Représentations, émotions, pratiques





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Université européenne d’été 2015

du 30 juin au 3 juillet 2015

Les sociétés à l’épreuve du changement climatique :
éduquer – agir – gouverner

Rendre concret le changement climatique : en parler, le saisir ?

Représentations, émotions, pratiques

Les représentations sociales en France

Gouvieux, le 1er juillet 2015

Solange MARTIN, chargée de mission sociologie, Département économie et prospective, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader : Nous allons maintenant aborder les perceptions et les représentations qu’ont nos concitoyens, en France et dans d’autres pays du monde, des processus en cours. Nous écouterons d’abord Solange Martin, qui est sociologue à l’ADEME et qui est responsable d’une enquête que l’ADEME publie régulièrement. Cette enquête porte sur la perception des questions environnementales. J’en profite pour remercier l’ADEME de son soutien à notre initiative. Nous continuerons cet après-midi à étudier les représentations avec un exposé de psychologie sociale.

Solange Martin : En cette année de COP21, les sondages d’opinion se multiplient, mais l’ADEME n’a pas attendu 2015 pour mener des sondages d’opinion en France sur le changement climatique et l’effet de serre. Notre enquête, qui date de l’an 2000, explore les représentations et les attitudes. Je parlerai également d’autres enquêtes de l’ADEME et de la dernière enquête du Monde et de La Recherche dont a parlé Stéphane Foucart. Les données de l’ADEME sont disponibles sur son site Internet.

L’environnement représente une préoccupation secondaire comparée à d’autres, mais néanmoins forte dans l’absolu, surtout en ce qui concerne le réchauffement climatique. Si l’on demande aux Français de définir leurs priorités entre différentes problématiques de société, depuis 2008 le chômage arrive en tête des préoccupations alors que la pollution ne cesse de décroître depuis cette date. Il est observé ces derniers temps une augmentation des préoccupations relatives aux questions de déficit et d’impôt. Toutes les enquêtes d’opinion en France corroborent ces résultats. Depuis 2011, une montée des préoccupations relatives à l’immigration et à la sécurité est également constatée.

Il ne faudrait pas en conclure cependant que les Français ne sont pas du tout intéressés par l’environnement. Une autre enquête, menée par le Crédoc, montre que depuis 1995, entre 85 % et 90 % des Français se déclarent sensibles ou très sensibles à l’environnement. Récemment, on observe une légère baisse des « très sensibles » est constatée, notamment auprès des jeunes. Il faut donc s’en préoccuper. Cependant, la sensibilité à l’environnement constitue quasiment une norme sociale.

Au sein des préoccupations environnementales, depuis l’an 2000, le triptyque de tête est constitué par la pollution de l’air, la pollution de l’eau et le réchauffement climatique. Dans les années 2007 à 2009, une percée des préoccupations relatives au réchauffement climatique a été observée, en corrélation avec l’élection présidentielle de 2007 et le pacte écologique de Nicolas Hulot, et également avec le prix Nobel d’Al Gore qui a donné lieu à une importante médiatisation. Les risques liés au nucléaire avaient rejoint le trio de tête en 2011, à corréler avec l’accident de Fukushima. La préoccupation relative au réchauffement climatique avait, elle, connu un effondrement en 2010, à la suite du sommet de Copenhague et de la médiatisation du climatoscepticisme. Néanmoins, cette préoccupation est revenue en tête en 2014, et ceci avant le plan médiatique de la COP21. Une question porte également sur la lassitude face au réchauffement climatique. Seuls 15 % de nos concitoyens considèrent que l’on parle trop du réchauffement climatique dans les médias. 41 % d’entre eux estiment que l’on n’en parle pas assez.

Comment se forgent les opinions autour du réchauffement climatique ? Les individus ont besoin d’appuyer leurs représentations sur des perceptions. L’enquête comprend une question ouverte : « en quoi consiste selon vous l’effet de serre ? » La seule réponse valable au sens scientifique (« les gaz, le CO2 ») reste relativement stable. La réponse « chaleur, réchauffement » présente une ambiguïté par rapport à la cause et à la conséquence. Un amalgame est fait de manière persistante avec la couche d’ozone. De même, « la pollution, les déchets » sont également cités : le réchauffement climatique est lié dans les perceptions à tout ce qui relève du développement industriel et des atteintes à l’environnement. À noter, le taux des « sans réponse » a diminué de moitié en plus de dix ans.

