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Introduction


Régulièrement, depuis une trentaine d’années au moins, il est de bon ton de déplorer la faiblesse épistémologique de la géographie. « Discipline qui ne se définit pas », lit-on encore parfois, en une formule d’une ambiguïté remarquable, puisqu’elle peut se comprendre aussi bien comme une critique que comme une fuite en avant. Pourtant, il n’est pas de décennie depuis le début du xxe siècle qui n’ait vu la publication de textes réflexifs de natures diverses : manifestes, essais, Principes, traités, recelant, à la marge parfois, notations et ébauches sur les pratiques légitimes ou légitimantes de la discipline. Et depuis que le thème des carences est devenu une antienne, c’est une véritable floraison. Certes, le style de ces interventions peut sembler éloigné d’une épistémologie canonique, directement inspirée d’un art d’écrire que l’on pourrait qualifier cavalièrement de philosophique. On pourrait aussi leur reprocher une certaine instrumentalisation de l’épistémologie, au motif qu’elles véhiculent la plupart du temps une certaine idée de la discipline, une orientation, voire une idéologie. Mais en va-t-il autrement lorsqu’un Raymond Boudon écrit un Traité de sociologie ou que d’autres tentent de circonscrire Le métier de sociologue ? Se pose alors le problème des différences entre une perspective « opératoire », et une autre qui serait davantage « historique », pour reprendre une distinction qui avait cours dans les années 1960. Et partout, pas seulement en géographie, la première domine, quand bien même l’autre s’essaie, depuis quelques décennies, à exister. Signal de l’essor tardif de celle-ci, la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme (SFHSH) n’existe que depuis les années 1980. Et les géographes en sont depuis les débuts.

Une autre hypothèque, plus sérieuse, pèse sur la géo-graphie, pendant de l’historiographie : comme le reste de la production disciplinaire, faute d’un marché plus vaste que le public des géographes (et des étudiants en histoire), elle a été largement confinée dans l’univers des manuels, cédant parfois aux facilités du didactisme au détriment de spéculations plus aventurées ou plus techniques. Pourtant, le premier Guide de l’étudiant en géographie d’André Cholley, publié en 1942, est l’un des textes les plus âpres et les plus innovants de la géographie que l’on dit « classique », et il n’est pas certain que la pensée réflexive d’un Pierre George, déployée dans les années 1960 notamment au travers d’ouvrages figurant au catalogue des Presses universitaires de France (collections « Que Sais-je ? », « "Sup" Le géographe »), ait revêtu une lisibilité autre que superficielle pour le public étudiant. L’effort intense, encore que diffus, déployé par des dizaines d’auteurs depuis quelques décennies, n’a pas débouché quant à lui sur la publication de manuels épistémologiques au sens strict, alors même que ceux existant peuvent susciter la controverse : le Qu’est-ce que la géographie ? (Hachette, 1994) de Jacques Scheibling a été vertement critiqué par Henri Reymond dans un numéro de l’Espace géographique1, tandis que Robert Marconis se voyait reprocher dans les Annales de géographie d’avoir trop parlé de « géographie marxiste » dans son Introduction à la géographie (Armand Colin, 1996)2. Quoi que l’on puisse penser de ces arraisonnements, ils témoignent du caractère relatif des frontières entre l’essai et le manuel, dans une discipline où le premier ressemble parfois fortement au second, et inversement… Quand Claude Bataillon publie Pour la géographie aux éditions Flammarion (1999), il l’agrémente de nombreux documents à visée illustrative, pour ne pas dire pédagogique : textes, cartes, schémas, légendés à la manière d’un ouvrage d’initiation. Pareillement, dans Espace, temps, complexité. Vers une métagéographie (2001), publié dans « Géographiques », une collection dédiée à l’essai, Charles-Pierre Péguy se mue bien souvent en médiateur patient et attentif au chevet d’un lecteur supposé de bonne volonté mais quelque peu novice. À l’inverse, le grand œuvre de Philippe et Geneviève Pinchemel, La Face de la terre, a été publié dans la collection « U », chez Armand Colin, en 1988, alors qu’il s’agit de bien plus qu’un livre de vulgarisation, d’une véritable théorie de la géographie, reprenant et amplifiant vingt ans de réflexion.

