Les institutions culturelles en france depuis la liberation





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LES INSTITUTIONS CULTURELLES EN FRANCE DEPUIS LA LIBERATION.
-Selon Jean-Michel Djian, « la politique culturelle est une invention française », née « d'une préoccupation constante des pouvoirs monarchiques, impériaux ou républicains de s'accaparer, au nom d'une mystique nationale, la protection d'un patrimoine artistique et par extension d'encourager ce qui le deviendra ».

-La politique culturelle française se distingue en effet par sa longue histoire, la forte présence de l'État, et la continuité des institutions au fil des siècles. « Ni la volonté politique, ni les moyens financiers, ni l'armature administrative », souligne Jacques Rigaud, n'atteignent un tel niveau dans aucun autre pays. Et si ce « volontarisme culturel à la française » est vu d'un oeil parfois sceptique par les observateurs étrangers, en raison des risques de l'émergence d'une culture étatique et conformiste, du centralisme des prises de décisions, et de la survivance de pratiques quasi-monarchiques, il n'en reste pas moins envié par ses voisins.

-Les premières décisions se prennent en parallèle à l’avènement de l’État et son affirmation face au pouvoir religieux. Les actions actuelles et l’administration dont elles émanent, résultent d’une succession de ruptures politiques et institutionnelles, mêlées à la continuité des soutiens des dirigeants à travers les siècles, et largement façonner par quelques hommes et femmes.

-La conception d'un devoir d'intervention des autorités dans l'art et la création, dont l'émergence est datée par Djian au XVIIe siècle[1], paraît aujourd'hui encore légitimée par la place prépondérante que donnent à la culture les Français dans les priorités politiques.

-Selon les régimes, ces actions s'inscrivent dans divers enjeux : constitution d'une culture nationale et défense de la diversité culturelle, opposition entre culture savante et arts populaires, sauvegarde du patrimoine culturel et soutien aux créateurs contemporains, grandeur de la France et socle démocratique, industrialisation culturelle et non marchandisation de l'art.

-En 2003, l'Union européenne comptait 5,8 millions d'employés dans la culture et investissait 2,6% de son PIB pour la culture.

-Selon une étude de 1996, l’État couvre 50% du financement public de la culture, dont les 2/5 au travers le ministère de la Culture, l’autre moitié étant couverte par les collectivités locales, au premier rang desquelles se trouvent les communes (38% contre, 8% par les conseils généraux et 4% par les Conseils régionaux.

- Ce constat est d’autant plus vrai que depuis les rois de France, l'État est mécène du monde des arts, subventionnant des structures d'accueil et commandant des œuvres. Sous la Cinquième République, chaque président, à l'exception de Charles de Gaulle, a cherché à laisser une trace dans le paysage culturel français, et surtout parisien, avec le musée d’art contemporain de Georges Pompidou, le musée d’Orsay et la Cité des sciences et de l'industrie de Valéry Giscard d’Estaing, du Grand Louvre de François Mitterrand, ou le musée du quai Branly de Jacques Chirac.

-Outre l'action étatique, le mécénat privé, fiscalement encouragé, vient également financer la culture. Pour autant, le privé est encore vu en France comme un complément au financement public, et non comme un acteur à part entière. La part du mécénat et de la philanthropie est estimé à environ 0,09% du PIB français, tandis qu'aux États-Unis il avoisine 2,1% du PIB américain.

-La France participe également en son nom ou à travers l'Union européenne, aux organismes francophones (Organisation internationale de la francophonie), européens (Conseil de l'Europe) et internationaux (OMPI, UNESCO, OMC)1.

-A ce titre, il n’est pas usurpé d’évoquer l’existence d’un « Etat culturel ».

-Pourtant, au-delà de la force apparente qu’évoque cette expression, la multiplication des acteurs, la professionnalisation du secteur, la perte de pouvoir de l’État, la mondialisation culturelle grandissante rendent compte d’une crise d’identité de cet « Etat culturel ».

-Pourtant, il est souvent encore question de la défense de l’ « exception culturelle». Cette notion, que les gouvernements rapprochent de la diversité culturelle, est apparue lors les négociations de l’Uruguay round du GATT, en 1993, où J. Toubon conteste l’influence culturelle américaine2.

Cet exposé qui démarre au moment de la Libération va ainsi se scinder en deux parties, qui correspondent schématiquement à un avant et à un après Malraux.

I- La politique de la culture de la Libération à Malraux.
Il va être d’abord question de souligner que cette politique de la culture a fait l’objet de toute l’attention des promoteurs de la quatrième République, avant de voir que cette volonté se cristallise au moment de l’institution du Ministère de la culture. Ce dernier aspect permettra ainsi d’aborder ensuite la vision de la culture qu’a pu déveloper d’André Malraux.