Un certain nombre d’activités sont ensuite citées, en demandant à la personne interrogée si chacune d’elle contribue beaucoup, peu ou pas du tout à l’effet de serre. Les émissions causées par les transports sont bien identifiées. En effet, en France, le premier secteur responsable des émissions de gaz à effet de serre est celui des transports. La destruction des forêts est également considérée comme très émettrice, ce qui est vrai au niveau mondial, mais moins au niveau français. Les bombes aérosols sont également surestimées. Cette erreur rejoint celle portant sur la couche d’ozone. Une erreur constante concerne les centrales nucléaires, puisque 53 % des Français considèrent qu’elles contribuent beaucoup à l’effet de serre. Le chauffage est maintenant mieux identifié comme un secteur émetteur, de même que l’agriculture et l’élevage. La réponse « les centrales de production d’électricité » augmente de 20 points, parce que nous avons spécifié cette année « les centrales au fuel ou au gaz ». Le fait de faire référence aux énergies fossiles a fait monter cet item. Il était important d’apporter cette précision puisque se développent des centrales de production électrique photovoltaïques.

Les opinions se construisent à partir des perceptions, mais aussi des représentations. Une perception est un événement cognitif, une sensation, une information lue ou entendue. Une représentation est une abstraction que l’individu élabore au fur et à mesure de ses perceptions. Cette représentation lui est propre, mais elle est cependant aussi largement socialement élaborée. Les représentations constituent une lecture du monde. Elles ressemblent à une armoire où sont rangées les informations, elles permettent de trier et de hiérarchiser celles-ci, mais aussi de construire une vision commune. Ce dernier rôle est important au sein d’une société afin que les individus puissent se comprendre.

Les individus ont besoin d’appuyer leurs opinions sur des perceptions. Pour étudier cet aspect, nous avons posé une question ouverte : « Qu’est-ce qui peut vous faire penser que l’effet de serre/le réchauffement climatique est bien réel ? » La première réponse porte sur les saisons et la météo. On voit bien ici la nécessité qu’ont les individus de s’appuyer sur des éléments concrets ainsi que la confusion fréquente entre les notions de climat et de météo. Si l’hiver prochain est très froid, les mêmes individus peuvent remettre en question la réalité du réchauffement climatique. Les autres réponses citées concernent la fonte des glaces, le niveau de la mer, les catastrophes. L’image de l’ours blanc sur la banquise avec la glace qui fond, par exemple, est une image qui marque les esprits. Ces aspects visibles permettent aux individus de s’approprier la notion de réchauffement climatique, d’où l’intérêt de communiquer sur les impacts potentiels et les efforts d’adaptation, ce qui rend les effets du changement climatique concrets. Le consensus scientifique n’est cité que par 4 % de la population, ce qui signifie que cet élément ne constitue pas une source de croyances.

Nous avons essayé d’approfondir ces questions afin de déterminer quels sont les points d’appui et les échappatoires des convictions ou du scepticisme, vis-à-vis du réchauffement climatique, et quels sont les déterminants culturels et sociodémographiques qui peuvent être analysés. Nous n’avons pas posé la question « pensez-vous qu’il y ait ou non réchauffement climatique ? », mais cette question avait été posée dans l’enquête réalisée par Le Monde et La Recherche. 93 % des Français avaient répondu « oui » et 7 % « non ». Ce chiffre est similaire à celui constaté en Australie, où 7 % de la population ne croit pas à l’existence du réchauffement climatique. À noter, une étude menée en Australie avait posé la question à ces personnes sceptiques : « à votre avis, vous pensez que vous représentez quel pourcentage de la population ? » Les personnes interrogées pensaient représenter 49 % de la population.

Dans l’enquête ADEME, nous avons posé une série de questions plus spécifiques et nous avons établi une typologie à partir des réponses obtenues. La première question demandait s’il existait un consensus ou non parmi les scientifiques. 97 % des scientifiques sont d’accord sur l’existence du réchauffement climatique, mais la population en a-t-elle conscience ? Les courbes montent entre 2007 et 2009, puis s’effondrent fortement en 2010. Néanmoins, une majorité significative continue de penser qu’il y a consensus parmi la communauté scientifique, mais une minorité non négligeable, 35 %, considère que ce consensus n’existe pas.