Par delà les genres supposés, on en revient finalement toujours à une question d’écriture. La production réflexive des géographes, à quelques exceptions récentes, est marquée par le souci de ne pas rebuter un lectorat que l’on suppose d’emblée réticent aux jargons et peu au fait des développements théoriques. Le pédagogue perce toujours sous l’armure du théoricien. « Faut-il s’en plaindre ? », pourra-t-on objecter ?

Pendant de nombreuses décennies, et au moins jusque dans les années 1980, une des convictions les mieux partagées a voulu que l’introspection disciplinaire fût un privilège exclusif de l’expérience, sinon de l’âge. Au terme d’une riche carrière, au soir de sa vie, le géographe avait tout loisir de méditer sur l’essence de sa science et sur sa sagesse profonde, afin de communiquer aux nouvelles générations le fruit de son expérience. Les exemples donnés par Maximilien Sorre, Henri Baulig ou André Meynier ont largement accrédité cette image d’Épinal. Cette position, largement explicite mais rarement discutée, avait un sous-jacent inductif et légitimiste : une telle expérience rétrospective ne pouvait pas, ne voulait pas, sauf cas exceptionnel, déboucher sur une remise en cause de la science « normale » ; et elle reposait sur une sédimentation de pratiques et de réflexions dont la généralisation en « principes » ne pouvait être opérée qu’à posteriori. Par ailleurs, il s’agissait d’une entreprise à tout le moins endogène et pointilliste : endogène, ou « internaliste », parce que insoucieuse de se situer par rapport aux discours dominants sur la science — quand bien même elle s’y référait implicitement, voire même explicitement ; pointilliste de par une énonciation en touches successives ou esquisses, sans intention de produire un système théorique de la géographie. Enfin, il ne pouvait être question d’y ressourcer une langue stratifiée par des décennies de pratique et vouant à l’interdit les néologismes et autres méfaits de la langue jargonnante.

Tout ceci a commencé à changer dans les années 1960, lorsque des économistes (François Perroux, Jacques-René Boudeville) ont prétendu dire le droit sur ce qu’était « l’espace des géographes », et, surtout à la fin de la décennie, lorsque se sont multipliées les critiques extérieures3 (de sociologues, de philosophes, d’historiens…). Un peu avant avait été publié le volume Logique et connaissance scientifique de la prestigieuse encyclopédie de la Pléiade (1967) sous la direction de Jean Piaget, dont la géographie est cruellement absente. Digérer ce qui était ressenti comme un ostracisme a pris longtemps, a beaucoup servi, a suscité d’innombrables commentaires. Nombreux sont ceux qui en ont tiré les leçons ou y ont trouvé une justification pour injecter dans la discipline des références épistémologiques : Gaston Bachelard, Louis Althusser et J. Piaget dans les années 1970, Karl Popper ou Thomas Kuhn dans les années 1980 (rarement avant), Paul Ricœur, Bruno Latour ou Luc Boltanski et Laurent Thévenot plus récemment. Grâce à cela, depuis une trentaine d’années, l’épistémologie des géographes, entendue au sens large de discours sur les garanties scientifiques de la discipline, n’est plus une réflexion en vase clos. Pour autant, on ne saurait dire que la plupart de ceux qui s’adonnent à cet exercice l’ont fait dans la perspective d’acquérir là une spécialité : ils mobilisent un certain nombre de références dans une perspective de (re)construction du champ dans lequel ils interviennent, avec un souci de rigueur, mais sans curiosité obligatoirement systématique pour les différents domaines connexes des science studies4. En général, ce style épistémologique finalise les références mobilisées en fonction d’une recherche inscrite dans un champ empirique. Cela n’a rien d’infamant ou de condamnable, bien au contraire, et il en va de même ailleurs, majoritairement.

