Le rituel de mort et de resurrection. 31





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TESTE DAVID CUM SYBILLA.


Au sommet de la montagne éclate le feu du ciel, celui qui tombe sur l'holocauste pour le consumer, voire sur les imprudents Nadab et Abihu. C'est encore du Mont Carmel qu'Elie fera tomber la foudre sur les soldats d'Ochozias qui voulaient s'emparer de lui. Tel est le feu-lumière-électricité, manifestation matérielle de l'Esprit - ou mieux manifestation subtile - car la lumière n'est pas « matière » au sens des physiciens 51. Ce feu laissera son rayonnement sur « la peau du visage » de Moïse, à la descente du Sinaï. (Exode XXXIV. 29).

Dans la caverne, c'est la Lumière incréée qui « fond » sur le contemplatif et le plonge en extase. La Ténèbre de la caverne est un approfondissement de la Nuée translumineuse dans laquelle se trouve Yahweh, et qui conduisit les Hébreux au travers du désert : sombre de jour, lumineuse de nuit 52. C'est donc dans la recherche du clair-obscur, de la pénombre favorable à la contemplation, que nous trouverons l'ambiance convenant véritablement aux édifices sacrés 53.

Si la montagne a engendré les hauts monuments qui se dressent dans les plaines, la caverne rituelle a provoqué, elle, le temple égyptien hypostyle, d'où découlent tous les autres, y compris le Temple de Jérusalem, la première Basilique Saint-Pierre à Rome, la mosquée ou la basilique romane. Les dolmens en sont également des vestiges - les menhirs étant, eux, fils de l'obélisque, rayon pétrifié du soleil et de « benben », la pierre levée.

Le temple-montagne est celui des sacrifices publics extérieurs, il subsiste en Orient ; tandis que le temple-caverne du sacrifice intérieur s'est étendu à l'Occident.

Nous ne comprendrions pas cette étonnante unité architecturale, si nous ignorions que tous les peuples - guidés à toutes les époques par les témoignages de leurs voyants - savaient tous que non seulement un Dieu devait mourir pour ressusciter 54, mais que ce drame était lié à une montagne et à une caverne. C'est ce qu'on appelle la Révélation Primitive.

Jésus naîtra dans une grotte à Bethléem, agonisera spirituellement dans la grotte du Jardin de Gethsemani, et ressuscitera dans le « tombeau creusé dans le roc » de Joseph d'Arimathie.

Jésus passera ses nuits à « prier sur la montagne », son message essentiel sera le « Discours sur la Montagne », il sera transfiguré sur le Thabor, crucifié sur le Golgotha et « enlevé au ciel » sur le Mont des Oliviers.

Fait remarquable, si le fils du charpentier fut « pendu au bois » comme un fruit, comme le fruit « bon à manger » (et comme le serpent), l'arbre vivant, l'arbre à fruits des rites de fécondité - qui marquèrent la dégradation spirituelle du matriarcat - ne jouera aucune part dans le drame. Tout au contraire, les astres sont associés à la naissance et à la mort du Christ : l'étoile conduit les bergers et les Rois Mages, et la lune éclipse le soleil, quand « tout est consommé ». Il y a là de grandes leçons, pour qui a des yeux...

Dans le Dies Irae, l'Eglise unit les témoignages des Voyants et des Prophètes : Teste David cum Sybilla que reproduit le plafond de la Sixtine. Il nous est aisé de ne pas confondre les deux, car, depuis Samuel, l'ancien voyant « porte le nom de Prophète » (I. Sam. IX. 9) chez les Hébreux.

En quoi consiste la prophétie proprement dite ? « C'est une connaissance gravée, par la révélation divine, dans l'intelligence du prophète, sous la forme d'un enseignement ». Quelle était la part des substances spirituelles angéliques ou démoniaques et des causes naturelles chez les voyants de l'époque préhistorique ou chez les sybilles et pythies de Cumes, de Delphes ou d'Ephèse ? Nous ne pouvons le savoir, bien que dans les cas des pythies, survivances du matriarcat, l'origine démoniaque semble l'emporter, ce qui n'empêche pas certaines manifestations de vérité 55.

Toujours est-il que l’être humain peut sortir - naturellement ou surnaturellement - du plan spatio-temporel, soit par divination, soit par voyance, soit par prophétie proprement dite. Cette sortie mettra l'esprit en contact direct avec l'invisible, mais à un plan qui diffère totalement suivant le niveau spirituel du sujet, qu'il s'agisse d'un devin à « la boule de cristal », d'un shamane, d'un raja-yoga ou, enfin, d'un prophète authentique.

