois plus densément peuplées que l’ensemble des régions des pays riverains. Elles continuent globalement de connaître un accroissement démographique.


Carte 2 : la Méditerranée : densité de population sur le littoral ( Source : Plan Bleu, 1995)
Ce phénomène de concentration littorale des populations peut prendre à l’image du département français des Alpes Maritimes des proportions impressionnantes : en un siècle, les communes côtières ont vu leur population multipliée par sept alors que celles de l’arrière pays diminuaient des 4/5ème. Ce département est aujourd’hui le plus artificialisé des côtes françaises. L’évolution actuelle marque une accentuation de ce phénomène, particulièrement dans les pays du Sud dont les populations des régions côtières devraient passer de 43,2 millions (1995) à 77,8 millions à l’horizon 20253.
Les causes de cette « littoralisation » sont nombreuses. D’une part, les conditions géographiques et climatiques l’expliquent : présence du désert dans le Sud et l’Est avec de vastes espaces quasiment inhabités, reliefs abruptes et élevés dans le Nord, étroitesse des plaines littorales et fluviales. L’héliotropisme attire également une population importante. En cas de crise politique, le littoral constitue une zone de refuge pour les populations déplacées : population grecque s’installant dans les villes littorales du sud de Chypre après la partition de l’île en 1974, augmentation brutale des agglomérations littorales libanaises pendant la guerre civile ou population croate fuyant les combats pendant la guerre de Yougoslavie et se réfugiant dans les hôtels et autres centres touristiques de la côte dalmate… Enfin, le tourisme, par son importance économique et démographique, participe aussi activement à cette littoralisation des régions côtières méditerranéennes.
§2. La Méditerranéen première destination touristique mondiale
Remonter aux origines du tourisme en Méditerranée nous ferait parcourir une importante page d’histoire, tant le « grand tour » en Italie ou en Grèce est imprégné dans les traditions aristocratiques anglo-saxonnes. Elitiste, hivernal et de  longue durée, ce type de tourisme s’est rapidement développé dès la fin du 19ème siècle sur la Riviera française ou italienne, en suivant l’avancée du chemin de fer. Dès son origine, le tourisme méditerranéen fut concentré sur le littoral : Nice accueillait déjà plus de 150 000 touristes en 1914.
Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du 20ème siècle que le tourisme de masse émergea : en 1970, le bassin méditerranéen concentrait 58 millions de touristes. Ils étaient 135 millions en 1990, 187 millions en 1997 et d’après les études prospectives du Plan Bleu, ils devraient être entre 235 et 350 millions à l’horizon 2025. Première destination touristique mondiale, la Méditerranée comptabilise 40% des arrivées touristiques internationales et 30% des recettes du secteur. Parmi les cinq pays au monde accueillant le plus de touristes, trois sont méditerranéens (France, Espagne, Italie). D’un point de vue économique, son importance est capitale puisque le secteur emploierait plus de 5 millions de personnes. Il représente jusqu’à 24% du PNB de certains pays (Malte, Chypre) et même plus de 33% à Monaco. Il constitue alors le principal, sinon l’unique actif économique. Tous ces chiffres laissent à penser que ce n’est qu’un début et que le tourisme ne cessera de se développer dans les années qui viennent : le processus semble irréversible. Les principaux résultats de l’ensemble des travaux du Plan Bleu mettent en évidence à la fois le poids économique considérable du secteur dans la région, l’extrême diversité des situations et surtout le fort potentiel de croissance dans l’ensemble des pays méditerranéens.
Il reste toutefois des régions côtières méditerranéennes qui demeurent à l’écart de ce développement touristique. Leur mise à l’écart résulte néanmoins plus d’une politique volontariste (Albanie jusqu’à la fin des années 1990, Libye) ou de problèmes politiques (Algérie, Bosnie-Herzégovine). Aussi, elles pourraient connaître – sous réserve d’une stabilité retrouvée – un développement spectaculaire dans les années à venir.