Simplement, bon nombre d’auteurs qui mentionnent tel ou tel discours allogène procèdent davantage par greffe que par hybridation, laissant un certain jeu s’installer entre les principes normatifs auxquels ils se réfèrent et la géographie (ou le sous-champ), récipiendaire d’un happening théorique dont les attendus sont plus escomptés qu’effectués. Sur un plan global, il y avait déjà de cela dans La géographie, méthodes et perspectives de Jacqueline Beaujeu-Garnier (1971) ou dans l’article d’Hubert Béguin, « La théorie dans la démarche géographique » (1985), résumé à visée doctrinale d’une vulgate poppérienne, sans parler des prétentions assertives de la chorématique à la « falsifiabilité ». Et l’on retrouve une configuration similaire dans le très récent Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés dirigé par Jacques Lévy et Michel Lussault (2003), ouvert à tous les grands débats contemporains des sciences sociales, mais qui s’abstient trop souvent de penser leur incidence en géographie. L’extériorité se manifeste aussi souvent dans une certaine écriture de la greffe, pédagogique, voire didactique, soucieuse d’une certaine ligne claire dans la formulation (afin de ménager un lectorat hostile au jargon ?), mais réalisant ainsi la perpétuation objective des valeurs classiques de la géographie en matière d’écriture, quand bien même ce choix renforcerait le particularisme de la littérature réflexive, connotant un aspect inabouti par un pur effet de forme. L’un des rares contre-exemples parmi tous les épistémologues « opératoires » serait Claude Raffestin, qui s’est efforcé depuis trente ans de mettre en résonance réflexion interne et références externes, même si c’est sur un plan presque exclusivement « méta-théorique », comme il pourrait le dire lui-même, et au prix d’une réputation d’auteur « difficile ».

Statut d’extériorité des discours épistémologiques, présentation pédagogique, disjonction entre l’intention exprimée et le résultat escompté : voilà peut-être quelques uns des ingrédients qui fondent ce sentiment si récurrent d’une discipline étrangère aux pratiques épistémologiques, alors même qu’elle produit son lot quotidien de méta-discours. L’essentiel est sans doute affaire formelle, mais ne s’y réduit pas. Il en va de l’épistémologie « générale » (si ce n’est pas une chimère) comme de tout idiome : ne pas s’immerger dedans ou tenir sa langue revient à traduire inlassablement, non pas pour « déplacer » (comme dirait Michel Callon5) mais pour relier deux « mondes », en une éreintante navette qui ne tisse qu’en lisière. À l’inverse, face à ces difficultés très honorables et parfois heuristiques, la tentation du name dropping6 (et ses avatars conceptuels) apparaît comme une dérive passablement dangereuse des systèmes actuels de distinction — sinon d’évaluation — universitaire, qui ont érigé le mot (« territoire », « acteur », « corps », etc., pour ce qui concerne la géographie) ou la référence (de préférence à la mode, Heidegger plutôt que Sartre, Guy Di Méo ou Augustin Berque plutôt qu’Henri Reymond…) en fétiche, au détriment d’instances d’énonciation/justification plus longues et laborieuses : le paragraphe, le texte, la preuve… L’épistémologie historique peut-elle prétendre échapper à tous ces écueils ? Il importe de préciser que la distinction entre deux épistémologies, commode jusqu’à un certain point, ne constitue pas une dichotomie que l’on pourrait absolutiser, dans la mesure où chacun peut, à tout moment, pencher vers l’approfondissement d’une démarche de compréhension ou au contraire tendre vers une lecture actualisante, filtrante et/ou normative.

Encore faut-il préciser davantage ce que l’on définit par le label d’« épistémologie historique ». D’une manière générale, nous entendons par là un projet d’interprétation rétrospective qui ne pose pas la question de la valeur de vérité intrinsèque d’un discours, d’une école, d’un programme de recherche, partant réactualisable, mais s’intéresse plutôt aux diverses opérations, sociales, cognitives, rationalisantes, formalisantes, qui les constituent : ce que certains ont joliment appelé « la fabrique de la science »7. Une hypothèque sérieuse a longtemps pesé sur ses positions heuristiques : comme elle se refusait à porter un regard normatif sur la valeur de vérité de ses objets, certains philosophes des sciences lui ont accolé l’adjectif infamant de « relativiste », considérant implicitement qu’une posture épistémologique avait forcément une signification métaphysique profonde. Une telle mésaventure a lourdement frappé Thomas Kuhn après la publication de La structure des révolutions scientifiques ou David Bloor et Barry Barnes, dont le projet de traitement symétrique des théories scientifiques reçues ou rejetées a été lu comme un déni de toute vérité scientifique. Dans le domaine de la géographie, il est encore des plumes brillantes pour reproduire rituellement le parricide de « Vidal », géniteur d’un « paradigme mort-né »8 et s’offusquer de ce que certains puissent continuer à consacrer du temps et de l’ingéniosité au « marais théorique » de « l’école française », dès lors rangés dans le même sac que les « thuriféraires »9 effectivement nostalgiques du « bon vieux temps »10. Rien de plus difficile que de rendre légitime auprès d’acteurs positionnés dans le présent un effort de neutralité axiologique facilement assimilé à la vieille objectivité, et partant suspect d’irénisme, voire de conservatisme rampant.