Observons bien que sont ici imprimées, dans la mémoire du sujet, des images d'expériences qu'il n'a pas vécues avec sa conscience réfléchie, ni même avec ses sens dans le cas des idées infuses. C'est un matériel étranger à lui-même.

Les devins obtiennent des visions sensibles par des procédés variés utilisant leurs sens extérieurs, passagèrement écartés du milieu immédiat par « concentration » de l'attention sur l'image perçue 56. Les voyants réalisent, par leur industrie, un arrêt momentané de la connaissance sensible : c'est le cas des shamanes en état cataleptoïde, des yoguins en état de « perception subtile » (ou dédoublement), des médiums de toutes classes et des somnambules. Il en résulte des visions imaginatives. Enfin les prophètes s'offrent simplement à l'invasion surnaturelle, s'y disposant parfois par la prière ou la psalmodie.

Or, les réalités sont manifestées, par Dieu, à l'esprit des prophètes de trois façons :

« Tantôt c'est par l'intermédiaire des sens extérieurs au moyen de formes sensibles : par ex. Daniel vit des inscriptions sur la muraille (Dan. V. 17). Tantôt c'est un moyen de formes imaginatives, soit que Dieu les imprime directement sans qu'elles soient reçues par les sens : tel serait le cas de l'aveugle-né, dans l'imagination duquel s'imprimeraient les images des couleurs ; soit aussi que Dieu arrange de façon spéciale les formes reçues par les sens : tel est le cas de Jérémie qui vit « bouillir une chaudière venant du septentrion » (Jérémie I. 13). Tantôt enfin c'est au moyen d'idées imprimées dans l'esprit du prophète : c'est le cas de ceux qui reçoivent la science ou la sagesse infuse, comme Salomon et les Apôtres » 57.

Il s'ensuit que seules les visions imaginatives requièrent « l'abstraction des sens » afin que cette apparition des images ne soit pas confondue avec les réalités perçues par les sens extérieurs.

Cette aliénation peut être imparfaite comme lorsqu'on est profondément absorbé ou, en quelque sorte, « absent » de la réalité extérieure ; ou parfaite dans le sommeil : songes et « grands rêves » ; ou mieux encore, lorsqu'on est « ravi hors de ses sens » comme Pierre dans la chambre haute (Act. X.910) ou Saül sur le Chemin de Damas. Dans l'Ancien Testament, les « songes » durant le sommeil semblent l'emporter sur les « visions » à l'état vigile.

Contrairement à l'opinion courante, la prophétie en laquelle la vérité surnaturelle est considérée toute nue, dans une vision intellectuelle, est supérieure à celle qui utilise le symbole des réalités corporelles dans une vision imaginative. C'est en ce sens que Saint Paul nous dit : « Aspirez surtout à être prophètes » (I Cor. 14.1) ! C'est pourquoi saint Thomas place David - qui reçoit des idées intelligibles infuses - au-dessus d'Isaïe et de Jérémie aux magnifiques visions imaginatives, car la réception d'idées directement infusées est le mode majeur d'information adamique. Aussi l'apôtre Jean est-il plus grand dans son Evangile que dans son Apocalypse 58.

En outre, si les visions imaginatives ou sensibles - qui sont celles des voyants et devins et dont le siège opératoire est le cerveau postérieur - peuvent venir des démons, il n'en est point de même des visions intellectuelles, dont l'instrument est le cerveau antérieur, et qui s'adressent donc à l'homme complet (cf., chap. III, p. 100). Il s'ensuit que la recherche de l'abstraction des sens, et même de la simple « dissociation de l'imagination et de l'esprit critique », en vue des visions imaginatives ou « rêves éveillés » est, par essence, périlleuse. La réception inattendue de ces sortes de visions est un danger pour le mystique, Jean de la Croix ne cesse d'y insister dans la Montée du Carmel.

A l'opposé de la voie sûre de l'extase des ténèbres, qui mène aux connaissances infuses, tout le courant gnostique et illuministe, auquel se joint actuellement le flux hindouiste, recherche au contraire, les visions : le « cinéma » de l'invisible, et veut faire passer ces visions pour des extases authentiques... !

Or, toute recherche de révélations ou de visions, à notre époque, est en retard de deux mille ans sur l'avénement réalisé.

Jadis, la voyance pour les Gentils, la prophétie pour les Hébreux, étaient nécessaires ; elles acheminaient lentement les esprits vers l'éblouissement de la Vérité. Job, le Gentil, dont « l'œil a vu » Yahweh, montre la lucidité d'un monothéisme très pur en l'expérience mystique de la Nuit.