Au-delà de ces cas particuliers, le tourisme méditerranéen se caractérise également par une répartition très inégale : forte concentration spatiale autour de quelques sites clés et forte concentration temporelle pendant les trois mois d’été en sont les principaux attributs. Au niveau international, la fréquentation se concentre principalement sur la rive Nord et plus particulièrement dans les quatre pays de l’Union européenne qui totalisent plus de 84% du tourisme1. La Turquie, la Tunisie et la Croatie arrivent loin derrière2. Au niveau national, le tourisme se concentre essentiellement sur le littoral. L’attrait pour le soleil et le poids du tourisme balnéaire ont pour conséquence de limiter une grande part de la fréquentation à la saison estivale. Plus de 40% des journées de vacances prises en Méditerranée le sont pendant les mois de juin à septembre3. Ce phénomène saisonnier est particulièrement marqué dans la Méditerranée nord occidentale qui souffre d’hivers plus rigoureux. En Espagne et en France, 20% de la fréquentation annuelle du littoral est enregistrée sur les deux premières semaines d’août4.
Dans ces conditions, la mer exerce une attirance croissante : espace de concentration le long des côtes, c’est également un lieu d’évasion face à la fréquentation massive de certaines agglomérations. Le succès que connaissent la navigation de plaisance et la plongée sous-marine en témoignent. Pour des régions comme les Baléares, la Corse, la Provence ou les îles grecques, ces activités ont un poids économique non négligeable. Leur impact sur l’environnement marin est également important : concernant la plaisance, ce sont essentiellement les ancres des navires au mouillage qui ont l’impact le plus négatif, participant à une destruction progressive des habitats sous-marins. La toxicité des peintures anti-salissantes, les rejets des eaux usées, la construction de ports de plaisance et la dissémination d’espèces envahissantes constituent aussi des menaces majeures. Les sports subaquatiques ont pris naissance en Méditerranée5. Ils ont connu un développement spectaculaire depuis la fin des années 1980 et le succès du film de L. Besson : « Le Grand Bleu »1. Concentrée sur des sites particuliers, la pratique de la plongée sous-marine à grande échelle peut entraîner d’importants dommages à l’environnement marin : destruction de formations de gorgones ou de corail, notamment dans les grottes sous-marines, troubles du comportement de certaines espèces et modification de la chaîne alimentaire à cause de la pratique du nourrissage, ancrage des bateaux de plongée…
Si l’activité touristique déborde indirectement sur le milieu marin, d’autres secteurs économiques tirent directement profit de la mer et de ses ressources. L’absence de plateau continental en Méditerranée limite d’une certaine manière la pêche intensive et est un obstacle – pour combien de temps ? – à l’exploitation des fonds marins et du sous-sol de la mer, ainsi qu’au développement à grande échelle de centrales éoliennes offshore. Néanmoins, la Méditerranée n’est pas un vaste désert sitôt que l’on s’éloigne de ses rivages : son héritage historique et sa position géographique en font l’une des principales voie de navigation au monde et l’exploitation de ses ressources halieutiques demeure à un niveau important.
§3. La Méditerranée, première voie de navigation au monde
Carrefour géographique, la Méditerranée est aujourd’hui une voie de communication maritime majeure au niveau mondial : elle assure un lien entre deux océans et une mer. L’axe principal va d’est en ouest en passant entre la Sicile et Malte et en longeant les côtes du Maghreb. De nombreux axes secondaires mènent aux principaux ports que sont Marseille-Fos, Gènes, Barcelone, Alexandrie, Le Pirée, Trieste ou Naples.
Couvrant moins de 1% de la surface totale des océans, la Méditerranée concentre ainsi 30% du trafic maritime mondial et 28% du seul transport d’hydrocarbures. On estime à environ 2000 le nombre de navires marchands croisant chaque jour en Méditerranée avec parmi eux près de 300 pétroliers. L’intensité du trafic et les problèmes liés à la mondialisation du marché du transport maritime ont des conséquences importantes sur la qualité du milieu marin. Le WWF-France estime que chaque année, ce sont plus d’un million de tonnes d’hydrocarbures qui seraient rejetées en mer, représentant plus de 50 fois la pollution générée par l’Erika qui sombra en décembre 1999 au large des côtes de Bretagne2.
§4. La pêche méditerranéenne : entre artisanat et industrialisation grandissante