Ce point nous semble capital et justiciable d’explications. Contre cette sorte de critique, nous mettrions volontiers en avant ce que Hilary Putnam appelle le « principe de charité », qui nous semble consubstantiel au type d’entreprise dont nous parlons (pour nous en revendiquer) : il consiste à présupposer du sens plein, de la cohérence et des systèmes de justification et de preuve dans une archive quelconque, que l’on se propose de comprendre. Ce mot très opaque en appelle à une double interrogation : sémantique et architectonique. La première engage une approche des significations qui ne suppose aucune invariance du sens d’un mot mais au contraire s’acharne à faire des conjectures in situ sur un sens réfléchi par l’environnement constitué par la phrase, le texte, le corpus, l’époque, au risque parfois de ne pas en trouver ou d’en trouver trop. Les stratégies générées sont de traduction (proposer des équivalents qui actualisent et précisent la signification) et de démarquage11 (reprise mimétique des termes pour les faire résonner ensemble). Mais il ne peut être question de s’arrêter à la sémantique, même si celle-ci constitue parfois un préalable nécessaire. Bien plus, il s’agit au-delà d’examiner des systèmes de figuration beaucoup plus sophistiqués, rendant intelligibles des objets divers et essayant d’accréditer plus ou moins vigoureusement leur stabilité (pour ne pas parler de vérité ou de réalité).

Ceci suppose une immersion suffisamment durable dans un (ou plusieurs) corpus pour permettre de s’y mouvoir sans entraves, en s’efforçant autant que faire se peut d’en respecter les fluidités et les obstacles, les chutes, les culs de sac et les bassins de convergence. L’expression « rentrer dans la pensée de x » nous conviendrait assez, si elle n’était pas entachée par tous les doutes que l’« ère du soupçon » a fait porter sur la communicabilité des expériences. Nous en prendrons acte en exprimant notre adhésion à l’idée d’un caractère conjectural de l’interprétation, que l’on essaye d’étayer par un arsenal d’indices : citations, travail sur des occurrences (de mots, de formules), comparaisons, mise à jour de motifs qui circulent de texte en texte, se transformant et se redéployant, etc. Administrer la preuve n’a rien à voir ici avec l’« expérience décisive » des épistémologies naturalistes, en ce sens qu’aucune autorité ne saurait forclore les significations d’un texte. La lecture est une interaction qui mobilise l’ensemble des référents et capacités interprétatives d’un individu, lesquels s’épaississent (en général) et muent avec les années, « accrochant » parfois, « glissant » plus tard ou au demeurant. Pour autant, nous ne nous retrouvons en rien dans un quelconque « tout est bon » en la matière : on peut comprendre de travers un texte, on peut le mutiler ou l’abandonner en larguant les amarres de l’imagination créatrice, ce qui n’est pas un défaut dans l’absolu mais une autre discipline. La question des critères et des preuves permettant de juger de la validité d’une interprétation est on ne peut plus délicate, mais il nous semble dangereux d’y renoncer. Si n’importe quelle lecture est recevable, à quoi bon continuer à lire ou à communiquer, dès lors que l’exercice souverain d’un récit « nunégocentré »12 serait la seule issue, prenant prétexte de la parole de l’autre plutôt que de lui rendre justice ? En cela, nous rejoindrions volontiers les réflexions d’Hilary Putnam sur le « relativisme » en matière d’interprétation :

L’idée qu’il puisse exister une incommensurabilité si grande qu’il soit logiquement absurde de penser que la moindre communication puisse passer au travers fut immédiatement nuancée [lors d’un colloque de poétique] : il fut en effet admis avec enthousiasme que « bien entendu », il y a des interprétations plus ou moins bonnes de ce qu’un « autre » peut dire ou penser. L’interprétation n’est donc pas en définitive totalement subjective. Il y a quelque chose de très voisin d’une notion transparadigmatique de rationalité que le critique littéraire a, lui aussi, à sa disposition.