La voyance - succédané de la prophétie - fut l'un des plus puissants facteurs de cohésion (analogue à la Communion des Saints) entre les Gentils et le peuple élu ; la scène des Rois Mages (Math. 2) en offre une illustration saisissante.

« Mais à présent que la foi est fondée dans le Christ et que la loi évangélique est manifestée en cette ère de grâce, il n'y a plus lieu de s'enquérir de cette manière, ni que [Dieu] parle ni réponde comme alors. Car, en nous donnant comme Il nous l'a donné, son Fils qui est son unique Parole - car Il n'en a point d'autre - Il nous a dit et révélé toutes choses, en une seule fois, par cette Parole et n'a plus à en parler » 59.

Et le Docteur des Nuits insiste : « C'est pourquoi celui qui demanderait maintenant à Dieu ou qui voudrait quelque vision ou révélation, non seulement ferait une sottise, mais ferait injure à Dieu », lui redemandant le Christ, « l'obligeant à s'incarner à nouveau et à passer par sa première vie et sa première mort ».

L'époque de la voyance est révolue. Celle-ci marque aujourd'hui la pensée lunaire ; elle dénote d'ailleurs une faille de l'esprit critique. C'est une forme de névrose chez les occidentaux en possession de la Révélation. Il n'y a plus rien à « savoir », ni à « voir ». Tout est révélé, il n'y a plus qu'à aimer ; c'est le règne de l'Esprit-Saint, de la loi de Grâce.

« Il est faux que l'on ait jamais prédit l'avenir » a observé Gordon, en connaisseur (il a prédit exactement le jour et l'heure de sa mort), c'est une manière pratique de s'exprimer. « Le voyant et le prophète ne s'occupent en rien du futur en tant que tel : ils voient uniquement du présent, c'est-à-dire ce qui est ».

C'est d'ailleurs ce qui empêche les voyants, comme les prophètes, de situer dans le plan spatio-temporel les évènements qu'ils annoncent. Dès qu'ils tentent de le faire, ils tombent hors du plan du réel, de l'éternel présent, et se livrent à des supputations toujours sujettes à erreur.

En conclusion, au delà de toutes les divinations de bas étage il y eut, dans toutes les civilisations passées, des aperceptions véritables du Plan de la Rédemption, même par le moyen de pratiques naturelles ou démoniaques. Car les démons peuvent prédire certaines vérités, étant parfois les instruments de Dieu qui s'en sert pour instruire les bons, voire pour châtier les méchants : « l'esprit de mensonge » du Livre des Rois en est le témoignage éclatant 60.

« C'est ainsi que même les Sybilles ont fait beaucoup de prédictions vraies sur le Christ » observe saint Thomas, et ce vrai qu'annoncent les prophètes des démons vient aussi, obligatoirement, du Saint-Esprit, soit en vertu de leur propre nature dont l'auteur est le Saint-Esprit, soit par une révélation des bons esprits.

Mais la Rédemption approchait, ainsi que la grande offensive des fondateurs de fausses religions : Zoroastre, Mahâvira, Bouddha, Lao-Tseu, Confucius, Pythagore, Platon...

« Les prophètes n'avaient presque jamais manqué au peuple d'Israël, du jour où il avait commencé à avoir des rois, mais ils n'avaient servi qu'à ces rois, et n'avaient pas profité aux nations. Mais lorsque s'ouvrit l'ère de l'Ecriture, au contenu plus manifestement prophétique, qui devait être utile un jour aux nations » 61,

c'est-à-dire l'ère du proto-évangile d'Isaïe, au VIIIme siècle avant Jésus-Christ - saint Augustin observe : « c'est alors que fut fondée cette Rome qui devait commander aux nations », puis offrir ses chaussées de pierre à la diffusion de la Parole.

C'est pourquoi nous pensons que de précises concordances, comme celles que l'on trouve dans Virgile, Platon ou Héraclite, viennent non point seulement de voyance, ni d'initiation égyptienne, mais d'une connaissance de certains Livres des Hébreux déjà dispersés, à cet effet, dans « toutes les nations qui sont sous le ciel » (Actes II. 5).

Toute l'humanité antique a eu les yeux fixés sur Celui en qui devait se restaurer la nature déchue. Les anciens, tout en regrettant le Paradis Terrestre, ont toujours regardé devant eux. Tout au contraire, depuis deux mille ans, nous pouvons regarder le Nouvel Adam. Le divin modèle qu'ils apercevaient dans un brouillard, au cours de visions incomplètes, fugitives, par addition de parcelles de vérité, nous le voyons sans voile, en pleine lumière. Tout est écrit, « tout est accompli », nous avons une pierre d'angle inébranlable pour nous appuyer.
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