Considérée comme peu productive, la Méditerranée supporte néanmoins une activité de pêche relativement importante : en 1996, le total des captures a atteint 1,5 millions de tonnes. Les principaux producteurs sont la Turquie, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, l’Algérie et la Tunisie. Seulement 2% des prises en Méditerranée seraient effectuées par des flottes « étrangères » au bassin, essentiellement russes et japonaises. En raison du nombre élevé d’emplois qu’elle induit et de la valeur importante des débarquements, la pêche méditerranéenne, encore fortement artisanale, revêt une importance socio-économique majeure. Les principales zones de pêche sont localisées aux rares endroits où le plateau continental s’étend légèrement en mer : Golfe du Lion, embouchure du Nil, côtes tunisiennes ou mer adriatique. Les eaux turques, marocaines ou libyennes sont très peu exploitées. Outre ce facteur géographique, la structure sociale de la pêche méditerranéenne limite également sa productivité et marque sa spécificité. Comme le met justement en évidence Mr Féral, la pêche en méditerranée peut être essentiellement qualifiée de « communautaire » dans le sens où elle repose sur un mode d’organisation sociale fondé sur la notion de communautés autochtones de pêcheurs1. Faible taille des bateaux, similitude des embarcations, diversité des sites de pêche et des points de débarquement, polyvalence des métiers et importance des savoirs vernaculaires en sont les caractéristiques principales.
A ses côtés, se développe depuis quelques dizaines d’années une pêche industrielle dont les critères de distinction avec la pêche artisanale décrite ci-dessus sont parfois difficiles à établir. Le plus souvent de caractère semi industriel, elle ne correspond pas toujours aux distinctions fondées sur la taille des navires ou sur les techniques de pêche. C’est la raison pour laquelle Mr Féral retient le critère de « rupture avec la tradition communautaire »2. Initié dans un premier temps au large des côtes françaises dans les années 1960, ce type de pêche s’est étendu à l’Espagne et à l’Italie dans les années 1970 pour se généraliser dans les années 1980-1990 aux pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée. La pêche industrielle ou semi industrielle représenterait aujourd’hui environ 20% des unités.
Face à une demande en poissons toujours croissante, l’aquaculture s’est également développée, perçue par certains comme l’une des solutions visant à pallier la diminution des stocks halieutiques. En Méditerranée, les élevages de loups, de daurades royales ont connu un succès certain et ceux de thons rouges sont en pleine expansion. Près de la moitié de la production mondiale de cette espèce très recherchée sur le marché asiatique est aujourd’hui produite en Méditerranée, essentiellement en Espagne mais également en Italie et en Croatie. Cette activité illustre les limites du développement de l’aquaculture. En effet, comme pour beaucoup d’espèces, la production artificielle à partir d’œufs n’étant pas maîtrisée, les pisciculteurs sont tributaires de thons sauvages vivants livrés par les pêcheurs. Ceux-ci sont ensuite grossis en élevage. Ces prises échappent donc aux limitations imposées par les quotas et nécessitent un apport complémentaire en poissons pour l’alimentation des thons pendant leur période de captivité. Pour finir, ces élevages induisent une pollution du milieu qui peut se révéler problématique. Devant l’envolée des cours du thon rouge, les arguments en faveur d’un meilleur contrôle des stocks ont encore du mal à s’imposer.
Enfin, avec l’essor des loisirs et du tourisme, il ne faut pas oublier la pêche récréative qui peut avoir un impact significatif en certains endroits. Certaines estimations ont évalué l’impact de ce type de pêche comme comparable en certains points particuliers avec la pêche professionnelle1. Lorsqu’elle n’est pas contrôlée, elle peut en outre générer une activité parallèle de « fausse pêche plaisancière » qui, selon un récent rapport parlementaire français « constitue aujourd’hui une véritable filière parallèle de travail clandestin qui se généralise et qui pénalise la pêche professionnelle et contribue à la raréfaction de la ressource. »2 Parfois, l’utilisation de techniques fortement destructrices telles que la pêche à la dynamite ou au chlore accentue de manière dramatique l’impact de cette activité illégale sur les ressources marines.
§5. Les nouvelles menaces
Le développement des échanges et la hausse du niveau de vie ne sont pas sans conséquences sur l’environnement. Sans en mesurer précisément les retombées, on peut aujourd’hui affirmer que les activités humaines pourraient dans un avenir proche modifier profondément le fonctionnement et la structure des écosystèmes (*) et en altérer durablement leur intégrité. Deux menaces nouvelles et essentielles quant aux conséquences qu’elles pourraient provoquer pèsent aujourd’hui sur la biodiversité : les invasions biologiques et le changement climatique.