Il était ensuite demandé si les scientifiques évaluent correctement les risques ou les exagèrent. Les réponses démontrent plutôt un sentiment de confiance envers les scientifiques puisque deux tiers de la population pensent que les scientifiques évaluent correctement les risques. L’enquête réalisée par Le Monde et La Recherche montre que seuls les scientifiques et les médias scientifiques sont estimés majoritairement comme étant dignes de confiance sur ce sujet, ainsi que dans une moindre mesure les associations de sauvegarde de l’environnement. En revanche, les médias généralistes et les élus recueillent peu de témoignages de confiance. La parole scientifique est donc importante, car elle est encore considérée comme particulièrement digne de confiance. À cet égard, un article de La Recherche faisait état de la volonté de la part d’un groupe de l’Académie des Sciences d’émettre un avis minoritaire sur la réalité et la nature anthropique du réchauffement climatique. Si effectivement un avis scientifique minoritaire est publié, les conséquences pourraient être significatives en termes d’impact sur l’opinion publique.

La troisième question portait sur l’origine naturelle ou anthropique du réchauffement climatique. 72 % des personnes interrogées pensent que ce phénomène est anthropique. Enfin, une question visait à connaître l’opinion de la population sur l’origine des désordres climatiques constatés en France (inondations, tempêtes, etc.). 52 % des personnes répondent que ces désordres sont causés par l’effet de serre, 20 % que ces phénomènes sont naturels et enfin 28 % répondent qu’« aujourd’hui, personne ne peut dire avec certitude les vraies raisons du désordre du climat. »

À partir des réponses à ces quatre questions, nous avons élaboré une typologie d’attitudes. 44 % des personnes interrogées sont des convaincus, c’est-à-dire des personnes qui pensent qu’il existe un consensus scientifique sur cette question, que les scientifiques évaluent correctement les risques, que le réchauffement est d’origine anthropique et que les désordres du climat sont dus à l’effet de serre ou que personne ne peut en dire avec certitude les raisons. Une deuxième catégorie est constituée des sceptiques, à hauteur de 12 % : ces personnes pensent qu’il n’existe pas de consensus scientifique, que les scientifiques exagèrent les risques, que le réchauffement est d’origine naturelle et que les désordres climatiques sont d’origine incertaine ou sont des phénomènes naturels. La troisième typologie est celle des hésitants, qui représentent 44 % des personnes interrogées. Ces personnes fournissent des réponses mitigées. Néanmoins, l’absence d’un consensus scientifique est ce qui prédomine parmi ces réponses mitigées. De toute évidence, la vision qu’on les individus de ce qui émane de la sphère scientifique entraîne des conséquences importantes dans l’opinion.

Les variables sociodémographiques apparaissent secondaires pour expliquer ces variations. Néanmoins, la première variable est l’âge. Plus la personne interrogée est âgée, plus elle a de chances d’être sceptique. Moins elle est diplômée, plus elle a également de chances d’être sceptique. Les variables culturelles, c’est-à-dire le positionnement politique, apparaissent plus déterminantes. Il a été demandé aux personnes interrogées de noter leur intérêt pour l’environnement. Plus elles éprouvent d’intérêt pour l’environnement, moins elles apparaissent sceptiques.

Ainsi, ce qui semble déterminer les attitudes envers le réchauffement climatique, quel que soit le continent (États-Unis ou France), peut être expliqué en termes de dissonances cognitives. Ce sujet heurte en effet de plein front un certain nombre de représentations du monde. Certaines idées ont été relevées : la distinction homme/nature, l’infinité du monde, la nécessité de maîtriser le droit d’instrumentaliser le monde, le progrès technique et l’intelligence humaine sont infinis, le progrès technique et le progrès moral vont de pair, l’humanité est immortelle, etc. Outre-Atlantique, mais aussi en France, l’idée que le libéralisme économique conduit à un optimum collectif joue également un grand rôle. Des expériences ont été menées aux États-Unis auprès de républicains. À un premier groupe, on présente le réchauffement climatique en disant que les solutions peuvent être trouvées dans la libre entreprise et le jeu normal du marché, ou que cela justifie de relancer l’industrie nucléaire du pays. À un deuxième groupe, on explique qu’il faudra passer par des régulations étatiques, une taxe carbone, etc. Évidemment, le premier groupe admet beaucoup plus facilement la réalité du réchauffement climatique que le second. Les questions de positionnement idéologique apparaissent donc très fortes.

La nécessité morale d’agir à partir du moment où le réchauffement climatique et ses conséquences sont établis n’est jamais remise en cause. Personne n’ose déclarer : « ce n’est pas grave ! », sauf éventuellement quelques groupes de fatalistes, aux États-Unis, qui pensent que l’Apocalypse arrive. Il s’ensuit que les personnes qui ne veulent pas des conséquences du réchauffement climatique sont obligées de remettre en cause le diagnostic et donc les résultats scientifiques prouvant la réalité et l’origine anthropique du réchauffement.