  1. Une préoccupation de la IVème République.


-Avec la Libération, une nouvelle république naît pleine d’espoir. La Constitution de 1946, garantit « l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». La Quatrième République se veut l’héritière de la décentralisation et de la démocratisation culturelles, initiées contradictoirement par le Front populaire et l’État Français.

-En charge du théâtre et de la musique au ministère de l’éducation nationale, Jeanne Laurent, encourage le théâtre populaire, à travers le Théâtre national populaire et le Festival d’Avignon. Elle engage aussi, dans cette optique de popularisation du spectacle vivant, la « décentralisation dramatique ». En 1946, elle appuie l’ouverture des premiers centres dramatiques nationaux et organise le concours des jeunes compagnies, permettant l’émergence de nouveaux metteurs en scène3.

-La décentralisation culturelle dépasse le théâtre avec les bibliothèques centrales de prêt, les musées départementaux et municipaux, et la médiation culturelle entreprise par les réseaux associatifs et fédérations (Peuple et culture, Travail et culture, Foyers ruraux, Fédération nationale Léo-Lagrange, Ligue de l'enseignement…).

-La Quatrième République s’intéresse aussi à la lecture publique, en créant une direction des bibliothèques et de la lecture publique dirigée par Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque nationale de France. Elle met en place le réseau des bibliothèques centrale de prêt départementales, modernise les bibliothèques municipales, et crée les bibliobus pour desservir les campagnes.

-Quant au cinéma, après l'accord Blum-Byrnes, il se voit protégé de l’arrivée des studios hollywoodiens dans les salles de l’Hexagone, par la création du centre national de la cinématographie (1946) et l’instauration de la taxe de sortie des films et l’avance sur recettes (1948), permettant une meilleure défense de la production française.

-Enfin, une meilleure protection sociale et juridique est offerte aux artistes par la Caisse nationale des Lettres, de nouvelles aides à la création et la loi sur la propriété littéraire et artistique de 1957.

-Pourtant, en 1955, Jeanne Laurent appelle de ses vœux, dans La République et les Beaux-Arts, une politique volontariste et inscrite dans la durée sous forme de plan pluriannuel, comprenant un soutien aux artistes.

-Les intellectuels commencent à espérer la nomination d’un ministre des Arts à la triple mission de conserver, éduquer et soutenir. L’éphémère ministère de la Jeunesse, des Arts et des Lettres de 1947 n’a pas répondu aux espoirs : la succession des cabinets entre 1946 et 1958 n’a pas permis en effet une politique de long terme, et les faibles budgets consacrés aux arts ainsi que le manque d’indépendance du secrétariat aux Beaux-Arts, limitent les possibilités d’actions. La politisation de la culture sur fond de guerre froide ne favorise pas non plus le soutien étatique du secteur. Ce ministère, dessiné par Jean Zay, sera créé avec l’avènement d’une nouvelle République, par André Malraux.


  1. Naissance du Ministère de la culture.

-Après son accession au pouvoir, général De Gaulle demande à Michel Debré d’inclure André Malraux dans son gouvernement, pour créer un ministère pour l’Art et la Culture. Il est nommé ministre d'État le 3 février 1959, puis ministre d’État chargé des Affaires culturelles le 22 juillet, et son ministère est institué par le décret du 24 juillet 1959 écrit de sa main.

-La nouvelle structure doit se créer de toute pièce. Elle regroupe des services qui dépendent jusqu’alors de divers ministères : l’Éducation nationale (Direction générale des Arts et Lettres, Direction de l’Architecture, Direction des Archives de France), l’Industrie et du Commerce (Centre national de la cinématographie), et les activités culturelles du Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports. Plus tard, en 1975, la Direction du livre rassemble également divers services gouvernementaux. Mais les activités culturelles à l’international restent aux mains du Quai d’Orsay. Le ministère ne convainc pas et son administration se constitue face à une vague de démission, compensée par les fonctionnaires coloniaux récemment rapatriés.

-Dès lors, l’État mécène du monde des Arts cède sa place à une politique culturelle généralisée. Il s’agit d’un « moment de convergence et de cohérence entre, d’une part, des représentations du rôle que l’État peut faire jouer à l’art et à la "culture" à l’égard de la société, et, d’autre part, l’organisation d’une action publique ».

-Pour De Gaulle, la création d’un ministère dédié est un outil de réconciliation nationale, après 20 ans de crises (guerres mondiale et coloniales), par la refondation d’une communauté nationale unie par l’esprit. Elle illustre aussi que le rayonnement de la France dans le monde doit se faire également sur le plan intellectuel. Mais, comme le souligne Emmanuel Wallon cette politique de l’État « échappe le plus souvent à l’organe censé incarner la souveraineté populaire, le parlement », durant la Cinquième République, encore davantage que sous les précédentes.