    1. Les invasions biologiques


L’introduction d’espèces allogènes a été pratiquée depuis que l’homme voyage. La plupart de celles qui ont été introduites se sont remarquablement bien adaptées au milieu, devenant même, à l’image des cyprès ou des figuiers de barbarie, des espèces emblématiques de la Méditerranée. Cependant, le phénomène peut parfois prendre des tournures catastrophiques comme en témoigne l’inquiétude actuelle de nombreux biologistes qui considèrent le problème des invasions biologiques comme une cause majeure de la perte de la biodiversité. La Méditerranée, en raison de sa position de carrefour géographique est particulièrement touchée. Elle détiendrait « sans doute un record mondial par le nombre d’espèces introduites et l’importance de la prolifération de certaines d’entre elles. »1 Ces invasions connaissent en effet une croissance exceptionnelle puisque l’on estime que depuis le début du 20ème siècle, le nombre d’espèces introduites double au moins tous les 20 ans, et que 10% d’entres elles peuvent être qualifiées d’invasives. Dans ces conditions, le problème des invasions biologiques constitue un enjeu majeur de la conservation pour le 21ème siècle. Le Conseil de l’Europe soulignait d’ailleurs dans une recommandation que « les risques et les répercussions (…) sont, dans la plupart des cas, incalculables et imprévisibles (…) »2.
Les causes de l’introduction de telles espèces sont diversifiées : aquariophilie, aquaculture et conchyliculture, transport maritime à travers les coques de navires et les eaux de ballast, sans oublier la communication avec la mer Rouge via le Canal de Suez à l’origine du phénomène des « migrations lespesiennes ».
L’exemple de la Caulerpa taxifolia illustre les conséquences de telles introductions. Cette algue tropicale dont la première observation en Méditerranée remonte à 1984 (Monaco) a connu un développement spectaculaire, essentiellement en France et en Italie3. Aujourd’hui, sa présence est signalée sur les côtes françaises des Alpes maritimes et du Var, dans l’archipel toscan et dans le détroit de Messine en Italie, autour de l’île de Majorque aux Baléares et jusqu’aux côtes croates et tunisiennes depuis l’an 2000.


Figure 2 : Expansion de la surface colonisée par Caulerpa taxifolia en Méditerranée jusqu’au 31 décembre 1997. (D’après BERNARD G., GRAVEZ V., & BOUDOURESQUE C.F., 20001)
La Caulerpa taxifolia est issue d’une souche spécifique utilisée pour la décoration des aquariums. Plus résistante que sa souche naturelle évoluant en milieu tropical, elle est également plus dense et plus imposante. Elle s’adapte à tous les substrats (*) stables dans des situations hydrologiques extrêmement variées. Sa propagation dans le milieu est due à la fois au bouturage naturel et aux activités humaines qui contribuent à la transporter à travers les ancres des navires, les filets de pêche ou les rejets d’aquariums. Le signalement de la présence d’une souche identique de celle présente en Méditerranée, en Californie (San Diego et Los Angeles), en Australie (Sydney et Adelaïde) ainsi qu’au Japon (Nojotima) confère désormais une importance mondiale au problème. L’UICN classe la Caulerpa Taxifolia parmi les 100 espèces envahissantes les plus nocives au monde.
Depuis quelques années, les scientifiques s’intéressent également de près au développement de la Caulerpa racemosa qui se développe dans l’ensemble du bassin méditerranéen depuis sa première signalisation en 1926 dans le port de Sousse en Tunisie.
Dans la partie orientale du bassin, ce sont les phénomènes de migrations d’espèces depuis la mer Rouge qui sont les plus significatifs. L’ouverture du Canal de Suez en 1869 a entraîné l’arrivée d’espèces nouvelles. Le phénomène s’est accentué en raison de l’appauvrissement des apports en eau douce du Nil depuis la construction du barrage d’Assouan (1965-1967). Les auteurs estiment qu’environ 4% de la diversité spécifique (*) de la Méditerranée et jusqu’à 10% de celle du bassin Levantin serait issue de ces espèces « Lesepsiennes » (*) 2.
En termes d’impact écologique, les invasions biologiques peuvent contribuer à un appauvrissement de la diversité spécifique (*) d’un milieu. Certaines espèces peuvent disparaître à l’image de la crevette Penaeus kerathurus dans le bassin Levantin ou de l’oursin comestible Paracentrotus lividus que l’on ne trouve plus sur les prairies denses de Caulerpa taxifolia. En termes de coût économique, ce sont les pêcheurs qui sont les premiers touchés. En Ligurie, les pêcheurs professionnels ont demandé que leur zone d’activité, touchée par la Caulerpa taxifolia, soit déclarée en état de « catastrophe naturelle ». Parfois, le tourisme est également concerné comme ce pu être le cas en Israël en raison d’invasions régulières de méduses3.