La tendance contemporaine à considérer l’interprétation comme une chose de seconde zone reflète, à mon sens, non une passion pour l’objectivité mais une soif d’absolus — une soif d’absolus et une tendance qui en est inséparable, la tendance à penser que si l’absolu est inatteignable, alors « tout est bon ». Mais « assez est assez, assez n’est pas tout ».13

L’expression « immersion dans un corpus » pourrait laisser entendre une sorte de redoublement dans le champ interprétatif d’une vieille attitude de géographe, convaincu qu’il n’y a pas de meilleur service rendu à un objet que d’en épouser les contours et d’écrire sous la dictée un message déjà contenu dans le « référent » (et c’est encore plus parlant lorsqu’il est question d’archives…). S’agissant de textes, prendre la formule au premier degré suggère une sorte de paraphrase, ce qui n’est pas plus désirable qu’un « parti-pris des choses » profondément trompeur. Nous ferions plutôt l’hypothèse que chacun dispose d’un appareil critique dont la mise en éveil repose sur au moins trois critères : une profondeur d’expérience préalable dont nous avons déjà dit le caractère déterminant ; une faculté de mobilisation étroitement tributaire de la perception de congruence à l’archive qu’un rapport initial, sous forme de prime lecture et d’évaluations diverses, renseigne ; la volonté heuristique de pousser le « texte » dans ses derniers retranchements (même si c’est une chimère). À partir de ces prémisses, la question des schèmes préalables appert rapidement : aucune lecture n’est vierge de références et de partis-pris, de confrontations et de spéculations. Trop souvent, cette question est rabattue sur l’idée de « théorie » ou de « modèle » que l’on éprouve, suivant en cela une prescription de l’épistémologie normative qui appauvrit notablement l’idée de schème conceptuel : nous ferions volontiers l’hypothèse que l’heuristique (qu’elle soit recherche empirique de pointe ou travail interprétatif) repose sur un bric-à-brac hétéroclite, fait de présupposés vagues, de tessons de théorie, d’obsessions lexicales, de valeurs rémanentes, etc., qui ne trouvent cristallisation ou ordonnancement qu’au terme d’un processus de mise en forme/mise à l’épreuve. Parfois, des segments plus longs d’une thèse ou d’une « théorie » sont sous-jacents ab initio, mais l’entreprise de traduction ou de rapprochement ne revêt de valeur qu’à l’issue d’un travail probatoire. Le caractère organique ou dialectique d’un écrit est le résultat d’une formalisation et d’une homogénéisation, intrinsèquement liées à ce que nous appellerions en suivant René Lourau le « texte institutionnel (TI) »14. La plupart des représentations épistémologiques occultent le processus (parfois fort lent) d’agrégation pour ne se concentrer que sur le résultat, l’archive écrite, ou publiée, en vertu de quoi sont sacralisés des canons antinomiques (l’induction versus la falsification, le théorique versus l’empirique, etc.). Il n’est pas certain que cette manière de faire n’ait pas quelque responsabilité à l’origine de polémiques irréductibles concernant les caractères distinctifs de la science ; à ce titre aussi, la classique dichotomie de Hans Reichenbach entre contexte de découverte et contexte de justification pose problème, car la question de la formalisation peut aussi bien être considérée comme une scorie historique que comme une dimension fondamentale de la mise à l’épreuve (qu’on la conçoive comme vérification, falsification ou démonstration…).

Comme texte institutionnel, le présent travail d’écriture s’est efforcé d’introduire une régulation particulière entre le travail d’amont et le résultat « final », que l’on pourrait qualifier de contre-expérimentale : alors qu’il est fréquent de transférer dans la thèse-livre le mouvement (ou la dynamique) de l’hypo-thèse, nous nous sommes efforcé d’opérer à contre-courant. Ce qui appelle quelques précisions liminaires avant de pouvoir être explicité.
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