-Le premier combat de Malraux est d’asseoir son ministère. Il doit convaincre ses collègues de ses capacités ministérielles, son administration de la possibilité d’indépendance des arts et de la culture aux dépens de l’éducation, et le milieu culturel de la légitimité d’un ministère dirigeant l’action culturelle. Pour ce faire, il use de sa personnalité, de ses réseaux artistiques(Matisse, Braque, Picasso, Giacometti), de sa reconnaissance internationale, pour développer une politique artistique de prestige.

-Homme de l’écrit, il s’est bâti une réputation d’orateur à travers ses discours, tel celui de Bayeux, et en use avec grandiloquence. Il construit peu à peu son ministère, créant en 1961 la Direction du Théâtre, de la musique et des spectacles. Il s’appuie sur le Plan quinquennal de modernisation économique et social pour asseoir ses choix, et sur le Président de la République pour des rallonges budgétaires.

-L'œuvre du ministre se concrétise visuellement par les commandes du plafond de l’Odéon à André Masson, du plafond de l’Opéra de Paris à Marc Chagall, par l’envoi de la Joconde de Vinci aux États-Unis, la restauration du château de Versailles, ou encore par campagne de ravalement des grands monuments de Paris.

  1. La culture selon Malraux.


-La politique culturelle du Ministère est définie comme un désir de démocratisation de la culture, même si André Malraux (1901-1976) n’a jamais employé ce mot. Une volonté égalitaire qui se concrétise par deux politiques : la protection sociale pour les artistes et l’accès pour tous à la culture.

-Le décret du 24 juillet 1959 créant le ministère, lui donne la « mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ». Il s’agit moins de faire venir tout le monde à la culture, que de permettre à tous ceux qui le désirent, d’y accéder. Le déploiement des centres dramatiques, l'ouverture des Maisons de la Culture dans plusieurs villes (Grenoble, Amiens, Bourges…), et l'implantation des comités régionaux des affaires culturelles (ancêtres des DRAC) illustrent un effort d'irrigation du territoire axée sur les arts nobles, généralisation du travail de Jeanne Laurent. La diffusion télévisuelle de la tragédie Les Perses d’Eschyle le 31 octobre 1961, confirme cette même volonté d’une haute culture au plus grand nombre.

-En revanche, cette démocratisation se fait sur le refus des dispositifs pédagogiques. Pour Malraux, l’action culturelle doit être fondée sur le « choc esthétique », qui consiste à croire aux qualités intrinsèques de l’œuvre pour procurer une émotion au public, sans qu’il y ait besoin de médiation. Ainsi déclare-t-il : « Il n’est pas vrai que qui que ce soit au monde ait jamais compris la musique parce qu’on lui a expliqué la Neuvième Symphonie. Que qui que ce soit au monde ait jamais aimé la poésie parce qu’on lui a expliqué Victor Hugo. Aimer la poésie, c’est qu’un garçon, fût-il quasi-illettré, mais qui aime une femme, entende un jour : "lorsque nous dormirons tous deux dans l’attitude que donne aux morts pensifs la forme du tombeau" et qu’alors il sache ce qu’est un poète ».

Il sépare la mission du « faire connaître » qu’il donne à l’université de celle de « faire aimer », qu’il assigne aux artistes.

Logiquement, l’éducation populaire est dès lors écartée du giron de la culture.

-Un système fort de soutien à la professionnalisation des artistes est mis en place. Selon Olivier Donnat, en accentuant l’action culturelle de l’État gaulliste, le but était également d’affaiblir l’influence du Parti communiste auprès des artistes et d’introduire une division entre l’action culturelle et le mouvement d’éducation populaire, devenant animation socio-culturelle chapeauté par le Haut Commissariat à la jeunesse et aux sports.

-Malraux plaque sa vision de la Culture au ministère, considérant que l’amour de l’art vient par la confrontation vivante aux œuvres. Il va à l’encontre de l’académisme et défend l’avant-gardisme. Il installe un nouvel État-providence, mécène initiateur et régulateur, dans lequel la démocratisation se concrétise dans la confrontation du peuple aux Arts.

-Malraux poursuit donc le travail de Jeanne Laurent en complétant les centres dramatiques nationaux des Maisons de la Culture qui adopte la pluridisciplinarité (théâtre, danse, cinéma, musique). Elles devaient s’installer dans chaque département, par la seule décision de l’État, sans concertation avec les acteurs locaux mais en demandant leur contribution financière. Elles ne seront qu’une dizaine, symbole de la centralisation excessif voire maladif du ministère malrucien. Dans cette optique de diffusion et de conservation des chefs d’œuvres, il subventionne la Cinémathèque française d’Henri Langlois qui s’installe dans le Palais de Chaillot.

-Pour autant, Malraux ne pense pas la culture uniquement par le service public, et organise des systèmes d’aide au secteur privé, tel le décret du 23 octobre 1964, instaurant un fonds de soutien au théâtre privé à travers une taxe sur chaque billet vendu.
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