    1. Les changements climatiques : enjeux et impacts en Méditerranée


Malgré les nombreuses incertitudes et polémiques liées aux causes et aux impacts de l’effet de serre, largement relayées par les médias et les politiques, un certain consensus semble se dessiner1 :


  • La concentration des gaz à effet de serre a augmenté significativement en un siècle (notamment celle du dioxyde de carbone et du méthane), provoquant un changement dans la composition chimique de l’atmosphère.

  • Le climat de la planète se réchauffe constamment, l’année 2002 ayant même été l’année la plus chaude jamais observée, avant de connaître les résultats définitifs concernant l’année 2003.

  • La quantité des précipitations et l’occurrence des évènements extrêmes sont également en augmentation, ainsi que le niveau de la mer qui s’est élevé en un siècle de +10 à +20 centimètres.


La Méditerranée, en raison de sa position de mer semi fermée est particulièrement sensible à la moindre variation de ses apports organiques, de sa salinité, de sa température ou de ses courants. Certaines modélisations récentes font apparaître au niveau régional une augmentation de la température (de +0,7 à +1,6°), une diminution des précipitations, une multiplication des évènements extrêmes et une élévation du niveau de la mer. Les incertitudes sur le plan scientifique rendent toutefois ces résultats très variables et peu fiables mais ils tendent à justifier une prise de conscience et une action collective. Les impacts sur les activités humaines sont en effet potentiellement importants, de la disparition de certaines zones deltaïques à la modification de la répartition et de l’abondance des ressources halieutiques. Certaines espèces comme les herbiers littoraux, les tortues marines ou les formations coralligènes (*) seraient particulièrement exposées.
Ce rapide aperçu des caractéristiques de l’identité méditerranéenne met en évidence de fortes similitudes traduisant une homogénéité des situations auxquelles vont être confrontées les aires marines protégées : un cadre naturel remarquable tant d’un point de vue biologique que paysager support d’activités variées ; une pêche encore largement artisanale qui tend à évoluer vers une industrialisation progressive ; un tourisme de masse qui ne cesse de se développer et un trafic maritime commercial qui génère des pollutions et des menaces potentiellement importantes. Les pollutions telluriques doivent également être prises en compte dans le cadre d’une analyse globale. Elles nécessitent cependant, en raison de la pertinence des échelles d’intervention (bassins versants), d’être appréhendées par les politiques sectorielles dans le cadre d’une intégration des problématiques environnementales. C’est pourquoi elles ne seront que très superficiellement évoquées malgré leur impact direct sur la conservation du milieu marin.
Dans ces conditions, les aires marines protégées apparaissent comme une solution envisageable de gestion des conflits et des menaces qui pèsent sur l’environnement. Elles peuvent assurer leur objectif de conservation ou de gestion durable des ressources mais doivent s’intégrer dans un environnement naturel et humain bien particulier. Plus que nulle part ailleurs, la prise en compte des activités humaines est indispensable et doit se faire dans un cadre global et intégré pour cette mer semi fermée. L’aire marine protégée peut participer à ce mouvement d’intégration et de meilleure gouvernance des océans en contribuant du même coup à la reconnaissance d’une forme de développement alternative que nous qualifierons de « durable ».
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