Sur ce sujet, les jeux des lobbys industriels sont bien connus. Toutefois, il est nécessaire d’aller au-delà et de considérer l’hypothèse de Clive Hamilton sur l’angoisse qui peut être générée par le réchauffement climatique au sein de la population. Les études en sociologie du risque ont montré que certains attributs modifient la perception du risque par la population et le rendent plus ou moins acceptable. Le risque rattaché au réchauffement climatique apparaît d’autant moins acceptable qu’il est subi, créé par l’homme, inconnu puisqu’il subsiste de nombreuses incertitudes sur ses impacts, catastrophique, injuste, car il touche davantage les populations qui ne sont pas responsables (maintenant et historiquement) de cette situation, et incertain. Quant au caractère mémorable, la seule comparaison possible concerne la canicule de 2003 en France. En raison de tous ces éléments, le risque lié au réchauffement climatique est perçu de manière particulièrement désagréable et anxiogène.

Nous avons également étudié de quelle manière sont perçues les conséquences quand le risque se réalise. Un échantillon de 450 personnes a été constitué à partir de la population de communes déclarées en situation de catastrophe naturelle en 2013. Il s’agissait principalement de communes victimes d’inondations. La question suivante avait été posée à ces personnes : « Là où vous habitez, avez-vous déjà subi les conséquences de désordres climatiques ? » Il est observé que sur cet échantillon, les opinions sont légèrement différentes. Ainsi, 84 % de ces personnes (contre 72 % pour l’échantillon global) estiment que le réchauffement climatique est causé par des activités humaines. 73 % (contre 55 %) estiment que les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles à cause des dérèglements climatiques. La propension à accepter des mesures contraignantes, telles que limiter la vitesse sur l’autoroute à 110 kilomètres/heure, ou coûteuses, telles qu’instaurer une taxe carbone, augmente.

D’une façon générale, il convient de ne pas sous-estimer la montée d’un sentiment d’urgence et d’inquiétude ainsi qu’un certain pessimisme parmi l’opinion publique. Lorsque l’on interroge les Français sur les conséquences du réchauffement climatique, 43 % d’entre eux pensent que nous nous y adapterons sans trop de mal. En revanche, 55 % d’entre eux estiment que les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles et une très petite minorité (2 %) considère que le réchauffement entraînera des effets positifs pour l’agriculture et les loisirs.

Dans l’enquête du Monde et de La Recherche, il était demandé aux personnes interrogées à quelle échéance elles pensaient que des conséquences dramatiques surviendraient pour la planète. 53 % des personnes ont répondu « c’est déjà le cas » ou « d’ici 1 à 10 ans ». Dans l’esprit de ces personnes, le risque ne concerne donc pas les générations futures, mais elles-mêmes. Lors de la même enquête, une question demandait si les conséquences du changement climatique étaient surestimées ou sous-estimées. Une majorité significative considérait que ces conséquences étaient sous-estimées.

L’enquête de l’ADEME pose également la question : « Pensez-vous que le réchauffement climatique sera limité à des niveaux acceptables d’ici à la fin du siècle ? » 60 % des personnes interrogées ont répondu non. Cette réponse révèle une réelle inquiétude qui doit interpeller les différents acteurs (États, entreprises, associations, etc.)

Une dernière série de questions portent sur les mesures d’adaptation ou d’atténuation. Une importante majorité de la population (84 %) considère que les territoires devront s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. Néanmoins cela ne signifie pas que la population considère majoritairement qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’essayer de s’adapter. Dans l’enquête du Monde et de la Recherche, 76 % des personnes interrogées considèrent que le réchauffement climatique représente un phénomène très préoccupant et qu’il est urgent d’agir. Seulement 16 % considèrent qu’il est trop tard pour agir et 8 % qu’il faut chercher des solutions, mais qu’on a le temps d’agir.

Que faut-il faire et qui doit le faire ? Une autre question laisse le choix entre quatre solutions. La première « il faudra modifier de façon importante nos modes de vie » arrive en premier choix, avec 57 % des réponses, devant « c’est aux États de réglementer » (19 %), « le progrès technique permettra de trouver des solutions » (11 %) et « il n’y a rien à faire, le réchauffement de l’atmosphère est inévitable » (12 %).

Les réponses aux questions portant sur les actions à mettre en œuvre rejoignent la hiérarchie des activités les plus émettrices de gaz à effet de serre : agir au niveau des transports, mieux isoler son logement, etc. Les Français plébiscitent les compteurs intelligents qui leur permettent de maîtriser leurs consommations d’énergie. Ils souhaitent que soient développées les énergies renouvelables et ils sont favorables à l’idée de taxer les véhicules les plus émetteurs. De plus, 65 % des personnes pensent qu’il serait souhaitable d’obliger les propriétaires à isoler les logements au moment d’une vente ou d’une location. Or seuls 40 % des Français sont locataires, ce qui signifie qu’une partie des propriétaires accepterait cette obligation. Les mesures plus contraignantes ou qui impliquent des taxations bénéficient d’une moindre acceptabilité.

Les Français sont prêts à accomplir certains efforts pour lutter contre le réchauffement climatique. Ils limitent leur consommation de papier et sont prêts à manger un peu moins de viande. En revanche, ils ne sont pas prêts à prendre moins souvent l’avion pour ceux qui le prennent. Vis-à-vis de la mobilité, les jeunes sont davantage disposés à adopter le covoiturage ou à utiliser le vélo. Cependant, l’idée que les gestes individuels sont efficaces pour lutter contre le réchauffement apparaît en décroissance. Les individus sont prêts à réaliser certains efforts, mais demandent à être accompagnés et à ne pas être les seuls à faire des sacrifices.

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader : Nous disposons de cinq minutes pour quelques questions, mais nous aurons l’occasion de discuter ultérieurement de cet exposé.

Une intervenante : Je suis ravie d’apprendre que ces enquêtes ont lieu et que les résultats sont accessibles à tous sur le web.

Solange Martin : Sur le site de la médiathèque de l’ADEME, vous trouverez les résultats de l’enquête et le rapport d’analyse rédigés par Daniel Boy, du CEVIPOF.

Une intervenante : Je remarque que 53 % des personnes interrogées répondent que l’industrie nucléaire peut être en lien avec l’effet de serre. Vous avez déclaré que ces personnes sont dans l’erreur. Mais si nous prenons en compte l’ensemble de la filière nucléaire, depuis l’extraction du minerai jusqu’à la construction des centrales, toutes ces activités émettent du CO2. Je ne sais pas sous quelle forme a été posée la question…

Solange Martin : Il était demandé aux personnes interrogées si les centrales nucléaires contribuent peu, beaucoup ou pas du tout à l’effet de serre ou au réchauffement climatique. Au départ, en l’an 2000, l’enquête mentionnait uniquement l’effet de serre, puis nous avons ajouté en 2006, dans le libellé, le réchauffement climatique et un certain nombre de réponses ont d’ailleurs changé.

Votre remarque sur l’analyse du cycle de vie est tout à fait exacte. Ceci dit, la même remarque pourrait être formulée sur les énergies renouvelables. Les réponses enregistrées mentionnent que l’industrie nucléaire contribue beaucoup à l’effet de serre, ce qui représente une erreur par rapport aux autres activités citées. Cette erreur s’explique d’une certaine façon par rapport au terme de « réchauffement » : une centrale nucléaire produit de la fumée, ce qui est assimilé par certaines personnes à de la chaleur. De plus, une centrale nucléaire est considérée comme l’emblème du développement technologique et industriel, ce qui entraîne dans les réponses une surpondération du rôle de l’industrie nucléaire.

Il est intéressant lors de ces enquêtes de constater les fausses représentations qui peuvent exister dans l’esprit de la population. Nous incluons pour cette raison une réponse qui fait référence à la couche d’ozone, ce qui nous permet d’observer que des progrès restent à réaliser pour permettre la compréhension de ces phénomènes.

Un intervenant : Avez-vous essayé de corréler ces résultats à ceux d’autres enquêtes qui évaluent de manière générale la confiance en l’avenir ? Certaines enquêtes font en effet apparaître un décalage sur ce point entre la France et d’autres pays européens. Le pessimisme par rapport au réchauffement climatique est-il associé à un pessimisme plus général ou non ?

Solange Martin : Nous avons posé pour la première fois l’année dernière la question relative au pessimisme. Il n’est donc pas possible de constater une évolution et d’effectuer une comparaison par rapport aux enquêtes Crédoc qui interrogent les Français sur leur confiance en l’avenir. Il est vrai que la France a pour particularité d’être un pays pessimiste, avec toutefois un paradoxe : on considère globalement que tout va mal, mais que soi-même on va bien ! J’ai cependant eu connaissance de données d’après lesquelles 81 % de la population mondiale était inquiète au sujet du réchauffement climatique. Cette inquiétude n’est donc pas que française.

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader : Nous devons arrêter là cette discussion. Merci pour cet exposé.

Ce document a été rédigé par la société Codexa (www.codexa.fr).

Université européenne d’été 2015

30 juin - 3 juillet 2015



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